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Billet de blog 27 mars 2018

Critique du libertarianisme (I) Murray Rothbard

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une éthique de la liberté ?

Sous bien des aspects, il faut convenir que le libertarianisme se fonde sur des principes qui plaisent, ou qui peuvent apparaître engageant ; mais poser des principes, ce n’est pas nécessairement les respecter, c’est partir d’un fondement, la liberté, et la tordre par la suite au possible pour l’orienter selon le parti pris de l’auteur, sinon du parti qui la défend. Nous verrons notamment que chez les grands initiateurs du mouvement, ou ceux qui sont désignés comme tel par le mouvement libertarien lui-même, la liberté est une affaire toute relative. Mais après tout, connaissons-nous seulement un seul mouvement politique qui ne se soit pas proposé les plus nobles valeurs à réaliser au terme de son épiphanie politique ? Qu’il en aille du libéralisme, du socialisme (sous sa forme utopique et révolutionnaire), du communisme (marxisme), du nazisme, pour le meilleur et pour le pire, aucune idéologie politique ne s’est jamais entichée de valeurs ignobles pour revendiquer leurs causes. Toutes, de l’extrême droite à l’extrême gauche, chacune se revendiquent de valeurs salutaires, d’idéaux mirifiques, que le détail théorique souvent infirme, sinon leur mise en application. Nous verrons ici par le biais de quelques auteurs représentatifs du mouvement libertarien que mon ami Adrien Faure, président des jeunes libéraux (PLR) de Genève, m’a suggéré de lire, - outre la littérature américaine que je me suis surpris à dévorer avec passion - et par lesquels j’esquisserai ici une critique, disons, raisonnée, histoire de ne pas entrer de trop dans une confrontation exclusivement politique, des partis pris du mouvement que l’actualité porte de plus en plus à notre attention. Je renvoie d’ailleurs tout un chacun à la lecture de son blog pour y obtenir les arguments contraires au mien. Une critique que j’axerai dans la même optique que les idéaux défendus par le mouvement, à savoir, cette cause aussi noble aux Lumières, que la défense inconditionnelle de la liberté. C’est sous le prisme de la liberté individuelle, reconnue comme étant le fondement même de toute éthique politique, avec son droit d’associations, d’organisation en commun, à bien plaire, et selon les aspirations propres à tout un chacun. Ainsi, en reconnaissant le bien-fondé des postulats de départ de la pensée politique libertarienne, je m’attacherai à considérer, de mon point de vue, si les finalités proposées correspondent à ladite éthique.

L’éthique de la liberté de Murray Rothbard (1926-1995), introduit clairement les fondamentaux du mouvement. Théoricien de l’école autrichienne de l’économie, on lui attribue une influence autant sur les mouvements libertaires que libertariens, sinon l’anarcho-capitalisme. Né d’une famille juive, dans le Bronx, d’un père polonais et d’une mère russe, il sera diplômé en mathématiques à l’Université Columbia en 1945, puis en économie, l’année suivante, et docteur en philosophie dix ans plus tard, en 1956. On relèvera l’influence qu’a dû subir Murray Rothbard, dans son aversion radicale pour l’Etat, le traumatisme européen du fascisme et de la Shoah, qui ne compte assurément pas pour rien dans son radicalisme. Une remarque que l’on pourra également faire à l’égard de Ayn Rand (1905-1982), philosophe et écrivain russe exilée aux Etats-Unis pour fuir la dictature collectiviste de l’Union soviétique. Autant d’événement politiques déterminant, viscéraux, traumatiques, qui généreront cette légitime aversion. Une large part de leurs raisonnements a donc une évidente racine autobiographique, sinon pulsionnelle, caractérielle, presque revancharde - et comment ne pas la comprendre, sinon la partager ?

Au fondement : le droit naturel

Murray Rothbard introduit la distinction entre le droit naturel et le droit positif, cette même distinction qui permettait déjà à Thomas Hobbes de placer la liberté à l’épicentre du droit, de même qu’à justifier une forme précoce de désobéissance civile en cas d’agression inique de l’autorité centrale. Rothbard récupère cette idée prodigieuse des Lumières, reconnaissant un droit de nature à l’homme de disposer de lui-même, d’être libre et de défendre autant qu’il le peut, sa propre vie contre toute agression ou tyrannie. Le droit naturel assure à toute individualité, son droit d’exister et de vivre, droit inaliénable et fondamental, à partir duquel, toute organisation sociétale se doit de se conformer et non d’entraver ou d’interdire. Le principe de non-agression se trouve à la racine de la philosophie libertarienne, et j’oserais dire aussi anarchiste, libertaire, ne reconnaissant aucun droit d’entrave à cette liberté fondamentale, ni du point de vue d’un autre individu à l’encontre d’un autre, ni du point de vue de l’Etat à l’encontre de ses citoyens. Toute prédation, toute violence, toute contrainte, tout vol commis à l’encontre de ce que Rothbard nommera sa propriété, est une injustice. La notion de propriété étant, comme chez Stirner, sinon dans l’existentialisme, étroitement unie à l’intégrité physique et morale d’une individualité à part entière. Nous saurions être plus précis en attestant, vis-à-vis des critiques déjà formulées à l’encontre de ce droit naturel, qui n’en serait pas un au motif que la nature ne connaît aucune justice, cela va de soi, que le droit naturel, Rothbard ne le dit pas, mais ne peut provenir en effet de rien d’autre que d’un droit positif. Le droit naturel est un droit positif, et on ne voit pas, outre dans le cadre d’une juridiction divine, d’où proviendrait ce droit naturel s’il n’était pas élaboré par le droit positif. Néanmoins, le droit naturel représente ici la reconnaissance, par le droit positif, d’un droit d’exister irréductible à la nature d’un être vivant, d’un droit à la propriété sur lui-même comme à ce qu’il possède, traçant une limite claire et franche à toute forme d’abus de pouvoir ou de délits de propriété. La loi ne peut interdire ou contraindre que ce qui lèse la propriété d’un autre, ses biens, sa personne, mais ne peut jamais, au nom du droit naturel, se montrer arbitraire ou discriminante. Ce qui, on en conviendra dans le principe, assure l’équité et le respect de tous devant tous. Nous pourrions dire également que, selon cette définition, le droit naturel est une liberté nécessaire, naturelle, face à un droit positif susceptible de se montrer à bien des égards, autoritaire, tyrannique, despotique. Formes abusives dont on sait qu’elles ne sont toujours pas étrangères à nos Etats soi-disant libéraux. Cette notion de droit naturel, même si sa dénomination est absurde ou trompeuse, demeure non seulement pertinente mais radicalement efficace pour envisager une révolution copernicienne dans la philosophie du droit. La fin de toute stigmatisation légale, non seulement personnelle, individuelle, raciale, raciste, sexiste, mais également sociale (classes). Du moins, telle en est la prétention inaugurale.

Une fois le cadre général posé, le principe d’une liberté fondamentale dictant à l’organisation sociale tout entière, le but de son établissement, le respect et la défense de toute propriété, ne reste qu’à faire découler de ce principe, la formulation d’un marché libre dans lequel, autant l’interventionnisme d’Etat que ceux que Rothbard nomment, les parasites, spoliateurs, colons, et autres féodaux du privé, en sont radiés. La propriété privée telle que définie par ses soins ressemble de beaucoup à celle d’un Proudhon, distinguant les propriétés de possession d’un bien de celles d’un terrain, d’une parcelle, comme ne devant pas être considérées de la même façon. Le droit foncier ne recouvre pas les mêmes conditions que le droit de possession en lui-même. Les propriétés ne sont donc pas toutes égales, il y a des différences de nature qui supposent une interprétation adaptée à leurs spécificités. Rothbard exclut, par exemple, dans le cadre de la propriété foncière, toute forme de servage, de fermage, de colonisation, d’expropriations telles que nous pouvons encore en voir de nos jours en Afrique, de même que dans les pays pauvres, où les paysans pauvres sont chassés de leurs terres au profit d’intérêts internationaux, colonisateurs, par le biais de puissantes multinationales occidentales. Tout paysan, tout travailleur, détient la propriété de ce qu’il ouvrage de ses mains ; c’est le travail fourni sur la chose qui justifie le droit de propriété. Par conséquent, les paysans doivent légitimement être les propriétaires de leurs parcelles ; l’Etat n’a pas plus le droit qu’une multinationale d’exproprier qui que ce soit de sa propriété. Il va de soi que le marché est libre, et d’autant plus libre que l’Etat n’intervient plus, n’a plus le droit d’intervenir ; il n’existe d’ailleurs plus en propre dans la doctrine libertarienne, ce qui ne manquera pas, nous le verrons, de poser un certain nombre de problèmes que la doctrine suppose résoudre mieux que d’autres ne l’ont naguère imaginé. Les parasites, les voleurs, étant exclu du marché libre, l’Etat disparaît, à titre de plus grand représentant de cette espèce, mais Rothbard reconnaît tout de même que les marxistes ont raison de considérer que la plus-value est un vol et qu’on ne saurait critiquer leur violence à l’égard de ceux qui les volent et donc, les lèsent dans leur propriété ; tout en ajoutant que leur raisonnement serait globalement faux, sans expliquer pourquoi... ( ?) Nous verrons que ces silences, ces pierres d’achoppement, certaines incohérences plus ou moins comiques, nous éclairerons mieux sur certaines dénégations plus idéologiques que rationnelles. Rothbard se garde bien de faire allusion à la moindre spoliation de classe, telle qu’on la trouve dans le marxisme. Pour l’heure, nous nous contenterons de souligner que les abus du privé ne sont pas plus recevables que ceux de l’Etat et que les libéraux, généralement étatistes, y sont accusés de ne se contenter que d’un postulat de libre-marché, sans jamais avancer la moindre preuve de son efficience ; libre-marché que l’on sait bien au contraire entravé de mille manières, par oligopoles privés, ententes illégales sur les prix, marchés truqués, concurrences déloyales, abus de position dominante, corruptions diverses, le tout bien souvent organisé et encouragé par les Etats. La simple lecture de la presse quotidienne nous convaincra que rien ici n’en dément le constat, bien qu’il puisse être bien plus dramatique dans des pays pauvres, où l’Etat et la mafia ne forment qu’une entité, alors qu’en nos démocraties occidentales, ces vices sont plus occasionnels et mieux combattus, autant que mieux surveillés. Ils existent, néanmoins.

