La Cinquième saison

Une revue littéraire romande

 

La suisse romande concentre un nombre d’éditeurs largement surnuméraires par rapport aux autres pays d’Europe ; elle bénéficie ces derniers temps d’une grande activité créatrice et de jeunes auteurs prometteurs. Pour en suivre l’évolution, découvrir ces nouvelles plumes (ces nouveaux claviers), une jeune revue se propose d’offrir ce qu’il peut y avoir de mieux dans la production romande actuelle ; un espace de liberté permettant à tous les genres littéraires d’y trouver bon accueil : nouvelles, poésies, critiques, chroniques, billets d’humeur, hommages, inédits posthumes de grands auteurs, premiers textes d’auteurs encore non publiés. Ce qui frappe en premier lieu, c’est la grande variété des genres, l’absence de style comme de pensée unique ; une diffraction salutaire qui permet la variété et la fraîcheur. L’incertitude actuelle a comme bénéfice à son actif, l’absence de copistes, d’épigones d’un même idéal. Chacun advient presque par la force des choses. Aucun monument hugolien, comme il y en eut par le passé, ne vient drainer comme aplatir la jeune génération. L’absence de mouvement dominateur, tel le surréalisme naguère, laisse ici aussi la place grande ouverte – aucun consensus doctrinal et sectaire ne vient distraire l’imaginaire et la personnalité d’auteurs en quête de sens comme de forme – les deux allant toujours de pair. Le seul grand risque encouru par toute littérature « régionale » revient à son absence d’universalité, à sa courte vue, mais, cela tombe bien, ce vice régionaliste est décrié par la même revue, sous quelques traits alertes et pamphlétaires. Et pour donner envie de les connaître, je me permets de citer ici un extrait revigorant de l’éditorial de la dernière livraison de La Cinquième saison, signé Cédric Pignat, directeur littéraire de la revue, jeune auteur de 38 ans, ayant déjà à son actif plusieurs nouvelles et un roman :

« Baudelaire nous bénit : « Il faut être toujours ivre. » Fort bien, mais de quoi ? « De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. » A la vertu près, voilà qui paraît raisonnable. Et pourquoi l’ivresse ? « Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, (…) pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps ». Le poète ne paiera pas la tournée, mais autant obtempérer.

Soit. Grisés, noircissons le papier, grattons-le comme le bois du bar ! Cherchons les mots dans la mousse et dans les bulles, dans la glace au fond du verre ! Couchons les phrases couchés sur la table, redressons-les, resservons-nous, à en voir double, tripe, décuple, à n’en plus voir nos mains ! Buvons l’absinthe de Verlaine et le rhum de Cendrars, les bocks de Rimbaud, la bière glacée de Cook, le beaujolpif et le perniflard de Fallet, et puis son whisky, l’eau-de-feu de Nourissier et pourquoi pas le pipi de la jument de Ionesco. Soyons Truman Capote (sans les cancans) et Tennesse Williams (sans la mort ridicule), soyons Exley, Faulkner, Bukowski, Rick et Hank Moody, les deux Fante… Cul sec ! »

 

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http://5eme-saison.ch

Serge Reggiani - Enivrez-vous © Mich Mich

 

 @LG

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