Juty-citoyen

plaidoyer pour un ou des jury-citoyens filmés en télé-réalité et autres considération sur la Loi, le procès, le rôle des religions dans le réchauffement climatique, Wallstreet contre Cleveland, Staircase... la transition énergétique, la météorologie, la pédagogie nécessaire de la démocratie...

Les religions contribuent-elles au réchauffement de la planète ? A cette brûlante question  certains  sociologues, convoqués comme experts climatiques, répondent parfois  qu'il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ou vice versa. Que si les débats théologiques sur l'historicité de telle ou telle anecdote ou sur l'interprétation de tel ou tel point de doctrine, souvent  tournent mal, les aspects  religieux de ces querelles doivent  être tenus  soit comme anecdotiques, soit comme des écrans de fumée, des faux nez derrière lesquels se cachent les vrais enjeux politiques et sociaux de la domination des classes exploitées par les classes dominantes. Sans doute, sans doute...  Peut être que si l'on interrogeait  sur cette question  précisément des experts du climat, croyant avoir  à faire à des sociologues ou des anthropologues, on s'entendrait répondre qu'à l'instar des étoiles, les dogmes religieux rayonnent depuis le firmament mais produisent bel et bien leurs effets dans le monde d'ici-bas . Racontant la parabole  des   aveugles qui tentent d'identifier un éléphant en palpant les différentes parties de son corps de géant; Paul Claudel concluait la métaphore en constatant en substance que la "Très Sainte Mère l'Eglise" est comme l'éléphant qui, à l'aide de sa trompe, asperge et inonde ses fidèles de sa miséricorde et de sa lumière...  Que deviennent les aveugles ? Ceux qui s'obstinent à demeurer aveugle?  Dieu reconnaîtra les siens.  Tant mieux. Nos climatologues quant à eux   observent que seul un ciel nuageux peut protéger de l'éclat  du soleil de midi, brûlant  places  publiques,   ruelles,  patios et jardins,  jusqu'au fond des maisons où il s'insinue par la moindre persienne, la moindre porte négligemment  entrebaillée.  Même la nuit le soleil est là, lorsque le monde lui tourne le dos et croit lui avoir échappé. "Le soleil  a rendez vous avec la lune mais la lune ne le sait pas". Le  politique est au théologique  ce que  le vivant, (sur notre planète-terre), est au soleil:  le "théologico-politique"  est un système cohérent, indivisible, "Un",  un  chaos originel  où tout se confond,  les ordres spirituel et  temporel, les sphères publique  et privée, la transcendances et les contingences. La Loi révélée  y règne en maître sur le droit réel, elle éclaire le monde de son autorité et de son magister,   jusqu'aux vérités de la science  qui, sans elle, seraient condamnées à errer misérablement comme nos malheureux aveugles confrontés à l'inconnu et au mystère du pachyderme. Une hiérarchie morale,  juridique et épistémologique, un algorithme "top down"  qui,  en somme, tient  simplement "du  bon sens", Ce même bon sens qui à son tour n'est rien d' autre que la version populaire  du principe scientifique de causalité et de parcimonie, incompatible avec les contorsions intellectuelles improbables et douloureuses,  pratiquées par les habitués du Talmud,  et   de nombreux fidèles sur cette planète. Comme les climatologues sont d'abord des historiens du temps long et qu'ils aiment scruter le passé notamment dans les carottes glaciaires,  ils rapporteraient aussi,  si on leur demandait,  que ce qu'ils  y ont vu,  est  une confrontation récurrente entre les deux ordres, (spirituel et temporel), et que cet affrontement a rarement trouvé d'autre issue que celle du rapport de force, (dialectiques ou non?), d'autre voie que celle du combat politique et souvent du sang versé. La France, (entre autres), en a  payé le prix fort !