Un naufrage éthique ?

Que se passe-t-il, nous dit Rothbard, lorsque l’occasion de sauver sa peau se limite à quelques canots et que les autres devront mourir ? Comment gérer dans un cas aussi extrême, le dilemme de la propriété puisqu’elle est égale en chacun et qu’il n’y a pas de place pour tout le monde ? Syndrome du Titanic dont on espère qu’il n’aura plus à se reproduire… Selon Rothbard, le propriétaire du bateau est le seul à décider de qui pourra survivre – il est le propriétaire du bateau, c’est lui qui décide avant tout. Cette clause tombe d’elle-même si le capitaine est déjà mort… La suite revient à l’héritier, s’il est présent. Peu importe, on peut déjà savoir que les conditions d’évacuation d’un navire en naufrage sont celles prévues à cet effet par la compagnie. Mais bon, puisqu’il faut bien qu’une responsabilité incombe encore à quelqu’un, même aux abords de la mort, admettons que le propriétaire se doive de l’incarner – au risque d’être poursuivi pénalement par la suite s’il survit et si son choix était immoral. L’exemple a toutefois le mérite de démontrer que la propriété d’un être, dans la logique libertarienne, ne fait qu’une avec son droit à la vie, et que ce droit naturel réconcilie ces deux dimensions en une seule. On ne peut pas séparer le problème de la propriété (droit positif) du droit à tout un chacun d’exister (droit naturel). Ce qui signifie que le problème de la propriété n’est pas qu’un simple problème juridique ; il opère aussi directement dans l’existence à l’état brut. Le libertarien conçoit la propriété comme une ontologie. Ce qui n’épargne pas notre théoricien de se montrer dubitatif en déclarant qu’il n’entend rien au sentimentalisme du : les femmes et les enfants d’abord… En quoi un homme vaudrait plus ou moins qu’une femme et un enfant ? Le théoricien s’insurge car il n’y voit que des propriétés égales ; il ne sait pas ou ne veut rien savoir du fait que, lorsqu’il s’agit de défendre sa propriété d’un péril, les hommes ont une force physique supérieure pour faire face que n’en ont les femmes, et plus encore les enfants. En l’occurrence, ce n’est ni du sentimentalisme, ni une incompréhension des principes de propriété ; il va simplement de soi que ceux disposant du plus de forces pour défendre leur propriété (vie) doivent moralement céder le pas sur ceux qui en ont moins. C’est un principe d’humanité que l’on peut également nommer : fair-play. Pour être véritablement éthique sur ce point, il faudrait évidemment y inclure les handicapés. Les femmes, les enfants et les handicapés d’abord. Je n’y vois personnellement rien de choquant là-dedans, c’est le contraire qui serait choquant : qu’on laisse se noyer un handicapé là où un homme mûr peut espérer nager, et nager plus longtemps que d’autres. On objectera qu’une transgression morale de ce type ne saurait être poursuivie et qu’elle n’entre pas dans la dimension légale de la propriété. Pas sûr, tout dépend du contexte à mon avis.

Hors d’un contexte organisateur comme celui-ci, où la responsabilité incombe à une hiérarchie, dans le registre de la lutte pour la survie, Rothbard constate que le premier qui s’empare de sa place de sauvetage, la possède, et toute violence à son encontre, s’il est le premier, ne saurait se faire qu’en défaveur de l’usurpateur, qui, même si lui aussi lutte pour sa propriété (sa survie), n’a aucun droit d’imposer sa vie contre celle d’un autre. Le premier sauvé a donc le droit, s’il n’a pas le choix, de se défendre et de renvoyer l’agresseur à sa mort certaine… Ou inversement, si l’agresseur se sauve en tuant l’innocent qui a eu le malheur de se sauver avant lui, ce dernier pourra être poursuivi devant les tribunaux pour meurtre, par la suite. Si je m’en réfère au principe défendu ici, que toute propriété incombe au préalable au premier qui s’en empare, je ne saurais qu’en attester le bien-fondé. Si aucun propriétaire n’occupait précédemment certains biens, certaines terres vierges, il va de soi que le premier à s’en emparer y assoit sa propriété ; le chasser par la suite est un vol, une spoliation. Mais contrairement à cette illustration du naufrage où les places de sauvetage sont insuffisantes pour sauver tout le monde, on peut tout aussi bien imaginer, dans le cadre d’un épuisement des ressources, que les propriétaires de terres nourricières en nombre insuffisantes pour les garantir à tous, se soient mis, face à la famine d’autres, à les accueillir sur leurs terres afin d’en partager les ressources. Le choix de l’exemple que l’on prend illustre aussi, quoi qu’on veuille bien le dire, une idée particulière. Je dirais que l’exemple du Titanic tel que choisit par Rothbard pour son argumentation, démontre par la fatalité, la nécessité impérative de l’égoïsme de survie ; mais on peut tout aussi démontrer, dans un autre contexte dramatique, tel celui de la limitation des ressources face à une famine, un partage lui-même imposé de manière tout aussi impérative par l’urgence, que l’égoïsme de la survie personnelle. Nous retiendrons ici que droit naturel et droit positif s’unissent, par la propriété, en une ontologie complète. Le droit d’exister, le droit de posséder, se joignant dans une forme d’existentialisme produisant des effets jusque sur le terrain le plus immanent, le plus concret. Mais la propriété, ontologiquement parlant, n’interdit en rien celui qui possède, contrairement à la situation de survie, d’en partager les fruits.

Un ordre anarchiste pour une justice plurielle

Le libertarianisme nous vient d’Amérique, nous le sentirons davantage sur le terrain de la morale ; il est aussi l’occasion de constater ce qui diffère profondément entre l’Amérique et l’Europe, notamment la très forte emprunte du christianisme, qui n’aura pas été combattu avec autant de zèle qu’en Europe. Le continent européen aura connu, dans le cadre des Lumières, une authentique et radicale déconstruction du christianisme, que l’on pourrait faire remonter à l’Abbé Meslier, premier athée revendiqué de l’histoire, ainsi qu’à Kant, D’Holbach, La Mettrie, Schopenhauer, Feuerbach, Stirner, Marx, Nietzsche, qui, sans être tous athées, auront contribué au démontage du religieux. Rien de tel en Amérique, et la description que nous donne Rothbard de la justice, relève d’un schéma ancien que l’Europe est en passe de congédier. Il s’agit de la notion chrétienne de la justice, celle de la peine, de la culpabilité, de la vengeance (loi du talion qu’il nomme « théorie de proportionnalité »), du châtiment et de son rachat - encore qu’il y défende la peine de mort et la torture... Les termes utilisés par Rothbard appartiennent toutefois résolument au corpus religieux ; il y parle notamment de « rédemption ». La confusion intégrale opérée entre la religion et la justice civile, qui perdure encore chez nous sous quelques aspects, mais pas de manière aussi intense qu’aux Etats-Unis, sépare ici nettement deux visions et deux histoires distinctes.

