Chroniques du festival Les 2 mondes à Mulhouse

Edition 2017

 

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La nouvelle édition du festival Les 2 mondes met cette année à l’honneur la gastronomie. Mélomanes et gastronomes sont conviés pour mettre du son dans le sucre ou inversement ; pour chavirer en bouche les nectars bachiques et distiller au coeur les saveurs sonores. Le compositeur et organisateur du festival, Pierre Thilloy, se trouve être un hédoniste aussi militant que le créateur acharné qu’il ne cesse d’être. Au menu, donc, cette année, grands crus de rouge, de champagnes, produits du terroir, gourmandises et pâtisseries. Le tout, bien évidemment, en enrobage, car l’essentiel d’un festival repose avant tout sur ses artistes, sa programmation. Savamment assaisonné par des professionnels du goût, le festival alternera les délices, et fera de même avec l’orchestre ; l’Amérique latine, l’Asie, la Russie, l’Europe, l’Orient, l’Afrique, continueront d’échanger leurs parfums, d’y mélanger leurs voix. Le baroque, le classique, le romantisme, la musique moderne et contemporaine, pour ne pas évoquer la musique du monde, le jazz, échangeront autant leurs latitudes que leur histoire. Le local deviendra la caution de l’international et non sa négation. La mondialisation du divers, des styles, des genres, des identités, des cultures, s’offriront en rempart à la globalisation du même, à la standardisation hégémonique, au consumérisme égoïste, à l’industrialisation du médiocre. Au même, sera opposé le différent; la variété, en remède à l’uniformisation. La découverte, au repli.

Le retour aux sources sera moins tributaire d’un repli identitaire que d’une généreuse mémoire au service de l’avenir ; dans l’art comme dans la culture, il ne saurait y avoir germination planétaire, sans l’assurance de racines fières et de terreaux fertiles. Ainsi la Moselle, à l’honneur en cette édition, trouvera moins l’occasion du seul pittoresque, que d’une célébration des anciens peuples l’ayant conquise, sinon louée, comme le poète romain Ausone, de même que d’une évocation franco-allemande hautement symbolique, en période d’incertitude et de tensions récurrentes. Le recours aux forêts, aux campagnes, aux fleuves, aux terroirs, qu’ils soient du Kazakhstan, du Mexique, de France ou d’Espagne, de Guadeloupe comme d’Azerbaïdjan, d’Algérie comme de Syrie, aucune particularité, aucune excellence, aucun trésor n’a à se prévaloir ou à se défier d’aucun autre ; tous ont la qualité pour équivalence, synergie, symbiose, générosité, offrande, partage, rencontre. La mondialisation culturelle en alternative humaniste à la mondialisation financière, guerrière, coloniale et tribale. Le respect induit par la beauté dresse la grande table des réconciliations entre le beau et le bon d’ici, d’avec le beau et le bon de là-bas. Hospitalité du goût, de l’écoute, le transfuge et l’accueil sont affaire d’âmes avant tout. Tel un parfum, la grâce esthétique se déplace, d’une citoyenneté à l’autre, sans obliger ni nuire à personne. Le goût, le beau, en ambassadeurs des peuples.

Tel est l’esprit du festival, et si l’émotion et l’émerveillement rapprochent les hommes par leurs noblesses plutôt que par leurs intérêts et leurs préjugés, il s’agira de ne mésuser d’aucun filtre en la matière. Le festival, toutefois, bien loin des vaines mondanités d’élites, pour ne pas dire complices de la débâcle du monde, assurera la convivialité à tous et portera le meilleur dans la rue, par les vals et par les champs, à l’embouchure d’un ruisseau, d’un parc urbain, un café populaire, une cave à vin, une pâtisserie locale, et pas uniquement sur la scène confinée d’un théâtre. Qu’il nous faille encore faire choir les dieux sur Terre, telle pourrait être l’ambition perpétuelle de l’art, qu’il soit de vivre ou lié à un domaine particulier du savoir-faire et de l’artisanat. Un festival, je l’ai dit, pour hédonistes, pour mélomanes, et comment pourrait-on être l’un sans l’autre ? Sucré, amer, acide, plaisant ou complexe, bien relevé, sinon caustique, ou très fin, la qualité d’un art sait aussi se décliner selon la rudesse des épices, la douceur flatteuse du sucre, ou l’amertume d’un sel au caractère plus difficile ; la musique, nous le verrons tout du long du festival, y répondra à sa manière. Une seule leçon à tout ceci, en définitive : goûtons-nous les uns les autres avant même de nous juger ; formulation gourmande et profane de l’amour du prochain... et succulents spectacles !

