moi, résident de la République...

au terme d'une réflexion sur la physiologie des apprentissages et donc sur la sculpture des êtres humains trois pistes pour définir être de gauche aujourd'hui (trois priorités pour une politique de gauche): la première est l'investissement massif dans la petite enfance, condition préalable d'une politique d'éducation et de formation continue... plaidoyer / plan Marshall pour la petite enfance

Moi, résident de la République

coucou

 

"... Au commencement, l’âme est (…) une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée..."  C'est donc sur cette célèbre table rase que la pensée des Lumières (grâce au Dr John Locke) a accouché de ce grand destin promis à la subjectivité. Au commencement... Par la suite quelques  bonnes fées se sont penchées sur le berceau comme les rois mages:  Virginia Woolf, en fée clochette, Jean Paul Sartre en fée carabosse arrivés de   Bloomsberry ou de St-Germain-des-Prés, et avec eux Jefferson des Amériques qui ramenera de ce voyage le rêve américain dont sont issus les Etats Unis, Abraham Lincoln...et aujourd'hui : Donald Trump. Oncle Donald qui du passé aussi entend faire table rase, sans que l'on saisisse bien de quel passé il s'agit, sinon précisément de celui des Lumières, de la Raison et de la Démocratie. On ne devrait pas tarder à être fixé... Une chose est sûre en revanche : la question de fond posée par les empiristes des Lumières, celle de l'inné OU de l'acquis, est règlée : l’âme, du moins l'âme matérielle, * (son enveloppe): le cerveau, n'est pas une table rase, une ardoise vierge, une page blanche, que des sujets aussi prolixes que Tolstoi, remplissent chaque jour au gré de leur fantaisie et de leur imagination.  Le cerveau est à la fois génétiquement déterminé et dépendant de son environnement. Il possède certes une architecture précablée, spécifique de l'espèce; mais cette structure n'est pas figée: Grâce à la souplesse et la plasticité de ses matériaux, le cerveau dispose d'une étonnante capacité d'auto-organisation et de reconfiguration des circuits qui le composent. Serait-ce là que réside la martingale des hommes : serait-il seul parmi les créatures habitant cette terre, à avoir été doté de plasticité neuronale ? Non ! Cette propriété n'est pas, loin s'en faut, le propre de notre espèce. Sans plasticité, un chaton ne pourrait apprendre à bondir sur les souris de passage et perfectionner chaque jour son adresse dans cet art. La plasticité est d'ailleurs plutôt une caractéristique  générale des tissus vivants. Elle explique autant nos modes d'alimentation, (nos options plus ou moins carnivores, omnivores ou végétariennes), que l'habileté des maçons, la plastique impressionnante des nageurs de l'équipe de france... ou notre capacité à reconnaître une chanson des « Frères Jacques » dès les premières mesures... Ce qui confère à Homo Sapiens sa spécificité, ce n'est pas l'existence chez lui de cette propriété, finalement banale dans le monde vivant, mais la manière dont l'évolution en a tiré parti, découvrant dans le cerveau des hommes, un terrain de jeu idéal, une occasion d'expérimentations  sans équivalent ailleurs,  où la puissance des applications  implémentées semble  pouvoir être multipliée à l'infini. On peut en effet avancer au moins trois hypothèses pour expliquer le miracle  humain : La confrontation très précoce du BB avec son environnement  (toujours « un peu  prématuré » à cause des particularités du bassin maternel, (l'argument de la «néoténie») 2 L'existence d'un temps consacré aux apprentissage particulièrement long, débutant donc très tôt et finissant aussi particulièrement tard  (songer aux études de médecine...)  3 L'existence chez Homo Sapiens, (seulement chez lui, semble-t-il) :d'un dispositif de supervision et de métacognition, connu sous le nom de... conscience, (ou conscience réflexive) et qui va lui permettre de mettre à profit cette plasticité, de la diriger  selon ses intentions, son bon vouloir, en fonctions des buts qu'il s'est assignés; en somme comme le fondement biologique d'une liberté possible et par conséquent d'une culture éventuellement sophistiquée. Tout cela est sans doute connu mais l'important ici est de souligner que le cerveau humain et, tout particulièrement celui de l'enfant, est un immense chantier de construction, en perpétuelle re-construction, toujours « en cours de... ». La plasticité est une propriété du cerveau des hommes, quelque soit leur âge, même si elle est certainement plus dynamique chez l'enfant que chez le vieillard ; (et particulièrement admirable chez la femme (?) dont l'inventivité est légendaire ...). Quoiqu'il en soit «Les b b» naissent humains », dotés de boites à outils spécialisées, immatures, mais grâce à elles, ils sont capables d'entrer immédiatement en interactions avec leur environnement, qu'il s'agisse du monde physique ou du monde de leurs semblables , ( «la société» et la culture) qui vont contribuer à les façonner. Inutile donc de se quereller encore à propos de cette vieille question de l'inné OU de l'acquis; comme s'il était encore possible d'opposer les sciences du cerveau aux sciences sociales, de séparer irrémédiablement Pierre Bourdieu et Jean.Pierre Changeux, Ouranos et Gaïa, le ciel et la terre... Ce sont les compétences innées qui permettent des interactions adaptées avec l'environnement et le développement des apprentissages à venir. D'un côté: une boite à outils modulaires, un ensemble de ressorts cognitifs et émotionnels, «l'inné» ; et de l'autre : un environnement particulier, social, culturel, familial, affectif, «l'acquis», une multitudes de petits génies  qui actionnent d'une certaine façon ces ressorts et en modifient les propriétés pour sculpter un homme, une femme, des individualités singulières, produits d'une troublante suite de hasards. Autant de hasards improbables pour que, d'une part, naissent une espèce, simple taxon phylogénétique, totalement contingente, et d'autre part des individus, des existences  tout aussi hasardeuses et improbables mais peut être moins improbables que d'autres ? Ici, (et seulement ici), semble résider notre nature, la fameuse « nature humaine » !