L’exemple donné par Rothbard pour illustrer un monde libertarien, ou devrait-on dire anarchiste, car il parle, pour le coup, d’anarchie mondiale pour qualifier l’état du monde, est assurément pertinent. En effet, l’Etat mondial n’existe pas et a peu de chance d’exister ; mais si on prend le monde tel qu’il existe à cette échelle, on assiste à l’anarchie : chaque région du monde (pays) est gouvernée par des systèmes politiques (Etats) différents. L’anarchie est donc selon lui la loi du monde déjà existante. Tout coexiste selon cette loi qui veut que l’ordre politique n’appartienne qu’à un territoire donné, qui peut s’étendre d’un individu, un quartier, une commune, une région, un pays, voire à un continent entier. Cette illustration rapproche l’idéal libertarien de celui du communalisme ou du girondisme français : la décentralisation, la priorité au local, voire à l’individu, en tant que législateur de sa propre existence. On ne sait s’il faut y voir aussi une légitimation du fédéralisme, étant donné que Rothbard, s’il critique l’Etat, ne dit rien du fédéralisme en tant que tel. Cette démonstration d’une anarchie effective par des ordres différents cohabitant les uns les autres en voisins, trouve également un moyen pour lui d’illustrer ce que pourrait être une justice décentralisée, sinon privée. A l’heure actuelle, et selon ce même constat d’une grande multiplicité d’ordres distincts au sein d’un même monde, d’innombrables justices cohabitent. Elles divergent toutes plus ou moins, sinon radicalement, selon la région du monde concernée. Certaines sont même farouchement antagonistes. En Suisse, au sein d’un même pays, les lois varient d’un canton à un autre, en plus des lois fédérales s’appliquant à tous ; il y existe une justice cantonale, mais on peut également recourir auprès de la justice fédérale pour y obtenir un autre jugement ; on peut même encore demander son avis à la justice européenne. Cela fait déjà trois juridictions différentes susceptibles de ne pas être d’accord sur un jugement. Ce qui tendrait à prouver qu’une ou plusieurs justices privées, indépendantes de l’Etat, puissent exister ; il mentionne notamment des organisations internationales déjà effectives chargées d’émettre des jugements indépendamment des juridictions nationales dans des secteurs spécifiques, comme le commerce ou les crimes de guerre. Les juridictions internationales sont autant de justices marginales aux Etats, autant qu’indépendantes. La pluralité des justices, déjà existante, n’apparaît donc pas, il est vrai, comme étant une mauvaise chose ; une justice privée n’ayant pas de raison d’être plus ou moins orientée qu’une justice d’Etat, sinon pour cette dernière, par ses liens troubles avec l’exécutif. On connaît bien les scandales récurrents de cette justice souvent aux ordres. Mais les justices privées, n’en doutons pas, seront aussi influencées par la couleur politique de leurs magistrats. Elles n’y échapperont pas. L’objectivité n’existe nulle part. 

Néanmoins, ce n’est pas tant la démultiplication des juridictions qui pose problème que leur valeur impérative. A quelle juridiction donner valeur d’obligation ? Il en faut bien une, car il n’en faut qu’une ; et c’est la raison pour laquelle, généralement, les différentes juridictions au sein d’un même pays ne sont pas équivalentes dans leur jugement mais hiérarchisées : le fédéral supplantant le cantonal dans l’autorité de ses jugements. Sans quoi, avec plusieurs jugements différents, il n’y aurait plus de jugement du tout. La diversité des juridictions est donc autant effective et  souhaitable mais une seule juridiction peut donner un verdict contraignant. C’est d’ailleurs un débat brûlant actuellement en Suisse que la supériorité ou non du droit international sur le droit national ; sur la stigmatisation des « juges étrangers » par la droite nationaliste à l’égard de la justice européenne. Cette polémique est loin de se réduire au seul nationalisme et à une xénophobie primaire ; elle souligne ce même problème d’une diversité de jugements différents pour un seul jugement contraignant. Par conséquent, si l’on souhaite garantir une valeur impérative à une juridiction spécifique, il importe nécessairement d’attribuer à l’une d’entre elles le fin mot de l’affaire, et à considérer que d’autres ne pourraient être qu’indicatives, et non contraignantes - ce qui ne serait pas complètement vain à l’égard de la justice opérante qui pourrait s’inspirer du travail d’une autre juridiction, fût-elle internationale ou privée, selon la renommée de la Cour en question, et influencer ainsi par ses avis éclairés, les délibérations d’une juridiction nationale. Une chose est certaine : la justice étatique ne saurait être ni plus, ni moins (sûrement plus que moins) orientée politiquement qu’une juridiction privée indépendante – à condition toutefois que cette dernière ne soit pas financée par de grands lobbies privés, car, inévitablement, on se retrouverait avec la même aberration que la justice d’Etat, susceptible d’être influencée par son exécutif. Les actionnaires ont le même pouvoir coercitif sur leurs propriétés que le gouvernement sur les services de l’Etat ; mais c’est un point que les libertariens, pour des raisons idéologiques, n’aiment guère entendre...

Une douceur contractuelle pour une violence créancière

La théorie libertarienne du contrat, sous la forme du transfert de titres, je le dis a priori, car je n’ai pas les compétences économiques pour en savoir plus que ce qui en est dit sous la plume de l’auteur, me va très bien. Le transfert de titres de propriété valide un contrat, et non le contrat en lui-même, en ceci que des contrats peuvent être passés dont la teneur est irréaliste ou abusive. Ceux notamment se heurtant au droit naturel de tout homme à disposer de sa libre volonté. Les promesses n’ont qu’un contenu moral et non légal ; sauf si elles supposent à un tiers des actions justifiant une rémunération future. Si untel a accompli ce que lui avait demandé un tiers en échange d’une rémunération, cette promesse n’en est plus une, elle devient malgré tout un transfert de titres ; mais en règle générale, toute promesse ne constitue qu’une obligation morale ne souillant moralement que celui qui ne la tient pas. Cette théorie du contrat par transfert de titres y est décrite sous une forme libertaire permettant le non-respect de contrats, même signés, en tant qu’ils s’avèrent aliénants, abusifs, plus proches de l’esclavage que du consentement. Il refuse ainsi par exemple les indemnités de non-présence lorsqu’un acteur se désiste où lorsqu’un travailleur décide de quitter ses fonctions en cours de contrat, au motif qu’on ne peut aliéner une volonté, arguant que les contrats doivent aussi se nouer (et se dénouer) dans la confiance réciproque, et non par la contrainte et la force. Le risque étant, pour les plus inconstants, de ne plus être embauchés par la suite… La conscription elle-même ne devant pas punir les déserteurs. En cas d’entrée en guerre défensive, toutefois, la question de l’obligation reste posée et l’auteur n’y répond que partiellement ou indirectement. Le libertarien étant un pacifiste et un non-violent, un partisan du désarmement militaire, de la suppression générale des armes nucléaires, de l’opposition systématique à la guerre coloniale, au bellicisme d’Etat, ce dernier, même en cas d’agression nationale étrangère, demeure « neutre ». Il agite le drapeau blanc, refuse le combat, et s’engage dans la protection civile... Pas de résistance possible face à l’ennemi dans cette disposition...

La non-violence de Rothbard ne se reportera pas sur le pauvre endetté, qualifié par ses soins de voleur, c’est-à-dire de criminel... On peut s’estimer heureux qu’il ne le condamne pas à la peine de mort ; il lui refuse au moins la prison, au motif qu’elle serait disproportionnée - elles sont déjà pleines, faut-il le souligner, avec, on l’espère, de vrais délinquants. Il les condamne toutefois à rembourser au plus vite leurs créanciers, quitte à ne plus disposer du moindre pouvoir d’achat. Il est évident que les premiers à s’endetter sont les pauvres, les plus aisés, sinon les riches, disposant de l’argent nécessaire pour s’en sortir. En forçant par tous les moyens le débiteur en faillite de rembourser ses créanciers, Rothbard privilégie sa théorie pure à la réalité sociale. Nous vivons dans un monde qui fonctionne non seulement à crédit, mais également avec des moyens forts inégaux. Dans la plupart des pays où le service public n’existe pas, les étudiants s’endettent dès leurs études ; par la suite, ils s’endettent pour des raisons de santé, s’ils en ont. Si en plus de cela ils se lancent dans l’entreprenariat privé à leurs frais, comme on les encourage à le faire, ils seront assurément endettés à vie… surtout si ils font faillites, ce qui est devenue une constante du tissu économique modeste avec un record de faillite chaque année. Son durcissement des sanctions ne ferait qu’aggraver la crise du manque de vocation et du pouvoir d’achat qui asphyxie l’économie de crédit, et donc, en définitive, finirait par nuire aux créanciers eux-mêmes qui n’y trouveront plus d’acheteurs. Non seulement les Etats sont endettés, mais les particuliers aussi. Il n’y a pas meilleur moyen que de faire s’effondrer l’économie actuelle que d’étrangler le peu d’argent circulant encore en prenant tout le monde à la gorge, alors que l’épidémie d’endettement a des causes structurelles avant d’être humaines. On ne peut pas considérer ici que la liberté individuelle explique tout ou qu’elle est la même pour tous.

La liberté : le chantage, la calomnie et la corruption

Le droit de chantage sur autrui est une autre absurdité d’une philosophie de la liberté… Comment peut-on imaginer que celui qui est contraint de monnayer le silence de l’autre est libre de le faire ? Si les propriétés entre les hommes sont égales, celui qui dévoile un secret pouvant ruiner les affaires d’un inventeur authentique se rend coupable d’un délit de propriété. A ce titre, aucun chantage n’est légal car si la victime refuse de passer un contrat qu’elle n’a jamais voulu passer, si le maître chanteur donne des informations confidentielles en représailles à un concurrent, il est coupable de violation de secrets de fabrication, ou, du moins, d’avoir lésé la propriété légitime d’un inventeur. Existe-t-il seulement un chantage désintéressé ? Non. S’il y a chantage, c’est qu’il y a deux intérêts contraires ; il y a moins contrat que conflit entre deux propriétés. Par conséquent, dans le cas du chantage, l’un essaie de léser la propriété de l’autre ou d’en profiter aux dépends de l’autre, et je ne vois pas comment on peut distinguer cette infraction de n’importe quelle intrusion illégale dans la propriété d’un tiers. Murray Rothbard ne respecte pas ses propres principes de respect et de défense de toute propriété. Le problème posé notamment par le brevet, c’est le monopole qu’il octroie à un inventeur et les prix exorbitants qu’il se permet ainsi  – et dont il ne parle pas. Il est des silences suffisamment retentissants pour qu’ils résonnent comme des aveux.

