re : poètes en grève — échanges avec Francis Combes

Le 25 octobre avec quelques poètes invité-e-s à la Biennale des poètes en Val-de-Marne par Francis Combes, nous faisons grève pour dénoncer les coupes budgétaires qui amènent l'organisateur à ne pas nous rémunérer pour des textes déjà fournis, des lectures à venir. [Voir ici https://poesiecivile.wordpress.com/9-regres/] —

Le 4 décembre, après la Biennale, Francis Combes co-signe le texte ci-dessous. Je reproduis ici simplement l'échange qui en a résulté.

Que nous disent les jeunes poètes ? (1)

 

La génération en noir et rouge
Le 17 novembre dernier, au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry, la Biennale des poètes tenait son ultime grande soirée intitulée "Dernier métro pour la poésie", lors de laquelle ont lu une vingtaine de poètes français de moins de quarante ans1. L’idée de cette rencontre était née d’une interrogation : dix-sept ans après le début du XXe siècle, comment se présente le paysage poétique des nouvelles écritures ? Il semble que nous ne soyons pas en train de rejouer les débuts du siècle précédent. Apparemment pas de groupes qui pourraient être l’équivalent des dadaïstes, des surréalistes ou des futuristes. S’ils existent, nous ne les connaissons pas… Alors, sommes-nous dans le simple prolongement de la fin du XXe siècle ou y a-t-il du nouveau ?

Le premier fait marquant est quantitatif. Il y a aujourd’hui un grand nombre de jeunes poètes, qui écrivent, qui publient (avec difficulté), qui prennent la parole sur scène, diffusent leurs poèmes par Internet, créent des revues. Et ce fait quantitatif a une valeur qualitative. Il nous dit que la poésie n’est pas morte.

Le deuxième fait, c’est évidemment la grande diversité des personnalités et des styles. Du point de vue formel, les nouvelles écritures sont multiples car après les révolutions formelles du siècle passé les jeunes poètes disposent d’une palette étendue de moyens d’expression. Peu de vers comptés et rimés (encore que quelques-uns les cultivent avec talent et parfois un peu de préciosité dans un esprit baroque), beaucoup de vers libres, avec, à défaut de rime, une forte présence de l’assonance, comme dans le rap. Pas mal aussi de textes qui ont la forme de proses rythmées, avec parfois des indications typographiques pour la mise en voix… Tout ceci montre que la "crise du vers" n’est pas terminée et qu’elle est toujours féconde.

Mais au-delà de cette diversité formelle voit-on se dégager des courants ? Un regard un peu rapide conduirait à penser qu’il y a deux grandes tendances : la performance et le lyrisme critique. Et il serait facile (et sans doute réducteur) d’y voir l’influence de poètes plus anciens, comme Charles Pennequin d’un côté ou Serge Pey de l’autre.

Ces deux tendances existent bien. Mais il n’est pas sûr qu’elles dessinent une ligne de partage véritable. Tous en effet accordent à l’oralité une place centrale. Et tous, plus ou moins, font poésie de la langue d’aujourd’hui, de ce français mouvant, mutant et parfois estropié qui est devenu le nôtre. Tous aussi font la part belle au "je" au sujet lyrique que les expériences formelles des années soixante-dix avaient parfois prétendu évincer au profit de la "mathématique du langage".

Si on demandait quelle est la couleur de cette génération, je dirais spontanément qu’elle est noire et rouge (le noir y dominant). La plupart des textes sont très ancrés dans la réalité sociale d’aujourd’hui, qui parait inévitable et étouffante à beaucoup. Ils expriment le quotidien d’une génération qui a souvent le sentiment qu’on lui ferme la porte au nez. Leurs poèmes naissent dans le décor de la vie urbaine, des transports, de la précarité, de la réalité économique (ils n’hésitent pas à traiter de réalités prosaïques, à parler de la merde et de l’argent, ce qui ne se faisait guère), et ils sont, dans l’ensemble, plus engagés dans leurs poèmes que leurs aînés. Leur poésie est souvent douloureuse et volontiers sarcastique. Le bonheur y est une denrée rare. Il y a pas mal d’énergie et aussi parfois de la rage. C’est une poésie souvent plus révoltée que révolutionnaire. Comment leur en faire grief ? Le temps actuel n’est pas aux révolutions mais aux démolitions. Parfois cette révolte a des accents nihilistes. Parfois non.

