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Billet de blog 15 septembre 2011

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Les primaires socialistes : Mort des partis ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

S’interroger sur les primaires n’est pas vain ou inutile. Les primaires socialistes, bien loin de celles des Etats-Unis parce que trop marquées par le bipartisme, sont l’occasion de porter un autre regard sur l’évolution de la vie politique de notre pays.

Après celles d’Europe Ecologie - Les Verts menées « tambour battant », le Parti Socialiste et le Parti Radical de Gauche se soumettent à leur tour à ce nouvel exercice qui consiste à faire désigner par les sympathisants/électeurs, moyennant un euro et une signature à une Charte, leur candidat(e) pour la présidentielle de 2012. Cette nouvelle formule succède à celle de novembre 2006 qui avait alors abouti, grâce aux militants à « 20.00 € », à la désignation de Ségolène ROYAL.Entre 2006 et aujourd’hui, les différences ne sont pas si marquées que çà. Dans les deux cas, il y a bien à l’origine l’idée d’aller au-delà du cadre du parti dans la désignation du candidat à la présidentielle. Il n’est pas non plus anodin de constater la multiplication d’associations dont le seul but est de satelliser leur candidat. Il en va de Dominique de VILLEPIN et de Jean Louis BORLOO qui ont, tous deux, choisit la forme associative : « oxygène » pour BORLOO et « république solidaire » pour VILLEPIN ou « désirs d’avenir » pour Ségolène ROYAL. Cette évolution pose la question du rôle des partis politiques et de leur représentation. Constitués par un corps de militants, les partis politiques sont censés élaborer en leur sein un projet de société en cohérence avec leur ligne politique. Une fois achevé, ce projet est soumis au suffrage universel et, en cas de succès, il est censé être appliqué. Avec les primaires mais aussi à cause du régime de la cinquième république qui fait de l’élection présidentielle un concours de « beauté », ce modus operandi vole en éclat. En effet, le projet du Parti Socialiste, arrêté depuis plusieurs mois, devrait, en toute logique, s’imposer aux 6 candidat(e)s à la primaire et les lier les un(e)s aux autres. Mais parce que pour emporter la majorité, il leur est nécessaire de se démarquer de leurs camarades, en somme d’exister au détriment de l’Autre, certains n’hésiteront pas à choisir la bonne vieille recette des petites phrases assassines et de ressortir les fantômes du placard et de s’éloigner ainsi du fonds ou de la façon dont ils ou elles comptent appliquer les trente propositions socialistes ou d’expliquer aux sympathisants/électeurs leurs contenus ce qui, vous en conviendrez, irait dans le bon sens, c'est-à-dire celui de l’implication populaire via des échanges argumentés. Le risque est d’exaspérer un peu plus les adhérents et plus largement les français dont la vie quotidienne ressemble plus à un parcours du combattant qu’à un long fleuve tranquille dont les primaires seraient un spectacle que l’on regarderait avec ravissement de la rive. La logique aurait commandé de mettre les bœufs après la charrue et non l’inverse. La logique aurait voulu de demander à chacun(e) des postulant(e)s de se présenter avec son propre projet ou celui de son courant. Les électeurs auraient eu ainsi tout le loisir de choisir et de trancher non pas sur des postures, sur des traits de personnalité mais sur le fond et en connaissance de cause. Finalement, le résultat est on ne peut plus bizarre. A titre d’exemple, nous pouvons voir des ex. Strauss-Khaniens, au côté du courant de Benoit HAMON, soutenir, ensemble, Martine AUBRY. De quoi nous faire sourciller notamment sur la question de l’âge de la retraite et de sa durée de cotisation ou de son taux de remplacement. En revanche, ce mariage, a priori, contre-nature trouverait son fondement dans une stratégie d’élargissement vers le centre et la « droite dite républicaine » diluant ainsi un peu plus les différences si tant est qu’il en existe encore. Ceci ne va pas dans le sens de la réconciliation des français avec la politique. Cela va dans le sens de la dépolitisation et de la nombrilisation. La priorité ne serait-elle pas de porter le fer contre les mesures gouvernementales qui se mettent actuellement en place contre les peuples européens avec, comme en Espagne, la complicité des principaux partis ? Contre-réformes encouragées par l’union européenne, le FMI et, n’oublions pas, par les marchés, oracles de ces politiques devenus aveugles et sourds aux maux qui nous assaillent.La gauche, dans sa diversité, a une grande responsabilité et ne pourra se défausser le moment venu. L’heure est au combat politique. Nous nous devons d’être à la hauteur des attentes de nos concitoyens et ne point s’enliser dans la boue des égos. Les appels au calme de certains ne changeront rien à la pauvreté de ce spectacle….tirons donc le rideau.

Laurent Bordeau

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