Les religions contribuent-elles au réchauffement de la  planète?  On sent bien, surtout en ces temps convulsifs, que la question, si elle est posée, sera âprement discutée et que la mêlée risque de virer rapidement à la confusion. Sociologues et anthropologues, rendons leur cette justice, envisagent d'ailleurs généralement ce type de problème  sous un autre angle, plus "terre à terre", préférant adopter une posture  plus modeste et plus proche peut être de celle  du météorologue, qui tente de décrire  le temps qu'il fait ici et maintenant  et prévoir ce qu'il sera  à l'horizon seulement de quelques jours, ne retenant finalement du  soleil que les aspects les plus prosaïques de son empire:  devrons-nous nous munir  aujourd'hui d' un tube d'écran total  ou d'un parapluie,  d'un veston  ou d'une gabardine, etc...  Aussi étonnant que cela puisse paraître, la météorologie est considérée comme la mère des sciences,  (de l'astrophysique, c'est peu contestable), mais lorsque le météorologue reprend à son compte  la sentence de Laplace: "Dieu, Sire, est une hypothèse dont nous n'avons pas eu besoin",  il veut dire que c'est plutôt Ulysse et ses doutes,  Socrate et sa laborieuse maïeutique, qu'il  entend inviter  à sa table. Pourquoi célébrer soudain à présent le météorologue, cet anti-héros, s'étonnera-t-on? Précisément parce que, comme chacun  sait,  il passe son temps à se tromper !  Ou plutôt c'est ce que l'on croit généralement. A tort, car désormais, il n'est pas rare qu'il tombe pile,  en plein dans  le  mille, (beaucoup plus souvent en tout cas  que par le passé). On devrait rendre d'avantage  justice aussi à cet art particulièrement périlleux qui consiste à faire de la prévision en ce bas monde. Le météorologue ne se  targue pas d'être le dépositaire des vérités révélées  de Moîse, de Mahomet, de Paul de Tarse ou d'autres personnages de cette envergure.  Il revendique  une autre filiation, son appartenance à  la famille des ancêtres grecs d'Alexis Tsipras,  qui ont inventé  la Science et la Démocratie et chose remarquable: d'un seul et même geste ! Posant  la préférence pour Ulysse la croyance en l'Homme comme  acte de foi, et comme principe fondateur de toute vérité d'une part,  et d'autre part la confiance en cet art de la maïeutique inventé par Socrate qui permet  de faire émerger, étape par étape, chaque jour un peu plus de  vérité. Une méthode et un algorithme, "bottom up", une manière de délibérer, de choisir, de trancher entre plusieurs candidatures (supportées par des hommes) sans autre prétention que celle de vouloir approcher le bien,  le bon,  le vrai au plus prés...  Le stratège Périclès lui-même ne  devait-il pas se présenter régulièrement devant l'Agora pour y être ré-adoubé ?  L'élaboration de la science comme la météorologie est faite d'observations, de tâtonnements, de méprises, de corrections et d'ajustements; le fruit d'un travail patient et méticuleux, accompli par des hommes et des femmes, le point d'aboutissement (provisoire) d'une histoire individuelle et  collective. Cette histoire, qui est donc aussi celle de la démocratie, ne saurait advenir sans les règles posées par Homère, Socrate et les autres, des règles de bonne conduite qui inspirent aujourd'hui nos protocoles, nos "process",  un art et un processus qui s'inscrit dans la durée et qui est à la base de  la Jurisprudence, la face la plus démocratique  des lois qui nous gouvernent.  Avec la reconnaissance de l'autorité de la chose jugée, c'est le Procès lui même qui est institué comme la source de notre  Loi,  décliné comme modèle princeps de la quête humaine de connaissance, comme la forme idéale  de recherche  de la "Vérité"... Les religions contribuent-elles au réchauffement de la planète? C'est probable, selon nous!  La démocratie et la science sauveront -elles la planète, c'est possible !  Que l'on pardonne notre candeur à dire les choses ainsi .Disons les maintenant autrement:

