Corona win win

Fragments pour un gai savoir XXXVI

 

Changer d’ère. Il y a de quoi être macronien ce soir du 14 juin 2020, après un discours à la nation inscrit dans le vent de l’histoire. Dommage que le « en même temps » le rende à ce point opportuniste ; on a du mal à le croire. Néanmoins, je souligne la feuille de route du président français, qui ne manque pas de surprendre : éloge du souverainisme (il utilise le mot) écologique, critique de la délocalisation des biens nécessaires, pour une Europe indépendante de la Chine comme des Etats-Unis, pour l’indépendance de la France autour d’un patriotisme républicain, pour un antiracisme anticommunautaire : « Nous n’effacerons rien, nous ne déboulonnerons aucune statue ; nous ne renierons ni la vérité, ni l’histoire ». On ne pourra pas dire qu’il n’a pas réuni la nation ce soir-là et tiré les leçons de l’actualité. Des paroles aux actes, tout le fossé est encore là ; mais le discours fait déjà date…

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L’Union fut un souverainisme allemand. L’Allemagne a pesé de toutes ses forces sur la construction européenne pour y imposer ses intérêts au-dessus même de ceux de la France, sitôt qu’elle en a eu les moyens ; car ce sont les grands pays européens qui ont le plus participé à son élaboration : la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas. L’Allemagne et la France en tête, sitôt Thatcher mise hors de course – pour ne pas dire de nuisance, car elle était férocement eurosceptique. Il n’en demeure pas moins que l’Allemagne fut à ce jour la nation ayant le plus adapté à ses objectifs la politique de l’UE d’avec les besoins et les nécessités de son économie ; elle fut d’ailleurs la seule nation ayant connu une telle prospérité des suites de la politique monétaire adoptée par la BCE. A chaque crise, notamment celle de la dette, c’est l’Allemagne qui montait au créneau pour défendre ses intérêts, au sein desquels, les dettes grecques et italiennes. Pas question dès lors de permettre à ces derniers de s’endetter plus encore ou de mettre en péril leurs créanciers sans porter dommages à l’économie allemande et l’Union tout entière.

La crise sanitaire a toutefois rebattu différemment les cartes. L’urgence a imposé à l’UE de mettre les traités contraignants de côté pour agir moins sur principes que de manière pragmatique. Cette fois-ci, pour une fois, c’est l’Allemagne qui voit ses intérêts contrariés par la politique européenne afin d’assurer une cohésion générale en soutien des économies les plus malmenées par le confinement. Cette décision dispendieuse et contraire à la règle d’or a été prise au sein de la nouvelle Commission, avec l’aval de la Banque centrale et de la Cour de justice européenne. La Cour suprême allemande a donc sommé la BCE de s’expliquer sur sa décision de verser directement aux Etats un soutien économique en contradiction avec la constitution européenne. Le rappel à l’ordre de l’Allemagne démontre une fois de plus qui commande en Europe… Les traités, c’est-à-dire la Cour de justice européenne, mais aussi la Commission, mais également le leadership historique de l’Allemagne. L’interdiction du financement direct des Etats n’étant plus respecté par la BCE, la Karlsruhe considère que, sans justifications probantes, la Bundesbank se retirera de cette décision communautaire, ce qui signifie que l’Allemagne n’obéira pas à la politique économique de l’Union européenne dans cette crise ! Une rébellion économique qui ne peut qu’inspirer toutes les autres nations désireuses d’en faire autant, notamment la Hongrie d’Orban.

Le litige est plus profond qu’il n’y paraît car l’UE menace de sanctions l’Allemagne alors que cette dernière renvoie l’UE à ses propres traités qu’elle désavoue… Difficile dès lors de sanctionner le pays qui se dit au contraire fidèle à la constitution ! La Cour de justice européenne avait déjà répondu en 2018 à la Cour suprême allemande que cette disposition ne violait pas l’interdiction d’un financement direct d’un Etat, mais la Karlsruhe, qui n’en croit rien, refuse de suivre la CJE pour la première fois ! Le bras de fer législatif est donc acté. Les marchés, bien évidemment, s’effondrent au passage, leur capacité d’endurer les revers comme les frustrations étant aussi limités que ceux d’un enfant roi. L’Allemagne entame malgré tout à sa manière, un deutschexit aussi viral que le coronavirus en Europe après le Brexit anglais.

Car par le biais de cette opposition de justice, l’Allemagne s’oppose à la supranationalité européenne pour y défendre ses intérêts nationaux. Soit la Commission accorde à l’Allemagne de faire fi des décisions de l’UE, et la situation est intenable, soit l’Allemagne contraint la BCE à ne plus pouvoir agir de manière indépendante, et la situation est tout aussi anormale eu égard à ladite supranationalité. Toute mesure solidaire étant proscrite de la constitution ultralibérale de l’Union, l’urgence sanitaire n’est pas un prétexte valable pour transiger sur la loi. Ce qui est sûr, c’est qu’en pesant de tout son poids sur la politique européenne, l’Allemagne continue de défendre avant tout ses intérêts ; les dindons de la farce sont bien au contraire les nations ayant perdu des plumes en cédant des leurs dans cette aventure bigrement partiale. On a beau jeu de se lamenter sur la montée des populismes, de cracher sur le souverainisme des nations, il faut tout de même constater que l’Allemagne a toujours été aux avants postes de ses intérêts nationaux, et c’est au nom de cette même priorité qu’elle accepte aujourd’hui de mettre à bas tout l’édifice.

Autant avouer que le statut de l’Allemagne au sein de ce collectif, était trompeur ; à la fois hégémonique et souverain, presque conçu sur mesure, jusqu’à l’Euro, dont on connaît la grande parenté avec l’ancien Deutsche Mark. Contrairement à ce qui a toujours été asséné depuis des lustres comme une évidence, le souverainisme est demeuré le socle de l’Union européenne, mais personne n’a désiré reconnaître que cette souveraineté était avant tout allemande. C’est au moment où le principal gagnant et joueur retire sa mise, que chacun découvre où étaient les cartes, toutes les cartes – y compris le joker. La réponse de la Commission est d’ailleurs très claire : elle réaffirme la supranationalité de l’Europe et déclare même les nations révolues : « La Commission européenne défend trois principes de base : que la politique monétaire de l'Union est une compétence exclusive ; que le droit européen prévaut sur le droit national ; et que les jugements rendus par la Cour de justice européenne sont contraignants pour les cours de justice nationales ». L’Allemagne doit se coucher et accepter de voir, comme les autres, ses intérêts contrariés, voire lésés, par solidarité continentale. L’Angleterre a l’excuse d’être sortie, l’Allemagne a signé, comme les autres. Angela Merkel s’est donc empressée de désavouer la Karlsruhe en réaffirmant la nécessité d’aller plus loin encore dans la cohésion européenne, au moment même où la pandémie a révélé l’inexistence de toute dimension autre qu’économique dans la construction européenne, soit, son inefficacité profonde, sinon coupable, en tout enjeu politique d’importance. Cette querelle législative est donc bien la bonne : suppression des nations ou souverainetés nationales ? Nous le saurons dans quelques mois…

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Une Cour pénale pro-occidentale. C’est à l’heure où personne ne croyait plus en la CPI qu'elle fait soudainement irruption dans l'actualité internationale, après qu’elle eut démontré dans nombre d’affaires, et notamment dans celle concernant Laurent Gbagbo, libéré après des années de prison sans chefs d’accusation valable, qu’elle relevait davantage du fiasco que de l’utilité. Un Gbagbo vraisemblablement incarcéré des suites d’une manipulation politique entre les intérêts français en Côte d’Ivoire et l’élection truquée d’Alassane Ouattara à la tête du pays en pleine guerre civile. Cette Cour pénale internationale, soi-disant neutre, n’a jugé jusqu’ici qu’une écrasante majorité de criminels africains et d’Europe de l’est, ce qui démontre surtout moins l’internationalisme de cette juridiction que son européocentrisme. La Cour suit de beaucoup les intérêts occidentaux en matière de crimes de guerre, ce qui a largement contribué à son discrédit, en plus de l’opacité dans la nomination de sa magistrature.

