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Billet de blog 12 janv. 2016

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

A travers cette famille dont le fils a été victime d’un accident se dégage une problématique inextricable, le choix le plus épouvantable qui puisse être donné à des parents : offrir la vie à d’autres personnes à partir des organes de son propre enfant.

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J’avais envie d’aimer l’ouvrage de Maylis de Kerangal, tant les critiques avaient été dithyrambiques, tant les entretiens avec l’auteure reflétaient une parfaite humanité, une humanité que l’on aspire à rencontrer, à vivre pleinement au sein du roman. Et pourtant Réparer les vivantsm’a laissé à distance, voire je me suis senti seul en me plongeant dans ce récit.

ll y a bien une intention louable qui se dégage du livre de Maylis Kerangal, celle de présenter aux lecteurs toute la dimension humaine du don d’organe. En effet, à travers cette famille dont le fils a été victime d’un accident se dégage une problématique inextricable, le choix le plus épouvantable qui puisse être donné à des parents : offrir la vie à d’autres personnes à partir des organes de son propre enfant.

Il est difficile de ne pas être sensible à la tragédie de cette famille confrontée à la perte d’un enfant, le plus grand des désastres. Toutefois, la volonté de l’auteure d’user d’un narrateur omniscient ne laisse pas la place, ou du moins insuffisamment à l’implicite, à ce vide que le lecteur recrée à mesure que la situation se découvre. De plus, le procédé d’écriture de Maylis de Kerangal, avec ces chapitres focalisés sur un seul personnage, finit par lasser et même si l’envie de nous montrer la chaîne humaine tout autour de la transplantation d’organes est claire, les chapitres se succèdent sans que l’on s’attache au récit. Le dénouement attendu met en avant la thématique existentielle du texte, la vie de ce garçon persistera à travers le corps des vivants, et clôt une longue avancée narrative autour de personnages qui paraissent se détacher sans jamais se réunir dans le récit.

Le sujet du don d’organe est délicat et l’écriture de Maylis de Kerangal, même si elle est souvent touchante, dans sa recherche du réel, du tangible, offre une dimension clinique qui n’est pas nécessairement utile, voire confine parfois aux procédés d’accumulation autour de la fin de vie et du don.

Sans doute, resterais-je, comme un lecteur impénitent, un lecteur resté à quai durant sa lecture en regrettant que l’auteure ne laisse pas suffisamment la place aux questionnements et aux interrogations. Heureusement pour Maylis de Kerangal, les prix ont consacré son livre depuis des mois et les critiques n’ont eu de cesse de l’encenser.

Même si Réparer les vivants ne m’a pas conquis, je vais quand même me plonger dans un autre de ces ouvrages, à l’évidence la dame a du talent.  

Laurent Monserrat

Article publié en juin 2014 

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