lestrade

Le 7 mai 2000, sur le parking d'un hôtel de Floride, Mary Ann Stephens est tuée d'une balle dans la tête sous les yeux de son mari. Un jeune Noir, Brenton Butler, est arrêté deux heures plus tard. Tout l'accuse, y compris et surtout, le témoignage accablant de monsieur Stephens, seul témoin oculaire du meurtre. Très vite, à l'issue d'un interrogatoire violent, le jeune Butler craque et signe un aveu de culpabilité. Pour les enquêteurs et les médias, c'est une fois encore l'histoire banale et exemplaire d'un adolescent qui a stupidement gâché sa vie. Patrick McGuinness, avocat de l'accusé, est persuadé de son innocence et a un tout autre point de vue... En filmant son procès dans un « coupable idéal » Jean Xavier Lestrade accède à la notorieté en 2003. L'année suivante il signe son chef d'oeuvre en tournant durant vingt quatre mois (?) une autre série documentaire magistrale : « The Staircase «  (Soupçons) dans laquelle il raconte à la manière d'un thriller dans quelles conditions Michael Iver Peterson, un  écrivain américain homosexuel agé de 60ans habitant  Nashville  Tenessy, sera reconnu coupable du meurtre de sa femme, Kathleen Peterson, et condamné à la prison à vie : En effet Kathleen, 49ans, l'épouse de Michael est retrouvée, le 9 décembre 2001, au pied de l'escalier de leur demeure, victime d'une chute mortelle après une prise de Valium et une soirée bien arrosée au bord de la piscine. Le 10 octobre 2003, à l'issue d'un procès fleuve de cinq mois, la justice a tranché : Michael Peterson ... ex-candidat à la mairie de Durham, a massacré sa femme en lui portant, à plusieurs reprises, des coups sur le crâne, puis maquillé ce crime conjugal en accident. »

On ne saura jamais ce qui s'est réellement passé cette nuit là.  On ignore si, comme les proches de l'accusé l'ont avancé cinq ans plus tard, dans le jardin, un rapace,  (une chouette?) a attaqué et lacéré Kathleen qui se serait réfugiée chez elle, puis vidée de son sang dans l'escalier. ... hypothèse extravagante au premier abord, mais plausible, puisque la police scientifique a retrouvé trois minuscules plumes de chouette dans les cheveux ensanglantés de la victime.  On ignore également si, comme il est apparu en 2010, à l'occasion d'un scandale qui a éclaboussé la police et entraîné la chute d'un agent du FBI,  Duane Deaver, (expert en taches de sang et en analyses sérologiques), a effectivement manipulé ses analyses comme cela a été prouvé qu'il l'a fait dans d'autres circonstances ?

« Placées sur la gauche de la salle, les caméras enregistrent l'intégralité des débats. Les rapports de force (tendus) entre le juge de la cour de Durham l'avocat (David Rudolf) et le procureur. Trois combattants livrant un match sur le ring. » J.X. Lestrade, pendant la préparation et le procès de 2003,  a travaillé  aussi  longuement avec son équipe, en immersion dans la famille des Peterson, comme chez ses avocats, permettant aux spectateurs de suivre le travail d'une défense pointilleuse et d'avoir l'impression de «vivre auprès de l'accusé et de ses quatre enfants sûrs de son innocence.  Quand on passait chez lui, on ne filmait pas systématiquement, mais souvent les filles adoptives des Peterson, Martha et Margaret, surgissaient. Un des fils, Clayton ou Todd, disait un truc. Paf, je saisissais la caméra… » des scènes de vie qui ont fait la chair et le sel de "Soupçons". ….

"Cleveland contre Wall Street"   est un projet quelque peu différent, réalisé, en 2010, par Stéphane Bron, tourné à Cleveland (Ohio), un "docufiction"  se situant donc délibérément entre réalité et fiction. Le scénario du film repose sur des faits réels, qui se sont déroulés le 11 janvier 2008, dans la ville de Cleveland,  (Middle West) où s'est tenu,  à l'initiative de l'équipe, un procès cinématographique visant à relater "la crise des subprimes"  telle qu'elle a touché la ville industrielle de Cleveland et où de nombreuses familles sinistrées ont été expulsées de leur maison parce qu'elles n'arrivaient plus à rembourser leur emprunt immobilier. Le scénario met en scène des personnages dont l'histoire, la vie et les témoignages sont réels, dans un vrai tribunal, en présence de vrais jurés, d'un juge de profession et des personnages non fictifs.  Se succèdent ainsi, à la barre, les bourreaux et les victimes de toute la chaîne d'un écosystème immobilier et financier de facture quasi mafieuse. Le verdict rendu n'a rien de contraignant, il n'emportera aucune conséquence concrète a fortiori exécutoire mais ce qui  nous est montré dans ce  film aussi c'est la justice en marche, bien vivante.

