Madagascar : Diplomatie au ras de paquerette.

Lettre ouverte d'un diplomate, qui déjoue les démarches du pouvoir actuel.

Introduction:

Ils sont en train de mettre la diplomatie et les diplomates à genoux : l'IEM ne trouvait aucun preneur donc un projet mort-née, le PEM contre toute attente, n'obtient des résultats probants, loin d'être encourageant, le pouvoir se voit obliger de créer des parades afin de détourner l'attention de l'opinion en s'acharnant sur les fonctionnaires au service de la diplomatie malgache. 

L'operation pour le peuple lambda paraît bénéfique pour l''État et les contribuables, mais lisez jusqu' à la fin, vous verrez que c'est un coup politique machiavélique pour étouffer en quelques sortes l'echec de l'IEM qui sera rappelons-le par les ressources intérieures de l'Etat. 

La Voix du Sud

Hervé . R

Lettre ouverte d'un diplomate malgache :

La diplomatie au frais d'un rêve et d'un caprice enfantin

Diplomatie au service du développement... diplomatie économique... diplomatie levier de l’émergence. Des mots vains puisque tout est fait pour que cela ne fonctionne pas.

Une représentation affaiblie au Sommet des Nations Unies

Le Premier ministre , Ministre des affaires étrangères (MAE) par intérim, au lieu de Président de la République, a conduit la délégation malagasy à l’Assemblée Générale des Nations Unies. Ses compétence en relations internationales sont indéniables, il est issu du Système des Nations Unies.

Mais un Premier Ministre coordonne l’ensemble des départements ministériels. La diplomatie oblige d’être éveillé 24/7, parce que quand Tokyo se prépare à dormir, Londres est encore en effervescence, et New York se prépare à sortir de son lit, ne pardonne pas les à peu près et les improvisations. Les actualités et les opportunités ne connaissent ni dimanche, ni jours fériés.

Cela coûte quoi de nommer un Ministre au lieu d’un intérimaire, qui a déjà sous les bras des dossiers chauds ? Est-ce que ce sont les concurrents qui sont trop nombreux, ou les candidats qui ne se pressent pas à la porte ?

Être représenté au niveau de chef de gouvernement aux Nations Unies ... alors qu’aucune raison apparente n’empêche le déplacement, d’autant plus qu’on a un président globe trotteur en jet privé... il aurait pu rallier New York avec son jet habituel, être au rendez-vous au Sommet, saisir les opportunités, négocier pour que l’examen du dossier des îles éparses ne soit pas ajourné pour la prochaine assemblée (comme tous les ans). Mais il n’en fut rien.

On a évoqué des soucis d’économie. D’accord, le Président aurait pu s’y rendre en prenant un vol commercial, comme le Premier Ministre, et avec une délégation réduite, comme le Premier Ministre. Le président avait d’autres priorités sur Madagascar. D’accord, mais la date de l’AG est connue 1 an à l’avance au moins. Ce n'est pas le 30è anniversaire de l'Akamasoa qui va primer sur toute la vie de la nation, une date que Père Pédro pourrait arranger.

Ce qui est sûr, c’est que des opportunités énormes ont été ratées par Madagascar à New York. Les interlocuteurs potentiels d’un Président de la République ne sont pas ceux d’un Premier Ministre.

Economie de bout de chandelle.

Ceci passe encore, mais ce qui est en train de se produire en ce moment va définitivement enterrer les diplomates malagasy. Ces femmes et ces hommes de l’ombre n’ont jamais réclamé les auréoles qu’ils méritent, lorsque la diplomatie a gagné des batailles : leur travail s’effectue en amont du dossier, puis la réalisation effective revient à un autre département ministériel. Quel que soit l’actualité que vous verrez et qui mentionne un partenaire étranger, étatique ou non, les diplomates y ont mis de leur touche subtile. S’ils n’ont pas été consultés ou ont été mis sur la touche, c’est qu'il y a anguille sous roche.

Un garage de luxe au MAE

Non, il n'y a pas ni Ferrari ou de Maserati, mais de fonctionnaires. Des hommes et des femmes qui font la richesse de ce pays « plein de potentialités ». Comme les ressources naturelles, les ressources humaines en font aussi les frais de la mauvaise gouvernance.