 

 

Le festival Les 2 Mondes - 3ème édition - 2017 © Xanadu, un monde musical

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Mardi 19 septembre 2017                                                                                

Le Trombone et La Fontaine 14h30

Dès son ouverture, le festival Les 2 mondes a maintenu son exigence pédagogique. Enseigner la musique par l’écoute, le concert ; y ajouter ce que la musique ne véhicule pas, sinon indirectement, l’édification morale des fables des grands moralistes, qui, d’Esope à La Fontaine, se proposaient d’y recourir, ni sentencieusement, ni péremptoirement, mais sous la forme d’illustrations poétiques, de scénographies littéraires, métaphores animalières. C'est dans un Théâtre de la Sinne rempli d'enfants, du sol au plafond, que s'est tenu le concert pédagogique du festival. Un public très jeune pour des musiciens eux-mêmes parfois très jeunes, dans les rangs de la troupe des trombonistes de Laurent Weisbeck, professeur de trombone au Conservatoire du Pays de Montbéliard et directeur artistique de l’Académie Musicale et du Festival de Trombone d’Alsace, fondateur du Eastsliders Trombone Quartet, et pratiquant volontiers, outre le trombone ténor et basse, des instruments médiévaux telle la sacqueboute. La comédienne Margot Luciarte, Jeunes Talents Cannes Adami 2017, de sa voix claire et forte, permit aux jeunes oreilles de se familiariser avec l'univers de La Fontaine, sa poésie, son bestiaire, illustré par des compositions démonstratives, au même titre que le célèbre Pierre et le loup de Prokoviev ou le Carnaval des animaux de Saint-Saëns.

Toute la gageure revenait à présenter autre chose que les scies musicales en vigueur en ce domaine, et le mariage des fables et de la musique fut tout trouvé. L'ambition était exigeante, non seulement vis-à-vis du texte, qui, bien que célèbre, n'a été édulcoré en rien de la versification originale, que pour la musique, moins directement accessible que pour les oeuvres de Prokoviev et Saint-Saëns. Les écoutilles bien ouvertes, les yeux purs, insoucieux encore d’idées préconçues, les enfants se sentent naturellement offerts aux découvertes esthétiques et culinaires, aux cinq sens - sinon même aux six. Gageons que si l’un d’entre eux se devait d’avoir été négligé par la science, il serait très naturel et commun chez l’enfant... Un effort fut donc fourni pour ne pas trop prendre les enfants pour des enfants. Outre les morales célèbres de la cigale et de la fourmi, de la grenouille et du boeuf, du corbeau et du renard, de la montagne accouchant d'une souris, du lièvre et de la tortue, nous eûmes le privilège d’entendre un poème sacrilège de La Fontaine, Le renard, le singe et les animaux, qui passa sans doute au-dessus des entendements en devenir, mais qui, de l'esprit critique du fameux fabuliste, demeura fidèle :

« Le Renard dit, au nom de l'assistance :
Prétendrais-tu nous gouverner encor,
Ne sachant pas te conduire toi-même ?
Il fut démis ; et l'on tomba d'accord
Qu'à peu de gens convient le diadème. »

 

 

Mardi 19 septembre 2017

Jazz d’Est en Ouest

Les Domaines qui montent 19h00

Que ne saurait-on trouver lieu plus approprié (La Place de la Paix) pour y installer une cave à vin, ainsi que des trésors du terroir ? On ne saurait trop insister sur l’importance de la table, non pas seulement dans la dégustation, mais dans la diplomatie... S’installer autour d’une table, et plus encore pour y partager le meilleur, c’est réunir ce qui pouvait s’en trouver désuni. La table, ronde ou carrée, est le préalable à toute rencontre, à toute discussion ; elle est invoquée dans tout conflit de nature politique, lorsqu’il s’agit, selon l’expression consacrée, de tout mettre sur la table, de trouver un terrain d’entente, et d’éviter ainsi le pire. Mieux encore, elle sert aussi à l’amitié, aux complicités familiales, aux liens privilégiés, aux confidences cordiales. Elle se trouve être le lieu du partage, du plaisir, de la gastronomie. On ne trouve communément à la table, sinon à la tablée, dans l’inconscient populaire, que des avantages, au point que la notion même de « renverser la table », augure davantage de la déclaration de guerre que de la paix promulguée...

Transformer une cave à vin en salle de concert, voilà qui participe de la magie du festival, où l'étrangeté et l'atypique sont scrupuleusement recherchés. Cette année, l'ouverture du festival coïncidait avec l’ouverture d'un vin, d'un champagne. Les convives amenés à la dégustation, furent également conviés à l'audition, suscitant cet étonnant rapprochement entre les douceurs du palais et les vibrations de l'âme. Il n'en fallut pas plus pour que les couleurs chaudes du vin ne glissassent et ne se mélangeassent aux suavités du jazz et des instruments du désert, kazakhs et azéris. De l'oreille à la langue, la volupté ne fait qu'une, et l'âme du vin, si baudelairienne, fit corps avec la musique. Ne parle-t-on pas d'ailleurs de « corps » pour qualifier la robe du vin ?

