Stage de Sud Education 93 : ces commentaires ont été sélectionnés...

Plus de 500 commentaires, déjà, sous l'article consacré au stage organisé par Sud Education, pour "former" des enseignants , dans des conditions très particulières ( "racisés" dans un coin, "enseignants blancs" dans un autre groupe) , à la bonne parole répandue, entre autres, par un homme qui refuse de condamner la polygamie... J'ai sélectionné deux commentaires perdus dans ce flot.

D'abord, celui de Julien Schikel, déjà recommandé quinze fois:

 "Ce mouvement de l’antiracisme politique indique aussi une rupture avec l'« universalisme blanc », qui tient un discours colourblind (ignorant les couleurs)"

 Ne serait-ce pas un peu tout le problème du débat ? Vous dites universalisme blanc, mais par définition un universaliste (et vous le dites) ignore les couleurs de peau (juge qu'elles n'ont pas plus d'importance que les couleurs de cheveux ou d'iris - en accord par ailleurs avec la biologie) et ne veut pas qu'on sépare les gens suivant les différentes couleurs. Un universaliste ne peut être considéré comme blanc. (d'ailleurs, un Glissant ou un Maalouf me semblent être de bons représentants pourtant pas bien blancs de "l'universalisme blanc" - et même, dans ses conclusions finales sur l'humanisme, un Fanon)

 Pour l'écrasante majorité des gens en France, le racisme c'est la croyance en l'existence des races (justement parce que la France est le noyau historique de l'universalisme). Dans ce contexte, et avec cette définition, séparer les racisés et les autres, c'est du racisme. D'où les nombreuses réactions aux ateliers décoloniaux comme à cette formation.

 Pour l'écrasante majorité des gens aux Etats-Unis, les races existent (et chacun se classe comme afro-américain, blanc, latino...) et le racisme c'est l'existence de discrimination sociale entre les différentes races. Dans ce contexte et avec cette définition, la non-mixité n'est qu'une découpe naturelle visant à concentrer les forces des gens directement concernés pour mieux combattre les discriminations.

 Il y a, à mon avis, un dernier problème à prendre en compte (et il rejoint et s'explique par les précédents) : les gens en France sont infiniment plus mélangés et leurs identités plus complexes qu'aux Etats-Unis. Ce qui, à la fois, me fait dire que je préfère l'universalisme français au communautarisme américain (car je crois que c'est en grande partie justement ces différences de définition du racisme qui nourrissent cette situation) et m'inquiète de l'import de la sociologie américaine ici ; et pose problème en France sur la définition des "racisés" : car comment reconnaître un racisé ? Un Portugais oui, mais un Italien non ? Un Rom bien sûr, mais pas un Hongrois ? Un Africain oui, mais un Antillais non, ou si, quand même ? etc .

 Je n'aime pas parler de mon cas mais il est un peu (bien peu en vérité...) intéressant à cet égard : mes grands-parents paternels sont roms (venus se réfugier en France pendant la guerre - je simplifie une histoire compliquée, mais bon), mes grands-parents maternels sont bourguignons. Mon père, grandi en France dans une maison, a l'air basiquement d'un italien. Moi d'un parfait français - je ressemble à ma môman. Tout ça pour dire : je n'ai rien d'un racisé, rien. Ni subi violences policières (pas plus que la moyenne des mômes ayant grandi dans le 93 en tout cas), ni subi discrimination à l'embauche, ni rien de rien. A tel point que quand il m'est arrivé de causer avec un participant du fameux camp décolonial de cet été récemment, à ma question : "mais moi j'aurais pu y aller ?" il a explosé de rire avant de dire comme une évidence "Ben non." Certes. Pourtant, me croirez-vous, quand j'entends Manuel Valls assumer l'expulsion des roms (le 12 juillet 2012 en une du Monde, j'ai bien retenu la date), je me sens visé, je regarde mon arbre généalogique avec toutes ces branches coupées en 1943-44, et soudain je me retrouve à chercher fébrilement sur le web le code nazi, pour bien vérifier que mes enfants, même d'après Hitler, ne seront jamais considérés comme rom (tout ceci sous les moqueries de ma femme italiano-picarde, qui me serine : "mais enfin, quand même !" - Et pourtant, s'il y avait une infime chance qu'Hitler revienne et nous refasse le coup, savez-vous, moi j'en suis, aussi ridicule que ça puisse paraître en voyant ma bonne tête bien blanche). Serait-ce, peut-être une expérience de "racisé" ? Ou de rien du tout ?

 Je parle de mon cas (bien désuet au final), mais je pense qu'il y en a des milliers (j'en connais en tout cas un bon paquet), peut-être une majorité en France, en tout cas une grosse minorité, des gens qui ne se définiraient ni comme racisés, ni comme blanc, ni comme rien du tout à part bordel ambulant vaguement compréhensible. A cause de l'histoire européenne, à cause de l'histoire des colonies (qui n'est pas la même que celle de l'esclavage américain), à cause du taux de mariage mixte, bien supérieur en France à celui des Etats-Unis et de tout autre pays européen, et peut-être à cause, justement, de l'universalisme. A tous ces gens-là, dont moi, vous demandez de choisir leur camp, dans une séparation qui, à un moment donné, ne peut que sembler être raciste (au sens le plus commun du terme).

 Il ne s'agit nullement de nier qu'il y a des discriminations en France, s'abattant sur tel ou tel groupe social ou ethnique. Il ne s'agit pas de minimiser les problèmes qui se concentrent sur ceux qui ont une tête et un nom arabe, sur ceux qui sont noirs, sur les roms vivant des campements de fortune, sur les asiatiques, etc.. Mais plutôt que d'américaniser la situation française et de ranger tous les problèmes existants derrière une question de race et de racisme, je crois qu'il serait bon de regarder profondément et finement notre pays pour séparer ce qui relève du racisme, de la xénophobie, de la peur du religieux dans un pays fier d'être athée / laïque, de la non résolution et du non débat entourant la guerre d'Algérie et la décolonisation en général, de la méfiance envers les ghettos, ce qui en sort et ceux qui en sortent, de la crise économique, de l'appauvrissement général, de l'emprise (et la bêtise) médiatique, etc, etc...

Voici à présent le commentaire de Fritz the cat:

Je commence a en avoir RAS LE BOL de ces gens qui manipulent les histoires de religions, de couleurs, que ce soit Blanquer (qui ne cherche qu'un coup politique) ou Sud-Education 93!

Je fais précisément partie des "racisés" comme dirait l'autre (et les arabes, on prend trèèès cher croyez-moi), mais je refuse CATÉGORIQUEMENT d'être soit disant représenté par des énergumènes qui nous foutent dans la mouise en faisant des offrandes aux fachos! Je comprends bien qu'il s'agit d'un atelier anecdotique, ça n'est pas un scandale d'état, mais quand même quelle bêtise!

D'ailleurs, ils "luttent" contre le racisme avec des stratégies TOUTES importées des USA, sacrée idée! Les résultats sont grandioses comme chacun sait...une société de demeurés consuméristes, ultra-violente, vivant en ghetto et recroquevillés sur leur pré-carré racial! Ils sont loin les Angela Davis, les Luther King, qui proposaient un modèle collectif visionnaire! Le pied pour les puissants, les dominants! Diviser pour mieux régner!

United Colors of Bande de Cons, voila le projet!

 https://www.mediapart.fr/journal/france/231117/la-plainte-contre-sud-education-cree-une-double-controverse

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