Le terrain privilégié pour observer cette belle nature en train de déployer ses ailes est sans nul doute l'enfance, le moment où notre cerveau apprend sans jamais se lasser; doté de ces capacités insolentes à fabriquer, chaque jour, de nouveaux objets de savoirs, de rajouter de nouvelles strates de connaissances sur le monde, sur les autres, sur lui-même ... Un appétit aussi insatiable que celui du jeune coucou, qui a fait que la psychologie du développement, pendant longtemps, est restée le parent pauvre de la recherche, se contentant, faute de mieux, d'un strapontin de spectateur d'une scène énigmatique en perpétuel mouvement.

enfant

Comment les enfants découvrent-ils le monde qui les entoure ? Le voyage initiatique commence, on l'a dit, grâce aux capacités innées dont disposent les BB et qui sont le sous-bassement d'apprentissages précoces développés comme par magie, par simple imprégnation. Ce n'est que plus tard, que vient le temps d'autres apprentissages explicites,   dispensés méthodiquement dans le cadre d'un enseignement,  (en particulier) au sein d'une institution dédiée : l'école. La locomotion, la coordination oculo-manuelle, le traitement visuo-spatial sont des aptitudes sélectionnées par l'évolution, sans qu'il soit besoin de longues démonstrations ou explications, quant à la manière de les produire. L'apprentissage est intimement lié, dans ces domaines, à la maturation neurologique sensorimotrice (les sens) et psychoaffective (les émotions). (On ne fait pas référence ici aux capacités de traitement du même BB, qui, quelques années plus tard, devenu pilote de l'aéronavale, est en mesure de réaliser une approche à 300 km/heure avant d'apponter sur une aiguille à coudre, perdue au milieu de l'océan...).Selon les mêmes modalités implicites se mettent en place chez l'enfant  des compétences cognitives sophistiquées  d'attention, de mémoire de travail, (sorte de mémoire vive), de mémorisation, (les mémoires, tout court), ou encore les éléments de la langue maternelle, autrement dit un certain nombre de processeurs et de modules hiérarchisés destinés aux fonctions transversales de haut niveau, qui caractérisent l'intelligence humaine et que, quelque part (…) nous pouvons imaginer que nos cousins, mammifères et grands singes jalousent secrètement...