Les premiers instruments à introduire l'art du goût et des saveurs, furent la clarinette de Saddam Novruzbayov, clarinettiste azéri, et le kobyz (violon à deux cordes) d'Aygerim Yersainova, musicienne kazakh spécialisée dans les instruments anciens et traditionnels. Duo envoûtant pour tout ce qu'il devait aux sonorités orientales tout comme à un passé lointain. Le balaban, variété de flûte azérie, et le kobyz, nourrirent l'aridité du sable, le voile de la chaleur et quelques incantations parfumées. Le zhetigen, instrument kazakh entre la harpe et la cithare, plus mélancoliquement, métamorphosa l'ivresse en rêverie. Mélancolie du soir et des amitiés que l'on sait hélas, éphémères, comme l'est le bonheur lui-même. Les standards du jazz, modernisés par le jeune groupe Sophie Steff Bands, firent vibrer à la suite batterie, guitare et basse, et chaufferont au fer rouge les notes subtiles introduites par les instruments anciens. En fin de soirée, la clarinette, le kobyz, se joindront à la formation de jazz en une improvisation inattendue et réussie, tant les sonorités de la clarinette et du violon kazakh exhausseront le jazz comme le vin exhausse tout ce qu'il accompagne.

L’accompagnement gustatif de ces saveurs sonores se fit par le biais remarqué d'un pinot noir alsacien, Materne Haegelin, véritable concerto liquide pour groseilles et roses, suave et délicat de la vanille du chêne. Nous dûmes ainsi chavirer de Gainsbourg à Joe McCoy, en passant par le Brésil de Carlos Jobim, ou le charme de Gerschwin. Une terrine de Renaud Chabrier, préparée avec un même souci symphonique pour la partition buccale, rejoignit sans fausse note, la douceur émouvante du zhetigen ; terrine à la consistance fondante, délicatement filandreuse, toute emplie de la grâce que l’on s’attend à trouver dans la mélodie classique. Un même équilibre des tons semble sévir dans la gastronomie, où les différentes saveurs, comme autant de gammes offertes au compositeur-cuisinier, s’expriment en un langage exigeant et subtile, une orchestration étroitement réglée. Se voulant romantique et douce, sobre dans la douceur, comme sait l'être l'amitié lorsqu'elle se sait cordiale sans être ni veule, ni conflictuelle, notre terrine ne put qu’enchanter les ventres fermes et les coeurs doux, ne laissant qu’au vin le soin de fomenter pour les heures déclinantes, les fièvres expansives et les pugilats de fin de soirée...

                                                                                                 

 

Mercredi 20 septembre 2017

Soirée « Le son en bouche » - 19h00

Et si nous pouvions goûter le son ? Quelle forme prendrait la musique sur nos papilles ? Inversement : un gâteau, un dessert, peut-il s’avérer symphonique ? C’est ce que pensent les pâtisseries JACQUES, la maison des champagnes DRAPPIER, le quatuor Délice Musicale de Mulhouse, le Café Mozart, et le compositeur Pierre Thilloy lui-même, dont une création mondiale fut réservée pour la célébration du gâteau Les 2 mondes,  conçu et présenté par Michel Bannewarth, et sanctifié par le Quattuor op. 219 de Pierre Thilloy, dit Cuvée Charles de Gaulles. Quattuor, comme le chiffre quatre, issu d’une lointaine étymologie latine ; jeu de mot qualifiant la quadruple audace de cette soirée consistant à jumeler quatre arts en un seul : la gastronomie, la musique, la poésie et l’œnologie, comme autant de sens ainsi requis : le goût, l’ouïe, la vue, le toucher. Cuvée Charles de Gaulles, car il arrivait en effet que le général De Gaulle, tout général qu'il fût, lorsqu'il dînait à Colombey-Les-Deux-Eglises en compagnie d'Yvonne, qu'il ouvrît un délicat champagne, bien à l’abri des rudesses et des vulgarités de la politique.

Le contraste d'un général, formé à la discipline et au canon, appréciant à demeure, l'infinie délicatesse des bulles et des saveurs d'une cuvée de champagne, inspira au compositeur une oeuvre rythmée non des cadences militaires, sinon dans l'évocation sublimée, que des subtiles explosions de bulles, sous la forme de pincements de cordes, entrelacés par moments d'un air aérien et mélancolique pour la douceur, sinon pour sa gravité. Une oeuvre déployant sa robe autour du jeu de cordes allant s'intensifiant, puis, à l'usure du plaisir lui-même, se perdant au final dans le rêve de son éternité – si elle était seulement possible... « Toute joie veut l'éternité », affirmait Nietzsche, artisan tragique de l'éternel retour. En hédoniste, Pierre Thilloy en exprima ce soir-là autant la jouissance que le regret dans son impossible continuité. Le plaisir s’émoussant souvent aussi vite qu'il ne nous apparaît dans sa densité, au terme de la pièce chaude servie par l'orchestre, la musique se dissipa mêmement dans sa propre raréfaction. Tragique, Pierre Thilloy ? Assurément, et jusqu'au dessert...