Je ne sache d’ailleurs pas qu’il existe encore à l’heure actuelle une seule organisation internationale issue de la seconde guerre mondiale qui soit encore en état de marche, je veux dire : qui puisse légitimer la moindre indépendance à l’égard du politique… L’OMS a fait preuve lors de la pandémie d’une incompétence dramatique, très suspecte quant aux conflits d’intérêt avec les géants pharmaceutiques ; l’OMC contribue par ses règlements à maintenir l’Europe dans l’absence d’alternative économique possible, raison pour laquelle l’Amérique souhaite elle-même en sortir ; s’il est une crise en Europe, sinon en Occident, elle semble prendre l’apparence d’une crise du législatif bien plutôt que de l’économie proprement dite. Les institutions européennes, toutes alignées sur les paradigmes économiques de l’après-guerre, sinon des années 80, sont obsolètes pour appréhender les défis du XXIe siècle. Toutes ces institutions, CPI comprise, devront souffrir la reconfiguration de leurs missions, sinon de leurs nominations, hautement politiques, qui déconsidère leur éthique, à l’exemple de l’ONU, tout aussi disqualifiée aujourd’hui que l’ancienne Société des Nations. Le bon goût voudrait qu’il ne soit pas nécessaire de compter sur une troisième guerre mondiale pour espérer un renouveau institutionnel.

La CPI ne jugeant pour l’essentiel que des noirs, on pouvait dès lors s’étonner de l’absence de crimes de guerre relatifs aux actions françaises, allemandes, anglaises, américaines, en Orient ; mener une guerre propre, cela paraît quelque peu difficile, surtout lorsqu’on est du côté des agresseurs et non des agressés. Je songe surtout à l’Irak, mais la Libye n’avait rien demandé non plus, et la Syrie est elle-même aujourd’hui sous les feus croisés d’un grand nombre de nations, sans que la CPI ne trouve rien à redire des turques, des russes, des kurdes, de Bachar, du Golfe, des troupes européennes et surtout américaines sur le terrain. Or voici que contre toute attente, la CPI se décide à démontrer qu’elle n’est pas l’instrument de la géopolitique occidentale, en s’en prenant aux crimes de guerre américains en Afghanistan. Une grande première qui réjouit l’exigence de justice impartiale mais qui, bien évidemment, ulcère America first. La réaction américaine n’a pas tardé et chacun peut observer à quel point les intérêts américains sont au-dessus de la justice comme de la liberté des peuples : gel des avoirs des magistrats de la Cour, sanctions économiques à l’égard de l’institution comme de ceux qui la soutiennent, tout est déployé sur décrets pour couper les vivres à l’institution désormais considérée comme ennemie de la nation.

De deux choses l’une : soit les Etats-Unis peuvent à loisir couper les vivres d’une juridiction indépendante, rendre son travail impossible, et la juridiction n’est pas le moins du monde indépendante, soit elle l’est bel et bien, et la sanction ne saurait être que symbolique car on voit mal quelle force de frappe aurait les moyens de faire pression sur le Léviathan étatsunien. La France a beau jeu d’en appeler à l’indépendance de la CPI, elle sait mieux que quiconque qu’il n’en est rien suite à l’affaire Gbagbo qui a pour le moins achevé sa réputation. La situation est à ce point compliquée que l’accusation de tribunal bidon par les américains est une vérité de fait, mais le refus des américains de reconnaître leurs crimes de guerre, eux qui abusent depuis bientôt soixante ans de la guerre d’agression (et non défensive), est aussi une réalité de fait. L’ironie veut que la CPI rejoigne le camp d’Assange et de Wikileaks dans la dénonciation des tortures américaines et des crimes de guerre. En plein procès de l’activiste, de sa potentielle extradition, le coup ne pouvait pas plus mal tomber.

Hélas, la CPI a tant été au service des intérêts européens, que son indépendance ne convainc personne. Comment peut-on d’ailleurs imaginer qu’un code de loi puisse n’être pas le fruit d’une histoire et donc d’une culture ? La contradiction d’un droit international est comprise dans l’infinie variété des juridictions nationales qui toutes sont le fruit de cultures particulières. L’idée même d’un tribunal international est une absurdité qui vise à cacher l’historicité de tout droit au profit d’un universalisme plus colonisateur qu’égalitaire. Cela dit, sur un plan de géopolitique européen, fâcher les américains et démontrer que l’Europe peut faire cavalier seul, est un signe exaltant mais il aurait fallu s’en donner les moyens en amont. Une guerre commerciale ou diplomatique avec les Etats-Unis, au moment même où la Chine s’apprête à faire de même avec l’Europe, c’est à se demander comment l’Europe en ressortira, prise en sandwich entre deux mammouths énervés. Après des décennies à ramper sous régime atlantiste, sous la férule de l’argent-roi, l’Europe a-t-elle seulement les moyens de ses ambitions ?

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 Charité bien ordonnée commence par le droit. Le confinement sanitaire a révélé l’étendue d’une pauvreté et d’une précarité sociale importante, y compris dans un des pays les plus riche du monde. Le contraste choque, bien évidemment, mais il s’explique aussi par la présence dans tous les pays du monde de clandestins, de sans-papiers, de travailleurs au noir, qui, sous toutes latitudes, participent à la vie économique et aux mouvements de populations. La Suisse n’est donc ni la seule, ni responsable d’un afflux d’illégaux sur son territoire. Aucun pays ne se permet, ne peut se permettre, de légaliser à tours de bras le premier venu, et il y a toujours un battement entre une présence illégale sur un territoire et le moment où peut survenir une légalisation. Un battement et des conditions. Ce qui choque n’est donc pas l’existence d’une économie de l’ombre, elle existera toujours, mais l’absence d’aide fournie à cette population précieuse.