Pour l'essentiel, le BB humain n'a pas besoin d'un professeur pour babiller, rire, attraper une balle, prêter attention à l'entrée de son frère dans la pièce, se souvenir d'un visage, avoir envie de pleurer lorsqu'il voit sa mère contrariée par son père, désirer intensément la consoler... L'enfant qui s'imprègne est un petit gréement ballotté au gré des vents et des courants. Avec le secours de la providence et de solides tuteurs d'attachements, le voyage tiendra la place dans son souvenir d'une croisière sur une mer d'huile. Dans d'autres configurations, le frêle esquif, secoué par des coups de tabac répétés, toujours plus éprouvants pour la coque, ne tardera pas à présenter d'inquiétantes fissures... L'élaboration des compétences précoces du BB  (et du petit enfant) est donc le théâtre d'une confrontation directe, immédiate (plus ou moins rugueuse) entre sa boite  à outil innée et son environnement  proche.. Nous parlons ici, ne l'oublions pas, de la sculpture de la silhouette d'un homme (ou d'une femme) en devenir: du "câblage primaire" de ses compétences intellectuelles, relationnelles, de son « intelligence», de la structuration de sa personnalité, de ses capacités d'empathie, (c'est à dire à se mettre à la place des autres); sans lesquelles par exemple, il sera  définitivement (?) incapable de faire sienne cette sentence de Confucius (?) : «ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse »... ) etc .... Autant de fondations, pour la construction desquelles habituellement aucun enseignement n'est requis, mais où néanmoins, le rôle de l'environnement est déterminant.

Il est un domaine, (on l'a dit), où les hommes excellent et surpassent vraiment les autres espèces : c'est celui de la transmission de leur culture et de leur Histoire. Cette transmission a forgé le glorieux destin d'«homo sapiens» parce que cette espèce a été capable (est capable...) d'effectuer des apprentissages dans des domaines non prévus par l'évolution, et pour lesquels il n'existe pas d'outils préfabriqués. «Notre cerveau n'est pas conçu initialement pour lire ; il s'y convertit tant bien que mal" (Stanislas. Dehaene). On n'est pas pré-cablé pour conduire une voiture ou effectuer toutes les tâches «inhumaines» qui incombent à Thomas Pesquet, dans l'ISS, la Station Spatiale Internationale ; (comment trouve-t-il, la-haut, encore le temps de twitter?)... Cette conversion se fait plus ou moins laborieusement, par le biais d'un apprentissage médiatisé, grâce à des explications, un entrainement, en somme grâce à un travail, qui se traduira sur le plan physiologique par une reconfiguration et un recyclage ad hoc de certains de ses réseaux neuronaux. La lecture, l'écriture, l'étude des nombres, (mais pas le sens du nombre qui est inné), les gestes culturels appris, (faire la cuisine, jouer du clavecin, des percussions ou du saxophone), nécessitent un enseignement, un engagement et un entrainement assidus... Notons au passage qu'il y a une part d'artifice à vouloir tracer une frontière infranchissable entre ce qui ressort des apprentissages implicites et de l'enseignement explicite dans le développement de l'enfant. Cela est amplement démontré à travers les exemples évoqués et contenu dans l'idée même de recyclage neuronal. Un recyclage n'est pas une création de novo ! Mais surtout l'important est de ne pas perdre de vue que le développement des apprentissages, (qu'ils soient implicites ou explicites), dépend  de l'existence ou non d'un environnement culturel et social stimulant. Pour filer une métaphore empruntée à la physique, les choses se passent comme dans un champ gravitationnel dont la «viscosité» génère plus ou moins de masse, de gravité, de poids, de consistance aux différents corps soumis à son action... On s'en doutait ! Certes, mais, mieux vaut systématiquement vérifier la pertinence des évidences, fussent-elles, (surtout ?) les plus banales. Peut être est-il possible aussi, dès lors, de regarder, avec un œil neuf, ces phénomènes longtemps considérés comme le produit de quelque fatalité ou d'une obscure tragédie intra-psychique. On mesure mieux également combien toute défaillance intervenant au niveau de la mise en place des capacités d'apprentissages précoces, (qu'il s'agisse de la boite à outils ou/et de l'environnement) va se traduire par des troubles globaux sévères du développement. Quel parent n'a pas redouté de devoir accompagner son petit garçon dans le monde mouvant des "sigles": pas celui de «l'ISS» mais celui des «TED» (troubles envahissants du développement), des «TDAH», des«DYS»: (dysphasies, dyslexie …), ou pire dans celui des déficiences, des univers moins enchantés que celui des elfes de l'espace ou celui d'Alice de Lewis Carol...