La soirée musicale fut à l'image du gâteau Les 2 mondes, et réclama à sa table, le classicisme de Mozart, pour la structure parfaite, l'harmonie formelle ; l'exotisme du Chevalier Saint-George pour un même classicisme généreusement délié; l'orient minimaliste et facétieux de Mirzazadeh, en ses Miniatures, ainsi que le romantisme slave de Borodine pour la douceur quelque peu enlevée, le tout sous le regard figuratif et moderne des toiles de Renato Montanaro, exposées au sein du Café Mozart, mélangeant harmonieusement elles-aussi le passé et le présent, le sacré et le profane, dans les mêmes cordes que le présent concert. Et comme jaillie de nulle part, sinon du gâteau, s'il n'était pas de taille si modeste, la comédienne Margot Luciarte déclama, avec gourmandise, la poésie taillée dans le vif du poète guadeloupéen Lémy Leman Coco, composée pour l'occasion, et en présence de l'auteur. Une performance qui nécessita, cela va sans dire, que la diction ne le cède en rien à la manducation...

Poésie des mots, des sons, des goûts, ne manquait plus au banquet de Mozart, que la création de Michel Bannwarth, assortie d'un verre de champagne DRAPPIER. De l'aveu même de son créateur et artisan, rien n'a été laissé au hasard dans cette composition gustative, car le gâteau, lui aussi, fut créé uniquement pour l'événement. Destiné à fêter le Brésil et l'Asie centrale, il se composa de mousse de café pour le Brésil, reposa sur un biscuit de pistache pour l'Asie, de même que formé d'un coeur de cardamome. Ce petit bijou vert se caractérisa moins par la force du café que par la douceur de l'ensemble, permettant au champagne de jouer moins les violons que les cordes pincées, en écumant son odeur de fruits exotiques, entre passions et mangue, avec une note de citron vert pour l'amertume, jusqu’aux bulles délicates, à la rondeur généreuse et austère d'un quatuor de Haydn. Avec ce festival, le palais se faisant lui-même scène et orchestre, le paradis synesthésiste fut bref, mais intense; on ne saurait réaliser d'agapes dignes de ce nom autrement que dans l'émulation des savoir-faire.

 

 

Jeudi 21 septembre 2017

La Route des Epices - Diwan Again 20h00

De la Route de la Soie à la Route des Epices, le festival mondialise à revers du monde contemporain ; la culture seule s’impose ici comme ambassadrice, au coeur des hommes qui forment la richesse des différents peuples que certains voudraient voir disparaître... Grande absente d’une mondialisation financière s’accompagnant - est-ce un hasard ? -, d’une mondialisation des conflits et des guerres ethniques, la culture, inversement, alterne la beauté et la différence, le respect et la connaissance, par le biais de valeurs intrinsèques à son mouvement qui, si elle se mondialisait véritablement, offrirait un tout autre visage à ce mécanisme globalisant que l’on dit inéluctable. Cuba, Alger, Bakou, Belém, Almaty, Fés, Tunis, Cracovie, Sheki, Rio, se joignirent en un concert pour tisser la toile d’un externet radical ; fraternité réelle, palpable, et in situ. Pas de fraternité sans présence réelle, sans rendez-vous pris, avec le public, avec les artistes ; sans les voix, les chants, remontant parfois au fond des âges. Que ne se contente-t-on que des vivants ? Les morts aussi sont invités.

Soirée épicée, riche en percussions, en chants et en cordes. Des musiciens de diverses origines du Moyen-Orient ont ainsi ressuscité de grands classiques de la chanson orientale de différentes époques. Instruments et chants d'Algérie, du Maroc, de Syrie, d'Egypte ; Oum Kalthoum ouvrit le concert, suivie du « rossignol » égyptien, Abdel Halim Hafez, que la voix grave d'Abdelali Bouayoune a littéralement fait revivre ; réarrangements remarquables encore, de Farid El Atrache, Mohammed Abdel Wahab. Khalil Jerro, au violon et au chant, nous aura proposé une interprétation émouvante d'un chant syrien, d'une profondeur et d'une émotion aussi palpable que le drame qui s'y joue encore actuellement. Kader Fahem, à la guitare et à la mandole, nous a également chanté des chansons de sa composition, en hommage à son Algérie natale. La mélancolie de sa blanche Algérie, la fougueuse cavale de ses chevaux du désert, fuyant la guerre en abandonnant leurs guerriers pour la splendeur pacifique des dunes de sable.