Une certaine « cellule » de réflexion, à l’instar des Think Tank, a vu le jour au MAE cette année. Cette cellule est d’une « importance capitale », parce qu’on a besoin ... stop. La vérité : c’est le garage pour diplomates. Beaucoup de neurones qui dérangent ou dont on ne sait que faire s’y trouvent, et beaucoup d’autres appartenant à des diplomates très compétents les rejoindront. Quelques uns sont dynamiques, avec une expérience prouvée sur le terrain. Mais l’Etat refuse de mettre à profit ces talents pour d’obscures raisons. L’ancien ministre Ulrich est « garagé » dedans, par exemple (vous comprenez aisément pourquoi), avec d’autres "ambassadeurables" qui ont 20 ou 30 ans d’expérience dans la diplomatie. Mais ce poste est réservé au sérail politique des tenants du pouvoir.

Nomination des ambassadeurs

Le régime Rajaonarimampianina a brillé par ses tergiversations. Mais le président a fini par nommer quelques Ambassadeurs, en fin de mandat. Ses nominations ont eu pour mérite le début de rajeunissement du métier, pour ne citer que la nomination de l’ancien patron de l’EDBM à Washington. C’est vrai, une dame plus âgée, mais vraie diplomate de carrière, a été nommée aux Nations Unies. Quelques mois plus tard, on se souvient de leur sort. Limogeage en masse, pour être mis en pâture aux friands de sensationnel.

D’ailleurs dans le rapport du Conseil des Ministres de chaque mercredi, il faut voir immédiatement la rubrique nominations, mais surtout « limogeages » ou « fanafoanana » sans lire le reste. Morbide comme les annonces nécrologiques de Midi Madagasikara. Chefs de districts, Directeurs et j’en passe, en ont fait les frais.

Le gout du sensationnel et du spectacle du pouvoir actuel. Et la diplomatie, raffinement et silence, n’est pas épargnée. Le régime de la Transition, on s’en souvient, n’a en pu nommer qu’un ou deux ambassadeurs. 8 mois après son retour au pouvoir, Andry Nirina Rajoelina a donc désigné ses représentants personnels. La promesse de donner la place aux jeunes n’a pas pu être tenue. Les 4 nominations qui ont été faites dernièrement constitue même une gifle pour ceux qui ont eu le malheur de croire aux dites promesses.

Il est vrai qu’être jeune c’est « dans la tête », mais la moyenne d’âge de nos Ambassadeurs nommé n’a laissé personne indifférent. Par respect à l’âge de la seule femme Ambassadeur nommés, taisons cette moyenne. La calvitie et les cheveux blancs, ainsi que les rides sont des faits. têtus. Le Président s’est dédit, il s’est peut-être rendu compte qu’on ne peut pas se passer des « vieux » et faire table rase de leur expérience.

Le jeunisme n’a jamais été efficace. Une portion congrue est accordée aux diplomates de carrière dans la direction d’une ambassade au rang d’ambassadeur. Ce régime n’en dérogera pas. Les Chargés d’Affaires en poste durant toute la transition et même au-delà ont pourtant fait leurs preuves. Ils peuvent être performants à la tête des ambassades. La plupart ont la quarantaine. Des jeunes.

Mais il leur manque la couleur politique pour devenir ambassadeurs. Sans faire de comparaison à échelle différente, les « grands pays » ont coutume de nommer comme ambassadeurs à 90% au moins des diplomates de carrière. Chez nous c’est l’inverse : il est important de caser la famille politique ou d’exiler un opposant ou un « syndicaliste » qui « gueule » trop fort.

Diplomatie au service du développement ? Tant que ces pratiques perdurent, ce sera que vain mot. Et quand rien ne va, les premiers responsables de l’échec de la politique étrangère sont les diplomates de carrière « incompétents ». Remplaçons-les par des politiciens alors … on verra bien par la suite. On a l’habitude d’essayer et de voir par la suite.

Mais ça ne marchera pas, on le sait déjà.

Salaires exorbitants ?

Le salaire des diplomates serait exorbitant. Diminutions drastique, au nom du serrage de ceinture généralisé dans l’administration. Quand la monnaie locale ne vaut rien, il est normal qu’un tel salaire soit prétendument exorbitant. Mais a partir de quel montant un salaire est-il exorbitant ?

