Ode à Walt Whitman

 Poème énergétique

 

Poème énergétique

 


Ode à Walt Whitman


 I

 

Whitman en phare poétique dominant le couchant de l’art

Reviens donc renverser nos barques en pétrodollars

Sur nos limons noirs desquels poussent nombres de villes

Comme surgissent d’un corps sains sombres métastases

Whitman-Titan si fier et si grand sur ton pied d’argile

Puissant conciliateur du corps et de l’âme en extases

Vagabond de la joie et de la douleur et du plaisir des sages

Fierté des hommes et des femmes et du libertinage

Splendeur des capillaires des nerfs de la sexualité

Des humeurs séminales ô sage insoucieux des sens

Que rien jamais du cœur ou de la raison ne vient troubler

 

 II

 

Whitman de la tempête et de la boue de l’être glorieux

Pissant et passant sur le fleuve âpre de la vie qui va

De la vie simple et tragique ou les fleurs comme les biches

Composent ou se décomposent au gré au large de l’eau vive

Et marcher marcher sur la corne et l’écorce du voyageur

Plantigrade du bonheur animal à l’encéphale humain

Tant informé de la vanité des choses qu’il en méprise la fin

Walt en Hugo du ciel et sans en opposer l’idéal à l’ardeur

Aigles chanteurs qui tantôt du nuage ou de l’abîme

Tirez les fleurs et les fruits des sentiments qui vous animent

Soleil d’argent soleil noir – un soleil est un soleil

Et nous brûlerons de l’arche que nous réservera l’abeille

Lorsqu’à la peau dormante elle pique de son dard sacrificiel

Ô sensibilité ! Un rien te fait feu et tison pour les hauteurs

Le poète est l’oiseau que le sol défie de sa pesanteur

Pesant, oui ! comme l’est tout ce qui relie et retient

Dans son élan le libérateur dont les forces sont les ailes

Oiseaux ! Abeilles ! Pipistrelles ! Aux bêtes du ciel indolent

Tantôt lugubres car le silence est aussi porteur d’échos

Que ne l’est le jour braiseux en quelques nuits spirituelles

 

 III

 

Qui t’a donc envoyé Walt ? Quel fleuve quelle ville

A accouché de ton audace de ruminant pauvre et fat ?

A l’indomptable générosité de l’être et du moi et de l’autre

Et de la joie démultipliée qui ne compte pas un nerf de trop

Rimbaud dansant avec les nymphes qu’égrènent les mots

Dans l’inspiration de l’eau jaillissant des ténèbres

Rien n’arrête l’autan vagissant ; la foudre impériale

Qui fend l’ombre dans un bris d’éclats et d’opales

Walt de la faim de l’aube et du banquet des étoiles

Walt des matins sereins sertis par le serin qui saute

Pan dans la grisaille humide des smogs interurbains

Mélodie niaise ou rythmes lents d’une Amérique hautaine

Tribal et civilisé comme un vieil arbre tordu d’exister

Aux sources des terres et de la vitalité soudaine

 

 IV

 

Croquer la pomme du péché par l’offrande amoureuse

Musagète en l’éperdu qui crée l’heure heureuse

En tout ce qui demeure en l’acte de profanation

Quand l’aigle se fait ibis la mort et la vie sont à l’unisson

Comme la glaise à l’égard de la forme et son antithèse

Comme le dièse musical en ses maintes modulations

Ni haut ni bas ou toutes les roses des vents à la fois

Toutes amarres rompues au péripatéticien des aurores

Symbioses d’Eros ; dysharmonies et autres accords à corps

Rien de ce qui s’élève ne saurait être étranger à toi

Nietzschéen de l’asphalte et du grand drame aérien

De la vallée baignée des charmes de ta foi sans lendemains

Avec toi l’impondérable largesse des cieux indéfinis

Scarlatti ? Vivaldi ? Torelli ? A quel musicien doter ta grâce ?

 

 V

 

De Lisbonne on te fête comme en terres de Lorca

Quelque identité de rechange pour te chanter nommément

Comme tu l’aurais souhaité toi vivant plus que dix mille hommes

Fumant sur l’humanité restreinte et résignée en ses devoirs

Reviens ! Disais-je au début de cette ode illusoire

Reviens briser la serrure des servitudes et des carcans

Expectorer de tes muscles ta sueur transcendantale

Hanter les rues correctes de ton souverain mépris

De ta joie pleine et maline aux angles des capitales

Le GPS et la balise ont dissous les hasards de l’histoire

Les chemins numérisés effacent sous papier filtré

Sous étui sous vitre sous plastique le réel défiguré

Petits cercueils de verre qui vous prenez pour autrui

Nous flânons sous l’aile des livres et des mauvaises pies

Sans opposer le texte à la mouvance des choses

Nous espérons saisir pour ne rien sacrifier d’inutile

La conscience et les sens et irriguer le tout de proses

Tout autant la pluie le soleil que la foule en anamorphose

 

 VI

 

Ah t’écrire Walt comme sève acheminant complainte

Les occasions d’être ravi d’un vide rempli d’étreintes

Je me sépare du courant pour mieux distinguer tes émules

Où êtes-vous manants des ruines repeuplées de roses ?

Une civilisation s’achève en sa déperdition morose

Les peuples s’enlisent de l’isolement de leurs consules

Tenanciers de ces pouvoirs si vains qu’ils s’y annulent

La misère est la défaite des nations face à l’Argent

Et tu fêtais l’Amour qui ne doit rien à personne et qui doit tant

Rien ne s’opposait en toi des libres obligations morales

Ou du cœur : chanteur du nomadisme international

Libres sont tes papillons et tes fougères – tes oiseaux nuptiaux

Tes frontières délassées aux semelles increvables

D’autres suivront ton cœur ou ta course ton vibrant fardeau

Aimeront d’autres garçons devant ou derrière les façades

Saluant ta mémoire qui fait écrire en geyser de sang et d’eau

Les soubresauts électriques et vivants des poésies fatales

 

@LG

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