Peut-être, si une ligne de partage existe vraiment tient-elle à l’existence de deux attitudes opposées. Un incident qui s’est produit dans la préparation de cette soirée l’a révélé. Quelques-uns (notamment parmi les performeurs) mettant en avant la question du "cachet" (qu’ils jugeaient incertain ou insuffisant), se sont déclarés "grévistes" et ont tenté, sans grand succès, de faire de cette grève un événement. Certains d’entre eux se considèrent visiblement d’abord comme des gens de spectacle. Ce qui donne à réfléchir.

La poésie qui s’est remise à monter sur scène depuis les années quatre-vingt est parfois maintenant menacée par le spectacle. Emportée dans le tourbillon de la dissolution du sens, la poésie, importe finalement peu. Comme l’écrit A. C. Hello « le mot est dérisoire »… Les poètes français ont longtemps pensé, par sa marginalité même à l’égard du marché, que le poème était en quelque sorte préservé. Il n’en est rien. La poésie peut aussi être récupérée par le "libéralisme", devenir un spectacle où le bal des ego peut devenir payant. Il y a dans les parages de ce qu’on appelle l’art contemporain une tendance à cela, et de l’argent à la clef, pour une poésie non pas à compte d’auteur mais "à compte d’État", ou du privé, comme la fondation Vuiton. L’un de ces poètes, Marius Loris, dans une sorte de monologue bousculé, dit avec une certaine lucidité la contradiction de classe de la petite bourgeoisie : « Tu es énervé. Mais ça lasse vite les gens. Tu n'en es que plus pathétique. Moi ? J'essaie juste de survivre. Tu vis sur le mode de l'agression permanente que veux-tu que je dise... Tout te blesse. Rien ne te satisfait... Pourtant tu croques plus que d'autres, tu as un travail une meuf un futur possible. Tu as le cul coincé entre la trahison de classe et la collaboration. »

Il y a eu dans cette action avortée (mais soutenue par certains vieux tenants de la "modernité" comme le site Sitaudis) une manifestation assez classiquement gauchiste de la "phrase révolutionnaire" qui se trompe d’ennemi. On croit faire la révolution en s’attaquant à un festival de poésie, parce qu’on l’imagine dirigé par un vieux stalinien…

Parfois, lors de la polémique à laquelle cette grève a donné lieu, s’est d’ailleurs exprimé ce qu’on pourrait appeler un mépris de classe à l’égard d’une initiative poétique qui se tenait en banlieue, comme dans le texte signé "Mouton" pour qui visiblement passer le périphérique, c’était déjà déchoir. Et par un phénomène grégaire accentué par les échanges sur Internet, ceux-là ont pu en entraîner d’autres légitimement inquiets pour leur rémunération ou leur reconnaissance.

Mais beaucoup néanmoins, jugeant la poésie plus importante que la solde, sont venus quand même, nonobstant les difficultés de la Biennale. Et pour manifester clairement leur solidarité avec une manifestation qui entendait donner la parole aux jeunes poètes. (Pour être juste, plusieurs "grévistes" pensaient sans doute aussi par leur action soutenir la Biennale confrontée aux coupes budgétaires).

Au fond, poétiquement, se sont exprimées deux positions distinctes. L’une qui tend à réduire le poème à son spectacle, l’autre qui considère que la poésie est autre chose que sa performance sur scène et qu’elle tient toujours au texte et au sens.

Il avait été demandé aux participants d’écrire une page pour préciser leur idée de la poésie. Une façon, dans une période où les occasions d’échanges théoriques sont rares, d’inviter au manifeste, ou au moins à la formulation. Le résultat est passionnant. Il montrera quand ces textes pourront être publiés que cette génération a lu et qu’elle a une vraie réflexion sur la poésie.

Plusieurs notent d’emblée que la poésie ne se confond pas avec le discours sur la poésie.

Par exemple Victor Blanc : « Quand nous en parlons, la poésie n’est pas là ; mais quand la poésie est là, nous n’en parlons pas. Perpétuel chassé-croisé. Exactement comme la mort, telle que la définit Épicure. ("Quand nous sommes, la mort n’est pas là ; quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas »"). De sorte que la poésie et la mort sont vraiment des choses très similaires, si on me permet ce raccourci. Si on les prend dans l’absolu, elles sont inconnaissables. Mais ce que n’avait pas vu Épicure, c’est que la mort - et la poésie -, on vit avec. » Comment ? On en parle la prochaine fois.

