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Billet de blog 31 juil. 2022

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Que devient le journalisme social ?

Cela peut paraître éloigné de la problématique du travail social, mais j’aimerais dans un écrit, interroger l’évolution du journalisme social, qui s’intéresse aux questions sociales. En effet, je suis inquiète quand j’observe que des sujets ne sont pas traités dans les médias alors qu’ils mériteraient des dossiers ou des enquêtes journalistiques.

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Cela peut paraître éloigné de la problématique du travail social, mais j’aimerais dans un écrit, interroger l’évolution du journalisme social, qui s’intéresse aux questions sociales. En effet, je suis inquiète quand j’observe que des sujets ne sont pas traités dans les médias alors qu’ils mériteraient des dossiers ou des enquêtes journalistiques. Pour moi, beaucoup de supports médiatiques, qu’ils soient télévisuels ou écrits, mettent sous silence ou n’analysent plus certains faits d’actualité qui sont en lien avec les conflits du monde du travail et les inégalités sociales. En réalisant mes recherches, j’ai trouvé un dossier publié par le média Acrimed en quatre articles différents dans la rubrique « critiques ». Les auteurs m’ont permis d’approfondir ma réflexion et de comprendre les transformations et les problèmes rencontrés par le monde médiatique en France1.

La professionnalisation du journaliste

La profession de journaliste connaît un enrichissement, les professionnels sont originaires de catégories sociales plus aisées, et occupent des postes plus élevés dans la hiérarchie d’entreprise. Les journalistes qui se spécialisent dans le domaine du journalisme social accèdent aux postes les moins importants, leurs articles sont moins mis en valeur et ils sont moins bien payés. Les thématiques en lien avec les classes populaires et les problèmes qu’elles peuvent rencontrer, sont donc moins questionnées dans les médias et sont moins valorisées. Moins visibles, elles ont moins d’espace qui leur sont accordées dans les pages de la presse écrite et les émissions de télévision.

Ensuite, selon le journal Acrimed, la profession est historiquement militante au début du XXème siècle et intégrée dans le mouvement syndical. Il y a eu un changement dans la profession, car les capitaux social, économique et scolaire des journalistes ont augmenté. La profession se base sur une technique, elle se spécialise, elle accumule un « savoir expert ». Le journaliste devient moins engagé, moins militant, avec la professionnalisation du métier, les différents diplômes obtenus, les écoles créées, et la montée de sa valeur sociale dans l’entreprise et la société. De plus en plus de journalistes ne font plus partie des individus et des groupes qui apparaissent dans les articles dits « sociaux », c’est souvent dans leur lecture de l’information une autre partie de la population à laquelle ils n’appartiennent pas et dont ils observent et découvrent les problèmes, les difficultés, les événements.

Pour montrer la disparition des sujets sociaux dans les médias, les journalistes auteurs du dossier, constatent la suppression de la rubrique sociale, qui se fond dans la rubrique économie dans de nombreux journaux. Cela signifie un changement de vision, de façon de voir la société française. Les conflits sociaux sont souvent analysés du point de vue du patronat, des dirigeants, des puissances publiques, mais peu du point de vue des salariés, des travailleurs, des syndicats, des représentants. La fermeture d’une entreprise, le changement de personnel, sont interprétés, étudiés quasi exclusivement à partir du point de vue du patronat et de la majorité politique. L’aspect social de ces événements s’efface de la rubrique, ce n’est plus de l’actualité.

