L'Eté foudroyé

Variations poétiques sur une fin de saison


Variations poétiques sur une fin de saison


Aux maisons conjointes


Après que la terre eut séché à la lumière

L’été lève le voile de sueur et de pétales

Beautés de charbons noirs et d’or pailletés

Dans les cours et les jardins fatigués

Dans les vents inclinés et les odeurs moites

Une alchimie parfaite d’élytres miroite

Fruits trop lourds sur les poiriers secs

Glaieuls pesantes et papillons légers

Des climats sans adresses ni papiers passent

Transparences des saisons par l'espace

La méditerranée n’est qu’un vaste lac

Faux prétexte par l’eau séparée

L’Afrique est une maison conjointe

Si proche en ceci qu’en nos chaleurs rudes

L’on pourrait toucher parfois des lèvres

Le sable que respirent les peuples du Sud

 

***

 

L’été en latence


L’été, foudroyé à la fin août

Tombe en pluie sous son masque gris

Septembre s’avance, processionnaire

Le matin doré cède à l’hiver argenté

Ses premiers élans de sévérité –

C’est la rentrée et l’enfant guette

Derrière les grilles quelque peu muettes

Si dans ces visages ensommeillés

S’immisce encore quelques relents de fête

En lui-même il sait que rien n’est terminé

 

***

Perte vive


On embrasse toujours de grands axes

On s’étend indéfiniment par l’azur

Ce que le bleu peut étirer en nous

Cette âme si fine qu’elle en est presque indue

Et si même nous l’avions perdue

C’est le soleil qui chaque fois nous l’avoue :

Tout ce qui nous est perdu continue

En nous –

 

***

 

La mie fidèle


L’été et sa moisson de jour

L’été et ses promesses indéfinies

Sa sagesse d’épeautre

Son amitié troublante de vin lourd

Le sang charnu de la table ouverte

Il n’est plus d’heures à demi

Rien qu’un grand silence ému

Quand la nature écoute abasourdie

Qu’il existe encore en son sein des êtres

Qui n’ont d’oreilles que pour la vie

Nous ne sommes plus dans la croûte

Lui disais-je, mais dans la mie…

 

***

 

Une joie si pleine et entière qu’en elle le corbeau rossignole…

 

***

 

Je tue Il


Affalé sur un souvenir

Je me suis endormi

(L’été parfois nous réduit à l’amphore)

Le cœur sait manger son propre corps

Quand d’aventure il n'en a plus

Plus de cœur à être

Plus de cœur à naître

Plus de cœur à rien du tout

Pas même à l’ouvrage de sa propre perte

Il se jette lui-même dans un trou

Un trou au verso de son être

Puis, il s’écrit une lettre

En vue d’un rendez-vous

Et c’est du fond même de son être

Du fond même de son trou

Qu’il lui paraît en se disant « vous »

Se reconnaître…

 

***

 

Paisibles instants

  

Paisible, paisible…

Paisible et ployant

Risible, émerveillant

Et sur fond de lune

L’abîme étincelant

 

La mort en son collier de perles

La nuit profonde

Le chemin traversant

Les deux rives du silence jointes

Aux arbres en mouvements

Le feuillage peu sûr

Le bois craquant

Le recours à l’obscure

Des cliquetis intermittents

Que d’yeux dans la brume

Sans parler du firmament

Le merle sur le Styx

En Charon à plumes

On le paie en chantant

 

 ***

Comment peindre une fin d'été sinon par la grande lumière mélancolique de Webern, dont la langueur éthérée et profonde vient épouser ici une toile d'Odilon Redon...

 

Pièce pour piano et violoncelle de Webern dirigée par Pierre Boulez

Webern

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Odilon Redon - Papillons

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