* Francis Combes et Patricia Latour

1. Le conseil général du Val-de-Marne ayant confirmé qu’il arrêtait sa subvention, la Biennale n’aura plus lieu. Lire ici. (NDLR)

Paru dans Cerises n°338, 1er décembre 2017

 

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Cher Monsieur,

 

Vous ne vous êtes jamais adressée à moi directement, ce qui est particulièrement problématique à mon sens dans la mesure où vous êtes venu me chercher sans que je ne demande rien, c’est-à-dire que vous avez fait preuve d’une curiosité envers ma personne que vous n’avez plus prononcée dans la suite de nos échanges.

 

Je voudrais revenir sur vos écrits et sur les miens. Dans un billet de blog, vous dîtes que vous avez invité des poètes à participer au dernier évènement d’une Biennale qui se tient depuis 26 ans et dont les subventions ne seraient pas renouvelées. Ce n’était pas les termes employés lors de votre message en mai. En mai, la Biennale ne semblait nullement inquiétée par d’éventuelles coupes budgétaires, ou en tout cas, vous n’en avez pas fait état, et la soirée ne s’appelait pas le « dernier métro pour la poésie ».

 

Vous dîtes qu’on se trompe d’ennemis. Mais n’ayant pas d’ennemis, comment pourrions-nous nous tromper ?

 

Nous vous avons écrit de façon très cordiale, nous nous sommes adressés à vous comme c’est votre stagiaire, Hugues Barra (que vous comme moi ne nommons d’ailleurs pas et qui est pourtant l’initiateur et porteur du projet de la Biennale avec les jeunes poètes), qui nous a envoyé le message d’invitation puis annoncé cette coupe budgétaire, nous voulions en savoir plus, et que le mot soit de vous ; nous avons eu d'un côté un discours de défense disant que ne serait pas résistant ou Poésie celui qui ne venait pas vous soutenir, de l'autre un message avec cette phrase : " [...] je comprends tout à fait que certains d’entre vous renoncent à y participer.

Je souhaite seulement que chacun puisse nous faire part assez vite, si possible d’ici la fin de cette semaine, de sa décision."

 

Les jeunes poètes, qui avaient accepté les conditions émises par la Biennale dans une idée d’ouverture à l’autre (trente jeunes poètes) portaient alors sur leurs épaules le poids d’un soutien de conviction profond. Mais monsieur, écrire est notre métier, et nos convictions politiques personnelles ne devraient pas être éprouvées de cette façon dans le cadre d’une proposition professionnelle.

 

Qui êtes-vous pour que je vous soutienne ?

Où vous situez-vous ?

 

Je n’en sais rien, à dire vrai je ne vous vois qu’à la fête de l’humanité, qui n’est pas selon moi la garantie d’un comportement éthique, féministe, écologiste, communiste, ou responsable. Ma génération est une génération, vous le notez, qui paye comme tout âge certaines nonchalances, certains silences des générations précédentes. Vous avez peur du spectacle ? Où était votre génération pour proposer des salles de répétition de lecture aux poètes ? Sans jamais la possibilité d’un espace, évidemment que certain-e-s d’entre nous ont commencé à avoir des idées devant une scène. Une scène serait-elle capable de m’aider à partager ma vision plus clairement, à l’élucider ? Comment ancrer mon écrit au présent ? Cela veut-il dire que j’abandonne le sens et la vision de mon poème ? De m’ouvrir à d’autres formes, cela veut-il dire que j’abandonne le sens et la vision de mon poème ? ou bien que je l’explore, le travaille ? Que pensez-vous des auteur-ices de théâtre ? Mais surtout, quand arrêterez-vous de juger ? De quoi avez-vous peur pour vouloir à tout prix nous mettre, poètes jeunes, poètes non-jeunes, poètes connu-e-s, poètes confidentiel-le-s, en concurrence de votre approbation ? Se pourrait-il finalement, que vous n’ayez peur que de notre indifférence ?

 

Peut-être avez-vous compris que ma génération n’est pas en admiration immobile ou baveuse devant les anciennes générations mais qu’elle a le désir d’échanger, de se mettre à égal, les influences se croisent, ainsi les références... Pourquoi cherchiez-vous des futuristes en 2017 ?

 

Mettez-vous à l’écoute du présent devant vous, il y a des choses, celles-ci ne portent pas encore de nom puisqu’elles s’expriment depuis peu, il faut leur laisser l’espace d’exister. Il y a aussi de nombreux courants près desquels vous ne passerez pas sans sortir de votre tout-puissant urbain, vous parlez de banlieue sans mentionner le fait que beaucoup d’évènements de la Biennale se tenaient à Paris, dans les locaux de La Sorbonne.

