Lettre ouverte à Marine Le Pen, de Mourad laffitte

Au vu du contexte actuel, il me semble nécessaire de partager la lettre ouverte que Mourad Laffitte, réalisateur amiénois, adresse à Marine Le Pen

 

Lettre ouverte à Marine Le Pen

 « Aujourd’hui nous allons gagner la région et demain, en 2017, nous gagnerons le cœur de la nation » déclarez-vous.
Vous aspirez, Madame, à devenir la présidente d'une grande région en répétant à loisir que vous êtes « la candidate des oubliés, des petits aux grands problèmes. » Mais de qui et de quoi parlez-vous ?
Vous qui faites de l'étranger, un éternel bouc émissaire, responsable de tous les maux de notre société, avez-vous conscience du sang versé par ces hommes et ces femmes venus d'horizon divers ? Depuis le  19e siècle, la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais, sont des terres d’accueil, de passage et d’immigration. 

1914, la France fait appel aux combattants Spahis, tirailleurs, goumiers, de ses colonies : Marocains, Algériens, Tunisiens, Sénégalais, Malgaches, Kanaks, Indochinois. Durant ces 4 années de guerre, 250 000 soldats d’Afrique ont combattu en France. 75 000 tirailleurs sont tués ou portés disparus sur les champs de bataille pour libérer la République. La Picardie a été, tout au long de ces années, le théâtre de batailles militaires majeures comme celles de la Somme en 1916.
1939, le plan Mandel (Ministre des Colonies) lance une mobilisation des troupes coloniales d’Indochine, du Maghreb et d’Afrique dans la Somme.
Mai 1940, les régiments coloniaux sont rudement touchés. Ainsi, le 24e régiment de tirailleurs sénégalais perd 60 % de ses cadres et tirailleurs lors de combats à Aubigny.
Juin 1940, une cinquantaine d’Africains du 44e RICMS sont capturés et exécutés. A Airaines, les soldats du 53e RICMS dont le capitaine N’Tchoréré, originaire du Gabon, sont fusillés après leur reddition.

De même sur le plan économique et sur les questions d 'emploi que vous affectez de mettre au cœur de vos préoccupations, en prétendue défenseuse de la classe ouvrière. Sachez que l'agriculture, l'industrie du textile, de la chimie et les charbonnages ont de tout temps fait appel à une main-d’œuvre étrangère (belge, polonaise, algérienne, marocaine, portugaise...). Une immigration qui a façonné l'histoire de notre grande région et contribué ainsi à son essor économique.

 « Les Français me connaissent mais les habitants de la région me connaissent mieux encore. Ils m'ont vu les défendre durant 12 ans, au Conseil régional » affirmez-vous. Pourtant, lorsque notre région a connu des conflits sociaux majeurs (Conti, Goodyear notamment) avec des milliers d'emplois supprimés, les élus de votre parti, siégeant dans les collectivités concernées (région, communes...) ont fait preuve d'un étonnant mutisme : pas un vœu, pas une motion, pas la moindre manifestation de soutien à l'égard de cette classe ouvrière si durement malmenée par une autre classe à laquelle vous appartenez !

Et toujours la même rengaine de votre part, avec son éternel cortège de thèses xénophobes sur ces étrangers, coupables de voler l’emploi des Français ; banalisant ainsi le racisme, normalisant la haine de l'autre. Bien entendu, silence total à propos des vrais coupables tel le prédateur Bernard Arnaud, multi milliardaire, quatrième fortune mondiale, basée sur le démantèlement du groupe Boussac-Saint-Frères. Deux mois seulement après la reprise du groupe, plus de 3 000 suppressions d’emplois dont plus de500 dans la Somme, laissant une Vallée de la Nièvre totalement dévastée où voit le jour la 3e génération de demandeurs d'emploi et de précaires.

Alors oui, Madame, vous aspirez peut-être à la présidence de notre Région mais, pas plus que vous ne connaissez son histoire, vous ne respectez ses valeurs humaines. Votre seul « atout », votre seul argumentaire, est un discours populiste d'un autre âge, celui des ligues factieuses de 1934."

Laffitte Mourad, réalisateur

 

 

 

 

 

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