Sonorités diverses, exotiques, rythmiques, notamment avec la mandole algérienne, à la sonorité grave, ample, presque électrique ; le oud, plus sec, plus aride, en guitare du désert. Samir Homsi et Azzedine Boufria s'occupèrent de la transe des percussions, entre tambourin et derbouka. Le final du concert, animé par l'énergique Kader Fahem, bien décidé à porter les révolutions arabes sur la scène et dans la salle du Théâtre de la Sinne, fit battre les mains et chanter en coeur aux accents incantatoires et vibrants de ses chansons, entre chant d'amour, de naissance et de liberté.

 

 

Vendredi 22 septembre 2017

Vent d’est 20h00

Une soirée pour la paix au Théâtre de la Sinne, avec l'Orchestre d'Harmonie d'Héricourt et le Eastliders Trombone Quartet. Un chant de paix soufflant ce soir-là de l'est, soutenu par l'amitié célèbre qui unissait Fikret Amirov, compositeur azéri, à Aram Khatchaturian, compositeur arménien. Une manière élégante de rappeler que les conflits, les ruptures, les guerres, appartiennent résolument à d'autres réalités qu'à l'art, qui, manifestement, les ignore, les méprise, voire même, les combat. Fraternité lyrique, pour ne pas dire sentimentale, à l'écoute de la Procession des Nobles de Rimsky-Korsakov, à la pompe toute princière ; les trois danses entraînantes de Khatchaturian ; Elegy d'Amirov ;  la sombre et brutale Suite Scythe op 20, Tchoujbog et la danse des esprits, de Prokoviev ; ainsi que le somptueux final de Schostakovich, la célèbre valse 2ème Suite de Jazz, largement popularisée et dénaturée par la publicité.

Le compositeur Pierre Thilloy proposa pour son compte, Quatuor Coronati op. 98, un concerto pour quatuor de trombones aux accents à la fois guerriers et sacrés, tragiques et électifs. L’oeuvre s’inspire en effet d’un événement très particulier du christianisme, l’histoire des Quatre Saints Couronnés. En l’an 298 ap. J.-C., l’Empire romain n’est pas encore christianisé ; il le sera par Constantin, en 313. Avant cette date, les chrétiens sont régulièrement pourchassés, interdits, et condamnés à mort, quand ils ne sont pas massacrés. Sous le règne de Dioclétien, quatre sculpteurs romains convertis à la secte interdite, refuseront d’exécuter, sur commande de l’Empereur, une statue en l’honneur d’Esculape, dieu païen de la médecine. Ils seront enfermés dans un cercueil de plomb, fouettés, torturés, puis jetés dans les eaux du Tibre. Deux ans après les faits, lors de l’inauguration d’un temple dédié à Esculape, toujours selon les voeux de Dioclétien, il demandera à ses légionnaires de rendre hommage au même Esculape, quand quatre soldats convertis au christianisme s’y refuseront, et seront eux-mêmes battus à mort. Le triomphe à venir du christianisme sur la romanité induira la reconnaissance de ces martyrs chrétiens, au nom de Quatuor Coronati, symbolique du chiffre qui ne pouvait que plaire à une religion très ancrée dans l’ésotérisme mathématique. Symboles de la persécution romaine et de leur résistance, les huit saints seront honorés par Jacques de Voragine, dans La Légende dorée, et deviendront au XIIIe siècle, saints patrons des arts, et plus précisément, des tailleurs de pierre et des maçons. Le concert se termina sur la fougue incandescente de la Danse du feu de Khatchaturian, et les élans russes et festifs de Shostakovich.

 

                                                                                                                   

Samedi 23 septembre 2017

Aubade champêtre 12h00

Le retour aux sources ne se fait pas sans le détour par l’histoire, par le local, comme épicentre d’une identité, certes, régionale, ou sinon nationale, mais toujours bâtie et construite sur une mixité d’influences excédant la seule appartenance géographique et contemporaine. Aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps généalogique, on finira toujours par rencontrer d’autres peuples, d’autres origines, à la source de toute identité circonscrite. Ainsi des romains, des celtes, des germains, des gaulois, des francs ; ainsi de suite, jusqu’aux résidants de l’heure. C’est à la source même de la Moselle, à Bussang, que fut convié le quatuor Chagall, bien décidé à enchanter la nature des lieux en une célébration moins bucolique que champêtre. La géographie et l’histoire n’étant pas séparées, celles-ci jouant ensembles leurs partitions, il serait bien limitatif de croire que la seule nature puisse être l’objet unique d’une célébration, fût-elle musicale. Au-delà de son cadre naturel, c’est la Moselle elle-même qui fit l’objet ici de l’évocation.

