ALEA JACTA EST

Le Conseil constitutionnel se prononcera ce jour à 18 h sur la loi relative à la gestion de la crise sanitaire. Notre syndicat, depuis les annonces d'Emmanuel Macron le 12 juillet dernier, a, avec d'autres, compte-tenu de l'importance des décisions à venir pour des millions de salarié-es des champs professionnels que nous couvrons, pris son rôle au sérieux

en s'exprimant sur les risques liés à l'application du Pass sanitaire, ouvrant une permanence téléphonique, baromètre des tensions en question, défendant son point de vue dans les médias, participant aux manifestations spontanées d'une partie grandissante de la population et fédérant autour de ce sujet dans Solidaires et au-delà. Bref, mener un travail syndical sérieux, réel, loin des postures et des faux débats qui peuvent exister ici ou là.

Quelques lignes, toutes personnelles, enfin sur l'importance du moment :

Stratégie du choc

Qui peut croire que l'instauration du Pass Sanitaire n'est pas qu'un coup politique d'un pouvoir à l'agonie, une entreprise de relegitimisation d'un omni-Président, à l'image du Grand Débat qui a suivi la vague des Gilets Jaunes, emporté par le fiasco des Régionales ? La gestion de la pandémie par le Gouvernement, faite d'injonctions contradictoires, est une calamité, tant au plan sanitaire (la farce autour de la délivrance des masques, le pari du confinement allégé et ses 10.000 morts de plus, l'absence de criblage en matière de vaccination etc.) que social (l'inconditionnalité des aides aux entreprises, la poursuite de la suppression de postes de soignant-es etc.).

Cette impéritie a creusé davantage la défiance avec les classes populaires et alimente le scepticisme vaccinal. L'instauration du Pass sanitaire n'est qu'un tour de passe-passe pour diviser la population et la contrôler alors que la rentrée s'annonce mouvementée, entre l'explosion du nombre de licenciements et la quatrième vague.

La gauche, grande absente

La mobilisation en cours, inédite en nombre comme dans le temps, ne fait que prolonger celles en oeuvre depuis 2016 : elle nait à nouveau en-dehors des cadres traditionnels de contestation. Mieux, elle les percutent comme en 2019 lors du conflit sur les retraites. C'est pour cela que le plan bien huilé des confédérations syndicales en vue de la rentrée sociale est devenu intenable.

Ce sont les premiers de corvées qu'on retrouve dans les manifestations qui agréegent le rejet de l'autoritarisme présidentiel d'où leur aspect composite ; c'est l'accentuation, en plein été, d'une crise de régime que les têtes pensantes à gauche veulent réduire à une querelle sur le bien-fondé de la vaccination. Pourtant, quand ceux d’en bas ne veulent plus et que ceux d’en haut ne peuvent plus, il y a un espace à occuper mais encore faut-il avoir la volonté de l'investir plutôt que s'en remettre à l'échéance présidentielle de l'an prochain.

L'imposition du Pass sanitaire, qui va durer dans le temps et dont le domaine d'extension n'aura de cesse d'être repoussé au grand dam de ses zélateurs (l'analogie avec le permis à points ou le port de la ceinture de sécurité va vite trouver ses limites), est le pendant numérique des lois sécuritaires et liberticides de ce quinquennat. Et, n'en déplaise à certain-es, c'est à droite, chantre des libertés individuelles, que j'ai lu ce qui me semble le plus pertinent tant, quand il s'agit de son propre corps et de celui de ses proches, c'est d'abord la question du bénéfice-risque qui se pose.

Le véritable débat ne fait que commencer

L'application de notre bloc de constitutionnalité devrait conduire au rejet pur et simple de cette loi, tant sa préparation, sa dicussion et l'objectif qu'elle prétend défendre - pas moins que le droit à la santé - se sont faits au pied levé. Mais, en droit tout comme en politique, l'opportunité est reine.

Verrons-nous plutôt une décision mi-figue mi-raisin, qui ne fera du coup que des mécontents et prolongera d'autant une crise qu'il serait erronnée de réduire à une agitation anti-vaccinale dont l'extrême droite souffle sur les braises. L'inavoué de la situation, c'est celui de la vaccination obligatoire qui obligerait l'Etat et les laboratoires à prendre leur responsabilité et ce bien au-delà de nos frontières que le virus ignore. Ce débat, adossé à la reconstruction de l'hôpital public, le bon docteur Macron n'en a jamais voulu, seule une décision courageuse du Conseil constitutionnel peut le susciter.

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