Dans le chapitre 5 du livre Les journalistes sociaux, intitulé « Le journalisme social aujourd’hui : une spécialité infondée ? »2, l’auteure Sandrine Lévêque, observe le même changement dans la presse. À mesure que sont mis de coté les journalistes sociaux, la rubrique économie s’étend et englobe cette spécialité : l’angle d’analyse change car les journalistes économiques sont perçus comme plus objectifs, compétents, et scientifiques dans le monde médiatique. Le doute est émis sur la déontologie professionnelle qui ne serait pas totalement respectée par la journalistes sociaux suspectés d’être engagés politiquement, syndicalement et donc d’avoir une opinion forte qui peut influencer leurs écrits par rapport aux autres journalistes. Les journalistes dans leur ensemble,ont pourtant des opinions bien qu’elles ne soient pas reconnues par la carte du parti ou l’inscription dans une association, un syndicat etc. Tous les journalistes sont interrogés sur leur impartialité et leurs préférences politiques : elles ne doivent pas apparaître car c’est contraire à l’objectivité recherchée.

Concentration et réduction de l'information

L’AFP (Agence France Presse) est la plus importante agence de presse française. Selon l’article du site internet Acrimed, elle va perdre des moyens humains et financiers car l’entreprise a pour objectif de faire des économies et de continuer à produire de l’activité avec un taux de rentabilité plus élevé. Elle est pourtant chargée de sélectionner l’information essentielle chaque jour et influence le fil de l’actualité parce qu’elle décide de ce qui est considéré comme un fait ou non pour le monde médiatique, il sera ensuite repris par d’autres médias. Est-ce que la réduction des moyens signifiera, un regroupement encore plus important des informations et une sélection plus forte des faits qui seront distribués aux grands médias ? Des rubriques, des sous catégories vont sans doute partir dans le néant et avec elles tout ce qu’elles mettent en lumière, pas seulement par curiosité, mais parce qu’elles permettent de comprendre les événements du monde en prenant en compte d’autres aspects que les facteurs économiques et la loi de l’offre et la demande (social, écologie, inégalités, monde/international etc.). Supprimer des rubriques, cela peut aussi permettre d’oublier certaines choses, de ne pas parler de certains problèmes qu’on préfère éluder. Il n’existe plus s’il n’y aucun écrit dessus, s’il n’y a aucune parole pour le dire. Enfin, cela réduit la richesse des sources et des analyses de l’information, apportant moins d’ouverture d’esprit et de solutions alternatives à construire. On peut ne percevoir aucune action possible et avoir le sentiment d’être seul à constater un problème, d’être complètement dans le faux, quand des sujets, des luttes et des points de vue sont totalement invisibilisés.

Les conséquences de ce choix politique et économique dans le monde journalistique, est qu’avec moins de moyens et d’ouverture, on a tendance à se renseigner moins, à interroger moins de personnes (ou davantage les responsables, les représentants que les acteurs individuels), et on mobilise à chaque fois les mêmes sources (donc les mêmes réponses). L’information qui se voulait objective, devient centralisée par les mêmes auteurs/émetteurs, et presque subjective, puisqu’elle n’est pas plurielle, recherchée et créative, et qu’elle est formatée/contrôlée indirectement (on maîtrise des témoignages, des personnes, des sujets, des titres).

En conclusion, les médias se concentrent sur certaines actualités car il n’y a pas le temps, le fleuve continu de l’information et du direct empêche d’approfondir et d’avoir une partie de la grille de programme disponible pour diffuser des sujets et des idées sortant de la monotonie, avec des personnages moins connus et des formats plus longs. Par ailleurs, cette lecture de l’actualité sous-entend qu’il ne faut pas parler des antagonismes entre les groupes, les classes, les personnes morales et privées. La société ne parait plus traversée par des conflits, des luttes, pour des raisons économiques et sociales, nous avons le sentiment de partager les mêmes difficultés, les mêmes conditions de travail, nous avons tous le même pouvoir d’achat.