Je reconnais, au sujet de la calomnie, qu’il est difficile de séparer la vérité du mensonge ; on le voit avec les fake news qui servent aux Etats de moyen de pression contre la démocratie et la liberté d’expression. Ce qui relève de ce que l’on a le droit de dire ou non est dangereux à légiférer car c’est du pain béni pour le pouvoir politique que de pratiquer la censure orientée. J’aurais presque envie de donner raison à Rothbard sur ce point. Laissons aux mensonges, aux calomnies, leur libre-expression, même si elle est regrettable, ceci afin de ne pas tenter le diable en matière de censure. Peut-on toutefois interdire à quelqu’un d’offensé le dépôt d’une plainte ? Certaines calomnies, on le sait, peuvent provoquer des suicides; ça n’est pas sans impacts tragiques. Il y aura toujours des êtres blessés qui déposeront plainte – et je ne vois pas par quel critère on leur interdirait de le faire… Il y a un menteur et une victime dans une affaire de mensonges publics, c’est-à-dire, ici encore, deux propriétés en conflits, dont une qui abuse de la sienne contre celle d’un autre. Et que dire, si les calomnies ne sont pas le fait de réseaux sociaux mais lorsqu’elles sont le fait de professeurs, de journalistes, d’auteurs dont la portée est vernie par la position sociale ou l’autorité publique, sinon la large diffusion de leurs vilénies ? Les conséquences en sont encore plus graves. On voit bien qu’accuser quelqu’un de viol ou de pédophilie a des effets catastrophiques sur la vie d’innocents. Mais, si l’on souhaite suivre un peu cette idée que la morale ne compte pour rien dans la justice, c’est surtout dans la pratique que le droit à la calomnie ne fonctionne pas ; toute personne qui se sent lésée a le droit de déposer plainte. On ne peut pas l’interdire, ce serait assurément liberticide. Par conséquent, il n’y a que les tribunaux qui peuvent trancher sur la recevabilité ou non d’une telle plainte. Les magistrats doivent de toute façon l’examiner au regard du droit. Un mensonge évident et flagrant, destiné à nuire, n’a donc pas de raison d’échapper à la condamnation, si la loi le prévoit et selon la gravité de ses conséquences.

Le droit aux pots-de-vin est lui aussi assez comique car ce n’est pas celui qui propose le pot-de-vin qui est responsable, mais celui qui l’accepte. Après tout, pourquoi pas ? Si on tolère les vendeurs de drogues mais que l’on pénalise son usage, c’est le consommateur qui trinque et non son dealer. Ca n’est pas très juste, dans les faits, car toute interdiction partielle est absurde ; si on tolère, on légalise tout, vente et consommation, soit on interdit tout, vente et consommation. Dans le cas de la corruption, Rothbard en rend responsable l’employé qui s’est laissé corrompre et non l’entreprise émettrice, ni même celle qui reçoit – mais celui qui, en personne, accepte le pot-de-vin, lésant ainsi les intérêts de sa Direction comme de ses sponsors, sinon ceux de ses clients. Une position assez hypocrite au sens où, généralement, la corruption et les marchés truqués ne sont pas l’effet de simples employés entre eux, mais se font avec l’aval des directions respectives. Donc, quelque part, Rothbard aurait un tant soit peu raison si la corruption n’était pratiquée que de gré à gré, au sein d’entreprises ou d’Etats ignorant, mais pas lorsqu’ils s’avèrent tous au courant… Ce que la justice se charge généralement de prouver sur enquêtes. Il est donc parfaitement normal, si la corruption est sue et organisée par les sphères dirigeantes, que toutes les parties soient déclarées coupables. Et quel employé aurait le culot d’accepter la corruption sans se savoir protégé ou soutenu par sa hiérarchie ?! Il aurait trop peur pour sa place. On le voit avec La Poste et l’affaire de Car Postal en Suisse : la Direction savait… Rothbard s’amuse !

La liberté par l’infanticide

Si Rothbard réalise cet exploit, en Amérique, que de légitimer l’avortement, il considère plus gravement que les parents ont le droit de laisser mourir de faim leur nourrisson… Une monstruosité, que l’on espère théorique, sinon sans quoi, je prierai tout libertarien de m’en faire la démonstration... Notre libertarien ne reconnaît pas même le fait qu’en faisant un enfant, un couple fait un choix qu’il doit assumer – ou ne pas en faire ! Après tout, on est libre d’en faire ou n’en pas faire – à moins que Rothbard considère, toujours par religiosité, que tout couple est contraint religieusement de faire des enfants mais peut, par seul souci de sa liberté, ne plus s’en occuper. Auquel cas, nous avons affaire ici à une absurdité consécutive à ses préjugés religieux, ainsi qu’à un idéologue davantage soucieux de ses idées que de leurs conséquences. Un droit à l’infanticide en contradiction avec le « droit à la vie » induit par le souci de toute propriété, et d’autant moins pardonnable que, même selon son principe, des parents peuvent en tout temps abandonner leur enfant, non à la mort, mais aux services d’adoption. Dans sa logique, les parents n’ont pas le droit de le frapper, le blesser, encore moins de le tuer, mais peuvent le laisser mourir tout seul... Le fœtus n’est certes pas une personne, mais le nourrisson l’est déjà ; son cerveau, ses sens, sa mémoire, sa sensibilité – tout est déjà là. A moins de considérer que le crime par négligence est une valeur libertarienne, et que cette idéologie est surtout adaptée à des assassins à sang froid ! Nous reconnaîtrons plutôt que, soyons charitables, dans le seul souci de conserver dans sa doctrine une liberté absolue et intégrale de principe, notre idéologue accepte de mettre ses idées, ses principes, avant la réalité et ses conséquences, du moins celles qui se heurtent à se convictions. Une manière très kantienne de procéder, car le philosophe allemand s’était lui aussi illustré de la sorte, par rigidité théorique, en justifiant l’infanticide à titre de « marchandises prohibées », pour les enfants nés hors mariage, que l’on peut à loisir « détruire » puisqu’ils sont nés hors légalité... A se demander si Rothbard n’est pas un fervent lecteur de Kant, car sa marchandisation des enfants, au prétexte que l’Etat s’arrogerait en monopole fixant leur prix à zéro, ne manque pas non plus de froid cynisme. Notre idéologue de l’impunité, en lieu et place de la liberté, n’y voit que l’opposition théorique : monopole public contre marché libre et privé… Or ce n’est pas vraiment là le souci. L’enfant n’est pas une marchandise, et à l’heure où les véganes militent pour que les animaux n’en soient pas non plus, au motif que tout ce qui vit n’est pas une chose - en quoi ils ont raison et tort à la fois (l’animal n’est pas un être humain non plus) -, tabler sur un marché des enfants n’est pas seulement indigne mais parfaitement rétrograde par rapport à l’humanisation des sociétés civilisées. Un exemple peut-être frappant des limites de la financiarisation universelle face au « bien commun », ne pouvant en aucun cas se soumettre sans barbarie à la seule logique marchande. A des fins de « rédemption », on ne sait trop, Rothbard développe l’idée selon laquelle, retirer à des parents, sans leur consentement, leurs enfants, sur critères de négligence partiaux - ceux de l’Etat -, ne se justifierait aucunement. Il appartiendrait à l’enfant maltraité lui-même, de faire son choix ; c’est à lui seul de décider s’il souhaite quitter ou non le domicile parental. Aussi fait-il de la fugue, un acte de libération pour l’enfant, parfaitement légitime. Dans ce cas particulier, ce ne sont ni les services de l’Etat, ni les parents qui puissent décider de quoi que ce soit, mais l’enfant. Il est vrai qu’un enfant battu, négligé, bien décidé à ne plus revenir au domicile parental, sera difficilement domptable, sinon par la violence et une forme de vaine coercition, en attendant la prochaine fugue... En arrière-plan de cette mesure antiétatique dans la gestion des conflits familiaux et privés, on ne sait si on doit y voir ici aussi les arrestations sommaires et les enlèvements à domicile opérés durant la guerre par les différents fascismes européens. Néanmoins, il va de soi qu’un enfant fugueur n’obéira ni aux lois de tutelle, ni à ses parents. S’il est violemment maltraité, il n’obéira qu’à son instinct de survie (droit naturel) et on ne peut assurément pas s’y opposer.

