L'actrice Anémone, écologiste sincère,n'épargnait personne à la fin de sa vie...

A 68 ans seulement, Anémone, comme tant d'autres, vient de mourir prématurément, victime d'un cancer du poumon. Le tabac tue 70 000 personnes par an en France . Un fumeur sur deux décède d'une maladie liée à son tabagisme. Avant de tirer sa révérence, Anémone avait accordé, au quotidien Le Parisien, un dernier entretien, résolument pessimiste.

On lira ici  l'intégralité de l'entretien accordé par Anémone au Parisien, en décembre 2017.

Elle avait joué dans 70 films et 20 pièces de théâtre.

Elle était membre d'Attac.

Elle avait soutenu l'écologie politique: d'abord les écolos ( elle avait été elle-même candidate sur une liste écologiste, dans le vingtième arrondissement), puis Mélenchon, en 2012.

Mais elle était vite revenue de cette dernière illusion...

Extraits:

D'où tirez-vous votre plaisir aujourd'hui ?
En ce moment, je suis assez déprimée... On s'est fait traiter de tous les noms quand on était écolos de la première heure, quand on disait qu'il fallait se bouger. Aujourd'hui, quand je dis que c'est trop tard, on ne me croit toujours pas. C'est une souffrance assez intense.

Il est vraiment trop tard ?
Oui, et ça fait longtemps. Ça va aller de pire en pire, il n'y a plus d'eau, les sols crèvent, on va sûrement avoir des épidémies, des famines, une guerre nucléaire...

On arrête les efforts ?
« Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », disait Guillaume d'Orange.

Vous suivez la politique française ?
Je ne vote plus.

Vous aviez soutenu Mélenchon en 2012 ?
Brièvement. Je me demande si ce n'est pas un vieux stalinien pour finir, c'est un vieux politicard en tout cas. La politique, c'est un concours de crétins et de menteurs.

Qu'est-ce qui trouve grâce à vos yeux ?
Je suis un peu désillusionnée.

(smile )

Dites-nous quelque chose d'optimiste...
C'est fini, je ne le suis plus. Dans les années 1960, j'étais hippie, je croyais que les choses allaient changer, en mai 1968, j'avais 17 ans, j'y ai cru. Et puis, le couvercle est retombé avec Pompidou. Je me suis encore beaucoup marré au café-théâtre. Quand on est jeune, on a de la sève.

Mitterrand, vous y avez cru ?
Ah, non, je n'ai pas fait partie des déçus de ce camembert pourri ! Mitterrand, de gauche, et puis quoi encore ? Des funérailles nationales à Marc Lévy ? On vient de faire Jean d' Ormesson et Johnny Hallyday, Marc Lévy devrait être le prochain. Johnny, il a fait quoi ? A part se déguiser et mentir ? Voter à droite et fuir le fisc ? Il n'a fait que se marier, divorcer, se marier. C'était un pantin médiatique.

On en a trop fait ?
S'il n'y en a plus que pour les pantins médiatiques, alors allons-y !

Vous êtes aussi très connue. La notoriété vous a pesé ?
A une époque, j'ai failli mourir étouffée par le fan-club, je ne pouvais plus prendre le métro, j'ai fui tout ça très vite. Etre populaire, c'est pénible. Mais qu'on me lâche le pull ! Ça va se faire. On est moins reconnaissable quand on vieillit et qu'on ne passe plus dans les médias. Bon, là, j'y suis repassée avec ma tête de vieille, on me reconnaît encore, mais on va m'oublier avec le temps.

Les gens sont plutôt bienveillants quand ils vous abordent ?
Oui, mais c'est quoi, cette histoire d'autographes ? C'est quoi, ce fétichisme à la con ?

Vous en signez ?
Je ne peux pas être désagréable toute la journée, mais ça me fait chier. Je trouve ça débile. Bon, ça y est, c'est fini ?

Oui, oui. Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ?
Rien, c'est bon, merci.

anemone

Total respect.

Elle aurait détesté le mièvre hommage que le couple Macron s'est cru obligé de lui rendre...

Quel dommage qu'elle n'ait pas su envoyer promener le lobby du tabac comme elle envoyait balader toutes les idoles, de la politique comme du show-business...

anemone-fume

 Adieu, Anémone.

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