Une performance typique des programmations du festival Les 2 mondes, destinée à sortir la musique et les arts de leurs cadres officiels et institutionnels ; performance relevée avec souplesse, malgré quelques rafales et envols de partitions, entre mauricettes et bretzels, riesling et pinot, par le Quatuor Chagall. S’écoulant d’un mur de pierre, la source de la Moselle ricochait, cristalline, à quelques pas de la cinquantaine de personnes réunie pour l’hommage rendu, outre la Moselle, à l’amitié franco-allemande et à l’Europe des peuples. Sous un ciel limpide, autant que l’eau de source, le soleil arrosait les sapins, projetant ses feux sur les vagues prémices de l’automne. Un nuage quelque peu chagrin, jeta une ombre froide, mordante, sur la chaude assemblée. Les oiseaux se firent rares, cédant au silence, les notes que nous allions inventer. L’ouverture de ce concert à l’air libre se fit avec Les bords de la Moselle op 92 de René de Boisdeffre, compositeur français du XIXe siècle, amorçant sur des notes légères, déliées, suffisamment enjouées pour s’en trouver bucoliques, nonobstant une inventivité particulière.

Puis, la foule réunie ce jour-là, pour partie française et pour partie allemande, se prépara pour entonner le Mosellied de Goerg G. Schmitt, compositeur allemand lui aussi du XIXe, préparé pour l’occasion, et dont le texte fut réécrit au goût du jour, réactualisé par l’auteur de ces chroniques et par Wolfgang Steinborn. Aux premières mesures de ce chant, de cet hymne à la Moselle, chacun fit résonner dans le silence de la nature, les couplets en français et en allemands, accompagnés par le quatuor. La multitude de voix s’élevant dans la vallée, procuraient un certain frisson, mélange de lyrisme et d’humanité, de confraternité réunie autour de valeurs universelles dans un décor à la fois véridique et symbolique. Mais c’est l’oeuvre de Pierre Thilloy, Evocations d’après Mosella op 167 no 2, qui apporta au contexte, sa température la plus minérale, la plus crue. Lente déclinaison sacrée faisant s’enflammer les couleurs forestières comme des vitraux d’église, saccades d’un vent mélodique sur les rochers d’altitude ; le sentiment vif et sombre de la gravité naturelle, où la pierre et les bois ne transigent en rien sur la morsure du froid, où la nature revêt moins le confort touristique que le drame de la vie sauvage, élémentaire, aussi abrupte que les montagnes, de fossés en ravins, de ronces en lynx. La musique en nature vivante, bien plutôt que nature morte...

 

Evocations d'après Mosella Op.167 n°2 (Pierre Thilloy) © Xanadu, un monde musical

                                                                                           

Samedi 23 septembre 2017

Intermède à déguster - 17h00

Michel Bannwarth dirige la pâtisserie JACQUES, véritable institution mulhousienne naguère créée par son grand-père, reprise par son père, et aujourd’hui tenue par lui-même, petit-fils du fondateur. 80 ans d’excellence au service du goût, et sans élitisme. Sa rencontre avec le compositeur Pierre Thilloy lui a donc valu de créer un gâteau unique en l’honneur du festival Les 2 mondes. Il s’agissait de nous faire ingérer la beauté, l’exotisme, l’internationalisme. Les papilles seraient-elles moins rétives à l’hospitalité en passant de prime abord par les palais ? Si sortir les couteaux, c’est se faire la guerre, mettre le couvert, c’est faire la paix. Que n’attendons-nous de faire des ambassades, des restaurants gastronomiques avec estrades concertantes ? Certes, l’exercice culinaire autant que musicologique est périlleux : mettre en sucre le son, et inversement, c’est risquer le four... et autant le four est la réussite du pâtissier, autant il est l’échec du concertiste...

A titre de variation sur le gâteau du festival, André Adjiba, timbalier solo de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse depuis 2005, interpréta au sein du Café Mozart, des compositions de Bach, Gérard Pérotin, Erik Satie et Yves Verne, réarrangées pour vibraphone. Dépaysement sonore, ondulatoire et xylophonique, rappelant quelque peu les sons éthérés de l’orgue de verre, en raison de sa composition, non en bois, comme le xylophone, mais en métal. L’intérêt porté par Pierre Thilloy aux instruments rares, anciens ou nouveaux, sa quête de sons inouïs, ou peu entendus, rejoint la préoccupation de nombre de compositeurs, qui, tel Mozart déjà, s’était brièvement emparé de l’orgue de verre, récemment créé à l’époque, pour l’intégrer à la partition d’un de ses rondos. Rien de plus indiqué que de faire résonner des verres au sein d’un café, mais le vibraphone, en instrument de percussion, résonne bien au-delà. Outre la difficulté qu’il peut y avoir à jouer du Bach sur un tel instrument, sans les doigts et à coup de baguettes en fils, c’est-à-dire avec une dextérité et une adresse maximale, le cadre bruyant du café y ajoute la distraction permanente du mouvement, des conversations et des serveurs. En raison de ses modulations lentes et méditatives, la gymnopédie d’Eric Satie fut la plus envoûtante des partitions du jour pour cet instrument.