Devant notre poste de télévision, si on choisit de zapper entre les différentes chaînes à des heures ou des jours différents, on se retrouve à regarder les mêmes scènes, à entendre les mêmes témoignages et à ingurgiter les mêmes analyses. Une minute de télévision et on comprend qu’on a un résumé de toute l’actualité française voire mondiale avec la même lecture de l’information caricaturale et unique. On reste avec nos questions, ou sans voix, on passe à autre chose. Ces journaux continus sont du divertissement addictif par l’aspect cyclique des émissions et les annonces en défilés indiennes. Ils n’apportent pas de contenus, de regards sur l’actualité. Quand enfin, un témoignage ou une image nous transperce par l’importance de l’information transmise, c’est si bouleversant qu’elle nous choque d’autant plus et on reste bloqués sur ce fil rouge. Il sera repris et rembobiné sur toutes les chaînes, même adverses. Nous n’avons plus de recul et nous pouvons alors nous laisser influencer par l’émotion médiatique du moment. Par la suite, la même photographie dérivée en plein d’atrocités n’aura plus le même impact car elle est passée à la trappe. De même pour tous les défilés, les manifestations, les phrases écrites et orales montrées rapidement entre deux programmes.

Les annonceurs et les mécanismes mémoriels des publicités

Cette organisation des programmes sert la mise en valeur des publicités sources de revenus considérables, bien que je n’ai jamais compris comment elles pouvaient avoir autant d’effets sur la consommation au point qu’on y déploie autant de stéréotypes et de moyens pour vendre un produit ou un service. Cela doit rentrer dans mon cerveau sans que je ne réalise la portée de tous les messages que je lis dans la journée : prenez une journée classique : je consulte des pages internet, des flash publicitaires apparaissent même si je ne me concentre pas dessus, ensuite je croise des panneaux publicitaires, puis je suis assaillie par les écrans et les affiches immenses, des annonces peuvent se cacher dans certains symboles au cours de ma journée, j’écoute une émission de radio ou je regarde un film au cinéma, je suis sensibilisée en permanence au marketing des grandes marques. Cela signifie que l’on est exposé quotidiennement selon le chercheur en neuromarketing Arnaud Pêtre dans « Publicité, « part de cerveau disponible »... et libre arbitre », de 1200 à 2200 publicités ou à 15000 marques par jour3. Il y a des phénomènes inconscients qui se passent dans notre cerveau qui nous conduisent à être orientés et manipulés dans nos achats par cette invasion publicitaire et cette saturation de notre espace visuel qui n’a plus de coin de liberté dans son horizon pour imaginer et se laisser aller. Nous n’avons pas conscience des traces que laissent des publicités dans notre cerveau selon ce chercheur.

Plus le visionnage de la publicité est inconscient, c’est-à-dire moins on a conscience d’avoir vu une publicité, plus l’effet sur notre inconscient et notre mémoire à long terme peut être fort. Cela se fige dans la mémoire implicite : qui est dans la routine, l’habitude, l’automatique. Il n’y a pas d’effort à faire pour la faire ressurgir, c’est une mémoire qui n’est pas consciente donc il n’y a pas de traitement personnel, en lien avec notre expérience, nos connaissances, ou notre histoire personnelle comme dans la mémoire explicite. De plus, si l’on associe un message publicitaire à un symbole ou une image particulièrement positive pour nous, la marque va stimuler notre inconscient et cela va rentrer dans notre mémoire comme étant un bien positif. L’effet est multiplié si l’on voit et on entend la publicité plusieurs fois.

Chez l’être humain, la question du libre-arbitre est à prendre en compte dans notre analyse. Notre cerveau a une capacité d’inhibition de nos réponses émotives et il peut traiter, analyser l’information, pour donner du sens et construire notre opinion face à la réception d’une publicité ou d’un message. Selon le chercheur, cette capacité est plus réduite chez les enfants, les personnes moins éduquées ou sans argumentation pour contrer un message dont l’origine n’appartient pas à leur expertise, ou si la publicité est vue inconsciemment. Aujourd’hui, certaines marques dissimulent des publicités dans des vidéos, des films, des contenus en ligne comme sur la chaîne youtube. Les présentateurs jouent parfois avec elles pour les rendre moins ennuyantes à regarder quand elles sont imposées pour financer un programme. Il y a des adaptations intéressantes avec un aspect humoristique pour s’approprier le message mais ces supports visuels reposent uniquement sur le financement des investisseurs.

