Olivier Pillevuit et Les pentes du ciel

Aux Editions de l'aire 2020

pillevuit

 

Le poète Olivier Pillevuit nous offre son deuxième opus, Les Pentes du ciel, aux Editions de l’Aire. Autant dire que la pente est ascendante ; elle s’ouvre d’ailleurs sur un arpenteur célèbre des pentes et des cimes, l’Ecce Homo de Nietzsche :

 

Avec la solitude en bandoulière

Comme seule pureté

 

Je ne citerai pas ici l’intégralité des poèmes, bien qu’ils le vaillent, mais me contenterai de ses lignes directrices comme autant de lignes de forces.

 

Confiants au matin net d’un astre qui s’exclame

 

Le poète emprunte ici les « Chemins de traverse Sur lesquels on se découvre », usant avec plus encore de délié dans les images, sans perdre pour autant le fil d’un discours sensé, infusé ou diffusé de sagesse.

De l’itinéraire de la chute aux pentes du ciel, la première fait état de la lassitude d’un temps numérique où le rapprochement des êtres, dans un monde sans culture, ne rime plus qu’avec l’inutilité et l’égotisme :

 

Litanie d’un quotidien

Qui n’a plus rien à nous dire

Sous le dôme de constellations en parade

L’écran tactile pour seul confident

Envoie par ondes et nuages

Nos messages inutiles et creux

 

En cette période de fin d’année, le festival des mots inutiles et creux ne peut pas sonner plus juste ; hypocrisie triomphante où l’on envoie nos meilleures vœux et pensées à tous ceux dont l’existence nous indiffère tout du long de l’année. Mais le remède à cette farce est contenu dans sa propre lassitude :

 

Et ne plus être l’otage

De l’ennui des autres

 

Alors que l’enfer est en nos cités, le poète doit s’arranger avec l’oubli pour continuer à s’approcher d’autrui sans arrière-pensées :

 

Comment faire table rase pour se donner et se prendre ?

 

Ne compter que sur soi, de prime abord, c’est consolider le jour.

 

Aussi malgré l’oxyde inexorable

Je coïncide au miroir de mon ciel

 

Les constellations regroupent jusqu’aux astres isolés ; les perspectives se font toujours aux alentours du mirage d’autrui :

 

Ainsi invité aux mirages des autres

Nous comprenons l’illusion des perspectives

Sur lesquelles s’échafaudent nos rencontres

 

Le désert est un effet d’inhumanité générale ; sa brisure demeure dans la rencontre, dans la présence.

 

Ce n’est pas tant la mort qui nous tue

Mais l’usure d’une vie négligeant

Ce formidable aiguillon de présence

 

Le feu de soi-même est une braise dans la nuit, un feu conjugué pour l’amitié, un brasero pour l’amour.

 

Atteindre son midi

Ne plus faire d’ombre

 

(…)

 

Je suis une braise ordinaire

Qu’attise l’extraordinaire

 

L’extraordinaire est un danger commun qui se résume à vivre puisqu’il est avant tout mortel d’être déjà vivant.

 

Cheminant sur des lignes de crêtes

Il nous faut choisir

Entre les dangers du vide

Et ceux du sommet

 

L’espoir est à la promesse de l’instant ; tout y est contenu à ceux qui savent l’investiguer.

 

Si rien ne vient

C’est que tout est là.

N’attendons pas

Cherchons !

On ne gagne pas

La saison

Qui nous a rejoints

 

La vitesse ne mène à rien ; elle esquive la vie, rate ses opportunités. Patience et lenteur appartiennent à la floraison des fleurs.

 

Les choses importantes

S’invitent tranquillement

Ce qui nous ressemble

Souvent nous perd

On fréquente longtemps son existence

Avant de l’épouser

 

La disponibilité n’est pas un gain mais un accueil ; le bienfait est opportun, heureux coup du sort.

 

Nul besoin de savoir pour connaître

Nul besoin de prétendre pour participer

Nos seuls bonheurs se grappillent

Par surprise

 

La solitude est faite pour gagner la guerre, mais guère pour semer (s’aimer).

 

Solitude qui nous sème et nous moissonne

Chaque rencontre importune la misère

Victoire vaincue par le partage

Comme seule gloire acceptable

Là où nous sommes

 

Se déprendre pour se reprendre, là où la poésie rassemble le réel éclaté, se loge une plénitude.

 

Peut-être que le bonheur

C’est d’être possédé ?

 

Possession de l’éphémère, peu de choses font l’essentiel.

 

Qui sait retrouver l’oasis d’un sommeil

Où se puise la joie de n’être rien

 

La guerre du tous contre tous cesse sitôt le retour à ses terres cultivées.

 

Le domaine du paysan

N’est pas le royaume du tigre

 

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@LG

 

 

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