Jean-Luc Mélenchon se fait "Sandersiser"

A Droite toute, c'est ce qu'on pourrait se dire en faisant une rapide revue de presse de ces dernières semaines. Mise à part l'ultra focale accordée à la Primaire de la droite, qui en a fait réagir beaucoup, rien sur les partis de gauche ou si peu. Tout se passe comme si la finale de la primaire désignerait en fait notre prochain président, n'en déplaise aux sondages. Un déjà vu assez troublant...

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 Dans l'émission "Polonium" d'avril 2016, on revenait sur les changements effectués en catimini aux règles de candidature et aux temps d'antennes accordés aux candidats à l'élection présidentielle.

Réunis en cercle figuraient alors Christophe Barbier (ancien Directeur de l'Express ayant rejoint BFM en octobre) et Olivier Duhamel (spécialiste de la Vème République et ex députée européen PS) face à deux candidats aux présidentielles 2017 : François Asselineau pour l'Union Populaire Républicaine et Rafik Smati représentant d'"Objectif France". 

Ces derniers s'insurgeant, comme de bien entendu, sur les modifications des règles de parrainage et de l'exposition médiatique désormais proportionnelle au "poids" du candidat, Christophe Barbier leur rétorque alors, soutenu par Olivier Duhamel, que les rédactions opèrent une "rationalisation" de leur choix en fonction de la probabilité des candidats de faire un bon score aux présidentielles. Les rédactions construiraient ainsi "un temps médiatique" en fonction des chances supposées d'un candidat de peser dans l'élection. Sinon, silence radio.

Outre le fait que l'on pourrait remettre en cause le rapport de causalité douteux de cette stratégie, il n'appartiendrait donc pas aux médias, selon Monsieur Babier, de mettre en lumière les différents candidats à une élection mais ce serait en fait aux candidats eux-mêmes, de par leur popularité, que reviendrait la tâche de se rendre visibles et d'effectuer une percée salvatrice dans l'univers feutré des "winners médiatiques"... 

Fort de cette information, il semblerait donc normal que la couverture médiatique allouée aux différentes forces politiques s'en ressente, six mois seulement avant une échéance électorale aussi cruciale. Or, quelle n'est pas notre surprise de lecteur ou de téléspectateur lorsque nous constatons que, depuis des mois, une prépondérance écrasante est accordée aux primaires républicaines dans toutes les rédactions, effectuant ainsi un quasi hold-up sur ce fameux temps médiatique.

En effet, non contents de mobiliser toutes les rédactions durant le vote, c'est depuis plus de six mois que sont deversés des milliers d'articles   mettant en lumière qui du candidat qui du face à face tant attendu entre les aspirants à la primaire de la droite et du centre, inondant ainsi les journaux et antennes télés

A en juger par la répercussion médiatique de ces primaires, tout porte à croire que ce ne serait pas un candidat à la présidentielle que nous élirions mais bien LE futur Président de la République. 

Ce phénomène mis à part, les candidats adoubés par les oracles sondagiers devraient eux aussi, en toute logique, se voir alloués une place non négligeable dans la hiérarchie médiatique. Or là non plus, il n'en est rien. 

Parmi tous les sondages effectués depuis un an, Jean-Luc Mélenchon domine systématiquement les intentions de vote et les indices de popularité à Gauche. Pourtant, outre les feuilletons successifs suivant la candidature Macron, les candidats de gauche et à fortiori le candidat de la France Insoumise se voient totalement invisiblisés dans les médias. Les articles faisant foi de la candidature de Monsieur Mélenchon, de son programme ou de sa campagne sont égrénés au compte-gouttes et lorsqu'il y est fait effectivement mention, c'est pour mieux faire douter de l'impartialité affichée des journalistes (voir à ce sujet l'imbroglio plus ou moins glorieux de la rédaction du Monde suite à un article faisant état d'une réunion sur la sécurité qu'avait organisée la France Insoumise). 

On pourrait bien ici faire référence au phénomène pointé par Frédéric Lordon sur le journalisme post-politique (http://www.acrimed.org/Le-journalisme-post-politique-eparpille-facon) mais plus inquiétant serait de rapprocher ce phénomène à une autre élection polémique, outre-atlantique cette fois. Et plus particulièrement au déroulement médiatique des primaires démocrates et ce qui en a suivi.

Plus personne ne peut nier que le parti démocrate n'aura pas joué très franc jeu durant cette première manche électorale. Mais ce que l'on ne pourra pas non plus nier, c'est la totale invisibilisation du candidat démocrate Bernie Sanders.

Alors qu'il bénéficiait d'une popularité impressionante parmi l'électorat, son "poids" politique ne fut nullement retranscrit par une présence médiatique accrue. Ce phénomène s'aggravant dès lors qu'il franchissait les frontières. Il fallait vraiment le vouloir et chercher intentionnellement pour trouver des articles faisant mention de Bernie Sanders dans les médias. 

Tout se passerait-il donc à l'identique des deux côtés de l'Atlantique?

La logique éditoriale présentée si catégoriquement par Monsieur Barbier serait-elle réellement ce qui motive le choix des conférences de rédaction ?

Tout semble se passer actuellement en France comme cela s'est passé aux Etats-Unis : Jean-Luc Mélenchon se fait "Sandersiser".

 

 

 

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