Digressions légères sur le transit de Vénus

 Quelques mots inspirés et décalés sur Vénus, dont le transit devant le soleil a été observé un peu partout sur la Terre la semaine dernière. Phénomène qui ne se reproduira plus avant l’an 2117…

 Quelques mots inspirés et décalés sur Vénus, dont le transit devant le soleil a été observé un peu partout sur la Terre la semaine dernière. Phénomène qui ne se reproduira plus avant l’an 2117… Pour ceux qui l’ont raté, préparez vous déjà à ajouter cent ans à votre existence sans que cela ne puisse vous être le moins du monde problématique… Il est donc temps d’arrêter de fumer, de faire un régime adapté, de travailler moins et de voter à gauche… Qui sait d’ailleurs ce que sera l’Europe à ce moment-là ? Peut-être les fameux Etats-Unis d’Europe qui berçaient les rêves fédéralistes du socialiste Joseph Proudhon au XIXème siècle  ?... A en croire certains éditorialistes mal inspirés, nous allons davantage vers un centralisme autoritaire que vers une confédération libertaire… Rêvons donc au meilleur (à venir) plutôt que de contempler le pire (au présent). Préférons donc ici l’étoile du Berger aux moutons de panurge de la politique politicienne... (Auguste Blanqui s’en reposait de même…)

796.jpg

Vénus, petit fragment d’éternité qui, selon l’année, se contemple le matin ou le soir sous la forme de la plus brillante étoile du ciel. Vénus, dont l’anatomie planétaire est loin des rondeurs agréables de la divinité romaine… Nulle douceur en son sein, nul paradis, nulle promesse de matins calmes et sereins. Vénus, en somme : c’est l’enfer !... Et loin de moi l’idée de paraphraser Schopenhauer sur le sujet autrement délicat des rapports homme/femme ; mais sur le plan purement cosmologique : c’est l’enfer !

Admirons donc d’abord sa robe laiteuse qui la masque de bout en bout. Vénus ne dévoile jamais la moindre parcelle d’elle-même. Elle reste cachée sous une masse nuageuse qui dévie à ce point la lumière du soleil qu’elle en est d’autant plus éclatante dans le ciel nocturne. Il ne s’agit pas un instant de vapeurs d’eau, contrairement à ce que l’on pensait au XIXème siècle, mais de dioxyde de carbone et de soufre. Un mélange chimique à ce point infernal qu’il illustre à merveille les conditions d'un effet de serre globalisé…

Venus-real.jpg

(Histoire de n’affoler personne, je signale au passage que la relation entre le gaz carbonique et le réchauffement climatique est mise à mal par les carottages réalisés dans les anciennes strates de la Terre. Non seulement les épisodes de réchauffements climatiques du lointain passé ne correspondent pas aux taux de carbone prélevés sur les anciens fossiles, mais il semblerait même que la circulation thermocline soit plus à même d’expliquer le phénomène, armée de la tectonique des plaques, que le carbone atmosphérique proprement dit. (A lire, ici) Pour des raisons évidentes de santé publique, cela n'annule en rien la réduction nécessaire et progressive des énergies fossiles...

Noyée donc sous son épais manteau toxique, Vénus capte les rayons du soleil sans jamais laisser la moindre énergie s'échapper. Elle emprisonne ainsi une puissante chaleur qui maintient son thermostat autour des 450 degrés journaliers. De quoi faire fondre le plomb… Inutile d’imaginer dans quel état se sont rapidement trouvées les diverses sondes Venera qui ont tenté l’aventure dans les années 70 et qui se sont montrées inactives dès leur entrée dans l’atmosphère vénusienne… Les meilleures d’entre elles sont parvenues à garder conscience quelques heures tout au plus. Suffisamment pour tenter quelques clichés du sol, à plus de 40 millions de km de la Terre. Brève intrusion de l’image dans un monde inconnu…

031130.jpg

On imagine le ciel vénusien dans les teints jaunâtres et oppressant, en raison du soufre et de l’épaisse atmosphère. La pression au sol y est similaire à celle qui règne à un 1 km sous les océans. Autant dire que le marcheur vénusien ne verrait – s’il avait même le temps d’exister – qu’un environnement de pierre, avec monticules et volcans, entièrement trouble, comme dans un four puissant. Et s’il lui prenait l’envie de profiter d’un des nombreux orages pour éponger sa sueur, il ne recevrait rien d’autre du ciel que de l’acide sulfurique… Il ne reste plus dès lors qu’à mentionner sur le dépliant touristique de Vénus la célèbre phrase de Dante aux portes de son monde souterrain : « Vous qui entrez, laissez toute espérance… »

RTEmagicC_venus2_txdam28130_5fd85a.jpg

Apercevoir Vénus devant la fournaise du soleil, c’est voir passer un monde devant sa création… C’est voir aussi passer la Terre, en un sens ; car nous lui ressemblons; ne serait-ce qu'en taille. Elle aussi ne tourne pas très rond ; puisqu’elle est seule entre toute à tourner à l’envers, en sens rétrograde. Ce qui a pour effet amusant de lui procurer des jours plus longs qu’une seule de ses années…

1579.jpg

Le sol de Vénus, qui n’apparaît pas autrement que via la sonde Vénus express, qui gravite autour depuis quelques années déjà, et qui utilise des ondes propres à traverser la densité nuageuse, se révèle particulièrement craquelé, ridé, strié ; l’érosion y est à sa maximale et on ne compterait que quelques centaine de millions d’années à sa surface pour changer radicalement de visage. 

venus_202.jpg

Voici donc le portrait haut en couleur de Vénus, dont on ne se lasse pas d’admirer la beauté abrupte, en contrepoint du soleil, à travers une qualité d’optique inégalée depuis que l’astronomie existe… Faut-il le rappeler...

Nasa_SDO_VenusTransit2012-570x320.jpg

 

3821815.jpg

3821825.jpg

 RTEmagicP_tran2_txdam30233_0c0fb9.jpg

VenusTransit2012_HetlageCrop.jpg

Le transit en Vidéo

NASA | SDO's Ultra-high Definition View of 2012 Venus Transit © NASA Goddard

 

 @LG

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.