Les médias des 9 milliardaires

Le documentaire Media Crash de Valentine Oberti et Luc Hermann4 contient des extraits de différentes enquêtes menées par des journalistes de Médiapart, Complément d’enquête, Le Monde et des journalistes indépendants. En résumé, 9 milliardaires détiennent 90 % des grands médias (télévision, radio, journaux). Cela serait le deuxième secteur le plus rentable en France et des grands hommes d’affaires souhaitent s’y implanter en premier lieu par intérêt économique. Cependant, pendant les reportages, on comprend que détenir plusieurs médias permet d’imposer des sujets, d’influencer des rédactions, d’empêcher des sujets de sortir voire de mettre en place une censure directe sur des articles et des émissions de télévision, pour défendre les intérêts privés d’entreprises et de personnes, voire de personnalités de l’État. Pour les auteurs du documentaire, cela tue le débat public car des affaires ne sont jamais publiées et traitées, ces auteurs sont parfois attaquées en justice voire surveillés par des services de renseignement (!).

Par conséquent, contrairement aux discours tenus par trois noms cités dans le média, Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Patrick Drahi, au-delà de l’enjeu financier, c’est-à-dire investir dans un secteur économique lucratif, ils cherchent à protéger leur empire et leurs entreprises de toutes critiques et tous scandales. Ils peuvent aussi diffuser des idées politiques dans la sphère publique et créer des opinions. Pour le premier, il y a une volonté assumée de faire triompher les idées et les valeurs d’extrême droite. C’est l’objectif de Cnews (après le rachat d’itélé) qui invitent de nombreux penseurs et politiques de tendance de droite et d’extrême droite, pour diffuser leur parole et la rendre crédible car soutenue par un grand média. Un extrait de la chaîne montre que les journalistes et les émissions sont prêts à inviter sur un plateau télé, Renaud Camus pour « lui donner la parole ». Cet homme a inspiré des attentats d’extrême droite et la fameuse théorie du grand remplacement qui a été reprise par d’autres politiciens et critiques télé. Il est qualifié d’antisémite, raciste et pédophile pour ses propos tenus dans plusieurs de ses livres. Un autre invité spécial a particulièrement marqué notre écran avant les élections présidentielles, car incrusté dedans chaque jour de l’année, c’est Eric Zemmour qui porte l’idéologie du grand remplacement et défend des idées définies comme racistes et sexistes.

Selon le document, il est présent tous les jours sur Cnews à la demande de Vincent Bolloré. Il fait de l’audience en disant par exemple des phrases comme « les mineurs isolés sont des voleurs, violeurs et assassins, ils n’ont rien à faire là » ou « Greta Thunberg ménoposée ». Dans ces deux expressions, on y trouve de la violence et de la haine concentrées à une haute échelle. Sa façon de parler d’une adolescente étrangère est sexiste, et imprégnée de violence sexuelle. Le but est de faire monter la haine vis-à-vis de ces personnes dans la tête des écoutants.

Les journalistes étudient les changements opérés dans d’autres médias. Ils s’intéressent à la chaîne C8 qui est totalement centrée sur le personnage de Cyril Hanouna qui s’exprime sans sources contradictoires. J’ai l’impression qu’il parle toute la journée et que personne ne lui coupe jamais la parole. Il y a de quoi prendre le melon quand on est placé au dessus de tout le monde dans un média en entier… qui aime la pensée unique et l’absence de propositions contradictoires. Le présentateur a opté pour une émission de divertissement parlant de sujets graves, de société et organise des débats d’après la description du programme. Cependant, selon les statistiques expliquées dans le documentaire, 52,9 % du temps d’antenne est consacré à l’extrême droite, 15 % environ à la majorité, 10 % environ à la gauche avec l’extrême gauche (enquête média élections 2022)5. Pour ce qui est des personnalités politiques, ceux qui apparaissent dans l’ordre le plus souvent dans les émissions TPMP sont 44,7 % Zemmour, 22,5 % macron, 7,1 % Le Pen, Hidalgo 3,4 %, le reste 1 à 0 % (proche du nul et de l’absence d’existence médiatique).