Les défaillances langagières ne sont pas les seules anomalies à redouter ou plutôt à dépister : On parle d'ailleurs maintenant aussi de dys-mnésie, dans certains troubles de la mémoire de l'enfant! Cependant le terrain du langage est particulièrement édifiant pour mesurer l'impact des dysfonctionnements des apprentissages. On ne peut, certes, réduire la communication, (c'est à dire la capacité à échanger et à partager de l'information avec d'autres personnes...), au seul langage. Un bb communique efficacement avant d'acceder au langage articulé ; la communication non verbale, (mimiques, regards, gestes, attitudes corporelles), continue à tenir une grande place tout au long de la vie; elle constitue probablement l'essentiel des échanges entre les humains partout sur cette planète. Mais, s'il existe en effet une relative indépendance entre communication et langage, nul ne songerait à nier l'importance du langage dans la communication ; ne serait ce que, (et cela n'est pas anecdotique), pour dénouer les crises dont l'espèce humaine n'est pas avare... Le langage est essentiel à la communication. Il l'est tout particulièrement dans les sociétés modernes... Disposer de compétences langagières sophistiquées facilitera la conversation, ou que l'on soit, sur meetic, à la machine à café ou à « la cantine » du Collège de France. De la même façon, langage et pensée sont deux entités distinctes, même si, pendant longtemps, on les a regardées comme les deux faces de la même pièce. Pour autant, nier l’intérêt du langage dans la structuration de la pensée est une thèse difficile à soutenir très longtemps. « La pensée est la condition du langage. En retour le langage favorise l'organisation de la pensée »*. Un humoriste a prétendu qu'il connaissait quelqu'un qui était capable de parler dix langues couramment ; malheureusement, il ne l'avait jamais entendu prononcer la moindre parole intelligente ! Parler, néanmoins, c'est peu contestable, aide à communiquer avec ses congénères et à penser. Chaque enfant dans son développement connaîtra, si tout se passe bien, une explosion linguistique, débutant à des moments variables selon les langues et selon le sexe, mais, grosso modo, les enfants partout dans le monde commencent à parler véritablement autour de 20-24 mois) et cela se traduit par l'apprentissage de dizaines de milliers de mots en quelques années, (entre 18 et 36-48 mois ; une fenêtre (physiologique) de tir qui ne se reproduira plus dans la vie humaine; pas même à l'occasion du mariage d'un homme... qui enrichit souvent considérablement son univers poétique.

 

princesse-cleves

 

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Face à la complexité de la tâche qui attend le petit sapiens, Charlemagne et d'autres ont inventé l'école et avec elle, de longues, (de plus en plus longues), périodes consacrées à ces apprentissages explicites, à la transmission institutionnelle. Certes, bien avant son entrée dans cette école, l'enfant doit faire face à la nouveauté, construire et déconstruire des savoirs, résoudre des problèmes; mais l'école est le lieu où cette réflexion est systématisée ou celle-ci nécessite : organisation, planification, un niveau de traitement qui ne concerne plus seulement les information en provenance de l'environnement, mais l'optimisation du traitement de ces flux d'information de plus en plus complexes. L'école idéale ne commence pas en CP, (et ne finit pas à 16 ans... c'est l'affaire de toute une vie... Au moins n'est-elle pas réductible à la salle de classe (avec ou sans tablette numérique ). Elle déborde largement au delà de «l'entre les murs», recouvrant les différents plis et vagues d'apprentissages caractéristiques de cette longue période de prérentrée que constitue «la petite enfance», période vécue dans des conditions très inégales comme on l'a vu. Ce temps de la petite enfance est comme le bonheur, il ressemble à un coup de dés. Nul besoin d'être un spécialiste des travaux des époux « Pinçon-Charlot » pour deviner que tous les enfants ne suivent pas la voie royale et les autoroutes de la sécurité et de l'excellence. La souffrance sociale, qui en découle dans notre monde «post moderne» de la transparence et du narcissisme décomplexé est certainement très sous-estimée. C'est là assurément un important gisement de pauvreté, d'exclusion et sans doute de radicalisation violente!

