Alle zusamen contre le Swissexit

Fragments pour un gai savoir XXXVII

 

Quand le carbone excède le réchauffement. Comme je l’ai déjà relaté ici même en m’appuyant sur nombre de publications scientifiques et historiques, le changement climatique est la règle sur Terre depuis 4,5 milliards d’années. Avec ou sans l’homme, nous y avons et nous y aurons droit – glaciations comprises, et elles sont moins drôles. Accuser l’homme d’être responsable du changement climatique est donc un mensonge ; le suspecter de contribuer par son activité aux effets du réchauffement est déjà plus raisonnable, mais encore faut-il le prouver, dès lors que l’on accepte l’idée qu’il y a une part d’incidence naturelle dans l’inconstance multimillénaire des saisons, des cycles de réchauffements comme de refroidissements. Ainsi peut-on lire dans une brève de l’AFP (Le Temps 30.06.2020) que la revue Nature Climate Change pèse beaucoup plus ses mots que nombre de militants écologistes aux yeux exorbités, fanatisés par les prophéties apocalyptiques des nouveaux prêtres de la statistique (moins doués encore pour les coïncidences que Nostradamus).

Nous assistons à une stagnation ces dernières décennies du réchauffement global qui en est de moins en moins corrélable avec la courbe carbone de la pollution humaine dont l’incidence, j’y reviendrai une fois prochaine avec de nouvelles sources scientifiques, est de plus en plus discordante ; en d’autres termes : l’effet ne coïncide pas avec la cause présumée dans son ampleur. Si l’homme peut influencer le climat dans une certaine mesure, ce qui n’est pas même prouvé, il est impensable qu’il puisse à lui seul le faire d’une manière aussi brutale et généralisée. La revue scientifique susmentionnée considère donc bien que des « phénomènes naturels » sont à l’œuvre derrière le changement climatique, auxquels s’ajoutent (possiblement) les activités humaines. En outre, le pôle Sud continue de poser question car il n’a cessé tout du long du XXe siècle de se refroidir davantage, au détriment du pôle Nord. Même aujourd’hui, si la périphérie du pôle Sud semble se réchauffer, l’intérieur du continent connaît un froid inaltérable.

Ce qui n’empêche pas les sirènes de retentir jusqu’à supplanter le cri des mouettes : les ours blancs vont disparaître ! Les pôles fondent ! La banquise s’amenuise ! Il m’a pourtant fallu quelques clics seulement sur Internet pour relativiser la destinée des ours blancs : après vérification, les ours blancs existent au moins depuis 600'000 ans, le climat actuel est annoncé comme n’ayant jamais été aussi chaud depuis 2000 ans (Le Temps, 24.07.19). Faites le compte : l’ours blanc était là bien avant, il est là bien après ; il ne risque rien du climat puisqu’il a survécu à Jésus Christ. La dernière glaciation ayant duré 100'000 ans, notre quadrupède a donc déjà survécu à la glaciation comme aux réchauffements intermédiaires dans lesquels nous nous trouvons aujourd’hui et qui sont connus pour être d’intensité variables et non constantes, à la baisse comme à la hausse. En outre, on sait qu’il se reproduit avec l’ours brun, ce qui sous-entend que ces deux espèces se sont côtoyées, et assurément pas aux pôles. L’ours blanc est donc parfaitement habilité à vivre aussi sur les terres et à s’y reproduire. En deux clics, vous dis-je, on a les informations contradictoires à ces fous de Bassan qui crient à défaut de savoir.

En revanche, il se pourrait que ce gros plantigrade ait plus faim que chaud et que les dix milliards d’êtres humains à venir lui ratiboisent tout hectare et tout approvisionnement. Encore une fois, on crie : au ciel ! au ciel ! sans voir que la démographie humaine est le principal problème environnemental global ; et là, silence absolu. Circulez, on parlera de sixième extinction une autre fois ; vous ne toucherez pas à nos bébés à l’ère de la GPA. Contrôler le climat tout entier, tâche herculéenne (en réalité impossible) est considéré comme plus sensé que de contrôler les naissances…

 

 ***

 

Un trou dans la statistique. Revenons sur un autre grand mythe de la science contemporaine : le célèbre trou dans la couche d’ozone. Regardant avec curiosité le journal télévisé d’Antenne 2 de mon jour de naissance, soit quarante et un an en amont, je découvre un Léon Zitrone expliquant aux français, outre la nature confédérale de la future Europe (si seulement !), que si le trou de la couche d’ozone venait à se former, les radiations UV détruiraient toute vie de la surface de la terre sous son exposition… Où l’on découvre que la sagesse scientifique, la pondération académique, la saine raison apaisante du vieux savant poussiéreux avait déjà du plomb dans l’aile à la fin des années 70. Il se trouve que le trou dans la couche d’ozone a fini depuis par s’étendre sur un espace aussi vaste que celui du continent Antarctique et qu’on n’a jamais constaté pour l’heure que les humains comme les animaux, sur ce continent rempli de phoques comme de manchots, s’en trouvassent frappé d’une mortalité suspecte ou suffisamment préoccupante pour déclencher l’alerte à l’Apocalypse tant éculée depuis.

Wikipédia nous permet en toute hâte de faire un état des lieux des nouvelles découvertes réalisées depuis et il se trouve, à la décharge bien évidemment de l’encyclopédie en ligne, que les premières estimations sur le sujet étaient… trop simplistes (sic). Ce qu’il faut comprendre par : en fait nous n’allions pas tous mourir. Les causes de le régression de la couche d’ozone, voire de sa disparition selon les saisons (car il nous est bien dit que le phénomène est saisonnier) sont très intéressantes car, en marge des aérosols attribués à l’homme, il y a nombre de paramètres naturels de première ampleur dans le phénomène : les éruptions volcaniques, et il y en eut de nombreuses des années 60 à nos jours, dont les plus considérables sont El Chichòn (1982) et le Pinatubo (1991), déversant dans l’atmosphère de fortes concentrations d’aérosols et de substances toxiques en un gigantesque panache, pollutions en tous genres issues des profondeurs de la terre, attaquant la couche d’ozone et contribuant à sa résorption. Phénomène naturel s’il en est et gageons que tout du long de l’histoire de la terre, il y en eut, parmi lesquelles des super-éruptions dont nous n’avons pas idée, qui pourtant ne figurent pas sur la liste des cataclysmes ayant provoqué des extinctions de masse au détriment de la météorite que l’on retrouve à chaque période d’extinctions massives.

Les éruptions volcaniques, les radiations d’une supernova, les taches solaires, un cycle saisonnier dans la haute atmosphère, les vents stratosphériques et autres vortex polaires, accessoirement la pollution humaine, qui n’est pas inexistante mais dont on peut légitimement se demander le poids exact de son impact en relation avec la cumulation de tous les phénomènes naturels et cosmiques à l’œuvre dans le processus ; avec en prime, les conséquences réelles de l’absence d’ozone au-dessus du continent Antarctique sur la mortalité humaine et animale, inexistante ou inapparente à ce jour alors que le trou est bien là depuis des décennies.

