Charlie et Médiapart: un billet non sélectionné figure parmi les plus recommandés !

Une lettre ouverte à Médiapart, publiée dans le club par Roger Evano, il y a deux jours, a déjà été recommandée plus de cinquante fois, et généré plus de deux cents commentaires. Pourtant, cette lettre, non sélectionnée, a maintenant disparu parmi les milliers de billets invisibles. Si cela ne montre pas qu'elle pose des questions jugées pertinentes par nombre d'abonnés...

Commençons par une capture d'écran (mon péché mignon, comme chacun sait) réalisée ce soir, à partir du site de Médiapart:

capture-billet-evano-recommande

Pourtant, ce billet n'a jamais été sélectionné à la "Une".

On le trouvera ici:

https://blogs.mediapart.fr/roger-evano/blog/171117/lettre-mediapart-oui-vous-saviez

Auparavant, le même abonné avait publié plusieurs billets consacrés à Tariq Ramadan, tous très bien documentés.

capture-islamisme-evano-plenel

capture-duplicite-ramadan-evano

capture-reponse-morin-evano

capture-ramadan-mouche

Aucun de ces billets, bien évidemment, n'a été sélectionné.

Je reproduis ci-dessous un commentaire de Sycophante, qui figure dans le fil, sous cette lettre ouverte de Roger Evano:

Si les abonnés de Mediapart choisissaient eux mêmes par leurs recommandations quels billets méritent d'être en Une, celui-ci le serait certainement.

Mais il est peu probable que Mediapart pousse le participatif jusqu'à ce point : la sélection par la rédaction des billets est l'un des moyens par lequel elle impose sa ligne éditoriale et idéologique sans être directement impliquée par les écrits en question: Fassin, Corcuff, oui à tous les coups, Evano, pas question.... 

Cette même rédaction recommande elle-même ses propres commentaires, comme ici ceux de Bonnet. Cette même rédaction a supprimé la semaine dernière et cette semaine également le billet qui rendait compte des débats à l'intérieur du Club . Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence il aurait été impossible de masquer qu'ils concernaient avant tout l'attitude de Mediapart et l'affaire Ramadan et que les abonnés ayant écrit sur le sujet sont très loin de partager l'auto-satisfaction de la rédaction...

Bonnet reprend la fable selon laquelle Mediapart serait victime d'une cabale islamophobe dirigée par Valls alors que c'est Mediapart qui a allumé un contre-feu et fait mousser Valls qui s'est ensuite jeté dessus comme un mort de faim pour essayer de re-exister. Inutile d'être dupes de ce petit jeu...

De même, ils font semblant de croire que la caricature de Charlie Hebdo exprimait l'idée que Plénel était au courant des agissements délictuels ou criminels de Ramadan, ce que personne n'a jamais soutenu, à part quelques rares imbéciles. Dans la Une de CH, il est écrit "Affaire Ramadan" , pas "accusations de viols contre Ramadan" ou "crimes de Ramadan". Or "l'affaire Ramadan" ne se résume évidement pas aux crimes qui lui sont imputés, mais concerne également sa double vie, et les complaisances dont il a bénéficié de la part de certains leaders d'opinion pour faire progresser son influence et ses thèses. Et c'est cela, et pas autre chose, qui est reproché à Plénel, comme à d'autres.  

Bonnet avait déjà pris la défense de son patron et récidive (dans quel journal a-t-on déjà vu cela ??), comme la SDJ de Mediapart. Ceci ne tend à ne prouver qu'une seule chose : à Mediapart, il n'y a qu'un chef, et soit vous êtes d'accord, soit vous partez.

Mediapart a consacré beaucoup plus de temps et d'écrits à se défendre que d'articles sur l'affaire Ramadan elle même.

Aux faits cités par Evano, j'en ajouterai volontiers un autre : Mediapart a été le seul journal acceptant de se plier à l'injonction raciale, donc raciste, des organisateurs du camp dit décolonial qui avait posé comme condition à le venue d'un journaliste que celui-ci soit un prétendu "racisé", expression désormais utilisée sans guillemets à tous bouts de champ par la rédaction. Faisons un parallèle : le CRIF accepte d'inviter Mediapart à suivre ses débats lors de son diner annuel à la condition que le journaliste soit Juif. Mediapart accepterait il cela ? Ou à une réunion du CRAN ou les organisateurs exigeraient qu'il soit Noir ? 

