Les Rencontres internationales de l'anarchisme à Saint-Imier 2012

Les Rencontres internationales de l'anarchisme se sont ouvertes à Saint-Imier, dans le Jura-bernois, en Suisse. Sur les terres historiques du mouvement anarchiste, elles se déroulent actuellement du 8 au 12 août. C'est en effet dans la région qu'apparaîtra la Fédération jurassienne, constituée d'ouvriers horlogers, rassemblés après l'Association internationale des travailleurs, fondée en 1864 à Londres, dans le cadre de la 1ère Internationale socialiste. Dès septembre 1871, La Fédération jurassienne décide de rompre avec l'hégémonie dictatoriale du conseil général de l'AIT en engageant la scission, en 1872, au congrès de La Haye. La Fédération jurassienne s'inscrira dès cet instant dans un rejet de l'autoritarisme marxiste et fédérera en elle les partisans d'un socialisme libertaire (Internationale anarchiste). Bakounine, exclu également de l'AIT après le congrès de La Haye, rejoindra la Fédération jurassienne et posera les bases d'une nouvelle organisation révolutionnaire internationale, regroupant des fédérations italiennes, espagnoles, françaises, belges, américaines, hollandaises et anglaises. Nombre de congrès généraux suivront, à Genève, à Berne ou en Belgique. Des suites de l'étiolement de l'industrie horlogère, du départ de certains de ses leaders charismatiques, le dernier congrès aura lieu en 1880, avant de laisser la place à l'avènement du syndicalisme ouvrier. La Chaux-de-Fond ne peut pas être plus indiquée en la matière pour symboliser l'essor de l'anarchisme en Europe et dans le monde.

Vous trouverez sur le site de la Rencontre, documents historiques et réflexions, permettant de resituer le mouvement dans l'Histoire, son sens, ses origines et son actualité brûlante. Un ensemble de conférences et de travaux y sont donnés dans l'optique d'une réactualisation des thèses anarchistes et d'une rénovation de la critique sociale en relation avec les problèmes économiques, sociaux et culturels que nous connaissons; le triomphe et les ravages du capitalisme financier et mondialisé rend plus que nécessaire l'avènement d'un anarchisme dépoussiéré, revisité et susceptible de rééclairer l'avenir comme au phare d'une "Internationale libertaire". Pour ce faire, des conférenciers diverses et variés, en différentes langues, de différentes nationalités, viennent interroger l'anarchisme au regard de l'évolution idéologique et historique qui nous sépare du XIXème siècle, de sa violence et de son contexte économique et social. Certes, le XXIème siècle n'est plus le XIXème. Tout l'enjeu de cette Rencontre est là, dans cette évolution. Entre désir de renaissance, de continuité et de rupture; de réactualisation. Ainsi se permettent-ils d'interroger l'actualité autour des Roms au prisme de Louise Michel, et de son dévouement pour les Canaques, du temps de sa déportation; intégrer des notions nouvelles, inédites à l'époque des grands écrits révolutionnaires, comme la décroissance, la non-violence, la démondialisation; remettre les compteurs à jour et proposer un nouveau souffle révolutionnaire et social. Interroger Albert Camus, qui fut tant discrédité et calomnié par le communisme bolchevique, comme Bakounine et Proudhon du temps du marxisme autoritaire; proposer une lecture adaptée au libéralisme actuel, à la mondialisation; une pratique redéfinie aux nouvelles formes démocratiques de protestations et d'insurrections contemporaines du Printemps arabe, des Indignés, de Wikileaks ou des Anonymous; redécouvrir les chansons, les discours, l'activité artistique de la période révolutionnaire et, par le biais d'un salon du livre anarchiste, relire les textes, petits ou grands, des fondamentaux du socialisme. Une Rencontre qui contribuera peut-être à fédérer encore davantage d'intérêts pour l'anarchisme et permettra d'étendre au possible un nouveau rayonnement critique et constructif d'un nouvel idéalisme pragmatique, à la fois nouveau et fidèle à son esprit d'origine, comme en témoigne la Charte de l'événement, disponible sur leur site Internet (http://www.anarchisme2012.ch/), et que je recopie partiellement ici, pour les points les plus importants; une manière de montrer que l'anarchisme n'est pas mort et qu'il a encore beaucoup de choses à dire et à faire, ne serait-ce que par commencer par se relever :

"Déclaration et Chartes de principes

1) Le Comité d'organisation de la Rencontre internationale de l'anarchisme de St-Imier 2012 affirme et promeut les valeurs d'entraide, de démocratie directe, d'anti-autoritarisme, d'autonomie et de solidarité. Nous rappelons notre opposition au capitalisme, à l'impérialisme, au patriarcat, au sexisme, au racisme, au colonialisme, à l'étatisme, à toutes les religions et à toute autre forme d'oppression. Les comportements et attitudes sexiste, raciste, homophobe et autoritaire, ne sont pas acceptés lors de la Rencontre.

2) Le Comité d'organisation respecte l'autonomie des personnes, des groupes, des organisations, des maisons d'éditions invités à participer aux Rencontres ou aux activités connexes.

3) La Rencontre internationale est un espace pour échanger, sensibiliser, soutenir et fédérer différentes luttes, tant locales qu'internationales.

4) La Rencontre internationale s'efforce de promouvoir la pensée de l'anarchisme social autant par la tenue d'ateliers et de conférences que durant la vie quotidienne lors de la Rencontre elle-même, que ce soit pour présenter ces idées au public comme pour développer ces idées et encourager un dialogue entre ses tendances.Nous œuvrons dans un esprit d'ouverture à l'égard des différentes traditions, conceptions et pratiques de l'anarchisme.

5) Au sein de la Rencontre, la priorité est donnée aux débats politiques, aux écrits (livres, pamphlets, zines, matériels audio-visuels) provenant d'éditeurs et de distributeurs ainsi que de groupes et d'individus se revendiquant de l'anarchisme social."

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@LG

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