L’évolution de la connaissance scientifique sur la question de la couche d’ozone ne fait qu’illustrer un vieux principe connu depuis l’Antiquité, à savoir que plus la connaissance s’étend, plus la peur recule ; au point qu’il est très étonnant de constater aujourd’hui une telle généralisation de la peur en un temps où la science a envahi tous les domaines de la connaissance pour s’y imposer en instance dominante. Le paradoxe mérite d’être souligné. La science aujourd’hui s’est spécialisée dans la peur alors que son tribut principal, par accumulation des connaissances, a toujours consisté à la faire régresser. Et c’est du reste ce qu’il se produit avec la couche d’ozone et le réchauffement climatique, à mesure que nous accumulons les données, à mesure que les pronostics d’Apocalypse demeurent lettre morte à chacune de leur échéance, la peur s’amenuise. La peur et la crédulité à la peur. Cette culture de la peur dans un domaine traditionnellement fait pour la dissiper a aussi son revers, c’est que bientôt, plus personne ne croira aucun lanceur d’alerte en la matière, fût-il criblé de décorations comme de diplômes. Cette stratégie de l’alerte, si stratégie il y a, débouche sur sa propre annihilation. La déconsidération de l’autorité scientifique en prime.

 

***

 

La science virtuelle à l’ère du win win. Pour parvenir à prouver des événements climatiques, on a recours désormais à la simulation informatique. Plus n’est besoin d’observer le réel, de tirer les conséquences d’un phénomène in situ, il suffit d’entrer les bonnes informations dans le bon logiciel. La simulation informatique a cette utilité fort louable que de permettre aux chercheurs de paramétrer eux-mêmes les conditions d’expérience qui leur permettront d’obtenir les résultats qu’ils attendent. Formidable outil ! Du pain béni pour l’idéologie qui aime tant se conforter elle-même en vase-clos, mettre ses détracteurs au pilori avec des études payées d’avance par les laboratoires dont les bonnes réponses dépendent de celui qui met l’argent dans la machine. Bienvenue dans la science win win.

La simulation informatique construite de toute pièce est la magnifique équation win win du militant climatique pour générer des preuves le devant moins à des relevés dans la nature qu’à ses propres algorithmes. Le complexe écolo-industriel a désormais tous les outils nécessaires pour fonctionner tout seul et prétendre à la méthode scientifique par la grâce de la simulation autoconfigurée. J’applaudis à cette merveille qui, sans recourir au marc de café, permettra bientôt de lire l’avenir dans Elder Scrolls Online.

Le dernier exemple en date revient à la preuve de l’influence sur la couche d’ozone des gaz à effet de serre par simulation informatique (Pour la Science, juillet 2020). Depuis les années 60, la couche d’ozone s’est raréfiée, puis trouée au-dessus de l’Antarctique dans les années 80, puis se raccommode sensiblement dans la période récente, potentiellement des suites des mesures prises pour faire interdire les aérosols concernés. Les chercheurs se sont amusés à supprimer certains facteurs introduits dans leur simulation, pour bien vérifier que seuls les composés incriminés soient responsables du phénomène en cours et l’informatique, vous rendez-vous compte, a répondu oui ! Eurêka. Le logiciel démontre bien ce que l’on attendait qu’il fasse après l’avoir soi-même paramétré à cette fin. Le pixel ne saurait avoir tort face au bleu du ciel. Preuve est donc faite : quand on paramètre soi-même la simulation, le résultat confirme la prédiction. Etonnant, non ? A ce stade, il ne manque plus que d’entendre le son retentissant de la pendule de Mr Cyclopède.

Les scientifiques ne s’en cachent pas en affirmant qu’ils ont inclus dans la simulation uniquement les phénomènes connus ( !) pouvant influer sur la couche d’ozone. Nos Diafoirus 2.0 en sont ravis alors que c’est là tout le problème ; la simulation ne contient que schématiquement et grossièrement les phénomènes connus, réduits à leur expression la plus formatée, plus lisse encore qu’un lac de glace sur Pluton. Non seulement on ignore tout du facteur naturel sa véritable portée, mais la nature relative de sa chimie exposée aux phénomènes physiques, interdit que l’on puisse anticiper sur des relevés authentiques ! Comment parvenir à découvrir une réaction inattendue d’un phénomène chimique ne pouvant dès lors se trouver dans une simulation confectionnée à partir d’informations déjà connues ? Si le savant décide lui-même du réel et de sa composition, je ne doute pas un instant que ses prédictions soient toutes validées par l’informatique ; en revanche, rien ne pourra m’interdire de douter que ces preuves virtuelles aient quelques liens que ce soit avec des phénomènes authentiques. Comment peut-on même le penser ? A l’ère du tout virtuel, tout devient possible ; la vérité ne dépend plus que du programmateur, et son orientation, des intérêts tous frais payés par les firmes qui le mandatent.

 

 

Monsieur Cyclopède : Exultons dès potron-minet grâce à la science | Archive INA © Ina Pierre Desproges. Étonnant, non ?

***

 

Dictature orwellienne ou changement de cycle ? Jamais Orwell n’a été autant cité et revendiqué aujourd’hui pour expliquer le double langage auquel nous assistons de la part des élites. Ce double langage est-il seulement d’essence orwellienne ou est-il d’un ordre moins malveillant qu’anachronique ? La dictature chinoise peut sans problème être rapprochée d’Orwell au sens où il s’agit d’une dictature en bonne et due forme où la vérité compte moins que le mensonge utile, c’est-à-dire l’idéologie partisane. Le régime chinois ne manque pas de parler d’harmonisation pour qualifier la soumission de Hong Kong, et d’user ainsi de tout un verbiage orwellien chargé de faire passer la prison pour une liberté. En dictature, il est donc fréquent, voire même courant, que les mots de libertés et de démocraties puissent désigner exactement le contraire.

