A Evry, Farida Amrani a-t-elle été battue par Mélenchon ?

Les résultats de l'élection législative d'Evry devraient amener la France insoumise à remettre en question sa stratégie. En plein mouvement des gilets jaunes, alors que Macron n'a jamais été aussi impopulaire, le candidat LREM bat à plate couture la candidate de la FI, avec une abstention qui reste à un niveau record.

Le premier enseignement de cette élection partielle, c'est bien évidemment le taux d'abstention: au second tour comme au premier, alors même que l'élection pouvait permettre d'infliger un désaveu, symbolique mais cinglant, à Manuel Valls comme à Emmanuel Macron, huit inscrits sur dix ne sont pas allés voter.

Le deuxième enseignement, c'est l'incapacité de la candidate de la France Insoumise à réunir sur son nom l'ensemble des forces de gauche, et une partie significative des abstentionnistes.

Dans un mouvement démocratique, une pareille contre-performance, alors même que tous les grands chefs à plumes de la FI avaient apporté leur soutien à Farida Amrani, amènerait à se poser des questions, à remettre en cause la stratégie.

Rien de tel, bien évidemment, ne se déroulera dans un "mouvement gazeux" dont les militants se signalent par une dévotion sans limite au Maître (c'est Mélenchon lui-même qui se désigne ainsi, sans crainte du ridicule).

La question de savoir si les anathèmes sans cesse adressés aux autres mouvements de gauche ( le Parti Communiste décrit comme "le néant et la mort"),  les récentes excentricités de Mélenchon ( "Ma personne est sacrée ! ", "La République, c'est moi !" ), et, par contraste, son amabilité lorsqu'il croise Emmanuel Macron ( " Mes critiques ? Une simple galéjade marseillaise, Monsieur le Président ! ") n'auraient pas dissuadé une partie importante de l'électorat de gauche d'aller voter, cette question ne sera évidemment pas posée.

Mélenchon, le candidat le plus clivant qui se puisse imaginer, le moins capable de rassembler, se prépare, de toute évidence, à se présenter à nouveau en 2022.

Il aura alors 70 ans, mais qu'importe !

On comprend l'amabilité d'Emmanuel Macron lorsqu'il rencontre Mélenchon.

Un second tour Mélenchon / Macron, on vient de le constater à Evry, ce serait comme un second tour Macron / Le Pen : une nouvelle victoire d'Emmanuel Macron, tant Mélenchon est un repoussoir, un épouvantail, pour tous ceux qui n'appartiennent pas à son clan.

Le problème est qu'aucune procédure démocratique, à l'intérieur de la FI, ne permet de choisir un autre candidat, moins agressif, moins haineux, mieux à même de rassembler.

Dés l'origine, la FI a été constituée comme un fan-club de Mélenchon, dont l'autorité n'est pas discutable.

Quiconque formule la moindre critique devient, immédiatement, un ennemi.

Tous les dirigeants de la FI ont été nommés par Mélenchon.

Aucun n'est élu par les militants.

Dans ces conditions, à moins qu'un autre mouvement de gauche ne parvienne, d'ici 2022, à se constituer et à se structurer, Macron, grâce à Mélenchon et à ses soutiens, enfermés dans leur sectarisme, est bien parti pour exercer un second mandat.

 

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