Le caprice inique face à l'obligation publique

Certes, le pouvoir politique à la tête de l’Etat, celui-là même à qui appartient l’espace public, soit, tout simplement la rue sur laquelle tout le monde marche, ce pouvoir d’Etat peut nuire à la liberté d’expression en interdisant des manifestations, c’est un fait. C’est surtout vrai pour l’Etat fasciste, mais rappelons quand même que la social-démocratie a fait de l’Etat autre chose que ce qu’en ont fait les fascistes, les monarchistes et les religieux. L’Etat change de nature en fonction de l’idéologie qui le dirige ; ce qui tend à prouver que l’Etat est bien un outil et non une doctrine. En même temps, si des manifestations ont lieu tous les jours et qu’elles ne permettent plus à personne de circuler, ça n’est pas non plus sans raisons qu’on en interdise ou qu’on les espace dans le temps. Même un privé appellerait à un moment ou à un autre la police pour vider sa rue de l’occupation abusive dont elle ferait l’objet. Il n’empêche : dans le schéma inverse proposé par Rothbard, on nage autant sinon plus encore dans l’arbitraire. Je le cite : « Notons bien qu’aucun problème ne se poserait si les rues appartenaient à des particuliers et à des entreprises privées – ce qui serait le cas de toutes les rues dans une société libertarienne -, car alors, comme tout autre bien en propriété privée, les rues pourraient être louées ou prêtées à des individus ou à des groupes privés souhaitant y organiser des manifestations. Dans une société purement libertarienne, on n’aurait pas plus le « Droit » d’utiliser la rue de quelqu’un que celui de détourner la salle de réunion d’autrui ; dans chacun des cas, le seul Droit est un Droit de propriété, consistant à louer la ressource nécessaire avec son argent, si tant est que le propriétaire y consente» On imagine un puissant propriétaire de droite accordant à des anarchistes le droit de manifester dans sa rue... Sinon même un concert de rock protestataire alors que rien ne le lui contraint et que cela va bien évidemment ternir sa propre image. Non seulement Rothbard admet que la privatisation de l’espace public est un droit de non-utilisation de la rue (on marchera dans les égouts, ou en rase campagne si le proprio n’est pas content et qu’il a racheté la ville avec ses milliards…), et qu’il peut ainsi interdire à loisir piétons, festivals, concerts, manifs, tout comme les autoriser, bien sûr, selon son gré; il est propriétaire, il a  tous les droits sur sa propriété, fût-ce la rue. Quid de la liberté d’expression ? On accuse l’Etat de pouvoir interdire une manifestation et on accorde au privé le loisir de faire la même chose – à bon droit ! Mais compte tenu des nuisances et de l’entretien des rues à la charge du propriétaire, il n’y aura plus jamais de manifs… peut-être même de piétons. A l’image des rives du lac Léman… Sitôt qu’un propriétaire privé accède à la gestion d’un parc public, on peut être assuré que le parc sera entretenu par la richesse du propriétaire obtenue non par locations ou paiement d’entrée, mais par ses propres possessions, son travail, ses biens, son capital, ses intérêts – et il fermera le parc (du moins en a-t-il le droit), là où la gestion publique, du fait qu’elle est le fruit d’impôts collectifs, oblige l’autorité étatique, sous peine d’insurrection légitime des citoyens payeurs, à laisser public l’accès ! Le propriétaire, du moins dans la logique de Rothbard, n’a de compte à rendre à personne ; s’il abolit la liberté d’expression, ou toute possibilité pour elle de s’y exprimer, il est dans son droit. Nous nous trouvons ici dans le dilemme du « bien commun » et de la privatisation des rues, des parcs, des rives, des plages, comme de tout espace public. La privatisation de l’espace-public ne déroge en rien à la dictature d’Etat puisque le proprio est libre de faire ce que bon lui chante, alors que l’Etat, sous sa forme démocratique, est contraint par ses obligations sociales. « Dans la société libertarienne, où toutes les rues seraient privées, le conflit se résorberait sans atteinte aux Droits de propriété de qui que ce soit : ce sont les propriétaires des rues qui auraient le Droit de choisir qui y aura accès et ils pourraient par conséquent empêcher à leur gré la venue des « indésirables ». Il n’y aura plus de bougnoules, plus de pauvres, de jeunes de banlieue, d’handicapés ( ?), de skinheads, de marginaux, d’étrangers, de fous, de paupérisés ; tout ce qui gêne ou gênera le propriétaire de sa rue. Qu’ils aillent dans une autre…  Les rues seront clean ! Il y aura même des rues, place de la Banque, où seuls des gens en costume cravate, bien mis, auront le droit de passer…

La liberté par l’interdiction

On retrouve ici le problème majeur des libertariens : la liberté, c’est aussi le droit d’interdire ; mais il faut que les interdictions ne viennent pas de l’Etat mais d’un propriétaire privé. C’est toute la différence… Si l’Etat interdit les manifestations, les concerts, l’accessibilité des rues, la contestation syndicale, que sais-je, c’est la dictature. Mais si c’est un propriétaire privé qui le fait, y compris sur un domaine public qu’il aura privatisé, c’est son droit. Il est donc juste de dire que le libertarianisme, tel que présenté ici, est une philosophie non de la liberté, mais du droit d’interdire au nom de la liberté privée ou individuelle. Nous ne sommes pas du tout dans une pensée de la liberté, ni même, d’ailleurs, dans la défense de toute propriété puisque la propriété privée, sur domaine public, l’emporte à un seul contre tous… Un exemple typique : Rothbard défend le boycott en l’intégrant dans le cadre d’une société libre et démocratique. Très bien. Ceux qui boycottent ou incitent au boycott ont parfaitement le droit de le faire, cela fait partie de la liberté d’expression ; les victimes du boycott ont eux aussi le droit d’organiser l’offensive inverse. Parfait. Mais sur la question du syndicalisme, lors des conflits de propriété à l’intérieur du cadre de l’entreprise, Rothbard ne souhaite plus la moindre liberté ( !) Il est pour son interdiction. Le premier élément de sa méprise : il considère que le syndicalisme et l’Etat sont une seule et même chose ; or, on sait que, dans l’organisation libertarienne de la société, l’Etat n’existe plus. Ou s’il existe encore, c’est sous une forme réduite, celle du minarchisme. Par conséquent, si l’Etat disparaît, le syndicalisme, en tant qu’auxiliaire de l’Etat, ne peut que disparaître à sa suite. Ce qui est hélas vrai aujourd’hui où le syndicalisme n’est plus qu’un auxiliaire de l’Etat ; mais son histoire est tout autre : il est démocratiquement le porte-voix des travailleurs dans les conflits de propriété au sein des entreprises et, à son origine, il était séparé autant de l’Etat que des organisations patronales. On parle d’ailleurs d’anarcho-syndicalisme pour le qualifier sous sa forme indépendante. Je doute qu’un anarcho-capitaliste puisse ignorer l’histoire de l’anarchisme, ainsi que ses variantes, notamment sur le terrain du syndicalisme. Rothbard ne souhaite simplement pas de cette démocratie-là, venue d’en bas ; la liberté ici ne compte plus. Il faut dès lors interdire le syndicalisme, mais, bien évidemment, pas par l’Etat. Tout syndicaliste pourra simplement être licencié par l’employeur sur ce seul motif, et ce même employeur pourra également noter son nom dans une liste noire destinée aux autres employeurs de la ville ou du pays, afin qu’il ne retrouve plus jamais de travail. Abolition du syndicalisme par licenciement et exclusion sociale. Le libertarianisme se montre ici sous la forme d’une dictature d’un nouveau genre… Des puissants contre les faibles, hors étatisme.