En Occident, la dictature est suffisamment différente pour que le mot même fasse polémique. Michel Onfray a publié récemment un ouvrage sur Orwell, Théorie de la dictature, qui ramasse synthétiquement ce qui fait l’essence d’une dictature, à ce point exhaustivement, qu’elle peut sans autre décrire le passé mais aussi le futur de la dictature. Pour autant, nombre de points parmi les plus graves, manquent à l’appel en Occident. L’oligarchie actuelle se constitue et se maintient en marge du système démocratique en place, qu’il soit représentatif ou direct ; mais il y a toujours mille façons de contourner un cadre démocratique pour profiter de ses failles et favoriser ainsi une oligarchie quelconque. L’oligarchie n’est pas une « dictature » au même titre que celle du tyran, du parti unique, et de ses variantes totalitaires. Sous oligarchie, un système démocratique complet continue de jouer la partition de la diversité, de la liberté de parole, du multipartisme, des élections, des votations, des référendums et des initiatives populaires ; le tout n’empêchant pas, comme en Suisse, la constitution d’une oligarchie politique et économique, pesant de tout son poids médiatique, lobbyiste et publicitaire, sur l’ensemble d’une société afin de la conduire à faire les « bons choix ». On pourrait plus justement parler de démocraties sous influences. Plus le système est démocratique, bien évidemment, plus la puissance de l’oligarchie diminue, c’est un fait, mais elle domine quand même. Le cas français est un cas à part en Europe car s’il est un système qui ne fonctionne plus, c’est bien la République monarchique instaurée par le général de Gaulle… Moins le système est démocratique, ne serait-ce qu’à sa conception, plus il est susceptible de devenir autocratique, cela va de soi.

Une telle situation n’est pas orwellienne pour autant, en l’absence d’une dictature dont les intentions sont claires, conduite par un parti unique et sous la domination d’une tyrannie assumée, avec, faut-il le rappeler, un génocide secret des opposants comme dans le roman 1984, des autodafés, l’interdiction des livres, des journaux, de toute opposition au dogme établi. Il faut malgré tout convenir que les menaces qui pèsent actuellement sur les démocraties occidentales ne proviennent pas des Etats mais de minorités intolérantes, de courants extrémistes minoritaires que la soumission ou l’accord de directeurs d’établissements, de membres de la société civile, contribuent à rendre puissants. En ce sens, Michel Houellebecq voit juste en parlant de Soumission. Cette dernière étant davantage le fait d’une démission de la société civile que de la loi et de l’Etat en tant que tels, puisque ces idéologies liberticides ne sont aucunement soutenues par le moindre corpus légal. Il faudra bien que les censurés à tort puissent à un moment ou un autre faire valoir leur droit, plutôt que de demeurer à l’écart des tribunaux que les minorités associatives n’hésitent pas à saisir à volonté.

La dictature actuelle ne vient donc pas d’en haut ; elle vient d’en bas. Cela change complètement sa nature. Elle est idéologique et non étatique. Même l’Union européenne ne contient dans sa Constitution aucune disposition assimilable aux revendications des minorités racialistes et décoloniales, ni même islamo-gauchistes. La Constitution européenne est un carcan néolibéral purement économique et anti-nations. Elle paralyse le continent bien plus qu’elle ne lui interdit toute démarche contraire, la preuve par le Brexit anglais. Le carcan européen est d’abord idéologique car il s’opère avec l’assentiment des politiques, convaincus par les bienfaits d’un monstre de papier. Une telle atmosphère ne répond pas à la dictature au sens strict, tant que celle-ci n’est pas instituée selon le catalogue de mesures éloquentes énumérées par Michel Onfray dans son ouvrage, et dont les plus explicites, pour ne pas dire les plus incontestables, manquent à l’appel. La mise à la poubelle du non à la Constitution européenne de 2005 en France, de même que les pays qui ont dû revoter jusqu’à ce qu’ils disent oui, témoignent en effet d’un premier pas vers une dictature authentique ; sauf que, même semée d’embûches, la résiliation du contrat est possible. Seuls les pays comme la France où la démocratie n’est que représentative, se voient pris en otages par des élites convaincues, ce qui ne fut pas le cas en Suisse du fait de la démocratie directe. L’absence de démocratie populaire dans des pays ne l’ayant jamais pratiquée n’est donc en rien surprenant.

Le fait est que, aussi malsaine que soit la situation des libertés en Europe, il n’est pas de partis uniques en Occident, pas d’interdictions culturelles étatisées, de répressions policières ou militaires d’opposants hormis le cas franco-français des gilets jaunes, pour l’heure, isolé en Europe et propre à cette singularité « démocratique » que représente la République monarchisée, dont l’ouvrage de Juan Branco, Crépuscule, a le mérite d’avoir mis au grand jour la stratégie de couloirs permettant à l’oligarchie du pays de sélectionner et fabriquer ses futurs présidents et de les rendre populaires par le biais d’une presse achetée, permettant de maintenir ainsi tout un système révolu par un pur jeu de ficelles et de tactiques électoralistes. La France est peut-être, en effet, le seul pays d’Europe où la paralysie politique tend de plus en plus à passer de l’oligarchie à l’autocratisme. La censure, pour l’heure, est pratiquée exclusivement par des entreprises, des directions d’établissement ; elle n’engage que leur charte interne, non les libertés publiques garanties par l’Etat. La différence a tout de même son importance.

Lorsqu’un ancien paradigme se maintient coûte que coûte en place dans un monde qui ne lui correspond plus, il se produit un phénomène comparable dans ses effets mais non dans sa nature, à savoir un double discours dont la polarité inversée n’est pas le fait d’une dictature intentionnelle et malveillante, mais par le biais de l’anachronisme d’une vision du monde caduque, ne correspondant plus aux nécessités du moment. Je suis surtout frappé par l’anachronisme du monde dans lequel nous vivons qui n’a plus rien à voir avec celui de l’après-guerre, ni même des années Thatcher et Reagan, mais qui continue, pour l’essentiel, à tenir un discours suranné. Nous sommes plongés dans une nouvelle géopolitique post-libérale, avec les règles et les institutions du néolibéralisme… Qu’il en aille de la construction européenne (en gestation déjà dans les années 1930 dans les milieux de la droite chrétienne, puis ceux de la révolution nationale de Vichy durant la guerre), aux normes fossiles qui sont celles des institutions internationales, dont le contenu doctrinaire remonte à l’après-guerre, à quoi il faut ajouter le formatage des esprits qui n’est pas si surprenant qu’on le croit lorsqu’une époque change et que les décideurs du monde d’avant sont encore suffisamment jeunes pour être aux commandes, quand il ne s’agit pas de leurs disciples… Ce décalage entre vieux discours et nouvelle réalité rejoint tout à fait le sentiment orwellien de vivre dans un faux monde, mais est-il pour autant la preuve d’une dictature ou simplement le fait d’une humanité de retard sur le temps civilisationnel ? Le vieux monde ne veut pas du nouveau et bloque son accès aux nouvelles générations. Si le vieux monde résiste envers et contre tout, alors je veux bien l’admettre, la dictature est inéluctable, mais il lui faudra recourir à ses formes traditionnelles pour subsister : la répression et l’interdiction. Un goût d’avenir, peut-être ; ou alors les signes actuels d’un simple déclin de l’establishment annonciateur d’un changement de cycle dont la mise en place ne se fait pas à la vitesse souhaitée.