 

Je ne sais pas ce qu’est une langue estropiée, je sais qu’on vit dans un monde où la faute d’orthographe marginalise l’intelligence et où les défenseur-euses de la langue que peuvent être les poètes ont passé un temps considérable à essayer de savoir qui écrivait bien ou mal avant de se souvenir qu’on se trompait d’ennemi. Voilà un fait qui mène peut-être votre personne à penser qu’un jugement est plus valable qu’un autre, que le jugement est une valeur, la légitimité un droit à acquérir.

 

Ma génération est révoltée, pas révolutionnaire ? Monsieur Francis Combes, ma génération apprend à exercer des travaux précaires et abrutissants avec humilité et vigueur. Ma génération rit avec Maïakovski bien qu’elle n’ait pas besoin de s’en souvenir à chaque pas, comme Maïakovski n’est pas le seul que l’on ait découvert et qui soit artistiquement et politiquement admirable (selon qui ?). Il y a des gens vivants aussi. Je refuse le meilleur d’entre nous, le seul solvable, le messie, pour insister sur la puissance en soi et sur, le mot n’est pas de moi, les forces que nous nous faisons grandir.

 

Nous avons appris à nous adresser aux interlocuteur-ices concerné-e-s par le propos tendu et nous avons appris à assumer nos choix. Je ne comprends pas pourquoi vous parlez ici de qualité poétique, alors qu’il a été question de s’unir pour porter un discours politique qui nous permette de remettre en question une voie de fait et un problème récurrent de notre corps de métier, la gratuité.

 

Un exemple révélateur : l’un des non-grévistes a dit qu’il n’avait pas encore besoin de cet argent puisqu’il vivait chez ses parents. J’ai vingt-huit ans, j’ai décidé il y a un an de me consacrer à plein temps à des travaux poétiques comme j'avais "la chance" de pouvoir retourner vivre chez ma mère pour éviter de payer un loyer. J’ai écrit, j’ai lu, j’ai chanté, j’ai organisé des évènements, mais mes choix politiques ou mon inconscience font que je n’ai perçu aucun revenu de ces activités, et que j’exerce depuis un mois et demi un job à temps plein pour rattraper un autre bout de ma personne qui est celui de l’autonomie, et qui me fait sourire parce que je ne suis pas sûre que mon patron et vous qui êtes à la limite de l’infantilisation du fait de votre position, me regardiez tout à fait dans les yeux lorsque nos chemins se croisent. Le patron en question court chez une collègue pour chercher un chocolat s’il a faim alors qu’à la place d’une cuisine il a installé un micro-ondes et un distributeur de mars — vous dénoncez la trahison de personnes que vous ne considérez pas individuellement, mais en invitez d’autres au dernier moment sans les prévenir de la situation en cours.

 

Nous vous avons posé la question, une question est toujours bienvenue si on a confiance, et vous n’avez pas souhaité prendre part à ces réflexions que vingt sur les trente poètes invité-e-s émettaient. D’accord.

 

L’information a été donnée de la façon la plus claire possible, tandis que vous, d’ennemis en ego, n’avez même pas mentionné la grève dans un article au sujet de la Biennale paru dans la version numérique du journal Le Parisien*. C’est une faute monsieur, vous avez mis votre anecdote personnelle avant l’intérêt général, et je vous joins à nouveau ci-dessous le texte que je vous avais envoyé au sujet de la poésie et qui illustre bien notre non-litige.

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* http://m.leparisien.fr/ivry-sur-seine-94200/val-de-marne-c-est-la-derniere-biennale-des-poetes-15-11-2017-7393995.php

*https://poesiecivile.files.wordpress.com/2017/12/poesie-civile9-regres-poetes-hd.pdf

*https://blogs.mediapart.fr/edition/ecrire-aujourdhui/article/151015/qui-sort-de-la-bouche-par-ac-hello

 

 

légal :

Comment toujours on revient à la racine du mot pour le définir,

se l'approprier

éventuellement en inventer un d'après ce premier terme,

me fait penser à comment mille sens pour un mot est plus difficile à comprendre, et comment mille mots à sens unique semblent également, difficile à considérer.

 

Comme si, à l'image de la loi, la liberté totale était une somme de plusieurs libertés particulières et totalement prises, fluides elles, dont on pourrait en cerner les contours. La poésie en cela, un poème + un poème + un poème...

 

Il sera toujours plus facile de rationaliser la guerre si on la vit que la paix si on doit la créer soi-même.

