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Billet de blog 1 mai 2017

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Lettre à la France insoumise d'un insoumi

La stratégie de Mélenchon, mes doutes et l'horizon de la France insoumise

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Reproches

Ce que je reproche à Mélenchon :  par son discours de second tour, d'avoir transformé une progression inouïe et un score, encore il y a un mois inespéré, en défaite.

Un mine d'enterrement et Mélenchon a laissé s’installer dans une partie de son électorat, le dégout et la rancœur.

Puis, par son silence, loin de préserver l'unité de FI, il a au contraire, laisser les militants FI se déchirer en deux blocs. Et malheureusement, j’'ai l'impression que cela laissera des traces. Déjà en moi.

On ne reconstruit pas la gauche à gauche en une élection. Cela prend du temps. Pour ce faire, On peut attendre de celui qui porte le mouvement d'être porteur, précisément.

Mélenchon et la FI ont fait un travail incroyable et ils ont ma gratitude pour autant là je ne peux êtred'accord avec notre tribun. C'est que, Mélenchon aurait très bien pu appeler au vote contre Lepen. Il y aurait eu des déçus, mais n'y en a t il pas aussi en ne le faisant pas. Et les déçus auraient ils été si nombreux s'ils avaient entendu un discours de victoire ce soir là ?

En agissant comme il le fait, Mélenchon désarme intellectuelement le mouvement FI contre le FN, et il laisse l'équivalence macron-lepen s'imposer peu à peu.

Stratégie


Pourquoi Mélenchon n'a t il pas appeler au front commun contre le FN?

Mettons de coté la soi disante préservation de l'unité FI à laquelle je ne crois pas.

La stratégie me semble être la suivante : faire un appel du pied aux abstentionnistes, ceux dont on dit qu'ils sont dégoutés du "système politique". Mélenchon leur montre ainsi qu'il ne fait pas parti du système, que lui  ne s'aurait s'unir aux autres dans un anti-fascisme d'opérette.

L’idée n’est pas mauvaise à première vue. Et aller chercher ces électeurs est nécessaire. Reste un gros problème : le  fascisme, le racisme et l'antisémitisme du FN ne sont nullement d'opérette.

Il y a là, risque de confusion pour dire le moins. Que le « neo-libéralisme » mette en danger la démocratie, c’est notre conviction. Le FN, lui, met en danger la vie humaine et c’est là une certitude.

Un autre problème s'ajoute à cela : l’électorat de la FI ne comprend pas beaucoup de prolétaire, d'où le besoin d'aller à les chercher. Mais pour faire ainsi appel du pied aux uns, Mélenchon prend le risque de diviser sérieusement l'électorat qui est le sien et qui reste, pour l'instant, il me semble, de classe moyenne en crainte de déclassement, voir précarisé, et une partie de la jeunesse.

A ce niveau, je ne sais si son pari sera gagnant ou s’il cassera la dynamique impulsée.

Une autre stratégie

Pourtant, il existait une autre possibilité, celle de se placer en faiseur de roi et ainsi de recomposer le jeu politique.

D'abord insister sur la victoire.

Puis, dire que le FN sera battu grâce à la FI, conformément à son combat de toujours, celui de Mélenchon.

Affirmer ensuite que la FI s'oppose d'ors et déjà au programme du future vainqueur Macron, candidat qu'elle va faire élire dans le seul but de vaincre le fascisme.

Mélenchon, plutôt que de laisser s'imposer la formule "peste ou choléra", avait pourtant le verbe pour rendre son poids historique au mot de fascisme là où il participe actuellement à le banaliser.

Mélenchon, après avoir rappeler le poid de l'histoire, saluer le vent nouveau qui se lève avec la FI, n'aurait plus eu qu'à conclure que dans 5 ans, le mouvement, fort de son histoire (qui pour l'instant n'est que balbutiante) aura démontrer sa force et pourra prendre le pouvoir aux prochaines présidentielles : rendez vous serait pris parce qu'il n'y aurait plus d'autres alternatives (en inversant le fameux TINA).

Mais Mélenchon n’a pas fait cela. En l'état, il a laissé les militants à leur frustration quand il ne l'a pas provoqué, frustration d'une victoire pourtant  improbable dans une France qui n'a jamais été aussi à droite.

Une victoire volée ? Mais de quelle victoire parle-t-on ?

Quelle victoire était due à la FI dans la France de 2017 ?


Si la FI avait gagné cette élection, cela n'aurait il pas été du à un concours de circonstances tout à fait exceptionnelles ? Les mêmes qui auront permis à Macron de l'emporter, si jamais il l'emporte ?

Demandez à Copé, qui en est malade de voir un jeune, venu de nulle part en politique, en passe de réussir ce à quoi il se voue depuis tant d’année. Et Copéne doit pas être le seul a ne pas en revenir.

Objectivement, la victoire appartenait aux LR. Et sans Fillon, ils l'auraient remporté haut la main.

Accumulez les scores de la droite, et vous verrez bien à quel point, eux, peuvent se sentir volés et dépossédés de la victoire qui leur semblait acquise.

Ce qui déconne prodigieusement


Dans la situation actuelle, et c'est terrible, droite et gauche ne font  pas campagne contre le FN, et ce malgré leurs déclarations respectives.

Pour la gauche et la FI, nous avons vu pourquoi. Ainsi la FI se divise et l’on milite autant pour le vote que pour l’abstention.


Mais la droite ne fait pas mieux . En continuant à laisserentendre que Macron est un candidat de gauche, elle s’aborde sa propre campagne anti FN.

L’électorat de droite, c'est sa caractéristique, réagit aux mots et non aux programmes.  Même face à la droitisation de toute la gauche, le droite n'entend que le mot gauche. Plus la gauche est de droite, plus la droite hait la gauche pour son seul nom.

Si la droite voulait vraiment faire campagne contre le FN,  voilà ce qu’elle devrait dire afin de préserver les susceptibilités de chacun: l'homme Macron est de gauche, mais son programme économique est de droite, nous pouvons voter pour lui !

Fait-elle cela ?

Le pire est aujourd’hui possible

Lepen est dans une dynamique. Les ralliements commencent.

Ce qui me stresse au point de me rendre malade, c'est que, Macron ne faisant pas une bonne campagne, droite et gauche ne faisant que mal campagne contre le FN, avec des choix stratégiques malheureux voir funestes, les conditions du pire me semblent etre réunies.

Le GUD à la tête de l'appareil répressif de l'état, c'est la tragédie assurée, assemblé majoritaire ou non. Des morts assurés. Des vies humaines perdues.

Si un silence de Mélenchon peut transformer une victoire en défaite, imaginez ce qu’une parole du Marine Lepen en tant que présidente a le pouvoir de déclencher dans la police ?  L’armée ? La population ?


Nous avons un cap

Le programme économique de Macron avec une FI à 20% qui pousse à la recomposition de la gauche, c'est l'assurance, pour Macron, d'une présidence confrontée à des mouvements sociaux incessants, qui ne feront que renforcer la FI.

Il faut penser stratégie. Il faut penser dans le temps et non dans l'émotion que suscite une défaite qui pourtant n’en est pas une.

Virons Lepen aujourd’hui ! Pourrissons Macron pendant cinq ans ! Et passons ensemble à la 6ème république. C'est ce que devrait être le mot d'ordre de la FI, là, maintenant.

n.nemo

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