Un exemple de ce décalage est à l’œuvre à l’OMC où l’Afrique a fait savoir par le biais de L’Union Africaine, qu’elle espérait pouvoir, pour la première fois de son histoire, prendre sa revanche sur la domination occidentale en économie qui a naguère tiré tous bénéfices du continent africain dans les années 80, en réalisant d’immenses profits sur le dos de la dette africaine par le biais des politiques d’austérité du FMI dont les intérêts furent aussi vertigineux que juteux. Or, certains économistes font savoir à l’Afrique qu’elle ne serait pas compétente pour y postuler ! A se demander où se trouvent les antiracistes face à ce déni de compétence pour le moins hautain et dominateur à l’égard d’un continent entier ? Certes, nous dit-on, l’OMC ne recrute pas selon la nationalité, mais on nous prévient d’emblée (Le Temps, 30.06.2020) que les statuts de l’OMC ne permettront pas à l’Afrique d’y défendre ses intérêts ! Et pour cause, les fondamentaux de l’OMC supposent l’adhésion à l’idéologie occidentale et libérale qui la caractérise : multilatéralisme, libre-échange, lutte contre le protectionnisme, dumping salarial, et tutti quanti. Même l’Amérique actuelle, patrie qui l’a créée et enfantée, est fustigée par l’organisation d’oser ainsi se protéger contre la Chine et défendre ses intérêts plutôt que de se laisser dévorer et soumettre par le nouveau gagnant de la mondialisation. On comprend dès lors pourquoi Trump souhaite quitter les vieux hochets du vieux continent. Ils contribuent depuis quelques décennies à son enlisement, à sa paralysie, interdisant tout changement de politique économique. Les américains ont dernièrement imposé leur veto à la nomination du nouveau directeur allemand de l’OMC avec l’intention sous-jacente d’engager une modification des statuts de l’organisation, sans quoi, pour éviter de disparaître corps et âme de la nouvelle scène internationale, l’Amérique sera contrainte de quitter l’organisation.

Il apparait donc parfaitement inutile pour l’Afrique que de proposer un candidat puisque, même s’il était reçu, il n’aurait pas d’autres choix que de mener la politique correspondant aux statuts de l’OMC qui seront de facto hostiles aux intérêts africains. Nous aurions la garantie de voir un africain, une fois n’est pas coutume, dire le contraire de ce qu’il sera contraint de faire avec la même conviction et bonne foi qu’un président français. Les racialistes seront contents : la langue de bois sera universelle, en plus d’être paritaire. Mieux vaudrait dès lors déboulonner les statuts plutôt que de réécrire l’histoire.

 

***

 

La présomption de culpabilité : une arme politique. La justice a toujours été, non pas seulement politisée, mais instrumentalisée à des fins politiques. Que des anonymes soient payés pour déposer de fausses plaintes afin de discréditer une personnalité gênante, de l’écarter de la vie publique, cela s’est déjà mainte fois vu. Les célèbres diamants de Bokassa, offerts au président Valéry Giscard d’Estaing, qui avaient fait scandales peu avant des échéances électorales, ne recouvraient aucune entorse à la légalité. L’ancien ministre Robert Boulin retrouvé mort dans un étang de Rambouillet et dont le soupçon d’assassinat commandité est largement étayé depuis, avait lui aussi souffert la montée en épingle d’une fausse affaire à propos d’une de ses propriétés privées (Ramatuelle) s’étant révélée dépourvue de fondements. Certes, après enquête, la justice finit souvent par convenir à l’absence de torts et par acquitter le prévenu, mais l’intérêt de l’enquête pénale pour les manipulateurs se suffit de ses effets immédiats. La mode aujourd’hui est à la dénonciation des crimes sexuels, et parmi les plus répandus d’entre eux – et aussi les plus faciles à instrumentaliser – les accusations d’abus sexuels, suffisamment ambigus entre consentements et non consentements, pour que l’on puisse broder à loisir autour des faits et déclencher une enquête à charge en premier lieu pour l’image de la personne.

Le procédé est d’autant plus malhonnête qu’il faut attendre le jugement de la cour pour savoir si un homme est coupable ou non des faits qui lui sont reprochés. Toute préméditation de jugement, toute sentence appliquée en amont de tout rendu officiel, porte en elle le risque de léser un innocent. La présomption d’innocence, on le sait, actuellement malmenée, consacre avec sa disparition, le triomphe de l’usage politique de la présomption de culpabilité. Grâce à cette dernière, il est désormais possible d’être coupable dès la moindre plainte déposée, avant toute enquête finalisée, avant tout jugement rendu. Cette aubaine politique, on la voit soudainement fleurir partout, et surtout, comme c’est étrange, durant les campagnes présidentielles ou vis-à-vis de personnalités gênantes pour les pouvoirs établis.

Vous remarquerez par exemple, le nombre de plaintes déposées pour harcèlement sexuel aux Etats-Unis à l’égard des candidats frondeurs à la présidentielle. Trump lui-même lors de sa campagne, Joe Biden aujourd’hui ; Assange, qui gênait de beaucoup, a eu droit lui aussi à sa plainte. On use même de la plainte pour pédophilie, dans le cas du réalisateur américain Woody Allen, afin de bien frapper l’esprit du public et attirer ainsi un discrédit maximal sur le présumé coupable pourtant légalement innocent des faits qui lui sont reprochés. Cette simple plainte non encore instruite, lui chassa jusqu’aux acteurs de ses films. Or, dans son cas, la plainte avait été déposée dans le cadre d’une vengeance conjugale. Le temps que la justice, après nombre d’années, proclame la malhonnêteté de la plaignante, le mal était déjà fait.

Le phénomène n’est pas nouveau puisque Charles Trenet en avait lui aussi fait les frais alors qu’il en avait été innocenté. L’histoire n’a retenu que sa soi-disant pédophilie, elle-même le fruit d’une vengeance intime. La présomption de culpabilité légitime la vindicte immédiate, la sanction de la foule, le lynchage médiatique et social ; du pain béni pour la machination malveillante, qu’elle relève du règlement de compte privé ou de la machination politique. Ce qui m’amène donc à l’affaire du moment, celle qui souille un ministre en exercice, le cas Darmanin, et l’instrumentalisation politique que l’on en fait en l’absence de tout jugement officiel. Il est bien trop facile de penser que l’on pourrait écarter de la vie publique toute personne simplement en payant quelqu’un pour opérer un faux témoignage, déclencher la procédure d’enquête, et se contenter de celle-ci à titre de jugement immédiat et définitif. Dans un Etat de droit, ce n’est pas la foule ni la presse qui fait justice elle-même, c’est l’institution judiciaire. Même si cela embarrasse toutes les parties, il n’est pas acceptable que des sanctions soient prises à l’encontre de quelqu’un en l’absence d’un jugement faisant autorité sur la culpabilité d’un homme, d’autant plus lorsque les manipulations intéressées sont plus grandes qu’ailleurs.