Plus injuste encore, des indépendants payés à l’heure, comme les femmes de ménage, ayant parfaitement le droit d’exercer, se trouvent licenciés du jour au lendemain par leurs patrons, sans possibilité de recours à ces cessations illégales de contrat. Des fonctionnaires internationaux se retrouvent également sans le sou alors qu’ils contribuent au bon fonctionnement des institutions internationales si précieuses pour le pays. Ce déni de la main d’œuvre au noir, clandestine, ou sur permis ne permettant aucune aide sociale, rejoint le sort réservé aux indépendants, révélant l’hypocrisie du discours libéral qui les porte aux nues en permanence tout en les laissant sur le trottoir à la première catastrophe naturelle venue. La main d’œuvre au noir, même illégale, contribue, qu’on le veuille ou non, à l’économie du pays. C’est un fait, avant d’être un jugement moral. Rappelons que la France, qui connaît une montée de la contestation de la main d’œuvre étrangère, récurrente à chaque crise économique, assiste en pleine pandémie à une désaffection de la main d’œuvre dans les campagnes pour acheminer les rations de nourriture dans les villes ! Faute de cette précieuse main d’œuvre, conspuée par mauvais temps alors qu’elle n’occupe pas les mêmes secteurs d’activité que les autochtones, cette dernière fait subitement défaut en période d’urgence où les bras ne sont jamais de trop et où la pénibilité des tâches ne se plie pas aux moeurs nationales.

Or, les tâches ingrates, au sens de leur pénibilité, s'avèrent aussi les tâches les plus cruciales, les plus importantes, qu’il en aille du nettoyage, de la voirie, préservant des maladies sanitaires, des hôpitaux, en lesquels reposent les conditions du bien-être social, l’agriculture de proximité, seul recours sitôt que les frontières se ferment ou qu’un pays exportateur met fin à ses livraisons ; maraîchers, petits commerçants, magasins d’alimentation, postiers, routiers, boulangères, infirmières, caissières… Apparition au premier plan de la longue liste des professions ingrates, des professions mal aimées, des professions négligées, des professions mal payées, des professions mal formées, désertées par les nationaux, et dont les statuts sont aussi précaires qu’ils ne sont cruciaux au bon fonctionnement de la société. Curieux rapprochement entre le service vital et la déconsidération du statut ! On attend toujours que les applaudissements vespéraux durant des mois fassent pleuvoir de l’or sur les récipiendaires de la vertu publique ; on saluera les distributions de nourriture et les décisions récentes de prise en charge des plus démunis, mais le circonstancié ne fait pas le politique mais l’opportuniste. Sans une loi ad hoc, les deniers lancés ne sont que charité princière.

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De l’épizootie à la zoonose. Comme le relate Le Courrier (22.05.2020), une nouvelle épidémie s’est déclarée à Neuchâtel alors que la pandémie liée au Covid19 n’était pas même terminée… Il s’agit d’une épizootie ne touchant que le porc, non transmissible à l’homme ; sauf qu’il s’agit d’une maladie respiratoire du porc s’approchant mine de rien des propriétés du coronavirus pour le compte des chauves-souris ou du pangolin. Rappelons que la grippe aviaire provenait des poulets en batterie, la vache folle et son funeste prion, du cannibalisme bovin via l’ingestion de farine animale en lieu et place de la bonne et si coûteuse herbe champêtre à des fins de productivité pas cher. On a beau minimiser les épizooties, surtout lorsqu’elles ne touchent qu’une variété animale, il n’en demeure pas moins qu’une épizootie n’est en rien différente d’une épidémie humaine et que le passage de l’une à l’autre ne suppose que le passage d’une espèce à une autre par zoonose. Autrement dit, il suffit que la maladie respiratoire du porc, par effet d’une trop grande proximité humaine, passe de l’un vers l’autre, pour que l’épizootie devienne épidémie, avec risque potentiel de pandémie, selon le degré de contagions.

Les troupeaux de porc malades ont été euthanasiés depuis, ce qui ne va pas sans coûts pour l’éleveur. Le plus intriguant revient au fait que la maladie provient d’une importation illégale de porcelets de l’étranger, de Catalogne, par des activistes de la cause animale, désireux de les sauver d’une vaste exploitation espagnole. Les porcelets étaient porteurs du virus et ont contaminé le cheptel helvétique. Outre la puérilité d’une action consistant à sauver deux porcs sur des milliers d’autres, la maladie renseigne aussi sur l’état de la santé animale hors de Suisse. La Catalogne était-elle seulement au courant que son cheptel était malade ? A-t-elle mêmement fait euthanasier ses porcs par mesure de sécurité ? Il est permis d’en douter. La législation n’est très certainement pas la même qu’en Suisse, et il en va de même en Chine, en France, dans nombre de pays où le productivisme de l’industrie animale n’a que peu de soucis pour la santé des bêtes destinées à l’abattoir. Sauf que, et c’est là que les verts ont raison d’en faire le lien, une bête malade dans un troupeau, même si la maladie n’est pas mortelle pour le cheptel, peut à tout moment, sans crier gare, passer de l’épizootie à la zoonose. Du moins, il suffit d’un cas venu d’on ne sait où, pour que la grippe aviaire passe à l’homme, que le prion de la vache fasse de même, que la maladie respiratoire du pangolin crée une pandémie mondiale.

Il est aisé de comprendre le mécanisme à l’œuvre dans le passage de l’épizootie à la zoonose, en quoi la mauvaise santé des cheptels de l’industrie animale favorise en eux l’essor de maladies contagieuses récurrentes, et avec elles un vivier de virus ayant tout loisir de perdurer, d’évoluer, de muter et, qui sait, de franchir la barrière de l’espèce pour contaminer l’homme à son tour. Aussi, l’avertissement qui est donné par l’écologie en la matière est un avertissement bien plus concret et démontrable que le changement climatique. Sans changement radical du traitement animal dans le circuit alimentaire, sans remise à plat du système productiviste, nous aurons droit à une longue suite d’épidémies du même type, qui, du H1N1 au SARS, en passant par l’actuel Covid19, n’en sont que les premiers avatars, avec, qui sait, plusieurs épidémies différentes en même temps… Le professeur Raoult a d’ailleurs fait état d’une autre épidémie d’origine animale transmise à l’homme en France, à l’origine de cystites, ainsi qu'une autre encore plus préoccupante en Nouvelle-Zélande, elle aussi, transmise de l’animal à l’homme. Il se pourrait que les distances que les animaux observent entre eux à l’état naturel, où ils ne vivent jamais entassés les uns sur les autres, même en troupeaux, soient un rempart naturel contre les infections contagieuses que rend impossible l’élevage en batterie.