Imaginons  à présent qu'à la place de «Mickael Peterson», à la place de «Wall Street», sur le banc des prévenus, se tiennent par exemple «l'énergie nucléaire» . Ce pourrait être aussi bien :«les OGM», «l'allocation universelle», «le fédéralisme européen», «l'école de la petite enfance»  «les universités françaises» «la recherche» etc 

imaginons qu'à la place du Jury de Cour d'Assise, on ait formé et réuni un jury populaire selon les protocoles validés en ce domaine par les sciences sociales, comprenant une douzaine de personnes, sans autre qualité ou expertise remarquable, que celle d'avoir été tirée au sort; douze personnes: un entrepreneur, une aide ménagère, un instituteur, une architecte, une policière, "une jeune fille des cités", un ouvrier de l'aéronautique,  une infirmière, un chômeur, une  ingénieur, un éleveur, un musicien, un informaticien, etc...  

Imaginons que les deux parties en présence au procès soient constituées d'une part du staff  des partisans du prévenu, (dans notre exemple : l'équipe «transition douce», pro-nucléaire, en faveur d'un "mix" énergétique incluant largement le nucléaire),  et d'autre part  du staff des opposants (une équipe antinucléaire  «renouvelables -toutes» ou «transition dure" ... ) 

nucleaire

Imaginons que nous puissions suivre pas à pas la préparation et le déroulement du procès; car tout cela serait enregistré et filmé par des équipes,  de «Radio France» et «France Télévision» en coproduction, ou, (pourquoi pas?), une chaîne de télévision  privée, puisque quelques unes d'entre elles ont une expérience solide dans le domaine de la «TV réalité», des séries, etc, ...

Imaginons donc que nous puissions entendre les petits et les grands témoins au procès, les experts; suivre, au jour le jour, les parties en plein travail d'élaboration ou dans la fièvre de l'attente du jour J : le début du procès, puis ensuite, que nous les accompagnions à l'audience et  toujours avec eux durant les longues soirées et les nuits de débriefing, et ainsi tout au long de la session, et que parallèlement,  nous partagions les doutes et les interrogations des jurés, le cheminement de leur réflexion jusqu'au verdict final.

Imaginons enfin que ce verdict, à défaut d'être exécutoire tel quel, ne puisse être,  contredit ou démenti par le Parlement, qu'en vertu d'une procédure d'exception: par exemple une  majorité des trois cinquièmes des assemblées ou par référendum,  selon des voies constitutionnelles ad hoc.

Combien coûterait un tel documentaire « jury citoyen »  par épisode ? par session, pour la série entière? Pourrait-on espérer une audience de 1.5 millions de téléspectateurs, comme par exemple  chaque  jour l'émission "C dans l'air" ? Quelle serait la recette générée par les spots de publicité ? Quelle serait la part d'autofinancement? celle de la dotation publique ? S'agissant d'une initiative visant à l'expression démocratique du pays, pourrait-elle bénéficier d'économies opérées sur  d'autres dépenses de représentation démocratique ?  ( Par exemple, pour une réduction de moitié  du nombre de parlementaires, l'économie peut être estimée à soixante à quatre vingt dix millions d'euros annuels . 

Autant de questions qui appellent d'autres expertises et resteront  ici en suspens ..

Les initiatives destinées à améliorer le fonctionnement de notre vie politique ne manquent pas: "Proportionnaliser" le mode de scrutin parlementaire, rendre le droit de vote obligatoire, interdire le cumul des mandats, rééquilibrer  nos institutions dans le sens d'une « déprésidentialisation »  accroître le contrôle du parlement sur le pouvoir exécutif,  développer les procédures d'initiative populaire; garantir l'indépendance  du pouvoir  judiciaire, etc... La tâche est vaste et chaque citoyen de ce pays  a  sa petite idée sur la question; (des états généraux, en ce domaine comme dans  d'autres, seraient sans doute  utiles,  à condition que de telles " conférences de consensus"  puissent trouver une issue juridique exécutoire...).  Quant à cette modeste proposition de série TV, "jury citoyen", nous pensons qu'elle pourrait trouver une place au sein de ce vaste chantier qui vise à remédier à certains dysfonctionnements de notre vie politique actuelle  notamment en favorisant  la pédagogie de la démocratie et en contribuant à accroître la mobilisation et la participation des citoyens autour des décisions vitales à prendre maintenant  pour l'avenir de notre pays et celui de notre planète.

Laurent Dousteyssier

on doit l'essentiel  des résumés des remarquables documentaires  "Staircase" de François.Xavier de Lestrade et "Wall Street contre Cleveland" de Stéphane Bron à Wikipedia .

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.