Nous avons aujourd'hui de grands défis à relever : emploi, compétitivité, exclusion sociale, insécurité, violence, et maintenant aussi de fortes tensions culturelles et politiques; autant de questions qui pourraient finalement se révéler presque anecdotiques comparées à d'autres plus inquiétantes dont les enjeux de dimension planétaire intéressent la survie même de l'humanité : urgence climatique, migrations, stress hydrique, épuisement des ressources, (et de la biodiversité), etc ...Pour résoudre des problèmes aussi complexes, nul doute que les recettes à l'emporte pièce et que le repli sur soi, le chacun-pour-soi, vont rapidement décevoir ou conduire à une issue aussi fatale qu'annoncée. Seule l'intelligence collective pourra répondre efficacement à ces défis sans précédents. De très importants moyens techniques  sont désormais à notre disposition avec en particulier un réseau social pratiquement mondialisé: l'utopie du village monde aujourd'hui existe. Tant mieux. Il ne reste plus qu'à faire porter désormais l'effort vers la construction de cette intelligence collective dont nous allons avoir besoin, (dont nos enfants vont avoir le plus grand besoin). Le comportementaliste  John Watson  estimait qu'il pourrait prendre un enfant au hasard et «l’entraîner à devenir n’importe quel type de spécialiste qu’[il] choisirait –médecin, avocat, artiste, marchand et même mendiant ou voleur, indépendamment de ses talents». A voir...

En revanche, il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire pour nos enfants (ou plutôt que nous devons faire) : D'abord oublier, une fois pour toutes, le pire lieu commun inventé par le bon sens populaire, cette ânerie remise au goût du jour par l'un de nos derniers Présidents de la République, (pardon à nos amis les ânes) : « Inutile d'avoir lu « la Princesse de Clèves » pour s'occuper d'enfants de maternelles... »,  ultime (?) expression d'une vision archaïque et caduque de l'histoire et de la fatalité sociale mise définitivement à mal grâce aux travaux en psychologie du développement. Il n'est plus possible aujourd'hui d'accorder le bénéfice du doute à ceux qui n'ont pas saisi l'importance de cet enjeu social et éducatif en direction de la petite enfance. Il n'est plus possible de s'abriter derrière une prétendue ignorance, derrière le bon vieux passe-partout « nous ne savions pas ».... Nous savons maintenant qu'il faut supporter de toutes nos forces la venue au monde et l'éducation des plus petits,  de tous les petits:

Développer la protection sociale familiale et d'abord garantir à chaque famille les ressources matérielles suffisantes ? Accroître le nombre et les moyens des structures d'accueil de la petite enfance qui sont, dans notre pays souvent excellentes, mais gagneraient à être dotés de moyens humains plus robustes : linguistes, orthophonistes, psychologues, psychomotriciens, animateurs, artistes...? Créer un service public de la petite enfance ? (Et pour commencer,  créer des cliniques ou des centres pluridisciplinaires d'évaluation, de dépistage et de traitement des troubles du développement de l'enfant dotés d'importants moyens et disposant d'antennes dans chaque bassin de vie?  Oui  ! Réorganiser l'école en fonction des nouvelles données de la science, des expériences qui fonctionnent (à l'étranger ou dans notre pays), comme cela a été proposé ailleurs ? pourquoi pas ! Réduire l'effectif élèves par enseignant, ...Sans doute ! Autant de gisements d'emplois passionnants et de haute utilité sociale pour nos jeunes gens, parfois en desérrance... Mais le mieux est de laisser aux professionnels eux-mêmes, aux scientifiques, aux experts, représentants des citoyens, des parents... le soin de mettre en musique ce grand'oeuvre. Pas besoin de « grand ministre », de caporaux ou de nouveaux bateleurs de foires...