Einstein, expliques-nous la théorie de la relativité ! Sur les réseaux sociaux, des ONG ont publié le salaire et les avantages du Premier Ministre (PM). Il vit et travaille à Madagascar. Je n’ose même pas calculer combien de fois est multiplié le salaire minimum pour en arriver à cette somme.

Soit. On parle du salaire des diplomates, parler de celui du PM, qui travaille à Madagascar, n’est pas le sujet. D’accord, sans savoir exactement le pourquoi du comment le salaire de nos diplomates est faramineux, acceptons sa diminution. Mais sur quels critères ? Précisons que ce calcul a été l’œuvre de jeunes diplomates en poste au Département Central sans expérience internationale et qui ont jugé inutile de consulter leurs collègues qu’ils vont remplacer bientôt. Les critères adoptés ont donc été extrêmement flous, et au Ministère des Finances et de la Fonction Publique, il se chuchote que cette redéfinition du salaire des diplomates est illégale. Tiens. Ce sont les autres ministères qui défendent maintenant les diplomates des turpitudes de leurs collègues ? On marche sur la tête.

La nouvelle grille salariale fait état d’un forfait allant de 10 000 euros pour l’ambassadeur à un 2 000 euros pour un cuisinier. L’indice de cherté de la vie étant celui appliqué aux Nations Unies. Ce forfait peut ainsi être ajusté en fonction du pays.

Tout en sachant que l’ambassadeur est logé, véhiculé et pris en charge dans une grande partie de ses dépenses par l’Etat. Le reste du personnel se prend lui même en charge, pour son loyer, les charges locatives, l’éducation de ses enfants etc. Les dépenses de santé sont pris en charge par un budget toujours insuffisant. Il est déconseillé de tomber malade dans certains pays où, en l’absence d’une assurance santé, une caution de 1 000 euros est exigée par l’établissement hospitalier avant toute procédure.

Bref calcul pour notre cuisinier célibataire à Paris qui touche 2000 euro :

- Loyer, 450 euro (il fait de la colocation);

- Charges locatives 150 euro;

- Transport 200 euro;

- Nourriture 600 euro (il se serre la ceinture);

- Envoi à la famille 300 euro;

- Forfait téléphone 50 euro;

- Imprévu 50 euro.

Ce qui fait un total de 1800 euro. En n’achetant rien (vêtements, meubles), en ne faisant aucun crédit (achat voiture), il lui reste 200 euros. On comprend que pour arrondir ses fins de mois, il quittera plus tôt son service et arrivera plus tard, fera UBER (Taxi partagé entre particulier) entre temps. Et a l’issue de son travail a l’ambassade, restera clandestinement en France. C’est normal.

Alors, ce forfait : sur quels critères nos diplomates se sont basés pour l’établir ? Au pif peut-être ? Pourvu que non.

En parlant de coefficient de correction appliqué aux Nations Unies. Nous, qui sommes adeptes du copier coller, aurions dû pouvoir calquer la rémunération appliquée aux Nations Unies, où la rigueur font référence : le salaire y est calculé selon la cherté de la vie et l’ancienneté du fonctionnaire, un forfait relève tout simplement de l’arbitraire.

Dans le système des Nations Unies, une assurance santé est souscrite par son employeur pour lui et sa famille, une prise en charge de la scolarité de ses enfants est offerte, ainsi que son loyer ... et un billet par année pour la famille, pour se ressourcer dans son pays d’origine.

Pour nos diplomates malagasy, beaucoup ne peuvent revenir au pays régulièrement, au risque de se faire couper de la réalité du terrain, car le billet est trop cher. Surtout pour une famille de 4 ou 5 personnes. Pour ne pas s’étendre davantage sur ce sujet au risque de voir les jaloux "ory hava manana" se manifester, le résumé simple concernant le salaire est ceci : Voilà votre salaire et démerdez-vous, et surtout ne tombez pas malade.