Une criminalisation de l’Etat

« Si l’impôt, payé sous la contrainte, est impossible à distinguer du vol, il s’ensuit que l’Etat, qui subsiste par l’impôt, est une vaste organisation criminelle, bien plus considérable et efficace que n’importe quelle mafia « privée » ne le fut jamais ». Rothbard met des guillemets à mafia privée, mais il n’a pas à en mettre non plus. La face sombre du seul privé s’illustre aussi par les marchands d’arme, marchands d’esclaves, trafics de toutes sortes, y compris d’organes, crimes organisé, prostitutions imposées, braconnages, etc. C’est une réalité à prendre en compte. Les Etats corrompus n’ont guère de soucis à mêler étroitement leurs affaires à celles des mafias et fonctionnent ainsi main dans la main. La corruption se porte aussi bien dans le privé que dans le public, même si on peut affirmer qu’un Etat, lorsqu’il devient fasciste, peut faire beaucoup mieux. C’est pour cette raison que ce débat sans fin entre les mérites et défauts comparés entre l’Etat et le privé me paraît un peu pipé. Ce que les libertariens reprochent à l’Etat est à mon sens fondé, à l’exception des outrances. Chacun sait bien qu’il ne finance pas une organisation criminelle car si tel était le cas, tout un chacun cesserait sur le champ de payer ses impôts, ou descendrait dans la rue comme le font régulièrement les citoyens des pays de l’est et d’ailleurs, en proie à des Etats mafieux. La critique de l’autoritarisme d’Etat, au sens où l’impôt est imposé par la contrainte, la coercition policière, est une réalité de fait; ceux qui organisent les guerres sur le pourtour de la planète sont bien évidemment les Etats, mais pas tous ; généralement les grands. Ces mêmes Etats qui organisent autant la péréquation solidaire que l’inégalité économique, soit, l’injustice… et la justice ! Les tribunaux, la police, l’humanitaire, etc. La critique libertarienne de l’Etat, finalement, et Rothbard l’atteste, rejoint celle de l’anarchisme. Sur cette question-là, j’en reconnais la pertinence. Mais faire des hommes d’Etat des criminels, au motif que l’impôt serait un vol, relève de l’idéologie. Les gens ordinaires savent bien que leurs représentants ne sont pas des criminels, qu’ils ne sont pas non plus des voleurs, car l’argent public revient pour beaucoup dans des financements d’intérêts généraux. Je reconnais tout à fait, que, dans son principe, l’impôt, les taxes, ne vont pas de soi ; que la représentativité politique n’est pas démocratique par elle-même et que le vote à la majorité, non plus. C’est la minorité flouée, et on peut légitimement se demander de quel droit. Il n’en demeure pas moins que l’Etat-mafia, l’Etat-Satan, l’Etat-Hitler, relève du Grand-Guignol ; c’est grotesque. C’est prendre les gens pour des cons. Tout un chacun sait bien que le principe de solidarité, de péréquation, invoqué par l’Etat pour son financement obligatoire, est en partie effectif. Rothbard ne se bat pas contre Hitler mais contre un principe. D’ailleurs, dans sa logique dramatique, il suffirait que l’impôt ne soit plus obligatoire pour que l’Etat cesse d’un seul coup d’être Mussolini… Un peu court pour « le plus grand criminel de tous les temps ». Pour ma part, je n’y vois que deux inconvénients au beau milieu de leurs mérites respectifs. Le privé, l’Etat, entre peste et choléra. Les grandes structures du privé ne souhaitent pas la démocratie ; elles veulent des travailleurs soumis et bâillonnés pour raisons économiques. L’Etat, pour son compte, souhaite des citoyens tondus et serviles pour ses privilèges. Les libéraux savent très bien que le privé et l’Etat s’entendent fort bien l’un et l’autre pour garantir leurs suprématies. Les libertariens se démarquent par un rejet commun du libéralisme Et du socialisme au profit de leur propre système, incompatible avec des défenseurs de l’Etat centralisé, ou de l’Etat tout court. Ce qui leur vaut de passer pour des anarchistes auprès des libéraux eux-mêmes, ce qui est plutôt bon signe. Rothbard le reconnaît lui-même et avoue préférer les anarchistes aux libéraux. Il sait pourquoi… Mais nous verrons par la suite que cet anarchisme n’en est pas vraiment un car la vision libertarienne, en tant qu’elle se situe très à droite, sans renâcler à se montrer réactionnaire sur nombre de points, comme nous l’avons vu, ne fustige les privilèges que d’un seul côté de l’échiquier politique.

Une dissolution de l’Etat sans relais existant

Rothbard est un penseur caractériel, je l’ai dit. C’est un émotif. On le sent dans son style ; il pique des colères et sa haine de l’Etat est telle que, malheureusement, elle lui retire de la crédibilité car on sent de trop le parti pris émotionnel. Il en fait des tonnes. Sa haine de l’Etat est si prononcée qu’il en vient même à se démentir lui-même : notamment sur la question de la dette. Il en était vindicatif à l’égard du pauvre endetté, de l’entrepreneur en faillite, qualifié de voleur, de criminel, pour avoir tiré la mauvaise carte dans son existence – au moins, avait-il essayé quelque chose. Cette fois-ci, Rothbard considère que la dette de l’Etat ne doit impérativement pas être remboursée ! Surtout pas ! L’Etat, à cette fin, ne saurait qu’augmenter plus encore taxes et impôts, ce qui serait accroître plus encore sa tyrannie. Cette position est d’autant plus croustillante qu’elle sépare là encore radicalement libertariens et libéraux. Les libéraux s’excitent bien au contraire sur la dette étatique au point de pousser l’Etat dans ses retranchements. Et, à n’en pas douter, à force de couper dans ses dépenses, il finira bien un jour par augmenter les impôts, faute de parvenir à éponger sa dette… Les libéraux, croyant dégraisser le mammouth, ne font que titiller (réveiller ?) la bête. Cette stratégie consistant à couper dans les dépenses, de manière systématique, et j’allais dire, aveuglément, au mépris de toute conjoncture, ne saurait de toute façon jamais être efficiente. On ne peut pas dissoudre l’Etat si on n’a pas déjà des structures alternatives ; on ne peut pas supprimer l’audiovisuel public comme le projetait récemment l’initiative libertarienne, si le privé n’apporte pas déjà satisfaction. On ne peut pas couper dans les dépenses publiques les aides sociales en tous genres dont nombre de gens dépendent, si on n’a pas déjà des structures non-étatiques pour prendre le relais. Si le privé est plus efficient que le public, qu’il le prouve, et tout un chacun ira chercher ce dont il a besoin dans le privé, et délaissera l’Etat pour ce qu’il est. Je pense davantage que c’est ainsi que l’Etat peut se voir un jour entièrement désagrégé, à la manière d’une vaste entreprise désertée pour ses services. N’est-ce pas d’ailleurs ainsi, outre la dictature du prolétariat, que le marxisme imaginait liquider l’Etat ? En le rendant inutile par le biais d’une organisation parallèle. Car même si l’impôt est prélevé de force, il n’empêche que, personne n’est tenu de s’en aller dans un service de l’Etat pour en bénéficier; on peut d’ores-et-déjà déserter l’Etat au profit du privé, en nombre de domaines. Sauf si on se rend compte par soi-même que l’alternative n’existe pas ou que l’offre privée est inférieure en qualité à celle de l’Etat. Là aussi, à mon sens, il faut que le privé fasse aussi son bilan ; s’il était si attractif et si qualitatif qu’on ne le dit, qu’est-ce qui empêcherait le grand nombre de massivement se tourner vers des services privés : hôpitaux, télévisions, bibliothèques, musées, fondations, écoles, universités, associations ? A mon avis, les coûts, qui, cumulativement, excèdent ce qu’un ménage lambda peut supporter, et, je le pense aussi, le peu de qualité espéré. Mais si le privé devait être plus attrayant que le public en tous domaines, à force d’être abandonné à lui-même, l’impôt obligatoire deviendrait aussi insupportable à chacun que ne l’aurait été la redevance publique si l’audiovisuel privé rivalisait déjà par sa qualité et ses coûts. A quoi bon payer sous la contrainte pour un service globalement dépourvu d’intérêts, dépassé, suranné ? Le succès de l’Etat n’est pas uniquement à chercher du côté de son empire ; il faut aussi le trouver du côté du privé qui peine sincèrement à s’imposer en alternative crédible en nombre de domaines, et pas uniquement à cause du monopole public. Je ne suis pas certain que les gens soient si étatistes qu’on ne le dise ; l’auteur explique très bien lui-même que tout un chacun, quand on lui en parle, a tendance à se méfier sinon à critiquer l’Etat, mais tous se précipitent quand même en ses jupons. Cette schizophrénie apparente n’est pas qu’une affaire d’emprise psychologique ; elle est aussi utilitariste. Rothbard critique vigoureusement l’utilitarisme, car il a bien compris que quelque chose de crucial se jouait à ce niveau-là entre la population et l’Etat, mais il ne le comprend pas ; cet utilitarisme signifie simplement que le privé n’est pas plus attractif que le public dans les grands secteurs plébiscités par la population. C’est là précisément que le privé doit se remettre en question. Accuser sempiternellement l’Etat, lors même qu’il est devenu si libéral, c’est peut-être refuser de voir que le mercantilisme est une impasse et que ce schéma chéri par le privé, l’empêche de supplanter l’Etat. Echec qui s’explique également par son organisation interne, hiérarchisée et pyramidale ; beaucoup trop coûteuse structurellement, moins par ses bas salaires que par ses grands, ce qui l’empêche de réduire ses coûts et d’augmenter sa qualité - le productivisme étant l’ennemi juré de tout effort qualitatif.

