Neil Armstrong et l'odeur de la lune...

Ainsi Neil Armstrong n’est plus… Ainsi, il sera toujours, lui et toute la mission Apollo 11, sur la crête la plus folle de l’épopée humaine, toute civilisation confondue… Jamais un seul animal, et pas même hominidé, ne s’est jamais aventuré au-delà de sa propre planète. L’exploit reste à ce jour et pour longtemps, une consécration pour le génie humain, de même qu'un symbole de la démesure dont fait preuve notre espèce. Demander la lune ! L'homme l'a fait, et il l'a décrochée, pour de vrai. J’ai toujours regretté pour ma part que des astronautes – qui ne sont bien évidemment ni poètes, ni écrivains, ni philosophes, ou qui le sont devenus malgré eux – n’aient jamais pu relater par le menu ce que l’on pouvait honnêtement ressentir là-haut… Combien d’entre-nous auraient rêvé détenir un livre de souvenir complet de Armstrong, Aldrin ou de Collins ?… Que l’un d’entre eux se soit risqué à évoquer le plus sincèrement qui soit l’émotion, le détail, le ressenti intérieur d’un voyageur lunaire, à la manière d’un authentique récit de voyage autobiographique. Malheureusement, tel n'en était pas l'objet... Il s'agissait bien plutôt d'une course contre la montre avec l'URSS; un défi technologique, une occasion de gloire nationale à prétention mondiale... De ce fait, nous ne disposons a priori d’aucun témoignage intégral en la matière, sinon des déclarations concédées ici ou là à des journaux ou à des médias dans la presse de l’époque. Pour une expédition destinée à porter l’humanité à son pinacle, on reste quelque peu sur notre faim… Peut-être en va-t-il ainsi de toute expérience exceptionnelle, intransmissible parce qu'essentiellement vécue… En exemple toutefois, cet extrait d’un article dans lequel Neil Armstrong évoque quelques détails concrets de son séjour sur la lune, en suscitant tout autant le sens olfactif que la dimension spirituelle.

 « Mes souvenirs les plus marquants furent les paysages qui s’offrirent à nos yeux. De toutes les vues spectaculaires que nous eûmes la chance de contempler, la plus impressionnante fut celle que nous découvrîmes pendant le trajet, quand nous volions dans l’ombre de la lune. Nous étions encore à des milliers de kilomètres, mais assez près pour que la lune remplisse quand même tout le hublot. Elle éclipsait le soleil dont on voyait l’auréole tout autour, telle une gigantesque soucoupe de lumière s’étendant sur plusieurs diamètres lunaires. C’était splendide, mais la lune l’était encore plus. Nous étions dans son ombre, elle n’était pas du tout éclairée par le soleil mais seulement illuminée par le rayonnement de la terre. Ca la rendait d’un gris bleuté et la scène toute entière semblait manifestement à trois dimensions. J’eus alors réellement conscience, visuellement conscience, que la lune était en fait une sphère et non un disque. » […] « L’odeur est quelque chose de très subjectif, mais à mon avis c’était une odeur propre au matériel lunaire, entêtante, semblable à l’odeur de la poudre ou à celle que produit un pistolet d’amorce. On a ramassé pas mal de poussières lunaires qu’on a ramenées dans notre vaisseau, soit sur nos combinaisons et nos bottes, soit dans le système de levage qui nous a servi à tout remonter à bord. Nous avons effectivement immédiatement remarqué cette odeur. Là-haut, nous étions dans un environnement unique, presque mystique. »

 (Neil Armstrong, cité dans J’ai marché sur la lune, Ed. L’esprit du temps.)

 

J’ai également découvert l’existence d’un autre livre, apportant le témoignage du dernier homme à avoir marché sur lune, Eugène Cernan, plus prolixe en la matière semble-t-il, pour le bonheur des modestes terriens que nous sommes… Il y évoque notamment le climat politique et l’aventure technologique et humaine au sein des missions lunaires. Les amitiés, les inimitiés, la course à la gloire et aux honneurs, les pannes, les peurs, les angoisses de telles missions, les tragédies aussi. Lui-même diplômé, comme Armstrong, de l’Université de Perdue, et qui fut, entre autre, commandant d’Apollo 17 en 1972. 

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Cette même expédition sur la lune (Apollo 17) rapporta cette image magnifique et célèbre de la Terre vue depuis la lune.

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Depuis, il n’est plus que des sondes qui se sont aventurées sur le sol lunaire ; il y a peu, la sonde japonaise Jaxa, rapportant d’autres images renversantes (de perspectives) de la Terre depuis la lune… Une manière de constater que plus de 40 ans après les faits, si l’humanité a fait un bond de géant, elle n’a pas encore bien mesuré ce qu’il signifiait véritablement, sur un plan métaphysique, écologique, universaliste et pacifique… La Terre depuis la lune, ou l'occasion d'une éthique mondialisée à l'épreuve de la perspective cosmique...

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@LG

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