Dans ces conditions, ne rêvons pas : ces diplomates seront loin d’être performants. Les conditions pour leur sérénité sont loin d’être réunies. Inquiets par rapport à la scolarité de leurs enfants, ils voudront faire des économies à partir de ce forfait. Ils habiteront dans des quartiers populaires pour louer un petit appartement pas trop cher, prendront le bus pour rejoindre l’Ambassade (c’est écologique dans les pays développés mais en Afrique ou en Asie ils respireront l’air pollué des métropoles en marchant entre l’arrêt du bus et leur lieu de travail).

Fatigués de leur journée, ils ne pourront honorer les réceptions et les fêtes nationales auxquels ils sont conviés. Ou ils ne s’y rendront que pour manger, alors que c’est l’endroit des contacts et des rencontres en haut lieu.

Tout ceci pour économiser « 12 milliards d’ariary en 6 mois » (chiffre basé sur un calcul nébuleux de la presse). L’impact sur le métier lui même se fera ressentir bientôt, car c’est la dignité même du diplomate qui est hypothéqué par pareilles mesures arbitraires... malheureusement prises avec la complicité de certains diplomates eux-mêmes.

J’allais oublier : depuis le mois d’octobre 2019, les salaires des agents à l’extérieur (un effectif de pas moins de 200 personnes) leurs sont virés individuellement depuis Antananarivo. Auparavant, les sommes sont transférées au niveau de chaque représentation (une vingtaine). Les commissions perçues par les banques sont ainsi multipliées par 10 au moins. Allez savoir quelles sont les banques concernées par ces opérations... et vous y trouverez sûrement les noms de personnes proches du ... euh ... des personnes intéressantes.

Deuxième oubli : les auteurs de cette diminution sont tous nouvellement affectés dans les ambassades. Ils se sont tiré une balle dans le pied.

Et enfin concernant la rotation dans les ambassades

Enfin, le statut particulier réclamé par les agents diplomatiques et consulaires depuis des lustres est effectif. Le principe de rotation y est consacré, le plan de carrière réglementé. Que du bonheur pour les concernés.

Sauf que l’élaboration dudit statut a été toute aussi opaque. Pour obtenir le droit d’être enfin affectés, des concessions importantes ont été faites. On a parlé du salaire sabré à au moins 40%, mais aussi d’autres mots glissés ici et là dans les textes qui rendent le corps lui-même extrêmement vulnérable. Je les passerai sous silence afin d’éviter que l’hémorragie tue le blessé.

Les diplomates, contrairement à ce qu’une partie de la presse prétend, acceptent le principe de la rotation et retourneront au Département central pour laisser la place à d’autres diplomates issus du MAE. La prise en considération de cet aspect a été un grand mérite pour le Ministre Naina Andriantsitohaina : 80 à 90% des personnes affectées dans les postes à l’étranger sont issus du Ministère. Cela lui a valu, en guise de reconnaissance, que le Syndicat baptise la salle de Conférences du Ministère au nom de ce Ministre généreux. Reconnaissance débordante : la salle des Conventions porte désormais le nom du Directeur de Cabinet.

Le plan de carrière et le statut particulier sont de bonnes choses, même s’ils sont bancals. On pourra les améliorer par la suite. L’essentiel a été fait, il reste à l’appliquer et à sauvegarder les acquis en rafistolant les pots cassés. Mais ce sera encore un travail titanesque. Entre temps, les lacunes de ce statut vont encore fragiliser davantage le corps malade.

Affectation à tout va donc, voire anarchiste. Pourquoi ? En corollaire, un rapatriement de masse. Qu’est ce qui se cache derrière ?

Le Corps des ADC a été bradé dans son statut particulier. Dans le Ministère, tout le personnel est nommé pour servir dans les ambassades et les consulats généraux. Tel un trou noir, un grand vide est laissé. Il sera comblé par un rapatriement de masse qui intervient juste après la rentrée scolaire (causant un grand étonnement dans les pays d’implantation des ambassades, mais on ne s’en soucie pas, on est un pays souverain).

Comme il n’y a plus d’ambassadeur, tout le reste du personnel a l’extérieur est emporté par la vague Andriantsitohaina et sortants de l’ENAM réunis, du Chargé d’Affaires au chauffeur qui ont cumulé 5 ans à l’extérieur. La léthargie du régime précédent favorise la vidange des représentations extérieures. La diaspora le prend très mal surtout dans les pays où les ambassades les ont servi comme il se devait. Certains ressentent la précipitation dans laquelle ils sont sommés de quitter le pays d’accueil comme une sanction. Leurs enfants ont du mal à trouver des places dans les écoles de Tana : les inscriptions se font avant les grandes vacances et non après la rentrée !