    

André Adjiba au Café Mozart de Mulhouse © Xanadu, un monde musical
         

 

Samedi 23 septembre 2017

Feu d’artifice musical 20h00

Un concert de clôture généreusement lyrique, vocal, gourmand et voluptueux ; puissamment moderne, terriblement contemporain... Se maintenant dans un esprit de découvertes, les nationalités défilèrent, les genres aussi, de même que des compositeurs peu connus, bien injustement, si on le mesure à leurs talents. Le festival s’est donc chargé de faire découvrir ces talents méconnus, de rendre justice à des merveilles oubliées. En ouverture, et comme aux commencements de la musique, la virtuosité baroque de Jean-Sébastien Bach et son concerto pour clavier en Ré mineur BWV 1052. Splendeur baroque que la virtuosité mathématique magnifie en un sublime contretemps d’avec la mathématique contemporaine. Fikrat Amirov (1922-1984), compositeur azéri, dont le final de sa symphonie Nizami agitera la sève ardente et moderne aux parfums d’un orientalisme comme passé par Ravel, Debussy, ou Shostakovich.

C’est avec un compositeur contemporain italien, Lorenzo Ferrero (1951) que se poursuivit le concert. Les premières notes intimistes gravirent comme une marche d’un concerto de Rachmaninov qui aurait emprunté à Gershwin. Les accents d’un Tchaïkovsky se sont faits également entendre, par instants. L’atmosphère oscillait entre le romantisme de la période moderne, disons russe, bien que dans un registre minimaliste, dépouillé, et les délicates nuances du jazz. Le concerto enchaîna avec des séries répétitives dignes d’un Steve Reich, bien que plus déliées. Auteur d’une thèse sur John Cage, on ne s’étonnera pas de l’influence du minimalisme américain dans l’inspiration de Lorenzo Ferrero. Remarquable concerto, bien mis en relief par l’orchestre de ce soir-là, alternant l’intensité des violons et la subtilité de ses motifs. Concerto qui subjugue par sa nouveauté, étonne par sa facture, dotée d’un éclectisme parfaitement intégré à son harmonie d’ensemble.

Après un court entracte, le lyrisme doux-amer du Mirentxu de Jésus Guridi (1886-1961), compositeur espagnol, qui, avec ce fragment d’opéra, engagea la soirée sur la pureté vocale, pour ne pas dire sacrée. Clarté d’un chant dépouillé rendu plus corpulent par le vibrato d’Ana Victória Pitts, ne s’épargnant pas les discrets accents de la modernité. Le compositeur français Léon Ehrhart (1854-1875), né à Mulhouse et mort à 21 ans seulement, ajoutera à la pureté du chant, sa Cantate La tempête. Exécution d’autant plus estimable qu’aucune discographie n’existe actuellement de ce compositeur, et pour cause ; mort à 21 ans, sa production fut courte, réduite à la période de jeunesse. Il s’est avéré d’autant plus déconcertant que de juger cette oeuvre à l’aune d’un compositeur qui en avait 18 lors de son élaboration, et dont la portée inventive et dramatique, augurait très certainement d’un génie à venir, dont on ne peut que conjecturer le devenir interrompu. Quelle fut l’ampleur de la catastrophe pour la musique que ce décès prématuré ? Impossible d’y répondre, sinon en jugeant d’un talent outrepassant ce que l’on pourrait attendre d’un adolescent !

Après la tempête romantique, un autre orage a grondé sur la programmation. Quelques réminiscences mystiques, inaugurales, accompagnées de percussions grandissantes, rapprochant la profondeur et la gravité du style de Pierre Thilloy du tellurisme immanent d’un Arvo Pärt. Compositeurs de la terre, du retour au réel, du sens du tragique et de l’histoire, mettant brutalement fin aux brumes et aux abstractions du passé. La Cantate Mosella Praeludio op 167 emprunte également, et presque paradoxalement, à la tradition sacrée chrétienne qui qualifie autant l’histoire de la Moselle que celle de l’Occident tout entier. Les origines n’y sont pas combattues, mais intégrées à un héritage multiséculaire nécessaire à toute identité. Les arias de Pierre Thilloy, toujours très distinctifs, par leur largesse, leur incantation, leur dramaturgie, s’élevèrent vers le ciel par le concours du choeur de l’Echo des Rafales, pour en retomber avec fracas. Musique déchue, musique des hommes, de leur réalité prégnante ; plus souvent guerrière qu’édénique.

