Depuis le 1er janvier 2015, date du début de son second mandat, Dilma Rousseff multiplie les petites et les grandes traîtrises à l’égard de ceux qui ont milité durement pour sa réélection, obtenue, de justesse, en octobre dernier. Elle déçoit sur le terrain économique, social, politique, des droits de l’homme. Le summum a été atteint ce lundi, au cours de son voyage officiel aux Etats-Unis, avec une photographie qui a aussitôt fait le tour des réseaux sociaux. On y voit la Présidente, empressée, respectueuse, serrer la main – des deux mains !!! – d’un vieil homme, Henry Kissinger.

On passera sur l'utilité stratégique de rencontrer un homme qui ne peut plus sortir des Etats-Unis tant il est poursuivi dans le monde entier pour les crimes qu’il a fomenté au nom de la lutte contre le communisme. Serait-ce pour séduire des investisseurs américains ? Convaincre les agences de notations des la qualité des fondamentaux de l'économie brésilienne ? Dilma Rousseff a démontré à maintes reprises son goût pour les erreurs de calcul politique. Ce qui dégoûte – le terme le plus utilisé par les militants de gauche éberlués est « nausée » - est la facilité avec laquelle la chef d’Etat piétine son propre passé, la seule raison pour laquelle elle suscite encore un peu de respect et admiration dans son camp. Elle s’est battue contre la dictature. Elle a passé trois ans derrière les barreaux. Elle a été torturée avec les techniques les plus barbares en vigueur. Elle a été violée. Elle a perdu des amis, qu’elle évoque régulièrement, la voix étranglée de sanglots.Tout cela par un régime militaire ouvertement appuyée par l’Oncle Sam.

A l’époque, Henry Kissinger était conseiller de Sécurité Nationale à la Maison Blanche. Il a directement organisé la chute de Salvador Allende. Dans le stade national, à Santiago, des Chiliens, mais aussi d’autres latino-américains ont été torturés, assassinés, leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Kissinger a également appuyé les juntes militaires en Argentine, en Uruguay. Et l’opération Condor, qui joignait les services de sécurité du cône sud pour traquer et tuer les « ennemis ». Il symbolise le pire. Dilma Rousseff ne lui a pas seulement serré la main, elle a encensé une « personne fantastique, avec une grande vision globale ».

On avait en tête le formidable cliché de Dilma Rousseff révélé il y a trois ans par un journaliste, dans laquelle on la voit, belle et défiante dans un tribunal militaire, toiser le photographe. Derrière elle, ses juges, des gradés, se camouflent le visage de la main. Il est à craindre que c’est l’image de sa chaleureuse poignée de mains avec Henry Kissinger qui passera à l’histoire.

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