Un marché jamais libre et non équitable

L’interventionnisme sur les prix, il est vrai, paraît difficile à comprendre ; on se demande, par exemple, pourquoi les agriculteurs ne pourraient pas fixer leurs prix pour les marchandises qu’ils vendent, au lieu de se voir condamnés à la mort économique par un prix du lait à 40 centimes le litre… On devrait appeler cela un crime commercial. D’un autre côté, si un marchand de médicament fixe son prix à 100'000 francs le traitement sur trois mois, comme cela s’est vu en Suisse récemment, on se trouve dans le pillage et le chantage le plus pur… Difficile, dans ces conditions, d’imaginer qu’un contrôle des prix puisse être aboli. Une entreprise peut très bien se suffire d’une clientèle aisée et imposer des prix inabordables pour la majorité de la population ; tant qu’elle entre dans ses frais, elle n’a pas même à se soucier de la concurrence – sans évoquer les ententes cachées, entre entreprises, pour fixer des prix similaires et éviter ainsi toute baisse de prix. Elles n’ont guère besoin d’interventionnisme étatique pour le faire. Un mécanisme de contrôle de la concurrence, sinon des prix, ne saurait être supprimé ; quitte à ce qu’il revienne tout simplement à la justice. On peut imaginer également que cet outil de contrôle soit indépendant et privé, dès l’instant où il n’est pas financé par un organisme de parti pris. Un marché entièrement libre ne déboucherait pas sur une liberté tenant toute seule, mais sur des violations permanentes de la concurrence, ne serait-ce que par le seul privé. Une entreprise qui veut sauver sa peau ou qui souhaite se développer par tous les moyens, ne rechignera pas à l’illégalité ou au déloyal pour y parvenir. Le cas Uber en est un flagrant. Tous les moyens lui sont bons. La concurrence libre et non faussée des libéraux est tout autant fantasmatique que la société sans classes des marxistes – même sans Etat. Ce qui ne fonctionne pas avec le laissez-faire, le marché libre, c’est que le déséquilibre économique est aussi causé, outre l’interventionnisme d’Etat, par la plus-value, par les intérêts, par le droit d’aubaine, par des prélèvements aussi arbitraires que l’impôt forcé de l’Etat. Les libertariens critiquent avec véhémence le vol par l’impôt et les taxes, mais ne disent rien des prélèvements contraints du privé. Pourtant, ces prélèvements insidieux ne sont ni obligatoires, ni libres, et tout autant condamnables. En ce sens, le privé vol aussi son monde et il y a tout à croire que l’Etat se nourrit de cette spoliation capitaliste pour justifier ses impositions. Le privé et le public se rendent ainsi dépendant l’un de l’autre ; les vices du privé nourrissent ceux que les libertariens attribuent au seul Etat. Tant que l’économie de marché ne sera pas équitable sur le terrain des propriétés, elle ne peut pas s’attendre à ce que l’Etat disparaisse, puisque son rôle se justifie par la restauration d’une équité qui manque au privé. Le déséquilibre des richesses induit un déséquilibre commercial et social. Encore une fois, je renvoie dos à dos les iniquités qui valent, du privé au public, un marché non libre et non équitable. Chaque idéologue se contentant ici, d’un bord à l’autre, de vouloir abolir les privilèges de l’autre pour conserver les siens propres.

La liberté d’exercer : un droit de discrimination

Parmi les aberrations logiques de Rothbard, fort nombreuses, bien plus théoricien que pragmatique : un médecin a le droit selon lui de ne pas soigner un patient. Imposer de force un travail, cela relèverait de l’esclavage. Un médecin a donc le droit de soigner qui lui chante ( !) On imagine ce que cela donnerait partout ailleurs : un boulanger nous refuserait son pain au faciès, un postier nous refuserait ses timbres pour notre allure hippie, le boucher, sa viande, parce qu’on ressemblerait à un écologiste ; le pharmacien, ses médicaments, parce qu’on serait juif. C’est un cauchemar ! C’est surtout illégal par négation de la propriété d’autrui. Tout un chacun a droit aux services fournis par quelque commerçant que ce soit à égalité des autres moyennant le paiement adéquat. Refuser de soigner quelqu’un, lorsqu’on est médecin, est condamnable pour la simple raison que, pour un médecin, tout patient est un client comme un autre ; en refuser un plutôt qu’un autre, c’est immanquablement pratiquer de la discrimination. Le commerçant qui refuse l’argent d’un client particulier, par simple caprice, n’est pas dans sa liberté mais dans l’abus de pouvoir. Il peut prendre moins de clients si cela lui chante, mais il ne peut pas discriminer. De la même façon, un employeur qui licencierait par caprices, sans aucun motif, ni économique, ni du fait des manquements de son employé, n’est pas libre non plus ; c’est un même abus de pouvoir puisqu’un employé compétent en vaut un autre et qu’en licencier un sans raison, plutôt qu’un autre, suppose ici aussi une discrimination. La liberté n’est pas l’impunité ; le droit de travailler lorsqu’on respecte son contrat d’embauche est un droit de propriété partagé entre l’employé et l’employeur. Il est vrai que l’employé a le droit de quitter ses fonctions à tout moment ; on ne peut pas mettre à l’esclavage sa volonté, mais un employeur ne peut pas licencier sans raisons. L’exemple donné n’est pas équivalent ; ce qui est équivalent, c’est que si un employé peut décider à tout moment de changer de vie ou de travail, l’employeur (le propriétaire) peut aussi décider de quitter ses fonctions à bien plaire pour créer tout autre chose, sur le même principe. En ceci, l’employeur a le droit non pas de fermer son entreprise (elle ne lui appartient pas complètement puisque d’autres y travaillent et que l’on a vu que chacun possède une partie de ce qu’il contribue à créer) mais de quitter ses fonctions quand il le souhaite et de la céder à un autre propriétaire.

Une dictature de possédants

Rothbard est assez clair : le propriétaire a tous les droits. Il peut donc tout interdire… Il ne cesse de le répéter sous différents exemples. Sa vision de la liberté, c’est l’interdiction quasi générale – du moins, à volonté, par celui qui détient le pouvoir de le faire ; exactement comme l’Etat, mais dans l’autre sens, au privé. Par exemple : le propriétaire de la rue peut interdire à quelqu’un qui habite dans sa rue et qu’il déteste, de sortir de chez lui. Le résident n’a plus le droit de sortir de chez lui ; il perd donc son travail, sa liberté, sa vie – il est emprisonné chez lui. Le propriétaire le lui interdit, c’est sa rue, il a le droit. Qui plus est, le propriétaire a également le droit de remplir sa rue de policiers privés pour faire respecter sa loi – selon ses moyens. Rothbard explique que c’est de la faute au résident, il aurait dû se montrer plus sympathique avec le propriétaire. Je n’exagère rien...  Evidemment, notre théoricien de l’absurde et de la liberté liberticide, considère que la discrimination n’empêche en rien un propriétaire d’interdire à qui il le souhaite l’accès à sa propriété, fût-ce la rue, un théâtre, une grande place, un parc, une salle de concert, etc. Je ne vois pas bien ce que cela peut être d’autre que la dictature, puisqu’un roi totalitaire, au sommet d’un Etat, possède le même loisir que le propriétaire que d’interdire selon son caprice, ce que bon lui semble, et d’autoriser ce que bon lui semble… Et comme, dans la société libertarienne, tout se doit d’être privatisé, y compris les rues, c’est donc bien la fin des libertés publiques que souhaite Rotbhard et l’établissement d’une dictature de possédants. Car il aurait très bien pu envisager la propriété des rues dans une logique libertaire : à chaque propriétaire, non de la rue, mais de sa propre maison ou résidence, lui appartient une partie de la propriété de la rue – puisqu’il y habite. Par conséquent, les rues ne peuvent aucunement être achetées par un propriétaire, mais elles doivent appartenir à un collectif de propriétaires que sont les d’habitants et être gérée ainsi démocratiquement par ceux-là même qui y habitent. L’Etat n’est donc plus possesseur de la rue, elle demeure privée, mais elle est gérée par une assemblée de propriétaires résidents. Le choix d’un seul propriétaire tout permis à l’encontre d’une assemblée démocratique, demeure un choix politique et non une option strictement rationnelle. Si Murray Rothbard était davantage proudhonien que de droite autoritaire, il considérerait la propriété non sous l’angle des romains, droit d’usage et d’abus ( !), que sous la forme d’un droit de possession qui ne permet toutefois pas tous les abus. L’idée qu’un droit de propriété puisse être absolu, comme celui d’un Dieu, est une idée absurde ; toute propriété suppose un cadre juridique approprié, à la seule exception d’habiter sur la Lune ou sur Mars, où l’absence de toute forme de vie permet que l’on puisse abuser de tout et laisser son pur caprice – fût-il destructeur – se déchaîner.

En somme, en démocratie, même en l’absence d’Etat, c’est la justice (le droit) et les citoyens (l’ensemble des propriétés) qui doivent organiser les libertés publiques et non un seul propriétaire tel un nouveau monarque de droit absolu ; tous ceux dont la propriété personnelle est engagée en commun dans une propriété plus vaste, la rue n’étant jamais d’usage d’un seul propriétaire, comme le prétend Rothbard, mais par de nombreux autres. Partout où les propriétés sont multiples, notamment dans l’espace public, il convient que chaque propriétaire puisse faire valoir démocratiquement sa voix (son vote) en toute délibération commune. Ce qui frappe chez Rothbard, c’est qu’il ne respecte pas les propriétés ; il donne les pleins pouvoirs à de puissants propriétaires, au détriment des autres propriétaires d’un même lieu ou d’une même entreprise. Toute personne qui prend part à un travail commun ou à un usage commun, mêle sa propriété à celle des autres. Elle n’est pas dissociable sans piétiner leurs droits. Rothbard ne fait que renverser l’étatisme en le mettant au privé, en conservant ses abus, son autoritarisme et son hégémonie – certes, de moindre mesure, mais par démultiplication des fiefs de propriétés à chaque rue, le résultat sera le même sinon pire.