Autant le lyrisme de Pierre Thilloy célèbre le merveilleux, l’incandescent du monde - hymne à la vie sans doute, plus qu’hymne à la joie -, autant la dynamique tribale des percussions, installe l’oeuvre dans la célébration d’une catastrophe sans cesse omniprésente, toujours certaine, où rien n’est jamais définitivement racheté. C’est un récit de voyage d’Ausone, poète et écrivain du IVe siècle ap. J.-C., consacré à la Moselle, qui offrira le cadre à cette Cantate, elle-même prélude à un plus vaste oratorio éponyme. Récit bucolique et enchanteur au coeur de ce que devait être la Moselle au temps du Bas-Empire romain, à savoir, enchanteresse, bien avant les moteurs, le bitume, l’industrie, la pollution, la technique. Au temps du savoir ancestral, de la paysannerie familiale, de l’art de vivre et des simplicités induites par la vie modeste. Cycles naturels dont la lenteur et la régularité assuraient, nonobstant la pauvreté, la grande sagesse de la terre, du ciel et de la nature. La paix, en un mot ; l’équilibre cosmique.

Qualifiant lui-même la musique comme une sentinelle de l’humanité, Pierre Thilloy nous a dressé ce soir-là, une sentinelle que l’on a senti veiller, tourner autour d’un feu central, tout autant vigueur, force, vitalité, fraternité, commémoration, mémoire, célébration, que mise en garde, avertissement, mauvais présage, clairvoyance, certitude que le passé n’est jamais perdu et que les Lumières ne sont pas moins révolues que les ténèbres... La voix caverneuse et enragée de Jean Lorrain, récitant Ausone avec les timbres démesurés de l’oeuvre, faisait vibrer jusqu’à l’os la terrifiante architecture. Dynamique orchestrale à l’image de la course du monde : trépidante, exaltée, ascendante, descendante, tragique, apocalyptique. A l’image de l’Histoire. Et comme chacun sait qu’au bout de l’horreur s’élève un jour un monde nouveau, inutile d’épiloguer sur le XXe siècle européen pour s’en convaincre, l’énergie brutale de l’oeuvre se termina sur les accords secs et inauguraux d’une symphonie de Beethoven, génie admiré entre tous par le compositeur, comme une fin aux accents tout aussi virulents de recommencement.

En frontispice de ce cri ininterrompu et flamboyant, immense masse sonore portée et nourrie par 60 musiciens et choristes, soprano et baryton, nous pourrions écrire : libre aux hommes de préférer la paix naturelle de la Moselle et d’ailleurs, aux délires des civilisations que la puissance sans cesse vénérée finit tôt ou tard par métamorphoser le civilisé en barbare. Si la Moselle, mais aussi l’Alsace, l’Allemagne, la France, l’Europe tout entière, ne sont plus ce qu’elles ont pu être par le passé, qu’il en aille du paradis dépeint par Ausone en pleine romanité, à la Renaissance chrétienne comme au siècle des Lumières, c’est à l’homme lui-même d’en répondre. Si ruines il y a, elles reposent moins sur les frontières et les Etats-nations, que sur ce que les européens ont fait de l’humanisme, de cet humanisme historique, de cet humanisme incarné, que l’on sent toujours gronder à l’épicentre du drame wagnérien que recouvre la musique de Pierre Thilloy. Toutefois, loin d’alerter sur la mort des dieux, c’est bien la mort des hommes qui soucie avant tout le compositeur athée.

 

 

Dimanche 24 septembre 2017

Fête de la gastronomie 12h30

L’Association EPICES et ses partenaires, ainsi que le KMO Band, se sont chargés d’un buffet citoyen d’après clôture ; et tandis que les curieux s’étripaient dans les allées des stands de nourriture, le buffet sonore et immatériel fut servi en plein air, au Parc Steinbach, sur des airs alsaciens de la fin du XIXe. Piano, accordéon, tuba, clarinette, guitare, pour l’orchestre ; un Arria Marcella op. 150 de Pierre Thilloy, tout en profondeur et lenteur, plutôt atypique pour la guitare et l’accordéon dont on mésestime la sacralité. Usage à contre-courant, ici encore, sinon à contre-emploi, installant dans la désuétude et la vanité de toute fête populaire, un arrière-fond de mysticisme et de spiritualité, ramenant la musique dans ses cordes sacrées pour ne pas la déflorer de trop sur le boulevard. Ainsi se termina le festival, en osant l’élitisme sur place publique et non la vulgarité pour la populace ; en prenant les citoyens pour des intelligences attentives, et non pour des gueux à séduire ou à fourrager. En offrant le meilleur, et en le laissant libre d’accès. En dissociant l’art de la générosité, on lui retire le fond même de son offrande. Sa raison d’être. Péché que le festival se sera avec bonheur, épargné, à défaut du péché de gourmandise, péché véniel s’il en est, qu’il aura entièrement assumé...

 

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@LG

 

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