 

La guerre ce peut être l'écriture fluctuante d'une existence qui à la fois se vit et s'imagine, trouver comment concrétiser, émettre des hypothèses, dans un environnement, puis les vérifier.

 

Comme ça l'infini est représenté par un cercle dont les parallèles se croisent : une sorte de huit allongé. Un cercle droit, fini, rond et plein, zéro, c'est une perfection et cela existe, ce serait le résultat d'une combinaison, ce serait une configuration optimisée en effet, pas meilleure, mais optimisée à cet endroit précis, nul (mais pas inintéressant) puisque fini.

 

L'infini, lui, dit : croise — reprend la trajectoire.

 

Croiser, dévier, cela implique rejoindre. Peut-être ce pas de côté permet-il le recul, dans ce contexte, le recul ce serait également de l'humilité. Pour qu'il y ait recul à devoir ou vouloir prendre, à un moment, il faut qu'il y ait une sorte d'erreur : il faut qu'un nouvel élément soit venu interroger l'ordre établi. Alors on commet des bêtises (on vérifie les hypothèses) car que l'on rejette ou non ce nouvel élément, on l'intègre forcément. C'est là qu'intervient l'humilité. Cette expérience, cette rencontre, devrait nous revenir égale : qu'on ait pu accéder à nouveau, pleinement, à son identité propre. Je crois que l'être humain est porteur de présents, et c'est le temps qui ne s'arrête jamais, c'est lui qui ne cligne jamais des yeux.

 

Le fait que les droites ne se croisent pas est infiniment impossible.

 

Par conséquent, accepter les présences comme une clé unique permettant de réajuster ce moteur au nombre infini de verrous qu'est le temps c'est un premier sourire. Le deuxième c'est d'accepter aussi, de ne pas accepter. Un être, un mot, une nature est infinie lorsqu'elle est à sa bonne place, apprendre à se la reconnaître c'est reconnaître celles de l'autre, c'est déjà, s'enrichir.

 

Où est au juste l'endroit où s'écrit la loi (la poésie ?) ?

 

Est-ce que d'un côté il s'agit de permettre à n'importe quelle parole d'exister,


Et de l'autre de partager ce qui a été découvert en tant que loi/ou poésie —


De les faire se rejoindre sans que l'une ne concurrence l'autre ?

 

(justesse à préciser)

de sens, de formes, de risques, de libertés

 

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Bien à vous,

 

Laura Boullic

 

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Je ne puis à cela hélas rien répondre

Car je dois l'avouer, je n'y comprends que pouic

Votre forte logique aura su me confondre

Que dire ? meilleurs voeux d'avancées poétiques !

Francis Combes

 

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oui,

 

chaque pied a sa misère

chaque chaussure sa conscience

 

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Voilà qui me plaît mieux !

Pour votre information : nous avons appris trois semaines avant la tenue du festival que notre principal financeur, le Département du Val-de-Marne, confronté à des difficultés, ne reconduirait pas sa subvention en 2018. Du coup, notre association, qui a toujours équilibré ses comptes, se voyait privée des moyens de poursuivre son activité au-delà du festival (qui s'est d'ailleurs bien passé).

Il n'en était effectivement pas question au mois de mai.

Une assemblée extraordinaire qui s'est tenue le 6 décembre a donc décidé la dissolution de l'association, qui cesse son activité après plus de vingt-cinq ans et quelques 800 poètes du monde entier que nous avons invités et à qui nous avons donné la parole sur les scènes que nous avons organisées. Et l'équipe sera licenciée en janvier.

Nous atttendons par ailleurs toujours que la Région Ile de France nous verse la subvention votée pour 2017, ce dont nous avons besoin pour finir l'année.

Bonnes fêtes malgré tout,

 

Francis Combes

 

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Cet échange me rappelle une histoire que racontait mon grand-père,

un homme a soif, il dit "qu'est-ce que j'ai soif, qu'est-ce que j'ai soif, qu'est-ce que j'ai soif..." —

au bout d'un temps une bonne âme lui offre de l'eau "AH ! qu'est-ce que j'avais soif, qu'est-ce que j'avais soif, qu'est-ce que j'avais soif...".

 

Je veux bien reconnaître votre travail, votre présence, mais pas nécessairement en dépit de la mienne, et —

je trouve que ma concentration à votre égard s'est dispersée à la lecture de votre première réponse.

 

​Je vous adresse mes vœux sincères.

 

Cordialement,

 

Laura Boullic

 

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Meilleurs voeux à vous aussi.

Francis Combes

 

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