Perdue dans le sombre labyrinthe de l'Éducation Nationale

L'école n'est pas au meilleur de sa forme.Enfants, parents, enseignants souffrent de cette situation et moi, esseulée face à cette école dans laquelle je ne peux plus rentrer, je me désole de ne savoir que faire pour lui venir en aide. Pendant 17 ans, j'ai essayé de rendre le lieu classe synonyme d'envie d'apprendre et de bien-être. Mais je me suis tuée à petit feu, en voulant suivre toutes les instructions ministérielles. J'ai failli appartenir au triste pourcentage des enseignants qui ne se sont pas relevés.

Heureusement, l'écriture m'a ouvert la voie de la résilience. Je vous partage un de mes textes avec l'espoir que des personnes surinvesties dans leur travail réussiront à prendre de la distance.

 

"Par un sombre matin d’hiver, elle se retrouve prisonnière d’elle-même, dans l’incapacité de sortir de son lit pour rejoindre le travail. Cette jeune femme, complètement perdue, ne comprend pas ce qui se produit. Elle est là coincée au fond de cette grotte sinistre. Depuis combien de temps déjà ? Elle ne le sait pas. Son cerveau est embué. L’endroit est noir, humide et froid. Son corps tremble comme une feuille, elle aimerait rester sous l’édredon douillet qui la protège de l’extérieur.

Elle n’entend plus au loin ses propres enfants appeler au secours. Elle si forte, si organisée, si … Elle a des absences. Elle ne trouve pas la sortie. Depuis longtemps, elle se cache, mais derrière quoi… ? Elle n’est plus elle-même, elle n’a plus de réponses à ses idéaux. Les injonctions se font trop puissantes, elle a peur, peur d’échouer, de ne pas tenir le coup encore une fois, de baisser les bras, d’abandonner tous ces petits êtres qui n’attendent que le chemin montré par l’adulte pour grandir. Elle a envie de crier AU SECOURS !

Elle continue de se forcer, vaille que vaille, elle sort de la grotte pour rejoindre les autres. Elle tient le coup, une fois de plus… La lassitude se fait sentir, la réflexion devient difficile, une simple lecture est impossible. Elle ne comprend pas. Mais elle protège les siens d’éventuelles souffrances, les rassurant au possible quand l’un d’entre eux évoque son inquiétude. Elle veut effacer de sa mémoire leur air soucieux. D’ailleurs, a-t-elle encore une once de mémoire ? Sa tête est comme explosée. Il n’y a plus personne à l’intérieur ! C’est terminé. C’est bel et bien fini ! Elle ne peut plus avancer, la machine de guerre telle que la nomme son prince charmant est cassée ! Sera-t-elle réparable ? Elle ne croit pas. Les dégâts sont tellement nombreux. Même en pièces détachées, personne n’en voudrait. Que faire alors d’une chose foutue ? Peut-être la jeter au fond d’un puits. Elle sera alors perdue à jamais. Elle n’aura plus mal. Elle ne devra plus répondre aux ordres incessants et parfois contradictoires de son Institution surnommée le mammouth à bon escient puisqu’il l’a écrasée sur son passage.

 De temps à autre, il envoie une petite reconnaissance pour faire tenir sa proie. Elle aurait dû fuir dès les premiers signes annonciateurs de la catastrophe. Mais au lieu de ça, comme à son habitude, elle a encaissé les coups, telle une boxeuse, n’en rendant aucun en retour. Elle s’est acharnée à l’entrainement pour devenir plus efficace ! Peine perdue, quels que soient les exercices effectués, elle ressortait toujours vaincue à l’issue du match. L’honneur était à chaque fois sauf. Elle recevait des félicitations pour sa combativité et ses idées. Et inlassablement, elle remontait sur le ring. Sa cape de protection s’amenuisait au fil du temps. Toute sa bienveillance, son empathie, sa patience, son énergie positive se sont épuisées. Longtemps, elle a essayé d’arroser son jardin secret pour reprendre courage. Un jour, c’est devenu impossible. Elle ne s’est pas relevée.

 Ce puits si profond l’apeure autant qu’il l’attire inexorablement pour une issue fatale. Cela fait si longtemps qu’elle est perdue, des mois déjà, des années. Autrefois, elle trouvait protection et réconfort auprès de sa bonne vieille fée. Mais, elle aussi, l’a abandonnée sans crier gare.

 Par un après-midi ensoleillé à l’extérieur mais glacial à l’intérieur, elle s’est vue se pencher trop près du puits pour jeter la machine cassée. Heureusement, deux petits anges sont apparus pour lui souffler au creux de l’oreille un message d’amour. Alors, elle a utilisé toute la vigueur transmise par la puissance des paroles entendues pour reculer. Elle s’est accrochée de toutes ses forces pour ne pas sombrer dans cet univers impitoyable. Puis, elle a pris la ferme résolution de réparer la machine. Elle sait que ce sera laborieux, mais n’est-ce pas une femme pleine de courage et de ressources depuis longtemps ?"

 

 

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