Il faut accepter tranquillement une chose : les sermons de Plénel ont vocation à s'appliquer à tous, sauf à lui même. Nul ne saurait impunément remettre en cause son magistère moral et s'il ne se prive pas de critiquer vertement ses confrères, il est bien évident qu'aucune critique ne saurait lui être adressée.

Bien davantage que les positions communautaristes et anti-républicaines de Mediapart (c'est leur droit), ce qui est difficilement supportable est le fait qu'ils ne les assument pas, c'est à dire leur hypocrisie.

Et un autre commentaire, également pertinent, de Geneviève Brule:

Il ne saurait être reproché à Mediapart d'avoir caché les turpitudes de Ramadan.

Et ce n'est d'ailleurs pas ce que prétendait la Une de Charlie. L'ironie vient de ces mots cruels : Mediapart révèle "On ne savait pas". Après, les moustaches d'Edwy l'empêchant de voir, d'entendre et donc de dire font sûrement référence à l'image "d'intellectuel respectable" promue par Plenel depuis longtemps quand il s'agissait de défendre Ramadan..

Bon, on aurait pu en rester là. Mais non.

Sur ce coup, choisir entre la moustache d'Edwy et la barbe de Manuel pour le palmarès de l'orgueil boursoufflé est carrément impossible.

La réaction délirante à cette Une plutôt rigolote (affiche rouge, guerre aux musulmans, rien que ça!) semble bien être l'expression d'une blessure d'amour propre.

Le problème supplémentaire est qu'Edwy Plenel ne reconnaît jamais avoir tort :

On se souvient de l'affaire Clearstream et de son témoignage contre Denis Robert - tiens, encore l'expression d'une solidarité entre journalistes - ce qui n'empêcha pas la déclaration du témoin amnésique : "J'ai toujours soutenu Denis Robert". Ah oui?

Suite à l'édito de Riss, Edwy Plenel affirme que la phrase incriminée n'a pas été prononcée et qu'il s'agit d'une manipulation. Ben mince alors, chacun peut retrouver cette phrase, l'écouter, l'analyser. Elle est d'une grande violence, non? Elle est même plus violente dans sa version "longue". Il eut été plus simple et plus glorieux de faire tout de suite amende honorable, de retirer cette phrase concernant Riss et les journalistes de Charlie qui, faut-il le rappeler, travaillent sous protection policière tout en recevant des menaces de mort. ( Mais bon, deux ans après le massacre du 7 janvier 2015 cette situation ahurissante dans un pays libre est entrée dans les moeurs semble-t-il).

L'autre protagoniste de cette guerre d'égos, Manuel Valls, ex ministre de l'intérieur et ex premier ministre, fait également de la surenchère dans l'indignation : il s'emporte, éructe, roule des yeux furibards, enfourchant son dada favori "la lutte pour la laïcité" afin de tenter de se refaire une santé après le fiasco des primaires de la gauche et son ralliement pitoyable à Macron.

Et tous deux prétendent défendre les musulmans - avec des amis de cette trempe, les musulmans ont du souci à se faire. "Touche pas à mon musulman!" On a alors la furieuse envie de les renvoyer dos à dos : Et si vous foutiez la paix aux musulmans qui ne vous demandent rien. De quel droit parlez-vous en leur nom?.

Pris en étau entre le paternalisme dégoulinant de ceux qui les assignent à leur prétendue place des damnés de la République et l'autorité impérieuse de ceux qui les somment de se démarquer de Ramadan et même des terroristes, insultés et violentés par une extrême droite raciste et xénophobe, dragués ou manipulés par les mouvements et associations communautaristes comme le PIR, le CCIF, l'UOIF, ridiculisés dans leur religion par des imams maboules, force est de constater que ces citoyens français dits musulmans, pratiquants ou non, tous différents, ont plutôt bien résisté jusqu'ici à ces coups de boutoir.

Alors une nouvelle fois, foutez-leur la paix! Et à la République de faire son boulot : la loi de 1905 appliquée partout, l'histoire de la laïcité française enseignée dans les écoles avec la mise en évidence des combats âpres et violents qui virent la victoire des laïcs sur le clan clérical, et la liberté, l'égalité et la fraternité.

Et puis, il ne faudrait tout même pas oublier qu'on est dans un putain d'état d'urgence permanent, que Macron est en marche et piétine nos acquis sociaux, que la planète est dans un sale état... On a quand même pas mal de boulot en commun, non? Si on revenait aux vrais problèmes et si les religieux nous lachaient définitivement les baskets?

 

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