Je ne dis pas que, pour certains d’entre eux, les faits soient au final attestés, justifiant la condamnation et la peine associée, mais de nombreux cas s’accumulent faisant la démonstration du contraire. Je comprends donc toute l’importance qu’il y a aujourd’hui, lorsque l’on est ministre, lanceur d’alerte, candidat à la présidentielle, cinéaste à succès, islamologue dérangeant, de tout faire pour persévérer dans sa fonction au détriment des hurlements de la foule et des loups qui l’attisent. L’aubaine est trop belle d’user de ce grossier subterfuge pour ruiner la démocratie de sa substance. Ni la dénonciation, ni le dépôt d’une plainte, ni même l’enquête en cours, ne doivent entraver d’aucune sorte l’activité de la personne soupçonnée de crime, car toute personne est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ne soit légalement établie. Lorsque tout homme est présumé coupable avant tout établissement de sa culpabilité par une autorité judicaire, alors tout est permis. Tout le monde est coupable sans avoir commis la moindre faute ; il suffit de désigner du doigt pour faire tomber la personne de son choix, et avec elle, l’Etat de droit.

 

 ***

 

Les monstres de papiers dollars n’égalent pas le poids du régalien. Les réseaux sociaux sont morts. Paix à leur âme. La censure de tout propos haineux voisine avec la censure de toute propagande pour la chloroquine, et vous me direz : quel rapport ? Aucun, en effet. Et c’est justement parce que la censure contre la promotion de la chloroquine via Youtube, Twitter et Facebook, au même titre que les propos haineux (dont on ignore la définition précise), n’a pas de rapport avec le schmilblick, que les réseaux sont morts. On censure désormais sur tous critères, et selon toute nécessité idéologique ; le président américain n’y échappe pas, c’est vous dire la puissance des GAFA car je doute que tout vulgaire qu’il soit, le président Trump soit aussi violent et explicite que le brouet des rappeurs. Je dis « puissance » mais j’exagère un peu ; je devrais dire : la sottise des GAFA.

Les GAFA censurent bien évidemment pour d’autres raisons que la haine, selon des impératifs économiques et selon les lubies des lobbies qui les financent. La censure objective, sachez-le, n’existe pas. La censure est toujours orientée, et bien heureusement contournable. Tant que ce n’est pas la loi qui interdit mais la charte interne d’une entreprise, la censure est relative. Don’t acte. Il suffit dès lors de changer de supports et l’affaire est réglée. Tous à la concurrence ! Voilà une injonction que le capitalisme ne saurait renier. Tant que le capitalisme est lui-même le générateur d’une censure, il est du même coup, comme on le sait, celui qui génère autre part la permissivité, aussi longtemps du moins que la loi l’autorise et que l’entreprise privée demeure privée. Le monstre capitaliste avale et régurgite tout ; il ne fait jamais dans la dentelle mais il est moins turbide que la prison d’Etat. Que voulez-vous, il s’agit moins d’un volcan que d’un furoncle, sinon d’un goulot, mais on fait avec ce qu’on a. Quitte à choisir, je préférerai toujours les égouts démocratiques à la cellule régalienne.

Et puis c’était sans compter sur l’Etat américain, garant des libertés comme de la Constitution, qui semble se réveiller, et démontrer qu’une dictature authentique est une affaire d’Etat et non d’entreprenariat privé. Quand bien même de grands cartels domineraient comme c’est le cas, un grand nombre d’entreprises et de services, les libertés publiques permettent à d’autres entreprises de faire exactement le contraire des géants. On peut certes tout acheter avec des milliards, mais on ne parviendra jamais à acheter celui qui, bien décidé à conserver son indépendance, refusera les lingots du cartel pour répondre à son idéal. On n’achète que certains types d’individus comme d’entrepreneurs, mais jamais tous. Un totalitarisme privé n’est donc guère envisageable, se limitant à un monopole, à un oligopole, et seul un Etat, par le biais de la loi et de la police, sinon de l’armée, est capable d’imposer une dictature unilatérale par la démesure de son fonctionnement. Aucun cartel privé, fût-ce dans le passé, n’a jamais pu égaler la moindre dictature étatique dans sa capacité de nuisance. George Orwell ne s’est donc pas trompé lorsqu’il a fait de l’Etat, la seule entité capable d’assurer une domination totalitaire, susceptible de soumettre une société entière à son idéologie.

L’histoire est un recours intéressant en la matière car l’homme n’invente quasiment rien dans son évolution, sinon quelques subterfuges techniques, très accessoires par rapport à ce qui fait le fond même de son humanité. Les cartels monstrueux ont gangrené sérieusement le XIXe et le XXe siècle, achetant jusqu’aux politiciens, aux Etats-Unis comme en Europe, parmi lesquels les robber barons du chemin de fer, la Standard Oïl, les géants de l’acier AT&T, plus récemment l’empire Microsoft, et aujourd’hui le cartel numérique des GAFA, sans pouvoir par eux seuls imposer la moindre dictature politique. C’est en association avec le pouvoir d’Etat que ces monopoles perdurent. Ce même pouvoir d’Etat, capable de mettre à profit les cartels par le biais du fascisme, est tout autant capable de les dissoudre par la loi, comme cela s’est mainte fois fait à travers l’histoire, pour chacun d’entre eux, par le biais de lois anti-trust. Car il faut reconnaître que le problème posé par les cartels n’est pas d’ordre sécuritaire puisqu’ils ne disposent pas du régalien, ni même du pouvoir législatif, à l’exception du lobbyisme mais on ne dirige pas tout un Etat avec de simples lobbies ; sitôt le cartel portant préjudice à l’économie du pays, il contraint tôt ou tard les politiques à le dissoudre. On ne connaît pas à ce jour de cartels privés ayant soumis des Etats entiers sans la complicité des politiques eux-mêmes. Aucun Etat, même mafieux, ne fait l’impasse d’une dictature préétablie pour subsister ; tant que l’Etat de droit fonctionne, que la démocratie fonctionne, l’Etat conserve le dernier mot sur l’organisation économique.

Il y a peu de chance que l’avenir démente le passé ; l’Etat continuera, chaque fois qu’il sera l’objet d’une dictature politique par soumettre les cartels à son seul empire, et non l’inverse. Tous les anciens cartels, jusqu’à Microsoft, ont fini par être dissous par le politique sitôt leur hégémonie préjudiciable à l’économie nationale. L’histoire se répète, et c’est visiblement l’option de la dissolution qui s’annonce aux Etats-Unis. Les républicains comme les démocrates se rejoignent pour mettre fin aux dérives des géants du numérique, rappelant ainsi la supériorité du politique vis-à-vis des monopoles et des oligopoles du privé. Ainsi peut-on lire dans le New-York Times tout récemment (Mediapart 30.07.2020) : « C’était la première audience au Congrès depuis un certain temps où les démocrates et les républicains agissaient comme s’ils avaient un ennemi commun, bien que poussés par des raisons différentes. Les représentants démocrates ont critiqué les sociétés hig tech pour leur rachat de start-up afin de les étouffer et de tuer leurs concurrents, alors que les républicains s’inquiétaient surtout de savoir si ces plateformes muselaient les points de vue conservateurs et étaient anti-patriotes ».

