Cet été au Brésil, la mode est au boxer

Slip, caleçon ou boxer ? Le choix est rude. Il faut comparer les matières, le confort, les prix… et l’usage. C’est ce qu’a décidé de faire un journaliste de l’excellent mensuel Piaui (pour les lusophones, lecture obligatoire : http://www.revistapiaui.com.br/ même si le site ne reflète pas le côté décalé de la revue),

Slip, caleçon ou boxer ? Le choix est rude. Il faut comparer les matières, le confort, les prix… et l’usage. C’est ce qu’a décidé de faire un journaliste de l’excellent mensuel Piaui (pour les lusophones, lecture obligatoire : http://www.revistapiaui.com.br/ même si le site ne reflète pas le côté décalé de la revue), à partir du dernier scandale de corruption qui a agité le Brésil. Le maître d’œuvre est le gouverneur de Brasilia, José Roberto Arruda. Corrompu notoire, mais cette fois, il a été pris la main dans le sac si je puis dire : un de ses hommes de main, le député Leonardo Prudente, a été filmé enfilant des liasses de billets dans son caleçon. La prudence de son nom de famille a été oubliée face à la caméra cachée. Son explication « je l’ai fait pour des raisons de sécurité car je n’ai pas de sac », n’ont convaincu personne. La scène, sordide, est passée au principal journal télévisé brésilien, rappelant à la population que gagner l’organisation des jeux olympiques ne signifiait pas encore faire partie, comme on dit ici, « du premier monde ».

La revue Piaui a tourné en dérision l’épisode, en décidant de tester le meilleur « véhicule » à argent près des parties intimes, avec des liasses de 100 billets de 100 reais (40 euros environ). Le caleçon (ici appelé « samba-cançao », magnifique non ?) est écarté dès le premier test : avec un seul élastique à la taille, il est notoirement inefficace. Les liasses ne tiennent pas en place, débordent de la ceinture, avec un double risque : celui d’être attaqué dans la rue, à la vue des billets, et bien sûr, celui de l’inélégance absolue. Voyons le slip (en brésilien, « sunga ») : beaucoup plus efficace selon le journaliste – il ne signe pas, c’est dans la partie petits articles du journal, mais on comprend à sa sensibilité que c’est un homme. Selon lui, il y a moyen de placer deux liasses à la verticale, à la hauteur de l’aine, et deux à l’horizontale, sur les côtés. Les élastiques maintiennent l’ensemble sans problème. Un slip coûte 4 euros, et on arrive à déplacer 16 000 euros. Pas mal.

Mais la meilleure option est sans aucun doute le boxer. Surtout si le corrompu a le bon goût de choisir la taille small, recommandée par le journaliste « même si elle peut s’avérer incommode ». Comme pour le slip, on peut placer deux liasses le long de l’aine, mais aussi quatre devant, et deux à la verticale sur le côté, soit l’équivalent de 24 000 euros. Si on se rappelle que le prix moyen d’un boxer de bonne qualité est de 6 euros, il n’y a pas de doute, c’est le meilleur rapport qualité-prix.

On peut aussi ajouter des liasses dans les chaussettes (un classique de la corruption brésilienne). Là, le journaliste est formel : les chaussettes de ville ne tiennent pas la route face aux bonnes grosses chaussettes sportives qui montent haut, bien élastiques. Là, on peut mettre sur chaque jambe deux liasses, une de chaque côté. Un total de 16 000 euros. Les chaussettes coûtent 5 euros. Très rentable.

La panoplie de l’été est parée. Il suffit pour un citoyen ami du gouverneur d’aller à Brasilia vêtu d’un boxer et de chaussettes sportives, on peut en revenir avec 40 000 euros dissimulés….en espérant ne pas être filmé.

Ah, j’oubliais l’essentiel. Si les Brésiliens ont ri de bon cœur, c’est que le gouverneur est sous les verrous. C’est la première fois de l’histoire du Brésil qu’un gouverneur en activité est emprisonné. On applaudit. La mode est au boxer, mais l’impunité devrait passer de mode…

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