Dans ce documentaire, je souhaite aussi retenir que des médias dépendent financièrement des annonces publicitaires (dont celles produites par le groupe publicitaire Havas). Les expériences racontées montrent qu’il ne faut pas fâcher l’annonceur car le journal risque la censures d’articles, de documentaires, d’enquêtes journalistiques par l’intermédiaire de la sanction publicitaire. Si un article ne plaît pas ou est publié malgré sa critique, le journal peut subir une sanction importante de groupes publicitaires qui refuseront de publier leurs annonces dans le journal. Or, les publicités représentent les principales sources de financement. Cela en revient à censurer la connaissance de faits qui se passent en France et ailleurs dans le monde. Les deux journalistes montrent les liens de corruption entre les politiques, des grands hommes d’affaire et les médias, ce qui influence les contenus et les productions médiatiques (articles, émissions) ou conduit à des risques de censure. La presse se met au service de certaines personnes qui ont l’argent pour payer et donc gagne le droit de d’exprimer. C’est un danger pour toute démocratie car certains petits médias moins subventionnés doivent se montrer incorruptibles et solidaires, défendre des idées différentes et alternatives, avec moins de moyens financiers. Dans la suite de la conclusion du document, sur 75 millions d’aides publiques pour subventionner les médias, 20 millions sont allés au groupe de Bernard Arnault en 2021. Cela signifie que ces médias ont une responsabilité à assumer et ne peuvent se contenter de répondre à la commande économique d’un grand patron et de ses amis travaillant dans la politique, la police privée et les entreprises d’armes.

Les choix politiques

Dans une émission diffusée sur France Culture le 26/12/2021, la thématique du débat était « la concentration de l’information nuit-elle au pluralisme » ? Les invités mentionnent la loi de 1986 qui permet de réguler la concentration des médias qui s’est accélérée en France avec le regroupement de certaines chaînes, radios et journaux. Des candidats politiques souhaitent privatiser les chaînes et radios publiques, qui pourraient être rassemblées et appartenir à des groupes privés ? Dans des chaînes comme Cnews, les propriétaires détiendraient toute la chaîne de la production d’informations. Nous sommes aujourd’hui dans une concentration horizontale car les propriétaires possèdent plusieurs chaînes, et une concentration verticale, car les propriétaires détiennent l’ensemble de la chaîne de valeur de la production, à la diffusion et l’édition. Un nouveau mouvement de concentration a vu le jour avec la fusion de tf1, m6, 20 chaînes et trois stations de radio.

La question de la pluralité et de la diversité de l’information se pose au vu de l’ensemble des moyens d’influence déployés sur certains marchés par le groupe mastodonte. En effet, il n’y a pas de publicités négatives dans les journaux dont ils sont actionnaires, ce qui serait une spécificité française. Les groupes de médias privés critiqueraient sans cesse le service public qui ne serait pas pluraliste, alors qu’ils ne le sont pas eux aussi. Le pouvoir médiatique est présenté comme un pilier de la démocratie, mais il est contrôlé dans sa liberté, sa diversité, il semble ne pas y avoir de lois limitant les concentrations d’acquisition. Les conséquences sont que la lecture des médias se livre à une droitisation de l’analyse et des opinions selon les intervenants de France Culture. De plus, il y a peu d’activités variées sur une chaîne française. Selon une intervenante dans l’émission, une chaîne allemand aurait plus de correspondants à Bruxelles que l’ensemble des médias français : aucun journaliste de Cnews ou Bfmtv ne seraient présents sur place sur certains sujets.