Sans mesures prises contre les conditions de détention animale, sans abolition du productivisme économique au sein de l’agriculture, on peut s’attendre à des vagues épidémiques successives et de plus en plus fréquentes. Nous avons vu les pouvoirs publics agir comme jamais ils ne l’ont fait auparavant, sitôt le péril de mort explicite ; il serait plus irresponsable encore de ne pas traiter le risque en amont de l’épidémie elle-même. Et pourtant, qui peut croire que le politique puisse passer outre le lobbyisme et imposer des mesures non productivistes au secteur de l’industrie alimentaire ? Cela paraît peu probable et il est de première importance à mon avis de conserver les masques pour la prochaine…

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Corona win win. Une fois la sueur froide de la pandémie passée, le refrain a très vite été entonné en cœur par les acteurs économiques d’un des pays les plus riche du monde : qui va payer ? qui va payer ? qui va payer ? qui va payer ? qui va payer ?... On se serait cru au Burundi ou en Somalie. Quel étrange pays aux banques remplies d’or, pratiquant la litanie de la mendicité. Les comparaisons entre le confinement et le krach de 29, sinon la fin de la seconde guerre mondiale, en auraient presque fait oublier la responsabilité des élites économiques et politiques dans l’effondrement de 2008 dont nous payons encore le prix. Comme pour le Brexit, ou tout devait s’effondrer dans une apocalypse irrémédiable, les chiffres sont suffisamment bons pour qu’on entende les mouches voler. L’Angleterre noue un partenariat commercial avec les Etats-Unis, avec la Suisse, attire les investisseurs, voit prospérer – et non décliner – sa City. Le chômage aux Etats-Unis, des suites de la pandémie, chute de manière vertigineuse, l’économie reprend tout aussi rapidement et on nous dit même que la Bourse – qui ne s’est pas même affolée ni effondrée entre temps – n’a jamais été à ce point au vert…

Un article du Temps (08.06.2020) annonce même que la Suisse a été plus productive qu’à la normale durant la pandémie ! Comment est-ce possible qu’une suspension aussi longue de l’économie, qu’une aggravation aussi magistrale du chômage d’un seul coup, aboutisse sur un regain de la production ? On doit cette affirmation à une étude de l’organisation patronale de l’Union Suisse des Arts et métiers et qui témoigne d’un accroissement de 16 % de la productivité durant la crise sanitaire en lieu et place d’un 1 % pour la saison… L’étude explique qu’avec moins de travail, les coûts de ce dernier ont baissé, en même temps que le travail partiel, sinon le télétravail, ont permis de centrer l’efficacité productive sur l’essentiel. Le résultat en est un bond stupéfiant de la production et non un effondrement ! On mesure soudainement le poids du double langage quant à l’impact économique d’un arrêt brutal de l’économie, lorsqu’il s’est agi de distribuer des aides étatiques tout en autorisant en prime le versement de dividendes aux actionnaires ! Contrairement aux petits entrepreneurs, aux modestes entreprises, le chômage partiel d’une partie des salariés, accroît l’efficacité de la production en baissant les coûts inutiles. Une étude qui ne devrait pas passer inaperçue des militants de la décroissance...

L’épisode d’arrêt partiel de l’économie n’a fait chuter le PIB que de 2,5 % ! Le semi-confinement a donc à peine été un confinement… La Suisse a continué d’œuvrer, sans relâche, de travailler, malgré l’apparente suspension des activités et les largesses publiques. L’économie ne sera donc que peu voire pas impactée par l’épisode. Et l’organisation patronale d’encourager le télétravail à l’avenir et de l’étendre à 67 heures par semaine. Pourquoi pas 70 ? Allez, je dirais, comme chacun reste dans son douillet domicile, le salarié pourrait au moins fournir 80 heures par semaine, ce n’est quand même pas trop demander pour éponger 2,5 % du PIB et en accroître 30 % de manière continue... Les entreprises se déchargeant même des frais de bureau, sinon d’archivages, désormais à la seule charge des salariés où les documents s’entassent. Une belle illustration d’une pandémie rentable comme il existe des krachs boursiers rentables par renflouement d’argent public. Moins de salariés, plus de chômeurs, du télétravail pour réduire les coûts, augmentation du temps de travail d’une plus petite masse salariale – c’est tout bénéf. Les seuls perdants sont, faut-il s’en étonner, l’Etat et les salariés, les petites entreprises. Hors de cela, l'économie s'en sort plus riche qu'avant. C’est tout juste si elle ne se désole pas de l’absence d’une deuxième vague. Elle n'en n'a nul besoin : il suffit de convaincre les politiques de conserver les mesures d’urgence à perpétuité. Est-ce seulement la première fois qu’une grande crise débouche sur une révolution du capitalisme, une nouvelle ère corona win win ?

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 Science sans confiance. La polémique actuelle autour de la chloroquine, traitement mis en avant par les chinois et validé par certaines de leurs études, celles-là même sur lesquelles se base le professeur Raoult de Marseille, révèle quelque chose de plus sournois qu’une simple querelle entre spécialistes. Le professeur Raoult est une sommité scientifique internationale, et non comme il a été dit parfois, un populiste, au sens où il appartiendrait à l’homme de la rue. Il n’en est évidemment rien ; c’est une sommité de la médecine qui s’est exprimée sur un traitement qui, dans l’urgence et en l’absence d’un lointain vaccin, pouvait à tous égards sauver du monde. Le professeur n'a fait que s'appuyer sur des études qui avaient de l’avance sur l’Europe étant donné que le continent a été touché plus tardivement que la Chine. Il va de soi que seuls des spécialistes peuvent débattre de ces problèmes de prescriptions et d’efficiences ; aucun profane n’est habilité à prendre parti sur la question. 

Ce qui frappe tout de même dans son argumentaire, c’est que la chloroquine a été prescrite à des millions de doses en 2019, et qu’elle est prescrite à large échelle dans le monde entier depuis près de 80 ans ! Efficace ou non contre la covid19, il convient tout de même de s’interroger sur une telle prescription sur une aussi large échelle depuis autant d’années, pour un médicament subitement interdit et dénoncé en France – et seulement en France – comme étant dangereux et mortel du jour au lendemain ! Ce qui, si la chose était vraie, jetterait un tel soupçon d’inconscience sur 80 ans de pratiques médicales et de prescriptions, et ce, internationalement, que l’hypothèse parait d’emblée à tout esprit lucide, farfelue. Il n’est guère besoin d’un diplôme supérieur pour en faire le constat.

Et pourtant, non seulement les hautes autorités de la santé française ont persisté dans cette idée, mais une étude de la prestigieuse revue scientifique mondiale, le Lancet, est venue appuyer cette thèse par une étude de grande envergure parue tout récemment, effectuée sur un grand nombre de patients à travers le monde. Sauf que les signataires de l’étude appartenaient à des groupes pharmaceutiques et n'étaient pas indépendants dans leur démarche ; en outre, l’étude fut financée à hauteur de cinquante mille dollars sans qu’on sache d’où provient l’argent… Certains médecins dénoncent également une méthodologie défaillante, trop tardive dans les soins prodigués aux malades, ainsi qu’une étonnante rapidité dans l'étude des dossiers pour quatre chercheurs et plusieurs dizaine de milliers de patients. Bref, l’étude s’est révélée non pas défaillante, mais bidonnée, malhonnête, au point que les signataires ont retiré leur caution et que l’accès aux données est désormais interdit par la filiale qui en est responsable. La polémique autour de la chloroquine met donc en lumière un phénomène inquiétant pour la bonne santé du secteur de la santé mondiale : les ravages de l’argent et des conflits d’intérêt. La collusion entre public et privé, généralisant ce tropisme jusqu'au sommet des autorités publiques, dénaturant toute recherche pour la rabattre sur des fins mercantiles.

