Jeux à enjeux (3/5)

Les jeux vidéo traitant d'une thématique politique ou sociétale sont encore peu nombreux, mais sont le signe d'une maturité croissante du secteur.

Le jeu "Grab your eyes". © Titouan Millet Le jeu "Grab your eyes". © Titouan Millet

Les jeux vidéo traitant d'une thématique politique ou sociétale sont encore peu nombreux, mais ils témoignent d’une évolution du secteur débutée il y a une dizaine d’années. De fait, depuis le milieu des années 2000, le jeu vidéo renouvelle profondément ses thématiques.

C’est ainsi le jeu dit «indépendant» a émergé, alors que ses blockbusters continuaient à réaliser des milliards de dollars de recettes. Le jeu indépendant innerve peu à peu la création ludique et explore des thématiques et des plateformes nouvelles. Les «art games» ont été les premiers représentants de cette «nouvelle vague» du jeu vidéo. Un jeu comme Limbo, entre ombres et lumières, reprenait les codes du jeu de plateformes, mais en les détournant : aucune frénésie dans l’action, pas de tableau de score, mais une expérience contemplative et sombre.

Avec le collectif Molle Industria, le jeu indépendant a trouvé son pendant politique et engagé : dénonciation des lobbies du pétrole, des dérives religieuses ou des obscurantismes sociétaux. La Molle industria démontre avec brio qu’un jeu, qu’une mécanique - un gameplay, vaut parfois mieux qu’un long discours ! Avec «September 12th», Gonzalo Frasca avait aussi démontré, avec des mécaniques très simples, comment l’interventionnisme américain au Moyen-Orient engendre une nouvelle spirale terroriste. Les tentatives de jeux «politiques», revendiqués comme tels, sont toutefois peu nombreuses, même si de plus en plus de créateurs intègrent des éléments réflexifs sur les mécaniques proposées. «Papers, please» est un des exemples types. Le joueur incarne un douanier dans un univers dystopique, chargé de déterminer qui peut passer les frontières.

Présentation du jeu "Papers, please" © dukope1

La mécanique répétitive, le contrôle de plus en plus précis exercé sur chaque prétendant au titre de séjour, mais également les enjeux personnels du douanier font de ce jeu une référence. Ce type d’initiatives ludiques - mais pas nécessairement «fun» - sont à distinguer des «newsgames». Certains sites de presse intègrent parfois des mini jeux inspirés de l’actualité. Mais l’expérience est souvent assez frustrante pour l’utilisateur, tant la mécanique est limitée. Pendant les élections américaines par exemple, on trouve pléthore de jeux de course à la présidentielle. Il faut enfin distinguer les jeux politiques des «serious games». Ces-derniers ont une vocation pédagogique et didactique, et servent souvent à expliquer de façon interactive un mécanisme complexe. Mais dans ce cas, c’est souvent le message ou l'utilité pratique qui prévalent.

A vous de jouer ! Testez ces jeux disponibles en ligne

Mc Donald’s videogame : Il y a dix ans, le collectif italien Molle Industria faisait sensation avec son premier simulateur d’entreprise de junk food.

Dys4ia Une game designeuse raconte, en une série de mini-jeux, les différentes étapes de sa transexualité.

Crise au quai d’Orsay ! En pleine crise syrienne, prenez pour la France les décisions diplomatiques.

L'une d'elles Une mécanique de jeu très simple, pour évoquer un sujet de société délicat.

La boîte noire Conçu en plein débat sur la loi sur le renseignement, ce jeu parodique permet de gagner des points en dénonçant ses contacts sur les réseaux sociaux.


A suivre : La Mediajam, une jam unique.

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