Linky : Stéphane Lhomme épinglé pour « malhonnêteté intellectuelle »

Stéphane Lhomme, connu pour être le chef de file de la fronde anti-Linky, est ce que l’on appelle un « passionné ». Dès qu’il le peut, par écrit ou de vive voix, et ce depuis des années, celui-ci critique le boîtier vert pomme qui serait, selon lui, la cause de bien des maux. Et pour convaincre son auditoire, Stéphane Lhomme ne recule devant (presque) rien…

« Monsieur Lhomme n’est pas un grand spécialiste de l’honnêteté intellectuelle »


Stéphane Lhomme ferait tout pour stopper l’installation des compteurs Linky en France. Comme, par exemple, inciter par quelque moyen que ce soit les communes à rejeter le compteur, en les avertissant du sombre sort qui s’abattrait sur elles si elles le laissaient entrer dans leurs foyers. Sa toge de grand-prêtre de l’écologie lui permet même d’être médiatisé, comme récemment sur TF1, où celui-ci a tenu à alerter sur la nullité de Linky, citant, pour fonder ses dires, la Lettre du Médiateur de l’Energie.


Problème, l’Autorité indépendante, chargée de résoudre les litiges entre particuliers et entreprises du monde de l’énergie, disait exactement l’inverse… Jean Gaubert, le Médiateur de l’Energie et par conséquent principal intéressé dans l’histoire, n’hésite pas en revanche à charger le conseiller municipal de Gironde. « Monsieur Lhomme n’est pas un grand spécialiste de l’honnêteté intellectuelle » déclarait-il, le 15 juin dernier, au pure player « Les smart grids ». « Jamais le Médiateur n’a dit que le compteur ne servait à rien, il a dit qu’il devait servir à davantage ».


Coup dur pour l’homme. Mais ce n’est pas la première fois que l’ardent adversaire du compteur est pris en flagrant délit de « désinformation ». Son terrain de jeu préféré, la Toile, regorge même de « cas d’école » où Stéphane Lhomme n’a pas hésité à manipuler la vérité pour son bénéfice personnel, envoyant valser par la même occasion les arguments objectifs pro-Linky.


La désinformation, arme favorite de Stéphane Lhomme


Le boîtier, qui met en relation, par une interconnexion de réseaux, le consommateur et le distributeur d’électricité, peut permettre in fine d’intégrer les énergies renouvelables dans le circuit. Mais en suivant un raisonnement bien particulier, M. Lhomme estime au contraire que « l’Allemagne a refusé la généralisation des compteurs communicants » ; or elle « est un pays qui développe immensément plus les énergies renouvelables que la France » ; ainsi le développement de Linky ne peut servir le développement des énergies vertes.


Pourtant, à y regarder de plus près, la réalité est tout autre. En effet, là où le « tissu électrique » est extrêmement complexe outre-Rhin — l’Allemagne comptant plus de mille fournisseurs et huit cents gestionnaires de réseau —, il est bien plus malléable en France, avec une petite douzaine de distributeurs ; sans compter qu’Enedis gère 95 % du réseau de distribution français. Preuve de son manque d’objectivité sur les renouvelables, Stéphane Lhomme jamais ne cite le cas norvégien : alors que 98 % de la production électrique nationale est issue de sources vertes, Oslo déploie dans le même temps plus de mille compteurs communicants par jour...


La question des ondes émises par le boîtier a également fait couler beaucoup d’encre — là non plus pas très sympathique pour Linky. D’après M. Lhomme, les compteurs communicants émettent des ondes électromagnétiques qui, d’un côté, seraient susceptibles de causer des dommages chez les personnes atteintes d’électrosensibilité et, de l’autre, prendraient le contrôle d’autres appareils électriques.


Ces « polémiques soulevées par les associations anti-Linky sur les ondes, d’après le Médiateur de l’Energie, n’ont […] pas lieu d’être, compte tenu des résultats des études réalisées par l’ANFR et l’ANSES. » L’Agence nationale des fréquences et l’Agence nationale de sécurité sanitaire, en 2016, avaient effectivement calculé que le champ électromagnétique émis par Linky — porteur, selon ses détracteurs, d’un risque sanitaire pour les électrosensibles — n’était pas plus important que celui des anciens compteurs.


Pas plus qu’il ne rendrait fous les appareils électriques environnants. D’après Stéphane Lhomme, qui se basait sur un article du « Figaro » datant de septembre dernier, les lampes de chevet s’allumeraient et s’éteindraient par l’opération du Saint-Linky, faisant craindre une prise de contrôle généralisée des appareils ménagers. Mais ce que l’élu de Saint-Macaire ne précise pas — et qui se trouve pourtant plus bas dans le papier —, c’est que « ce problème concernait uniquement les lampes tactiles » de fabrication chinoise, qui après une batterie de tests « se sont avérées non conformes à la norme européenne sur les équipements électriques ».


Il est possible, évidemment, de multiplier les exemples de désinformation, voire de « fake news », émis par le chef de file des anti-Linky. Comme par exemple lorsqu’il affirme que le boîtier reviendra plus cher au consommateur qui, en plus de le payer de sa poche, verra le prix de l’électricité augmenter. « Ces compteurs communicants, nous dit pourtant Jean Gaubert, sont utiles pour la gestion du réseau, la réalisation d’opérations à distance et une facturation plus précise, car basée sur des relevés plus fréquents. » Exit, donc, les tarifications à l’emporte-pièce ; bonjour les économies d’énergie et d’argent, malgré ce que l’homme de Saint-Macaire voudrait nous faire croire.

 

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