La Chine n’a bien évidemment pas ces scrupules vis-à-vis de ses géants technologiques, qu’elle soutient envers et contre toute éthique ; en revanche, la démocratie américaine s’émeut pour ses valeurs et ne semble pas tolérer la concurrence faussée par les rachats et les abus de position dominante. Une situation qui tend à démontrer que tant que l’Etat demeurera soumis au multipartisme, à la légalité, aux garanties constitutionnelles et à la démocratie, les géants du privé ne disposeront d’un empire que relativement, conditionnellement, et seule une dictature pleine et entière comme en Chine, assurera à ces géants, la même domination totalitaire que celle du parti unique au pouvoir auquel ils sont avant tout dépendants.

Aussi complaisants que soient les Etats faibles du monde libéral, leur puissance inusitée ne demande qu’à être réveillée pour dissoudre le géant de papier dollar que représente toute firme monopolistique. A-t-on jamais vu une seule entreprise, une seule banque résister par elle-même à une nationalisation ? Qui dispose des tribunaux et du régalien maintient sans ambiguïté, sa domination sur l’économie comme sur la société. Il n’est pas d’alternatives non étatiques à la dictature comme le démontre l’Union européenne elle-même, dont l’ensemble coercitif pour les nations européennes, repose sur un vaste Etat centralisé et bureaucratique, juridique et constitutionnel. Il ne lui manque guère plus qu’une police et une armée continentale pour mettre un point final à sa pleine puissance – à condition bien sûr de supprimer la clause de sortie au profit de la répression armée comme son ex-consoeur soviétique, ce qui n’est pas impossible dans un lointain avenir mais demeure aujourd’hui encore, peu crédible, n’en déplaise aux quelques allumés qui portent encore idéologiquement le fantasme du nouvel empire, sinon de l’Etat mondial.

 

***

 

Fierté nationale en chocolat. Notre Darius national, si national qu’il est parfaitement inconnu en suisse alémanique, comme des journalistes du Temps l’ont récemment démontré, a fait ses bagages pour nos voisins français. Nous n’exporterons donc pas que du chocolat et des montres, mais aussi notre présentateur vedette. Il parle bien, notre Rochebin ; il sait marier autant le consensuel que la petite pique bien placée. Nombre de téléspectateurs s’émeuvent de son départ, et quand on voit la relève, plus proche du secrétariat de direction que du journalisme critique, on saurait partager un peu cet effroi. Darius, reviens ! Eschyle, où sont passés tes journalistes ? Qu’es-tu donc aller faire sur une chaîne qui n’a rien à envier à ARTE ? Et je le dis d’autant plus que je considère la programmation de la RTS plus proche de celle d’ARTE que de TF1. Notre grand journaliste et interviewer nous quitte donc pour une chaîne de moindre valeur culturelle, c’est le plus décevant. Personne ne lui a demandé pour quelles raisons il était pour lui plus intéressant d’aller se faire Pardonnez-moi sur une chaîne moins intéressante qualitativement ? Tout se vend et tout s’achète, nous le savons bien au pays du secret bancaire, mais qu’il en aille de notre présentateur vedette, non, c’est impensable. Les suisses sont trop bien élevés pour se montrer à ce point outrecuidants.

Ce départ aura toutefois eu l’intérêt de permettre à Darius Rochebin d’en dire un peu plus sur sa conception du journalisme et elle ne manque pas d’intérêt. Rien à redire sur sa conception de la démocratie, de la diversité, du refus de considérer tout individu comme étant blanc ou noir, représentant du Mal ou du Bien ; sur la fierté d’une Suisse classée par Reporter sans frontières dans le peloton de tête mondial de la liberté d’expression, loin devant les Etats-Unis et la France, rétrogradée à la 34e place par le rachat de la presque totalité de sa presse nationale par les grands oligarques du pays. La Suisse accuse certes, elle aussi, un recule démocratique quant à son rachat des grands journaux par des groupes privés, mais il n’en demeure pas moins qu’il fait bon vivre en la matière au pays de Guillaume Tell. La seule énormité proférée par Darius, et elle est d’époque, est l’affirmation sûre d’elle et péremptoire d’un journalisme véritablement objectif ! Oui, oui, assure-t-il, le journalisme peut être absolument objectif, vérité absolue, plus vrai encore que la science la plus pure ; la parole de Darius a toujours été dictée par Dieu, en prise directe avec la chose en soi, via une oreillette spéciale, entièrement nouménale, conçue pour recevoir ses données de la matière elle-même via un ordinateur quantique nommé CERTITUDE. Je plaisante, mais il y a tout de même de quoi.

Pourtant, Darius Rochebin n’hésite pas à reconnaître le dogmatisme de Greta Thunberg, ce qui est un grave péché contre le Vatican scientifique incarné par le GIEC et ses cavaliers de l’Apocalypse. Sans doute se sent-il subitement concurrencé dans son absolu par la parole de Madame la Science. L’assertorique ne tolère jamais la concurrence, surtout lorsqu’il se prend pour l’apodictique. Mais pour ce qui est de sa propre paroisse, de sa propre chapelle, largement usurpée par rapport à la qualité supérieure en information de la presse écrite sur le journal télévisé, Darius s’approprie à lui seul la sainte objectivité qui manque tant à la science comme à la philosophie. Ce qui revient à prendre Albert Londres pour Big Ben. S’il est un domaine des plus politisés et le moins objectif qui soit, c’est bien l’information. Ce qui n’interdit pas de tendre, par déontologie, comme nombre de journaux « sérieux », à une forme d’objectivité, mais cette tension déontologique ne permet pas de tromper ses téléspectateurs et son lectorat en affirmant que cette exigence qualitative est une réalité de fait. Il suffit de regarder d’un œil critique le contenu du message, la morale infuse de la parole journalistique, le choix des séquences et des discours, sinon leurs commentaires, pour y trouver à foisons des partis pris contestables en lieu et place d’une parfaite objectivité. Le présentateur objectif a un penchant fort subjectif à juger des événements et à le faire transparaître de sa présentation, tel un éducateur des masses. L’assurance légendaire du grand Darius reposerait-elle sur une certitude mal placée ?