Car s’il est avéré que nombre d’études autour du traitement sont financées et conduites par des médecins et des sondeurs au service de puissants groupes pharmaceutiques n’ayant aucun intérêt à ce qu’un traitement à coût dérisoire soit privilégié, ce sont les plus hautes instances de l’Etat français, mais aussi la diffusion d’études payées par ces mêmes groupes, qui contribuent à une désinformation générale ! Nombre de médecins ne semblent pas du tout s’intéresser, au même titre que les journalistes, aux conditions de réalisation comme de financement de ces études. Nous n’oublierons pas de sitôt tous ces médecins investis de sérieux et de morgues, quand ils n’étaient pas remplis de fureurs, affirmer péremptoirement qu’une étude sérieuse donnait enfin tort à l’histrion de Marseille. Nous ne sommes pas près d’oublier ces comiques à face de savants. Le spectacle et l’intensité de la polémique ne font que mettre en lumière cette collusion et il sera nécessaire de nettoyer les écuries d’Augias, avec ou sans chloroquine, afin de permettre à nouveau le rétablissement d’une confiance en la science médicale qui en a bien perdu sa crédibilité. En attendant, jusqu’à l’OMS, le dispositif disjoncte, et ce sont des pays d’Afrique, dont l’Algérie, qui durent affirmer leur fin de non-recevoir aux avis fantasques de l’inscience occidentale… De l’économie à la santé, il y a désormais les émergents et les immergés.

Pierre Perret - Les confinis © Pierre Perret

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Le téléjournal, un spectacle à gros budgets. La grande messe du 20h, du 19h30 en Suisse, m’étonne toujours. Je sais que l’audience y est importante, regarder et entendre est plus facile d’accès que de lire un article de journal, bien qu’il soit plus complet. Mais tout de même, quand on constate ce qu’il reste de l’information après la moulinette du journal télévisé, on peine à croire encore en de l’information… Les appellations sont trompeuses. Les sujets n’excèdent guère quelques minutes, et si l’on devait retranscrire en texte le contenu de ce qui est dit, on aurait à chaque fois un malheureux petit paragraphe, sans doute encore plus restreint qu’un article de la presse gratuite. Le contenu d’un article n’est donc pas remplaçable par la présentation du téléjournal. Ensuite, le parti pris du journaliste papier, qui n’est pas plus objectif que la rédaction télévisée, a toutefois l’avantage de pouvoir faire état d’un grand nombre de points factuels dans son argumentaire, ce que ne peut faire le présentateur – à quoi il faut ajouter qu’un présentateur n’est pas un journaliste pour autant et que le terme est usurpé lorsqu’on place sur un même plan des commentateurs et des informateurs. Les présentateurs de l’information passent leur temps à donner leur avis sur l’actualité en usant de toute une grammaire télévisuelle beaucoup plus fine que la seule rhétorique du journal papier.

Le choix des séquences, les prélèvements tronqués, les coupures d’un discours après une phrase que l’on souhaite compromettante, le fait d’isoler un propos au détriment de son contexte, autant de parades visuelles que la presse peut plus difficilement faire dans un long article où il s’agit d’être exhaustif. L’exhaustivité du journal permet plus aisément de dégager l’information brute du parti pris qui l’enrobe. On ne peut pas en dire autant du journal télévisé où les images montrent tout en dissimulant, où la modalité de la question décide en elle-même de la réponse. Ce soir encore, à seule fin de discréditer une personnalité publique gênante, un extrait de quelques secondes a été tiré d’une longue interview fort complète et sérieuse, dont seule une phrase provoquante a été diffusée afin de ne laisser dans l’esprit des téléspectateurs qu’une image mauvaise et réductrice du personnage, une image que l’on souhaite bien évidemment à charge. En admettant qu’elle le soit, avant et après ces 25 secondes d’un propos que l’on dira assumé, il y a tout de même une bonne heure de contenu intelligent que l’on fait mine d’ignorer.

Non seulement le journal télévisé n’est pas un organe de presse proprement dit, n’est pas le lieu possible de l’information, mais il est surtout celui de la mise en scène : un programme de divertissement autour de l’actualité. Le média télévisuel ajoute à sa médiocre concision, tout l’art du montage et de la technique de diffusion où tout est préalablement pensé, y compris les sous-entendus. Contrairement au texte que l’on décrypte selon sa seule rhétorique, l’image télévisée fait à la fois le sens et les sous-titres ; elle montre en même temps qu’elle prend déjà parti. On peut donc à loisir discréditer autant une personne qu’un sujet sans même le commenter mal ou user d’une présentation à charge, mais simplement en le diffusant ou en le montrant selon un cadrage ou une mise en image dépréciative. On ne fait pas plus sournois et malhonnête que la grammaire cinématographique, dont les codes demeurent cachés par jeux d’optique alors qu’ils sont bien plus visibles sur le papier.

Lorsqu’un journaliste de la presse écrite quitte l’énumération des faits pour subitement donner son avis, le passage d’une information à une prise de position, se remarque très vite au fil de la lecture ; en revanche, le jeu d’image de la télévision, la construction d’un reportage jusque sur le terrain cinématographique, permet de dissimuler le jugement du présentateur ou de la rédaction, derrière l’effet d’image ou de présentation. L’image se révélant bien plus traître que l’écrit. Le journaliste rapporte les faits et les commente là où le présentateur du journal télévisé procède tout autrement : laissez-moi vous montrer ce que vous devez en penser. La confusion est totale entre les faits et le commentaire. En plus d’être une information anémique, raccourcie à quelques phrases, le présentateur donne son avis par la présentation, et plus rarement par le discours. Là où le journal nous informe malgré sa polarité politique, le journal télévisé joue de l’objectivité des images pour faire passer pour neutre tout un discours politique. Entre ce que l’on caviarde et ce que l’on garde, on transforme littéralement un événement en lui retirant sa complexité, en le rendant manichéen, tout en tirant bien sûr du côté du parti pris. Que le discours orienté soit intentionnel ou non, il est perceptible par toute intelligence un peu affûtée, sensibilisée à l’art de construire une image et de la commenter à sa guise. On ne répétera jamais assez que le journal télévisé, s’il est bien télévisé, n’est pas un journal ; et que le seul média méritant cette appellation, n’est assurément pas une émission de divertissement, mais un vrai journal (papier ou numérique) en bonne et due forme.

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Saborder pour mieux privatiser. Le Conseil fédéral, manifestement persuadé que la poste est de moins en moins nécessaire – ce que le marché des colis dément, de même que les achats sur Internet si précieux durant la pandémie -, poursuit la privatisation d’un service qui, à mesure qu’il se privatise, est accusé d’être toujours plus déficitaire… Etonnant, non ? Plutôt que de considérer que la privatisation d’un service public ne fonctionne pas, on considère fallacieusement que la privatisation ne va jamais assez loin pour fonctionner. Le prétexte est commode, mais pour que la charge sur les services publics soit si pressée et importante, il y a nécessairement d’autres raisons. Un service public financé par les impôts, qu’il y ait pénurie ou non de courrier, continue de fonctionner comme si de rien n’était ; en revanche, un service dépendant de ses propres ressources financières est immédiatement mis en péril sitôt que ses recettes chutent. N’en déplaise à la pandémie, le Conseil fédéral considère qu’un événement de ce type, susceptible de jeter à terre toute entreprise privée, mérite d’être étendu à des services de première nécessité, d’intérêt public. Non contents de n’avoir rien fait pour empêcher l’épidémie de débarquer sur le territoire, nos administrateurs souhaitent affaiblir plus encore les services publics droit après un événement ayant au contraire démontré qu’ils étaient trop précieux pour disparaître. Mieux vaut un service public fonctionnant à perte qu’une absence de service public.

