OSER LUTTER, OSER VAINCRE

Hier devant les caméras, un petit homme gris a trouvé bon de tirer un trait de plume sur près de cent ans de conquêtes sociales obtenues, y compris par le prix du sang, par des générations de militant-es, célèbres comme inconnus.

Excessif ? Pourtant, ces 150 pages d’ordonnances, publiées ce jour au Journal Officiel, biffent, entre autre, aussi bien l’institution des délégués du personnel que l’extension des conventions collectives (1936), celle du comité d’entreprise (1945), la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise (1968), celle de la cause réelle et sérieuse du licenciement (1973) ou la création du CHSCT (1982).

Entouré de la DRH de l’entreprise France, décrite comme inhumaine par le personnel de son ex-entreprise et visée par une enquête pour favoritisme au service du même, et un porte-parole du gouvernement qui nous traite d’emmerdeurs et dont l’opportunisme ferait tourner la tête à Dutronc, nous avons eu droit à quelques minutes d’une lecture sirupeuse d’une note visant à nous faire croire que la réforme profiterait « aux plus jeunes et aux plus précaires » alors même que, avec l’extension du CDI de projet et la dévolution des modalités de recours aux CDD aux branches professionnelles, elle leur barrera davantage l’accès à un emplois stable et donc à un projet de vie et que la facilitation du télétravail allait nous libérer de la subordination (demandez ce qu’il en pense à un livreur de Deliveroo).

Lundi, on rentre dans le dur

Le relatif succès, au regard de la désunion syndicale et de l’anesthésie entretenue savamment tout l’été à la faveur de la concertation avec les partenaires sociaux sur les dites ordonnances, des journées de manifestations des 12 et 21 septembre aura permis de relever la tête mais le souvenir de l’échec des mobilisations de 2010 et 2016 (nous n’avons plus gagné depuis 2006, date de retrait du CPE) demeure vivace dans les têtes.

Il est clair que la stratégie des grèves manifestantes, quelque soit notre nombre, a montré ses limites et que c’est par le blocage de l’économie que nous pourrons mettre en place le rapport de force nécessaire à faire reculer le gouvernement. Aussi, il importe de ne pas laisser les routiers partir seuls ce lundi d’où notre appel unitaire à destination des salariés du commerce, en particulier ceux des logistiques. La jeunesse (faut-il répéter que près d’un étudiant sur deux travaille en sus de ces études ?) commence elle aussi à s’organiser – elle recevra d’ailleurs Macron comme il se doit ce mardi – et a prévu de manifester à Paris le 28 septembre, une date également retenue par les retraité-es. Les licenciements, à commencer par ceux en masse des contrats aidés et jusque Pôle Emploi, justifieraient à eux seuls de se mobiliser. Enfin, l’unité syndicale à la base, qui se vérifie jour après jour dans les cortèges contrairement à l’an dernier, constitue un appui conséquent pour mobiliser davantage.

Le point d’orgue de toutes ces manifestations, grèves et blocages, qui doivent devenir une réalité quotidienne dès la semaine prochaine, ne peut évidemment être que la journée de grève de la fonction publique du 10 octobre prochain, appelée par un nombre historique d’organisations, qui doit impérativement s’élargir à l’ensemble du monde du travail pour mettre Macron au pied du mur. Pour déjouer les tactiques inefficaces et les manœuvres de division, il faut avoir confiance dans l’intelligence collective de notre classe et non dans celle d’un seul, aussi brillant orateur soit-il, car, comme l’écrivait Trotski lors de la grève générale de 36, « Le prolétariat français n’est pas un novice. Il a derrière lui le plus grand nombre de batailles de l’Histoire. Il faut certes que la nouvelle génération apprenne, à chaque pas, de sa propre expérience-mais pas depuis le début ni tout : en suivant pour ainsi dire un cours accéléré. Une grande tradition vit dans ses os et l’aide à choisir son chemin. »

Légalité versus légitimité

Macron n’a certes pas fait mystère pendant la campagne présidentielle de sa volonté de s’attaquer au Code du travail, c’est d’ailleurs sa marque de fabrique depuis 2015, et estime que son élection vaut mandat pour finir de la détruire or les circonstances même de celle-ci tout comme les résultats le disqualifie. Mais, se posant en monarque éclairé, il n’a pas besoin à ce stade de recourir à la brutalité policière vis-à-vis de ses opposants, un exercice dans laquelle Valls excellait, ce qui démontre au passage que c’est bien la proximité de cette dernière qui engendre des affrontements.

Il n’y a pas de raccourci, la collision est proche entre ces hérauts de l’oligarchie et le peuple qui manque. Comme l’a de nouveau proposé le Front social, c’est à la définition d’un plan de bataille commun qu’il faut s’atteler pour se défaire d’ici novembre prochain, date de leur ratification par le Parlement, des ordonnances du bon docteur Macron. Laissons la parole pour finir à un autre révolutionnaire¹ pour qui « Pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de liberté, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin, de la mitraille, de la misère toujours ! QUE LE PEUPLE CHOISISSE. » Il est temps de choisir.

¹ Auguste Blanqui.

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