 

***

 

Un multilatéralisme unilatéral. Le chef de la mission suisse auprès des Nations unies à Genève nous en dit un peu plus dans Le Temps (07.08.20) sur la langue de bois, devrait-on dire de pierre, sinon en contreplaqué, de la parole diplomatique en usage dans les milieux internationaux. Le multilatéralisme étant à lui seul en ce moment le mot équivalant à celui de liberté, égalité, fraternité, en période révolutionnaire. C’est dire l’importance qu’il tient auprès de nos élites mondialisées. En premier lieu, et on l’entend peu souvent, le chef de la mission suisse ne s’embarrasse aucunement pour dire que l’ONU est une création américaine. Qu’on ne s’étonne donc pas que la Chine puisse refuser toute enquête internationale de la part de cet organisme et de ses dérivés dans la gestion de la pandémie, lorsque l’on sait qui pilote véritablement l’engin. Les Etats-Unis, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ont eux-mêmes organisé le monde d’après et les règles internationales auxquelles allait devoir se soumettre la future Europe. L’ONU, ce sont eux, le FMI, ce sont eux ; l’OMC, encore eux ; l’OMS, même chose, et ainsi de suite, jusqu’à l’OTAN, force armée du continent. Rien d’étonnant dès lors que le veto onusien soit américain, que le dollar soit la seule monnaie d’échange internationale, que le FMI défende en premier lieu les intérêts américains, que l’OMC n’ait plus de président sur véto américain, que l’OMS voie ses fonds lui être coupés pour tractation avec l’ennemi (la Chine), j’en passe et des meilleures.

Après la longue stagnation de la guerre froide, dont les deux blocs étaient à la fois opposés mais en même temps, assurant chacun l’équilibre des contraires, la Russie soviétique s’est effondrée sous le poids de sa rigidité pour laisser libre cours à l’américanisation du monde. A un tel point d’ailleurs que les libéraux se sont véritablement cru les maîtres ad aeternam de la société idéale et finale ; même l’opinion publique était persuadée la décennie précédente, que l’histoire était finie, que le passé pouvait disparaître à jamais puisque l’avenir n’allait plus être autrement que l’éternel présent du consumérisme planétaire. Sauf que, annoncé depuis longtemps par Alain Peyrefitte, le géant chinois est sorti de son long sommeil dogmatique et a redéfini les cartes. Cette période intermédiaire fut l’âge d’or de la suprématie non pas libérale mais américaine ; âge d’or également, comme c’est étrange, de la justice internationale et de la cour pénale de même obédience. Curieuse analogie entre l’hégémonie d’une nation vers l’international et celle du droit qui lui-même suit l’empire comme le chien son maître.

La mutation du capitalisme d’après la crise de 2008 s’est effectuée dans le sens d’un nouveau partage des forces entre les Etats-Unis et la Chine, ce qui suppose, bien évidemment, une reconfiguration à peu près générale de la géopolitique américaine et européenne. Le multilatéralisme se modifie, mais le terme continue de cacher beaucoup de choses à la manière d’un mot valise, où l’on y met à peu près tout ce qui nous arrange pour éviter d’y montrer ce qui dérange – la tradition helvétique étant très au fait de ce manège diplomatique, de la neutralité au secret bancaire. En nous disant que le multilatéralisme évolue, le chef de mission nous signifie à peu de choses près que le multilatéralisme n’est jamais multilatéral, c’est-à-dire qu’il ne s’effectue pas au bon plaisir des valeurs mais selon les caprices de la géopolitique et des intérêts nationaux. Ne discutent ensembles que ceux qui ont des intérêts communs et il n’est pas besoin d’être très perspicace pour savoir qu’en Europe, depuis le Moyen-Age, les différents peuples européens ont nourri entre eux des intérêts communs et que ces échanges culturels, commerciaux, religieux, tantôt belliqueux, n’ont pas attendu le multilatéralisme et l’Union européenne pour avoir lieux. Si le multilatéralisme évolue, c’est qu’il n’est pas si rassembleur que cela et que les intérêts nationaux qui toujours orientent ledit multilatéralisme, changent de polarités. L’Allemagne ne souhaite plus que la Turquie soit à la table, de même que la France souhaite que la Russie y revienne, au grand dam des américains. Nous ferions donc mieux de parler d’un unimultilatéralisme en Europe… Sans compter que les Etats-Unis ne voient d’un bon œil le multilatéralisme européen qu’à condition que leur suprématie demeure unilatérale. Le multilatéralisme n’étant pour l’heure qu’un agréable pique-nique entre chefs d’Etat offert avec toute la mansuétude de la maison blanche.

Si le multilatéralisme est un mot fourre-tout destiné à arranger tout le monde, on ne peut voir d’un mauvais œil la diplomatie internationale et les partenariats contractuels dans l’organisation pacifique des causes communes. La pandémie a illustré la possibilité d’une organisation transnationale de l’urgence, de coopération internationale, que l’on aimerait voir effective y compris dans la répartition mondiale des réfugiés. Le chef de mission suisse de l’ONU se réjouit de l’extension de la coopération internationale à la société civile comme aux entreprises privées, se joignant ainsi aux Etats, pour associer leurs forces dans la résolution de problèmes excédant le cadre de la seule nation. Et c’est là que le multilatéralisme devient intéressant car, une fois de plus, ce mot-valise cache un tout autre phénomène d’importance : le retour en fanfare (heureusement pas militaire) de la planification économique !

Congédié avec ses tanks, Lénine revient par la fenêtre de l’interventionnisme d’Etat. Je veux dire : l’hypocrisie libérale et social-démocrate refuse de nommer par son nom ce qu’eux-mêmes ne peuvent s’empêcher de faire en toute urgence nationale comme internationale, c’est-à-dire de recourir à la planification économique et politique… Car comment nommer autrement la coopération interétatique, du secteur privé à la société civile, afin de remédier à un problème de grande envergure ? C’est de la planification. Comme quoi, du protectionnisme à la nationalisation, de l’impôt au revenu universel, c’est-à-dire à une forme de péréquation, la planification est la cerise sur le gâteau de l’ère post-communiste permettant de se demander si, finalement, le perdant n’a pas donné tous les signes de sa présence là où il aurait dû disparaître jusque dans ses principes…

Bref, contrairement à la langue de bois onusienne, le multilatéralisme est un vœu pieu derrière lequel se trouve la suprématie des Etats-Unis en Europe et le jeu tout aussi versatile que par le passé, des intérêts nationaux corrélés ou décorrélés. Comme le dit ce monsieur, en termes de multilatéralisme, il n’y a pas d’alternatives à l’ONU, à l’OMS, à l’OMC et consorts. C’est si vrai que, comme nous l’avons souligné, les Etats-Unis souhaitent se retirer d’à peu près tout, ou à défaut, redéfinir entièrement ces organisations qui sont leurs, afin qu’elles retrouvent leur alignement sur la nouvelle donne America first. On continuera de faire la guerre en Orient à l’insu ou au mépris du Conseil de sécurité, et on achètera tout le stock mondial de médicaments au profit des Etats-Unis pour soigner en priorité le peuple de la plus grande nation du monde avant tous les autres. Si le multilatéralisme est bien fonctionnel, il consiste surtout à réunir les villages autour de la soupière, et garantir en marge à l’unilatéralisme de l’empire américain de poursuivre son œuvre dans le festin des grandes puissances.