Mais des piques assassines comme « vous êtes là pour travailler et non pour chercher des écoles » ont été entendues. L’auteur de cette petite phrase est attendue au tournant par ceux et celles à qui la personne s’est adressée.

Un des problèmes est que personne ne pourra assister les nouveaux venus dans leur installation, car une fois les remplaçants sur place, le salaire des sortants est « coupé ». Ces derniers ont donc intérêt à quitter rapidement s’ils ne veulent pas avoir des problèmes pour payer leurs factures. Quid de la performance de ces arrivants, qui auront pour préoccupation la recherche d’un appartement pas cher, l’inscription de leurs enfants dans une école pas chère et l’adaptation au pays d’accueil ?

La diplomatie ne sera pas au service du développement et encore moins de l’économie pendant au moins 1 an. Le temps pour eux d’être stables. Et le coût des opportunités ratées pendant 1 an, quelqu’un en a pu faire la simulation?

Pour terminer mon propos, je vais mettre mon pied dans la fourmilière.

80 et quelques familles à rapatrier, donc autant de conteneurs de 20 pieds pris en charge par l’Etat. Sachant qu’un conteneur va coûter au moins 7 000 euros. Cela fait un marché de 560 000 euros. Soit 2.3 milliards d'ariary (11.5 milliard fmg). Sans surfacturation. Cette somme, vous ne la trouverez nulle part dans la loi de finances rectificative.

Autrefois, chaque ambassade se chargeait de trouver le transporteur le moins disant. A partir de cette vague de rapatriement, le Ministère des finances se charge de tout. Si vous avez aperçu l’avis d’appel d’offres concernant ce marché, vous avez été oh perspicace. Si vous avez postulé, vous n’avez pas été adjudicataire car le marché a été attribué à une certaine madame ...

Sans parler des billets d’avion que l’état doit prendre en charge. Qui en est l’agence de voyage adjudicataire ? Je vous laisse le soin d’imaginer. Des milliards d’ariary économisés sur les salaires de ces diplomates qui vivent déjà dans l’opulence (ceci est un sarcasme) se retrouveront dans des poches privées.

Belle manœuvre en tout cas. Il est normal que les recours déposés par certains aient été rejetés par les juges administratifs. Une pareille aubaine doit être défendue. Malheur à ceux qui ont osé réclamer leur droit à la dignité : ils ont été « brûlés » et grossiront sûrement les neurones du centre garage qu’on a évoqué précédemment.

Ce statut des ADC fait ainsi le bonheur de personnes insoupçonnées.

Demandez enfin aux consuls remerciés récemment comment on les a traité en mettant fin à leurs fonctions, après plusieurs décennies de service bénévole au profit de Madagascar. Certains ont lâché le mot : chassés comme des chiens. Les ambassades qui les couvre n’ont pas été mis au courant, ils ont été sommés de rendre leurs attributs au MAE du pays d’accueil. Du grand n’importe quoi. La diplomatie malagasy ne connaît plus le subtil et les bonnes manières.

Bref, cette économie de bout de chandelle coûtera très cher à Madagascar. On ne s’en relèvera pas, même après plusieurs générations. Sur le dos des diplomates, avec la complicité d’autres diplomates, certains empochent des milliards qui feront l’objet de vives critiques de la part des bailleurs de fonds, FMI et Banque mondiale.

Et lorsque le régime changera un jour (eh oui, seuls les diamants sont éternels... même si on a des doutes), des poursuites pourraient intervenir. Rien de nouveau sous les tropiques donc, la diplomatie malagasy n’est pas encore prête pour servir de levier à l’émergence. Car on lui met du plomb dans l’aile, on la tue à petit feu.

Si vous vous demandez d’où je tiens toutes ces informations, je voudrais que mes sources se rassurent : je préférerais avoir la gorge tranchée, le cœur arraché et mes tripes mis à l’air que de manquer à mon serment de ne jamais les révéler...

 Diplomate anonyme

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