Propriété partiale contre équité salariale

Rothbard a tout à fait le droit de dire que le « droit à un salaire décent » n’en est pas un car ce droit ne correspond à rien et, en un sens, cette formulation est complètement vague. C’est une notion creuse qui ne tient compte d’aucune conjoncture particulière. Si on se réfère à la propre logique de Rothbard, à savoir qu’à tout travailleur appartient la propriété de ce qu’il travaille de ses mains, et donc, à qui il revient une part de propriété de l’entreprise dans laquelle il travaille, alors, de toute façon, un salaire indécent par rapport aux gains générés par cette même entreprise n’a pas lieu d’être – sinon, cela signifie que la Direction lèse délibérément le droit de propriété respectif des travailleurs en son sein. Rothbard, généralement, dans son interprétation de la propriété, préfère la dimension partiale à la dimension équitable. C’est un choix politique, dirons-nous. Le problème c’est que ce n’est pas qu’un choix politique : ou disons que ce choix conduit à des propriétés inégales ou inéquitables qui, fatalement, conduisent à des propriétés qui ne peuvent que se dévorer les unes les autres et générer de l’injustice. Sans même évoquer l’autogestion, qui règle quand même l’essentiel sinon tous les problèmes de propriétés au sein d’un collectif de travail, et dont Rothbard ne parle jamais, une rémunération misérable accordée sur contrat à des employés pour une entreprise dégageant des millions de bénéfices, est un abus de propriété caractérisé. Là encore, cela suppose simplement de considérer légalement qu’une propriété (contrairement au droit romain) n’a jamais à être abusive. Le lien entre propriété et abus ne se produit que par un lointain héritage « barbare » de la romanité impériale, tout comme le châtiment corporel des chrétiens en guise de rédemption dans le cadre de la justice. Ce lien entre propriété et abus n’a rien de spontané ! Il n’a pas à l’être. Une propriété, c’est un droit de possession sur la chose, point. Il n’y est pas question d’abus. Si il y a un abus de quelque sorte dans une propriété, c’est à la justice (au droit) de s’en occuper. Raison pour laquelle, effectivement, un droit à un salaire décent ne signifie rien du tout, mais un abus de propriété du propriétaire sur la propriété d’autres, engagés dans une même activité contractuelle, est de toute façon un vol, une spoliation, même sur contrat ; un contrat à la misère ou à l’exploitation, est un contrat fallacieux qui, même signé, n’est pas recevable – et cela, normalement aussi, dans la logique libertarienne telle que Rothbard nous l’a définie au préalable et à laquelle il ne se tient pas. Je persiste à croire que l’on peut être de droite sans être ni malhonnête, ni injuste ; puisque on peut être, chacun le sait, un spoliateur de gauche.

Les animaux n’ont pas d’âme

L’auteur n’a manifestement que peu d’égards pour les animaux. Le doigt vers le ciel, notre théoricien s’exclame : Dieu a dit que… l’homme devait être maître et possesseur de la nature, donc des animaux ; ils sont dépourvus de raison, et ne connaissent rien de la propriété. Ah bon ? Le marquage du territoire, qu’est-ce donc à part de l’urine ? L’indication d’un territoire que le prochain d’une même espèce n’a pas le droit de franchir sans se voir remis à l’ordre – exactement de la façon dont Rothbard nous a expliqué que, à l’état de survie (sinon de nature), le premier qui s’empare d’une propriété la possède et peut se battre pour la défendre. Les animaux font de même ; non seulement ils défendent leurs territoires, mais aussi leur vie à titre de propriété ontologique – ils vont même jusqu’à défendre leurs petits au détriment d’eux-mêmes ; ils connaissent le sacrifice de leur vie au profit de leur progéniture. Ce dont un libertarien, père ou mère de famille, manifestement partisan de l’infanticide par négligence, ne saurait égaler. Le fait que les animaux se soumettent à la prédation alimentaire n’est pas un exemple d’inhumanité des animaux, puisque l’homme recouvre aussi un prédateur ayant besoin de proies pour se nourrir. L’homme préhistorique ne différait en rien des animaux sur ce terrain-là, et ce n’est pas parce que des bouchers font le travail à notre place, que cette évidence en est modifiée. Rothbard nierait-il aussi l’évolution des espèces de Darwin ? Sait-il d’où vient l’homme ? Ce qu’il était il y a sept millions d’années ? Descartes pensait comme lui il y a 400 ans... On a bien affaire ici au christianisme radical d’une droite américaine. L’animal n’est pas un être humain ; mais il n’est pas une chose non plus. Ils ont donc, en rapport à l’homme, autant de ressemblances qu’ils ne nécessitent de droits associés. Assurément pas les mêmes, mais à quoi se résume donc sa supériorité sur l’animal ? A très peu de choses. L’auteur s’en moque ; il n’étudie même pas la question.

Une stratégie sectaire et partisane

La stratégie proposée par Rothbard pour la mise en application de son nouvel ordre sociétal, à la fin de son ouvrage, renoue avec les beaux jours de l’endoctrinement idéologique et partisan ; toujours chérissant ses principes plus que la réalité, tels sont les idéologues, le voici défendre un diktat mental qui consiste à toujours agir d’une certaine façon et non d’une autre pour mériter d’être libertarien. Rien n’est plus contraire à l’esprit critique que l’obligation d’agir selon un dogme ; on est vraiment dans le sectarisme lorsqu’il nous dit qu’un libertarien ne doit faire que ceci et que cela ; ne voter que dans ce sens et non dans l’autre, quelles qu’en soient les conséquences. Il s’agit surtout de ne voter en permanence que dans le sens de la suppression de l’Etat et rien d’autre. Toute loi pouvant l’amoindrir est bonne à prendre ; c’est une lutte à mort contre un criminel que les libertariens n’engagent, fort heureusement, que par le biais démocratique. On appelle aussi cela, outre l’idéologie et le fanatisme, l’irresponsabilité, l’inconséquence. Vous devez obéir dès à présent à la doctrine, sinon vous n’êtes pas libertariens. On croirait entendre un marxiste-léniniste… Où se trouve la défense de la liberté lorsqu’en votant pour supprimer coup sur coup les aides publiques à des gens qui s’en trouveraient démunis, faute d’alternative privée encore existante pour les prendre en charge, on jetterait ainsi des gens à la rue ou dans la misère ? Quel noble résultat pour une philosophie de la liberté ! Ce que Rothbard nomme absence de « gradualisme » dans sa praxis n’est en fait que l’absence de tout conséquentialime. C’est l’idéologie aveugle et impérative. Contrairement à un libertarien endoctriné par son gourou, qui pense à sa place, et pour qui la liberté est au futur et non dès aujourd’hui (Rothbard rejette la désobéissance civile), un vrai défenseur de la liberté, à mes yeux du moins, tâchera davantage de défendre la liberté partout où il le pourra (dénoncera les abus partout où ils se produiront, au privé comme au public) et, tout en chérissant une société idéale qu’il appelle de ses vœux, tiendra compte du respect de la propriété de tous, y compris dans la situation actuelle où l’Etat protège des propriétés fragiles et où le privé en lèse gravement d’autres – et inversement. Hors idéologie aveugle, il faut davantage lutter contre l’Etat par la liberté et non par la coercition ; Rothbard choisit le tout pour le tout, c’est-à-dire la violence légale, nécessairement coercitive puisqu’elle ruine sans leur accord des propriétés sous tutelles sans apporter d’issues. C’est en créant la liberté par des moyens privés que l’on arrachera à l’Etat les bienfaits qui sont encore les siens au milieu de ses vices, et non en détruisant sans le moindre respect des propriétés existantes en pratiquant une politique de terre brûlée. On opérera un transfert de libertés du public vers le privé, moins idéologique que pragmatique, et non par une brutalité légale qui consiste à détruire les libertés publiques pour parvenir en un second temps à réaliser les libertés privées… Procédé malhonnête qui n’a que peu d’égard pour la liberté, pour les propriétés existantes, et pour la prudence minimale qui voudrait que si les moyens manquent actuellement pour le faire, comment peut-on imaginer qu’ils seront forcément-là demain ? C’est la même erreur que les marxistes : le bonheur est consécutif à la société sans classe – nous verrons bien, allons-y sans soucis ! Je pense que l’on a déjà fait suffisamment de dégâts avec l’idéologie pour reconduire ce type d’impératifs catégoriques... Bien au contraire : créez d’abord l’alternative et le reste suivra. Le seul impératif catégorique qui prévaut pour la raison, et manifestement pas pour la politique, c’est la déconstruction systématique de toute idéologie... Je conclurai cette lecture critique de L’éthique de la liberté de Rothbard, en relevant que ce n’est pas la liberté qui y est défendue, mais une doctrine spécifique. Probablement qu’elle est aussi impérative dans sa forme que le Manifeste du parti communiste. L’ouvrage de Rothbard est un Manifeste du libertarianisme. Cette pensée politique est à comprendre en symétrie d’avec les grandes téléologies du XXe siècle ; en ceci, peut-être n’est-elle pas aussi novatrice qu’elle prétend l’être...

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@LG

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