Le multilatéralisme est à ce point anecdotique que le chef de mission admet qu’il ne nécessite peut-être pas même le présentiel, et que tout pourrait très bien se faire virtuellement, à distance. Il y a pourtant une différence majeure entre le virtuel et le présentiel, c’est que le présentiel préserve de tout piratage informatique, là où le virtuel est dépourvu de toute sécurité numérique. Il se peut que ces précautions n’aient que peu d’intérêts si le contenu du multilatéralisme ne relève que du bavardage bon ton et que l’essentiel des choix politiques d’importance se joue en réalité ailleurs. Nul besoin donc de précautions contre le hacking si les tractations multilatérales relèvent de la conversation banale.

Tant que les organisations internationales ne seront pas non gouvernementales, elles seront instrumentalisées par le plus fort et donc, inéquitables. Tout multilatéralisme en la matière ne vaut pas mieux que la diplomatie lambda ou le Conseil européen, G8, G20, et consorts, sans évoquer en premier lieu les parlements nationaux, épicentres des démocraties traditionnelles qui, certes, ne commandent plus grand-chose depuis Maastricht, mais sont censés être le lieu privilégié du choix économique et de l’orientation politique. Si la votation populaire suisse à venir contre la libre-circulation des travailleurs (dumping salarial) devait être remportée par l’UDC, nous aurions pour le moins un exemple grandeur nature de l’efficience ou non de la démocratie lorsqu’elle s’impose à contre-courant de la doxa économique et politique du moment. Et on ne peut pas trouver d’exemple plus démocratique que lorsque la volonté du peuple s’oppose à celle de ses élites pour mesurer le degré de démocratie d’une époque. Ca n’est guère en allant dans le sens du vent que l’on démontre l’existence d’une démocratie effective mais bien l’opportunité d’aller à contre-courant. Qui peut croire que le retour aux intérêts nationaux se fasse à l’encontre de toute prospérité comme l’affirme ce monsieur ? A l’heure où tout le monde se demande où est passé la prospérité promise et non advenue, n’est-il pas temps de changer de cap ? Les Etats-Unis seraient-il devenus fous de le faire ? La Chine serait-elle égoïste ? L’Angleterre a-t-elle décidé de se suicider pour son plaisir ? La Suisse a-t-elle été ruinée par son refus d’adhérer à l’Union alors que même les bilatérales sont désormais attaquées comme étant déjà de trop dans la concession ? A moins, me direz-vous, que la ruine helvétique soit pour le moins… insolente.

 

***

 

Alle zusamen contre le Swissexit. A l’approche de la votation contre la libre-circulation fin septembre, les européistes sont bien évidemment tous à la manœuvre et n’hésitent pas à user leurs dernières cartouches, à recourir à des mensonges assumés, mais nous en avons de plus en plus l’habitude de la part de nos chères élites, puisque depuis l’arnaque par dizaine de milliards d’un certain Hans-Rudolf Merz par rétroactivité ( !) d’une loi sur l’imposition des entreprises, les prétentions sur la meilleure gestion mondiale de la pandémie par la Suisse par Alain Berset (qui s’est bien gardé de donner la source de cette étude que le monde entier a semble-t-il raté), c’est au tour d’un certain Roger Nordmann, socialiste de l’establishment (cette dernière mention annulant la précédente), de profiter du journal télévisé de midi (11.08.20), véritable portevoix des contrevérités utiles à nos administrateurs, affirmant rien moins qu’un Brexit helvétique serait l’occasion d’en revenir à un dumping salarial que l’Union nous éviterait ! Allant jusqu’à affirmer que ce que l’UDC souhaite, c’est beaucoup plus d’immigrations étrangères, ce qui, quand on connaît un peu les mœurs politiques du parti, ne manque pas de sel !

Extraordinaire renversement de la réalité qui prouve que ces messieurs ne manquent certes d’aucun culot mais sont dépourvus de la finesse de leurs aïeux. Lorsqu’il s’agit de frapper les esprits avec des contrevérités, il vaut mieux éviter les ficelles de la taille d’un obus, sans quoi, ça finit par se remarquer. Comme si la célèbre directive Bolkestein avait subitement disparu des traités européens, celle-là même qui organise la législation concurrentielle des travailleurs détachés à l’échelle de l’Union, c’est-à-dire la mise en concurrence des travailleurs pauvres étrangers avec les travailleurs coûteux des pays riches. Comme si, sitôt le Brexit anglais promulgué, le contrôle des entrées aux frontières, le rétablissement des passeports, n’avaient pas déjà eu lieu chez nos amis british ! Vu qu’il est trop tôt pour tirer un bilan positif ou négatif du Brexit en cours, notre socialiste sur étiquette, préfère en conclure d’avance au fiasco politique. Ce n’est pas vraiment ce que nous entendons pour l’heure, rien qu’au silence de mort de la presse européiste qui ne se priverait pas, si elle en avait la matière, de lâcher les chiens sur la faillite anglaise.

On devrait assister sous peu à des affiches placardées dans nos rues, à l’approche de la votation souverainiste, représentant des villes en flammes, des météorites incendiées fonçant sur la Suisse, si elle osait voter contre la libre-circulation qui n’est rien d’autre, en définitive, que le rétablissement de la loi et des contrôles là où les bilatérales les ont fait sauter. Ca n’est donc ni la fin de l’immigration, ni le début de l’effondrement économique (la Suisse n’a de cesse que de nouer des partenariats avec les Etats-Unis et l’Angleterre) mais le retour des contrôles légaux, de la gestion souveraine de l’immigration et de l’économie, exactement comme avant les bilatérales, et de la même façon que partout ailleurs sur la planète, à l’exception de l’Europe. Il faut savoir que selon les chiffres qui ont été donnés, depuis l’instauration de Schengen en Suisse, dernier îlot de richesse sur le continent, plus d’un million d’européens se sont établis dans un pays qui n’en compte que 8. Peu importe la provenance de l’immigration, le problème n’étant pas d’accueillir mais de contenir ! En la matière, le peuple est souverain, et rappelez-vous, il est celui qui vote en son âme et conscience, et non selon la menace d’une Apocalypse brandie par des politiques de plus en plus séduits par les recettes du Moyen-Age dans le maniement du bâton et l’invocation de la foudre.

J. Haydn - Hob I:104 - Symphony No. 104 in D major "London" (Brüggen) © ComposersbyNumbers

______________________

__________

___

@LG

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.