Enfin, le débat de l’émission de radio nous montre qu’on entre dans « la civilisation du commentaire ». Pourtant, des personnes veulent du contenu, de la matière, les gens sont aussi fatigués des commentaires qui n’informent personne dans le travail de la politique. La politique ce n’est pas que des face à face et des compétitions. Face aux limites de l’information fournie par la télévision, les citoyens vont chercher d’autres sources d’information sur les radios, internet, la presse écrite, les réseaux sociaux. Les chaînes d’informations en continu correspondraient davantage à du divertissement, du débat orchestré et de l’occupation de cerveaux. On observe un décalage entre ce qui préoccupe les grands médias et ce qui intéresse les conversations des français (par exemple la question des catastrophes naturelles et climatiques). Aujourd’hui, ce débat a en partie abouti du point de vue des politiques publiques, par la suppression de la redevance audiovisuelle, qui serait remplacée par les revenus issus des impôts sur le revenu et la TVA.

Ouverture vers le journalisme social

En prenant connaissance de l’ouvrage Les journalistes sociaux6, j’en conclus que comme les professions du travail social, les journalistes sociaux ont pour objet d’étude et d’analyse des questions sociales, qui ont peu de renommée dans l’univers médiatique. A la page 67, on comprend qu’enaméliorantles conditions de travail des journalistes sociaux confrontés à des pénuries de moyens humains et matériels, et à des sources d’information difficiles d’accès, cela pourrait améliorer la qualité des articles et des reportages.

Des documentaires sur des services et des foyers de l’Aide Sociale à l’Enfance ont révélé des scandales dans la gestion, le traitement et l’hébergement des enfants accueillis7. Les reportages mettent en avant les difficultés de personnels, qui ne seraient pas assez nombreux ou pas assez formés, des manques matériels, des trafics, des maltraitances, des enfants en échec scolaire, des problèmes psychiatriques… Des journalistes réussissant à se faire employer dans des foyers sans expériences et sans diplômes requis, ont fouillé dans les lieux d’accueil équipés de caméras cachés pour maximiser l’audimat. Dans ces enquêtes journalistiques, il est souvent regretté qu’aucun travailleur social ou un représentant, n’apparaisse pour exprimer un avis sur ces situations, ils sont absents d’un sujet dont ils sont pourtant les premiers acteurs. De plus, certains problèmes soulevés par les journalistes ne sont pas niés, mais au contraire sont revendiqués par les professionnels et les responsables du secteur. Si des critiques sont apportées sur ces documentaires, lorsqu’ils sont diffusés, ils créent parfois une émotion collective assez forte et font beaucoup parler d’eux pendant un instant donné. Cela permet d’alerter sur des problématiques rencontrées dans le travail social et la protection de l’enfance. Il est tabou de les aborder et quand elles surviennent dans le paysage public, on ne peut qu’être choqués de découvrir les défaillances et les violences du système de prise en charge. Cependant, nous n’avons pas les suites données à ces révélations et on reste dans l’attente de connaître les répercussions et les décisions prises pour remédier aux problèmes remarqués.

1 Cf. Pauline Perrenot et Sophie Eustache, « Médias et travail : le journalisme social en miettes » (2/4), acrimed.org, 15 novembre 2021, disponible sur : https://www.acrimed.org/Medias-et-travail-le-journalisme-social-en-6405

2 Cf. Sandrine Lévêque, Les journalistes sociaux, Presses universitaires de Rennes, 2020, 236 p., disponible sur : https://books.openedition.org/pur/24705?lang=fr#text

3 Cf. Joanna Yakin, « Les Français sont-ils vraiment exposés à 5 000 marques par jour comme l'affirme François Ruffin ? », francetvinfo.fr, 07/11/2019

4Cf. Valentine Oberti et Luc Hermann, « Média Crash - qui a tué le débat public ? », 2022, disponible sur : https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/france/le-documentaire-media-crash-de-retour-sur-mediapart

5Cf. Ibid.

6 Cf. Ibid.

7 Cf. Yves Faucoup, « Défaillances de l’ASE et des documentaires », 22 janvier 2020, disponible sur : https://blogs.mediapart.fr/yves-faucoup/blog/220120/defaillances-de-l-ase-et-des-documentaires

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