“ Dessous, c’est déjà en feu mais en surface, vous ne le savez pas encore ”

Alors que le jeu de poker menteur a repris entre gouvernement et syndicats dans le cadre de la présentation « par bouts » des futures ordonnances de la loi Travail XXL, c’est finalement les anciens dirigeants socialistes qui prennent la pleine mesure de la situation : Hollande, emboité par Rebsamen, un de ses ex-ministres du travail, mettent en garde Macron contre une réforme du travail trop raide

Certes, l’hôpital se fout de la charité mais la lucidité de l’ex-chef de l’état, dont les mois de mobilisation contre la loi Travail lui auront coûté de pouvoir prétendre au renouvellement de son mandat, est plus forte que celle des dirigeants syndicaux : triste spectacle en effet que celui du secrétaire général de FO qui dispute, au grand dam d’un nombre grandissant de ses adhérents, à la CFDT la place du syndicat conciliant, sans doute mû par la nécessité de s’assurer d’autres subsides que l’argent du paritarisme décrié par Macron, et une CGC, très remontée dans son expression, mais qui a d’ores et déjà fait savoir qu’elle ne manifestera pas le 12 septembre avec la CGT et Solidaires comme, pour son Président, « Manifester n’est pas trop dans nos gènes. »

Pourtant, les grandes lignes des ordonnances, déjà connues, méritent bien une grève générale : mettre à bas le CDI en faisant de la précarité la norme en dévoluant aux branches professionnelles le droit de mettre en place le contrat de projet et de définir les modalités de recours aux CDD, faire exploser les licenciements indus en en forfaitisant le coût par l’instauration du plafonnement des indemnités prud’homales et diminuer drastiquement les prérogatives des représentants du personnel, à commencer par leur nombre, qui fait que les 600.000 que comptent notre pays devraient être les premiers à se mobiliser.

Et, chaque jour, le gouvernement rajoute du carburant à notre moteur, celui de l’indispensable révolte : après la baisse de l’APL, le voici qui ne renouvelle pas des dizaines de milliers de contrats aidés et fait savoir qu’il procédera d’abord à la hausse de la CSG avant d’opérer la baisse des cotisations sociables, très critiquable par ailleurs. Alors frapper vite et fort, pas sûr que cela suffisse tout comme l’opération de diversion en cours sur le travail détaché là où les seules mesures qui s’imposent seraient la suppression de ce dernier et une convergence par le haut du statut des travailleurs européens.

Aussi, c’est la réussite de la journée nationale de mobilisation interprofessionnelle du 12 septembre prochain qu’il faut viser et, partout où c’est possible, favoriser la reconduction de la grève dans les jours qui suivent car rien ne dit que l’adoption des ordonnances, prévue le 20 septembre, ne tende pas au contraire la situation comme l’utilisation du 49-3 en son temps… Le gouvernement le sait bien, lui qui se prépare à l’explosion sociale en commandant pour 22 millions d’euros de munitions nécessaires au maintien de l’ordre. Entre les grèves à répétition chez Deliveroo, la reprise de la lutte à GM&S, le travail des équipes CGT sur le terrain à l’inverse de l’atonie des mots d’ordre fédéraux, le développement local du Front social et le blocage de l’Université d’été du MEDEF prévu le 30 août prochain par Solidaires, les éléments d’une résistance forte et déterminée se mettent lentement mais sûrement en place. Ce qui est sûr, c’est que le 12 septembre et après, il ne faudra pas se contenter de faire un petit tour et puis s’en va car… c’est dans la rue que ça se gagne !

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