La logique des autorités, strictement idéologique, ou sur pression de tous les acteurs privés souhaitant s’engouffrer dans la brèche du géant jaune, accélèrent la précarité du secteur postal. Outre la fermeture galopante des offices postaux, momentanément gelée, les scandales judicaires autour de détournements de fonds publics dans l’affaire Car Postal, on parvient tranquillement à faire de la poste une banque, de moins en moins publique, de plus en plus privée, avec toutes les dérives associées à cette privatisation, du blanchiment d’argent aux opérations boursières douteuses, en passant par les risques de faillite en période de krach. Etrangement, les établissements malhonnêtes et irresponsables sont considérés comme trop grands pour faire faillite, mais pas lesdits services publics…

Et puisqu’il s’agit de trouver matière à libéralisation, après avoir transformé la poste en magasin, pourquoi ne pas en faire un zoo rempli d’animaux ? Pourquoi ne pas faire des offices postaux des restaurants où on irait manger entre les colis ? Pourquoi ne pas les transformer en piscines, en saunas, pour attirer du monde ? Pourquoi ne pas en faire une gigantesque maison close ? Pourquoi ne pas en faire un casino de luxe ? Ah, oui, c’est l’idée qui a justement été retenue avec la transformation bancaire et bientôt boursière de l’entreprise… C’est vrai. La poste parc d’attraction sera la prochaine étape, ou industrie du porno, bien plus rentable ! Et puisqu’on nous répète en permanence que la poste n’est plus utile et qu’elle n’a plus aucune tâche à faire par effondrement du courrier postal, pourquoi ne pas la supprimer tout simplement comme une entreprise n’ayant plus lieu d’être ? Mais comment va-t-on faire avec les colis se demande-t-on, en l’absence de téléportation physique non encore inventée ?... Il avait été décidé de confier les tâches postales à des buralistes, à des commerçants dont ça n’est pas le métier ; toute la gestion postale de proximité avait été concédée au plus généreux, au mépris complet des compétences des postiers et des postières, comme si, ils ou elles, ne valaient pas mieux qu’un quidam sans qualification. Ce qui vaut mépris total pour la fonction.

Comme la poste n’est pas remplaçable et n’est pas non plus devenue inutile, on nous répondra simplement d’utiliser les postes privées, aux tarifs hors de prix, et le plus étonnant sera de constater que les postes privées existent et donc que la poste… est utile ! Chacun percevra le stupéfiant paradoxe d’une poste inutile dont le marché privé est en pleine expansion, ce qui est contradictoire avec la prétendue désaffection de tout un secteur au prétexte de l’informatisation des échanges ! Le secteur du courrier ou des livraisons n’est donc pas le moins du monde en crise. Il fonctionne très bien, même au temps du courriel. Les autorités souhaitent simplement en finir avec la poste publique et tous les prétextes, même fallacieux, sont bons à soumettre à la population. Il s’agit donc bien d’un choix politique et non stratégique comme on nous le serine en permanence.

Ainsi passe-t-on habilement de l’information à la communication et de la communication à la propagande politique, et de la propagande politique aux intérêts économiques privés, et de ces deniers à la désinformation pure et simple par… conflits d’intérêts ? Lobbyisme galopant ? Corruption des élites, ce qui serait bien pire encore ? Une chose est plus sûre : le peuple a-t-il donné son feu vert à la privatisation des services publics et quand ? Finalement, c’est Simonetta Sommaruga qui porte encore la faible voix timide la plus raisonnable, mais elle sait déjà que la raison n’est pas compatible avec l’ultralibéralisme des élites, en joignant le « service universel » à ce qui seul le permet véritablement : la subvention publique. Les libéraux sont persuadés que seule la douche froide fonctionne alors que dans certain cas, c’est en réinventant l’eau tiède que l’on restaure ce qui a fait ses preuves dans le passé.

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Quand l’assureur se veut rassurant. Face à la caisse publique portée cette fois par le canton de Vaud, les assureurs privés l’assurent – après quatre décennies d’augmentations de prime ininterrompues – qu’ils sont les meilleurs pour agir sur les coûts et les faire baisser. Bien évidemment… Chacun s’en étant rendu compte. C’est comme les retraites, les financements privés, sinon boursiers, sont parvenus d’une même façon à les rendre attractives pour chacun. Toute étatisation du système est bien évidemment une erreur ;  l’Etat, c’est compliqué, tortueux, ruineux – alors que l’Etat n’a pas besoin de réserves pour parer aux coups durs d’une conjoncture, là où le privé amasse d’immenses réserves pour y faire face. L’étatisation serait bien au contraire plus simple, plus équitable, moins complexe et tortueuse.

Rappelons que l’accroissement des coûts de la santé par l’accroissement des prestations est dû à un mercantilisme généralisé qui envoie même les bien-portants se faire soigner dix fois dans l’an… Mais ce n’est qu’un détail à côté des facturations abusives, des médicaments aux prix gonflés, des salaires disproportionnés, de tout ce que permet l’opacité d’un système que plus personne ne comprend, pas mêmes les politiques… On n’a jamais vu plus tortueux que le système actuel dont on ne sait plus s’il est complexe ou tout bonnement malhonnête.

La privatisation de la santé est un échec ; elle est ruineuse, à l’exception des parties prenantes du système, les millionnaires de la Lamal… Mais elle n’est plus supportable par les classes pauvres et moyennes qui en sont déjà réduites à une santé à trois ou quatre vitesses. Qui plus est, les alternatives des assureurs privés consistent à limiter toujours davantage les offres médicales, en plus de faire la chasse aux « mauvais risques », c’est-à-dire à ne pas accepter des contrats d’assurance avec des personnes trop lourdement malades. Il s'agit donc de consommer des médicaments, de consulter le plus souvent possible, de mettre de l’argent dans le système, mais d'éviter au maximum la prise en charge et les remboursements par les caisses. L’argent doit à tout prix rentrer mais n’en jamais sortir… On ne compte plus les médicaments et les traitements non remboursés, sans parler des praticiens, dont le choix ne cesse de diminuer. Le seul pari à prendre dans cette usine à gaz consiste à savoir combien de temps le peuple suisse va s’accorder pour quitter un système rapace pour un système garant.

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La honte du divertissement. Une guéguerre un peu stérile a lieu dans la littérature entre des auteurs qui vendent beaucoup et des auteurs confidentiels ; les tenants d’une littérature de qualité, centrée sur sa beauté et son érudition, et une littérature de divertissement, comprenant les polars, les romans de gare, les récits autobiographiques sans prétentions, et autres romans d’aventure. Ainsi certains s’offusquent des succès de librairie d’un Quentin Mouron ou d’un Joël Dicker en Suisse, alors que l’un et l’autre revendiquent une littérature de pur divertissement. Joël Dicker l’a en tout cas affirmé récemment dans une interview pour la sortie de son nouveau roman : son sujet n’est qu'imaginaire, divertissant, roman de plage ou de salle d’attente, mais rien à voir avec des enjeux contemporains, des questions d’actualité, des implications existentielles.

