Paris Dakar : c'est reparti...

Le rallye mécanique des Mad Max de bazar va recommencer son cirque au soleil de janvier. Obscène et pitoyable jeu.Sous les roues des bécanes, il y a du sang répandu. 500 guignols dans leurs bagnoles...Combien de temps encore ces boeufs sponsorisés prendront le sol africain pour une cour de récré ? La chanson de Renaud, écrite en 1991, n'a pas pris une ride...

RENAUD.500 connards.wmv © pourquoileciel

Paris-Dakar. Cette sarabande de noceurs sous le nez des Africains crevant la faim, cet épais cirque publicitaire tonitruant de laideur agressive et de triomphale connerie, cette merdeuse fantasia des beaufs à safari qui se paient du frisson de luxe sous l’oeil des caméras, cette course en sac motorisée remueuse de pognon à la pelle…

– Oh, eh, dis, tu vois tout en noir. N’oublie pas, les négros de par là, pour eux nos déchets sont des trésors. Le moindre bout de ferraille tout rouillé, ils en font des objets très ingénieux, t’as pas idée. Des doigts de fée. Avec une capsule de bière ils te forgent un couteau à six lames, dans deux boîtes de sardines ils se taillent une paire de sandales… Paris-Dakar est une bénédiction pour ces primitifs à l’âme d’enfant. Sans compter les chouine-gommes et les cigarettes. Et puis, ça attire l’attention du monde civilisé sur la détresse du Tiers Monde, c’est pas rien ça.

Hmmm… Moi, je persiste à ne voir qu’une armada de repus qui s’emmerdent (ou qui se remplissent les poches), à qui il faut du risque et de l’émotion forte pour que la vie soit supportable, et qui pour cela se foutent pas mal de ravager ce qu’ils appellent pourtant avec des yeux de merlans frits les « cultures » locales si respectables, si sacrées, une cavalcade arrogante promenant cyniquement sous les nez des Africains la muflerie, la futilité, l’avidite et le mépris des « civilisés ».

(Cavanna, extrait de « La belle fille sur le tas d’ordures »)

http://archive.francesoir.fr/sport/sports-automobiles/rallye-dakar-une-course-mortelle-et-polluante-170161.html

Extraits de cet article, publié en 2012 :

L'association Agir pour l'environnement estime, par la voix de son délégué général Stephen Kerckhove, que « l'émission de gaz à effets de serre uniquement par plaisir semble obsolète. L'automobile n'est plus un objet de plaisir mais d'usage. Il serait temps que les organisateurs en prennent conscience ». Kerckhove souligne l'impact écologique indirect de cette épreuve trentenaire : « L'image véhiculée est celle de l'absence de limites. Le Dakar incite les spectateurs à acheter des 4x4 polluants et à aller toujours plus vite ».

L'impact direct, lui, est dénoncé chaque année. En 2009, un site archéologique du Chili a été détruit par le passage de la caravane. En 2010, l'organe chilien en charge du patrimoine avait réclamé un dédommagement de 300 millions de pesos (570.000 dollars) à l'Institut national des sports (IND), hôte du rallye Dakar, pour les dégâts causés à d'autres sites archéologiques.

Des résidus dangereux abandonnés

L'an dernier, des résidus dangereux ont été abandonnés dans une province par les différents ateliers mobiles (qui assistaient les véhicules). Cette année, selon le Collectif Actions pour les Victimes Anonymes du Dakar, un musée paléontologique péruvien qui étudie les vestiges d'un désert, a demandé qu'on respecte les recherches effectuées sur le site, en vain. Une épreuve automobile d'une telle envergure ne peut que laisser des traces.

Paradoxalement, le Dakar, qui comptabilise 59 morts suscite un engouement populaire exceptionnel en Argentine et dans l'ensemble des pays d'Amérique du Sud. L'Uruguay, le Brésil et la Bolivie ont d'ores et déjà demandé à ASO que le parcours passe chez eux. Le passage du Dakar est d'abord lucratif. L'environnement, au regard des retombées économiques, passe au second plan.

Un appel déjà ancien :

Depuis 1979, le rallye Paris-Dakar défie la conscience démocratique. Une caravane agressive d’engins rutilants traverse pendant plusieurs jours les pays les plus démunis d’Afrique. Non seulement la faune et la flore autochtones sont dévastées, piétinées et détruites, mais les populations locales ne sont pas plus respectées.

Plusieurs victimes, morts et blessés ont déjà été sacrifiés à ce luxe néo-colonialiste indécent qui étale aux yeux de la population du Sud, affamées par les guerres et les maladies, le luxe technologique des multinationales du Nord dominateur.

Cet étalage de richesses dans des pays où les populations ont juste de quoi survivre n’est pas admissible et doit être condamné au nom du respect des droits élémentaires de la personne humaine. Ce n’est pas parce que les régimes, autoritaires pour la plupart, de ces Etats cautionnent par leur silence ou leur active complicité ces escapades de nostalgiques de la coloniale que nous devons nous taire sur ce scandale.

Pouvons-nous accepter cette libre circulation « à tombeau ouvert » quand des milliers de jeunes africains sont condamnées en Europe à la pire clandestinité, à l’expulsion par charters entiers ou encore à la noyade dans le détroit de Gibraltar ?

Pouvons-nous accepter le gaspillage de centaines de milliers de litres d’essence, brûlés en pure perte pour la seule gloire de quelques constructeurs et sponsors rapaces dans des régions où survivre est chaque jour un exploit ?

Le Rallye-Dakar sert à entretenir les fantasmes de puissance, de vitesse et de domination liés à la « bagnole ». Ils sont source de violence routière mais aussi de juteux profits pour les lobbies automobiles. Pouvons-nous admettre que l’Afrique qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la pauvreté, la maladie ou la guerre soit le terrain de jeu de quelques « défoncés de la vitesse » en mal d’aventure ?

Depuis 1979, ce rallye a fait plus de 30 morts. Combien en faudra t-il encore pour déclarer hors la loi cette compétition sportive que les populations et gouvernements d’Europe refuseraient (avec raison) dans leur propre pays ? Nous ne pouvons pas admettre en Afrique ce que nous ne saurions tolérer chez nous.

Aussi les soussignés, condamnent-ils le Rallye-Dakar comme un immense et inutile gaspillage d’argent et d’énergie, comme une provocation néo-colonialiste au moment où les pays du Sud refusent les diktats des USA et de l’Union Européenne en matière de commerce. Ils exigent que le gouvernement français et les pouvoirs publics refusent toute aide directe ou indirecte à cette honteuse entreprise. Ils demandent aux gouvernements des pays traversés de refuser leur concours à ce rallye et appellent toutes les organisations démocratiques et humanitaires à constituer un front commun pour dénoncer publiquement et par tous les moyens appropriés ce rallye qui s’apparente à une croisade de négriers.

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