Nous résidents de la république, il ne nous appartient pas d'écrire les lois, les décrets organisant ce vaste chantier ; mais ce que nous pouvons faire, c'est ériger désormais, dans ce « bon vieux pays », l'éducation (tout au long de la vie) et en tout premier lieu l'accueil de la petite enfance comme la mère de toutes les batailles à venir, comme l'une des dimensions nouvelles de notre Etat d'Urgence! Cela pourrait coûter quelque argent, exiger de notre part des efforts supplémentaires et pourquoi pas! Faut-il rappeler ceux qu'on consenti nos grands et arrière-grands parents.... Ce temps n'a pas mille ans... N'oublions pas le travail accompli, au cours de ce XXe siècle qui a tué tant d'hommes et de femmes et qui a brisé tant de vies. Les survivants ont construit, dans la peine, ce monde peut être aujourd'hui menacé. Allons nous baisser les bras ? Alors que faire ? Dans un premier temps : des « Etats Généraux » ? un « Grenelle de la petite enfance  et de l'éducation » (?)  des programmes expérimentaux, (évalués dans les règles de l'art), avec des moyens psycho-socio-éducatifs… Sans doute. Une fois de plus  : Confions la barre aux professionnels, aux experts, aux scientifiques. Et  faisons en sorte que les consensus issus de ces réunions, aient un autre destin que celui des milliers d'autres catalogues de bonnes intentions, rédigés dans ce pays et échoués sur quelques rayonnages poussiéreux ...

Certains se demandent ce que signifie aujourd'hui être de gauche. Au terme de cette réflexion sur le développement de l'enfant, dont est issu l'homme et le citoyen de demain, nous dirions qu'être de gauche (?) pourrait être d'abord un acte : payer ses impôts ou plus précisément : payer des impôts ! ( proportionnellement à ses revenus ou à sa richesse patrimoniale) ; car payer l'impôt est la preuve de son désir de coopérer et d'appartenir à une communauté ; précisément que l'on est prêt à en payer le prix fort ! ...Ce pourrait être  aussi une ambition : le parti de ceux qui entendent réinventer les règles de notre délibération collective, de manière à conjuguer la raison des «Lumières» et la démocratie réelle, qui inclut la voix des peuples et celle de la société civile, au niveau des nations, au niveau international et au niveau planétaire! ... Etre de gauche, ce pourrait être enfin à la fois un postulat, un moyen et un credo: et puisqu'il s'agit d'une bataille, donnons à cette stratégie un nom: «l'enfant-Roi» : pas le tyran domestique, pas l'enfant-Roi-Soleil, miroir narcissique de parents insatiables, mais l'enfant «lieu de mémoire », lieu de la mémoire vivante de l'humanité. L'ambition de construire des enfants à même de développer en sécurité leur capital cognitif, de disposer des armes indispensables pour recevoir la culture universelle et l'ensemble des savoirs particuliers dont ils auront besoin ; des enfants capables d’acquérir ce sentiment de maîtrise, de contrôle et d'efficacité sur les choses de ce monde, de confiance en leurs semblables; des enfants qui deviendront des sujets agissants, libres, empathiques, citoyens du monde, habitants d'une planète en danger !

 

bonabo

La belle affaire ! Rien de nouveau, direz-vous ! Et pourtant : si ! L'humanité dispose maintenant des moyens matériels et des savoir-faire, nécessaires et suffisants, pour exécuter ce plan (A) Et à vrai dire, il y a fort à parier qu'il n'y ait pas de plan B. Le Roi est mort; vive le Roi.

 

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