Dans ces conditions, je vois mal en quoi ces auteurs devraient se justifier outre-mesure de faire dans le seul divertissement vis-à-vis d’une littérature qui n’a pas besoin d’eux pour exister – voire, qui a besoin d’eux pour permettre financièrement à leurs éditeurs de  la faire exister. En séparant ainsi les deux tableaux, on peut considérer que ces deux secteurs du livre ne boxent pas du tout dans la même catégorie. Pourquoi vouloir les confondre et créer cette guerre absurde, comme s’il existait un affrontement culturel entre Lady Gaga et Arvo Pärt ? Je comprends bien volontiers qu’il puisse exister une disproportion entre la mise en avant du divertissement par rapport à une littérature exigeante, mais s’en prendre aux auteurs eux-mêmes alors qu’ils ne font aucun mystère de leurs choix, voilà qui relève d’une aigreur déplacée. Si le divertissement n’a pas à supplanter un travail sérieux, il a le droit d’exister et il n’est pas anormal, ni nouveau, que le secteur du divertissement soit beaucoup plus plébiscité, populaire, que la littérature proprement dite.

Qu’on me désigne une seule époque, sinon celle où la lecture n’était le fait que d’une aristocratie princière ou monacale, où le divertissement n’accumulait pas le maximum de suffrages sur la littérature ? Si encore les auteurs de divertissement s’imposaient comme dépositaires d'une littérature authentique, on aurait quelques raisons de les accuser de tromper leurs lecteurs, mais en l’absence de cette prétention, je ne vois pas en quoi le divertissement devrait être honteux. On sait d’autant plus que le divertissement ne nourrit pas son homme et qu’il génère bien vite l’ennui. Nul besoin d’en rajouter lorsque le vice est compris dans le péché…

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Antiracisme, égalitarisme et contre-culture.  Un fait divers tragique aux Etats-Unis vient de répandre à travers le monde occidental, une série de manifestations contre le racisme, pour en finir avec une peste de l’esprit que l’on sait présente en l’homme depuis la plus haute Antiquité… Car, nul n’est besoin de remonter aux années 90, aux années 80, aux années 60, aux années 30, au XIXe siècle, à l’apartheid, à l’esclavage, on peut sans problème remonter jusqu’aux Grecs, qui étaient racistes, aux romains, qui l’étaient également, au christianisme, qui l’a été beaucoup, au protestantisme, tout aussi antisémite, etc. Chaque civilisation connaissait des étrangers, et ces étrangers étaient tous plus ou moins barbares, comme le dit la chanson. L’Afrique n’y échappe pas, puisque des génocides ethniques ont eu lieu dans l’époque récente et que l’esclavage a lui-même été pratiqué par des royaumes d’Afrique noire au Moyen-Age.

Le racisme a donc toujours existé, n’épargnant aucun continent, la misogynie aussi, l’homophobie également ; il convient donc de s’interroger sur le sens de la lutte antiraciste lorsqu’elle affirme, cinquante ans après les premiers grands mouvements anticoloniaux et antiségrégationnistes de la modernité, son « plus jamais ça » à des comportements isolés. Le cri est louable, l’intention également, mais un « plus jamais ça » qui traverse les siècles en même temps que le racisme, c’est tout de même un peu problématique, et c’est d’autant plus problématique lorsque les grands penseurs de l’extrême gauche au XIXe siècle, sont presque tous, antisémites, racistes et misogynes… Cela devient compliqué, surtout lorsqu’on se propose de purger la culture de ses vices et que l’on en trouve la trace presque partout – jusque dans le camp des défenseurs des droits !

La première remarque que l’on peut faire, c’est qu’il y a une différence entre un racisme d’Etat et un racisme ordinaire. Lorsque des lois racistes sont instaurées, comme dans le cas de l’esclavage et de la ségrégation, ainsi que toute loi s’imposant à une catégorie de personnes au détriment d’une autre, on peut parler de racisme d’Etat. Situation bien plus préoccupante que le racisme ordinaire, qui permet à n’importe quel ivrogne, de jurer contre un quidam, sur sa couleur de peau, son apparence, ou son orientation sexuelle. Je ne suis pas sûr qu’il en aille d’une même gravité lorsqu’un poivrot se montre raciste et lorsqu’un Etat tout entier, adopte des lois discriminantes.

Si l’on convient que le racisme d’Etat est d’une gravité supérieure à celle du racisme ordinaire, on peut reconnaître que même les Etats-Unis, qui connaissent un racisme sociétal avec des mouvements suprémacistes associés, ne connaissent plus d’Etats racistes au sens législatif du terme. Ce racisme d’Etat n’existe plus non plus en Europe. Par conséquent, la destination de ce cri antiraciste qui retentit par-delà les frontières, à qui s’adresse-t-il ? L’absence de lois racistes auprès des Etats concernés, ne permet pas d’en accuser les Etats, en Occident du moins. Comme on ne peut pas en accuser les Etats, on en accuse la police, mais son action est déterminée par des lois qui ne sont pas racistes...

On en vient donc vite aux violences policières, potentiellement mortelles, à condition de parvenir à isoler le racisme de ces violences alors qu’elles tuent également des délinquants blancs. Car la violence policière est une chose – elle a estropié en France nombre de blancs gilets jaunes – et le racisme en est une autre, pouvant tout à fait se combiner à la violence policière, mais l’une et l’autre ne sont pas consubstantiels. Il apparaît donc légitime que les Etats qui aient vu ces manifestations crier au racisme endémique sur leur territoire, puissent s’interroger, en France, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en quoi ces pays hors Etats-Unis, devraient-ils se sentir visés par le fait divers dramatique de la société états-unienne ?

De quoi parle-t-on ? D’un fait divers tragique de trop aux Etats-Unis ? D’un racisme d’Etat par-delà le monde mais alors quelles sont les lois racistes toujours en vigueurs dans nos pays occidentaux ? On déboulonne des statues de grands hommes accusés de racisme, mais qu’allons-nous faire alors à Genève du mur des Réformateurs, qui est un repaire d’antisémites connus ? Le détruire ? Voltaire lui-même était raciste, Victor Hugo (suprémaciste blanc dans sa jeunesse), le grand philosophe américain aimé des libertaires, Thoreau, a lui-même dénigré la race des indiens dans ses premiers journaux intimes ; De Gaulle était islamophobe ; on en finirait plus de mettre tous les grands hommes de l’histoire à la poubelle pour un racisme quelconque, mais n’ont-ils été que ça ? Et tous ces films américains des années 50, Autant en emporte le vent, retiré récemment du téléchargement pour racisme, alors qu’il s’agit d’un préjugé de l’époque imprégnant toute la société américaine !

