Marie giflée dans la rue : comment réagir à une telle agression ?

La vidéo de surveillance postée par Marie, frappée au visage par un homme qui venait de l'insulter, et auquel elle avait osé répondre, pose un certain nombre de questions. Quelles réponses pénales ? Mais aussi: comment expliquer l'apparente apathie de la plupart des témoins ?

"Dans la rue, je ne suis pas à l'aise." Frappée au visage à Paris, Marie, 22 ans, témoigne © BFMTV

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vue, voici la vidéo intégrale, telle qu'elle a été postée par Marie.

Marie est la jeune femme en robe rouge.

La scène se déroule devant la terrasse d'un café du XIX ème arrondissement de Paris.

Woman harassed and hit by a man in the streets of Paris [Eng/Fr] © Marie Laguerre

En postant cette vidéo sur youtube, Marie l'a accompagnée d'un avertissement.

A tous ceux qui pourraient dire que les témoins n'ont pas assez bien réagi : tout s'est passé très vite et ils n'ont pas eu le temps de comprendre la situation. L'agresseur était dangereux. Après l'agression, je suis revenue et les témoins ont été d'un grand soutien, merci de ne pas les lyncher.

Dont acte.

Il ne s'agit pas de lyncher qui que ce soit.

On peut, tout de même, poser quelques questions.

Quinze clients sont attablés.

Deux personnes (un barbu, à droite de l'image, à l'entrée du café, et un personnage coiffé d'un canotier) surveillent la terrasse.

17 témoins, donc.

Il n'y a pas de son, mais difficile de prétendre qu'ils n'ont rien vu, et rien entendu:

terrasse-spectateurs

Pourtant, il ne seront que cinq à se lever, pour interpeller l'agresseur.

Quatre seulement iront au contact: l'homme en chemise blanche, qui s'empare d'une chaise, deux jeunes hommes ( en t-shirt rouge et noir), puis la jeune femme en jean.

L'homme au canotier s'avance, puis fait demi-tour.

Le barbu demeure impassible, et ne bouge pas de l'entrée du café.

Tous les autres consommateurs paraissent continuer tranquillement leurs conversations, comme s'il ne s'était rien passé.

On ne peut que s'interroger sur cette apparente indifférence de l'immense majorité des spectateurs.

Sans jouer les Rambo de clavier, ce que font, bien évidemment, beaucoup de commentateurs ( Moi je lui aurais cassé la gueule, à ce... etc), comment comprendre que les consommateurs poursuivent tranquillement leurs discussions, et ne se lèvent même pas, ni pour aller réconforter la victime, ni pour interpeller l'agresseur ?

Comment expliquer que pas un ne sorte son téléphone portable, pour filmer l'agresseur ou appeler la police ?

Une plainte a été déposée, selon le Monde.

Si les autorités acceptent que des policiers y consacrent du temps, il devrait être possible, avec la vidéo et les témoignages, d'identifier l'agresseur.

La médiatisation de cette histoire, espérons-le, y aidera.

Mais quelle sera la réponse pénale ?

En termes de droit, si l'ITT n'atteint pas huit jours, il s'agit de violences légères, qui ne sont pas passibles du tribunal correctionnel, mais constituent une simple contravention de quatrième classe.

A moins que le procureur ne retienne, comme circonstance aggravante, le fait que la victime a été frappée parce qu'elle est une femme. (art 222-13 alinéa 5 ter du Code Pénal).

Mais, pour le démontrer, encore faudrait-il avoir une trace des propos échangés...

Marlène Schiappa a réagi, jamais décevante, en rappelant que ceux qui pratiquent le harcèlement de rue risqueront désormais... Une amende de 90 euros !

Comme pour un excès de vitesse, constaté par un radar,  sur une route départementale...

Amende qu'ils ne paieront jamais, pour la plupart d'entre eux...

Et encore faudra-t-il pouvoir démontrer l'infraction...

Ici même, la vidéo n'étant pas accompagnée de son, la preuve des injures sexistes ne pourrait venir que d'éventuels témoins.

Sinon, en supposant que l'agresseur soit retrouvé, mais qu'il ne reconnaisse pas les faits, et donne une autre version du dialogue, ce sera parole contre parole.

De toute façon, la loi n'étant pas encore en vigueur, cet agresseur-là ne risque rien, en l'état actuel du droit, et ne peut être poursuivi que pour la gifle.

outrage-sexiste-contravention

Capture d'écran à partir de cet article, sur le site de France Info.

En ce domaine comme en d'autres, il semble que la réponse la plus pertinente réside dans la prévention, et dans l'éducation.

Et il y a encore du travail...

Expérience sociale: Harcèlement de rue © Marine LB

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