Le procès des antiracistes est d’autant plus injuste aujourd’hui avec l’Europe chrétienne que le racisme est désormais bien plus vivace à l’étranger : le problème du racisme en Birmanie est bien plus grave et préoccupant, l’Afrique a connu dans son histoire récente un génocide entre Hutus et Tutsis, les guerres au Kosovo à la fin du XXe siècle avaient une dimension nettement ethnique, les guerres au Moyen-Orient sont encore motivées par des haines confessionnelles entre sunnites et chiites ; l’EI a pratiqué l’esclavage et l’ethnicide, l’esclavage est toujours à l’ordre du jour en Mauritanie, au Pakistan, en Inde et dans les pays du Golfe ; Genève avait même créé un incident diplomatique avec la Lybie en raison de la maltraitance des domestiques par le fils Kadhafi, que la police genevoise n’avait pas hésitée à appréhender ; et c’est à Genève que des manifestants se réunissent pour dénoncer le racisme de la société helvétique… Les guerres confessionnelles sont légions dans le monde alors qu’en Occident, les chrétiens et les protestants ont déposé les armes depuis bien longtemps. Alors bien sûr, l’islam recouvre aujourd’hui une focalisation nouvelle en raison de l’immigration et des guerres actuelles, mais encore une fois, aucune loi n’éradiquera jamais la méchanceté et la bêtise de l’homme blessé.

La question d’un racisme d’Etat par rapport à un racisme ordinaire, individuel, se pose donc avec raison : doit-on prendre des mesures coercitives à l’encontre de toute forme de racisme, sans faire la part des choses entre les vices personnels et la loi commune ? Et quand bien même tout racisme se devrait d’être interdit, il serait parfaitement injuste et discriminatoire de ne pas tenir compte des paradigmes historiques et culturels du passé où la conception des droits n’était pas la même. Comment reprocher à des protestants du XVe siècle leur antisémitisme alors qu’il faisait partie intégrante du christianisme, c’est-à-dire de la coutume et de la loi générale ? On dit souvent que la loi ne peut pas, à juste titre, être rétroactive, c’est-à-dire sanctionner quelqu’un pour des actes commis antérieurement à l’adoption d’une loi, ce qui paraît juste et raisonnable, pour ne pas dire équitable ; il convient dès lors d’appliquer cette non-rétroactivité à l’histoire et à la culture dans son intégralité. L’antisémitisme de Céline a eu cours en une période de l’histoire où il n’aurait pas été inquiété par la loi ; aurait-il écrit les mêmes pamphlets après la guerre, sous une juridiction toute différente qui lui serait tombée dessus à coup sûr, voilà qui est peu probable. On ne peut pas juger une société à partir d’une autre, la juger, la condamner, sans prendre en compte le paradigme général dans laquelle elle prend place. L’antiracisme actuel est un anachronisme inculte, aussi louable soit son action, quand il n’est pas le prétexte d’une contre-culture antioccidentale jamais très loin d’un racisme anti-blanc.

Le vice est dans l’homme, il n’en disparaîtra jamais ; s’en prendre à la nature humaine, c’est faire la guerre permanente et perpétuelle du chacun contre chacun, du bourreau et de la victime ; le racisme ne disparaîtra pas, ni la misogynie, ni l’homophobie, ni l’insulte, ni le conflit, ni la guerre. Le « plus jamais ça » résonne à travers l’histoire d’une manière très ironique ; autant dire que l’éternité n’en croit pas un mot. Encore une fois, en l’absence de tout racisme d’Etat, le racisme, même dans la police, est un racisme individuel ; il peut surgir d’un bistrot, d’un trottoir, d’un magasin, d’un employeur, d’un antiraciste anti-blanc, d’un homosexuel misogyne, d’une femme misandre, d’un chômeur désespéré, d’un militant d’extrême droite, de partout et de nulle part. On se demande même comment les tribunaux parviendront à gérer l’avalanche de plaintes qui résulteront d’une criminalisation du racisme ordinaire… Même techniquement, cela paraît difficile à imaginer. On se demande comment la justice fera le tri entre les racistes ordinaires et ceux accusés à tort pour des raisons d’esprit critique ou de parti pris politiques de droite, injustement déformés. Le fait est que la portée idéologique de cet antiracisme contemporain pose davantage de problèmes que l’antiracisme proprement dit.

L’égalité des droits est la seule véritable égalité ; l’égalité des vies, c’est le communisme. Mettre tout un chacun sur un pied d’égalité devant la loi et quant à ses droits, c’est l’égalité dans la liberté ; interdire à qui que ce soit de suivre son chemin de vie singulier au prétexte d’égalitarisme, c’est du communisme social, pour ne pas dire, du communautarisme sectaire. Notre époque oscille de l’un à l’autre, et la censure montre de plus en plus ses dents. Or, même pour les meilleures raisons du monde, une censure est une censure et elle doit être appelée par son nom. Toute tentative de faire interdire un film ou un livre, un tableau comme une pièce de théâtre, toute intervention consistant à modifier des œuvres, à les tronquer comme à les réécrire, appartient à la censure.

Aucune censure n’est légitime, car toute œuvre est contextualisable et utile à la connaissance – fût-ce Mein Kampf, ou le livre rouge de Mao. Comme le disait ces jours à la radio Raphaël Enthoven, censurer l’histoire c’est préparer son grand retour. Ce que l’on oublie n’existe plus, et ce qui n’existe plus ne permet plus aucune mémoire et aucun apprentissage. Les tragédies du passé ont tout le loisir de se reproduire puisque plus rien ne permet d’en tirer la moindre leçon. Les censures opérées par l’antiracisme et les égalitaristes sont une guerre culturelle, une guerre de civilisation, souhaitant réaliser une purge idéologique afin d’imposer une nouvelle idéologie qui n’ira pas sans censure, négationnisme, interdiction, répression, totalitarisme, comme en sont réduites toutes les idéologies dont les idéaux sont contraires à la réalité.

Le mariage pour tous récemment validé par le parlement suisse, la loi sur l’égalité salariale des hommes et des femmes elle aussi en cours, sont des progrès de l’égalité des droits en lien avec la liberté de chacun ; c’est le progrès et la démocratie réunis. La censure culturelle au nom de l’idéologie antiraciste, est un néo-communisme bardé d’interdictions et de persécutions. Le seul point faible de cette idéologie est qu’elle est actuellement revendiquée par des foules incultes et analphabètes qui, pour l’heure, n’ont pas la conscience affirmée de l’aboutissement du processus dans une dictature certaine. Ce n’est pas tant le droit d’être raciste qui importe que l’anachronisme et les interprétations biaisées et victimaires qui ne se contenteront pas de condamner des propos ou des œuvres racistes mais de condamner aussi des propos et des œuvres qui ne seront pas racistes mais trop subtiles, c’est-à-dire ambigües dans leurs réflexions. En l’absence de politique raciste en Occident, certaines minorités montent en épingle des faits divers tragiques, déplorables, mais qui n’ont aucunement la portée d’une politique raciale étatisée. Ne jugeant la politique et l’intelligence, sinon la culture, que sur un critère racialiste, les antiracistes démontrent qu’ils sont peut-être plus racistes qu’ils ne le croient.

Proclaim Liberty © Orrin Evans - Topic

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@LG

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