Au bonheur du vin dans le Bordelais !

Pourquoi continue-t-on d’acheter le vin d’un producteur quand on sait que celui-ci répand des pesticides en pleine journée sans se soucier des enfants qui se trouvent dans l’école attenante à son champ ?

Photographie de Laurent pour Lot of wine: La terre naturelle face à la terre brûlée par la Chimie Photographie de Laurent pour Lot of wine: La terre naturelle face à la terre brûlée par la Chimie
Pourquoi continue-t-on d’acheter le vin d’un producteur quand on sait que celui-ci répand des pesticides en pleine journée sans se soucier des enfants qui se trouvent dans l’école attenante à son champ ?

Les viticulteurs bordelais poursuivent leur épandage avec l’accord des autorités et l’on intime désormais l’ordre aux enfants de ne plus sortir en récréation de peur d’un empoisonnement généralisé (1). L’inspection académique a même donné son accord à la privation de récréation, ce qui constitue une absurdité quand on connait la dangerosité de ces produits et leur caractère volatile. Maintenir les enfants dans une salle ne saurait les préserver de la nocivité des pesticides, mais pourrait éviter une hospitalisation pour intoxication comme cela s’est déjà produit en Gironde.

Les associations de parents d’élèves et les habitants des villages alentour se sont pourtant battus pour exiger que le Préfet mette un terme à ces épandages en pleine journée. Mais l’argument de la présence d’enfants dans les écoles n’a pas été jugé suffisant pour faire cesser ce qui constitue pourtant une atteinte à la santé publique (2).

Le lobby du vin est à ce point ancré qu’il est impossible de lutter tant les élus locaux sont en grande partie liés eux aussi à cette industrie (3). Quelques citoyens ne suffisent pas à endiguer une pratique qui dure désormais depuis la fin de la Guerre. Toutefois, les consommateurs possèdent un pouvoir, celui de ne plus acheter, de boycotter ce qui nous empoisonne. Le consommateur a désormais le devoir d’inciter les producteurs à s’orienter vers une agriculture saine, biologique, voire naturelle. Revenir à une agriculture consciente prendra de nombreuses années tant la terre a été détruite par les engrais chimiques et autres pesticides. En organisant un boycott de ces producteurs qui n’ont que faire de la santé publique, les pratiques pourraient s’assainir !

intrants_autorise_dans_le_vinLe problème, c’est que les acheteurs sont encore au rendez-vous de la dégustation viticole qui n’en est pourtant plus une. N’a-t-il pas assez été démontré que ces vins relevaient davantage du sirop que d’une réalité naturelle ? Ils sont remplis de levures, d’intrants, mis au point par des chimistes pour donner le goût attendu : fruits rouges ou jaunes, cuir, fleur, amande, noisette, acacia, notes lactées, iodées, fruit de la passion, ananas et même cire… La vérité de cette poétique des saveurs existe, mais seulement entre les mains des chimistes qui nous concoctent des poisons agréables à boire, des poisons dont la saveur cache l’impossibilité pour des parcelles de terre de produire encore du vin naturellement. La chimie est désormais à tous les étages de la production, et ce jusqu’à la mise en bouteille.

Le vin intoxique, tue (4) quand il est produit de la sorte et la France n’arrive pas à se défaire de l’ultra-productivisme mis en place à la sortie de la Guerre de 40. La conversion des terres en production biologique n’intéresse que peu d’entre eux, surtout pas ces grands châteaux bordelais qui sont le plus souvent la propriété de fonds de pension, d’assurances ou d’industriels qui ont investi dans le vin pour bénéficier de cette manne financière.

Que faut-il pour que cela cesse, que l’on arrête de lire dans la presse que les enfants de près de 128 écoles risquent d’être empoisonnés (5), que les enfants doivent être gardés dans une salle quand l’employé de ces prétendus grands châteaux répand en pleine journée des milliers de litres de produits phytosanitaires dont la nocivité a été maintes fois prouvée ? Il faut que le consommateur n’en achète plus et appelle au boycott de tous ces producteurs de vin qui refusent de se voir imposer une charte de bonne conduite écologique. Il faut aussi que les autorités cessent de fermer les yeux et révèlent sur les étiquettes des bouteilles tous les produits chimiques contenus dans ces vins. On a réussi à le faire pour la cigarette, mais cela semble bien compliqué de l’opérer pour le vin dans la mesure où cela touche à ce qui constitue une fierté française (6).

Autrefois fierté de notre patrimoine, le vin français est devenu un produit hautement dangereux pour ceux qui en subissent la production : il n’est même plus nécessaire de le boire pour tomber malade. La reprise en main par le consommateur est une nécessité et la dénonciation des viticulteurs sans scrupules par des associations s’imposent si l’on veut que les producteurs de vin se tournent vers une agriculture naturelle, une viticulture qui abandonnerait l’industrie chimique à sa propre morbidité.

1: « Après des épandages de pesticides mercredi sur des vignes entourant une école maternelle à Saint-Genès-de-Lombaud au sud de Bordeaux, la directrice de l'école a décidé, par précaution, de ne pas faire sortir les enfants durant deux jours dans la cour. » Article du Figaro, le 28 avril 2018.

2 : « Gironde: non-lieu pour l'épandage de pesticides près d'une école », article du journal Le Point, le 7 septembre 2017.

3 : On constate que le site Internet de la mairie de Saint-Genès-de-Lombaudne relate aucunement ses événements ni n’invite les parents à informer leurs enfants qu’ils ne doivent pas sortir en récréation.

4 : Le décret de 2013 reconnaît le lien entre la maladie de Parkinson et l’usage des pesticides pour ceux qui ont travaillé dans l’agriculture. Il manque à ce décret, un amendement consacré aux riverains, car il a été démontré que les risques étaient les mêmes pour les populations locales. Par ailleurs, les liens entre les pesticides et le cancer de la prostate ainsi que les cancers hématopoïétiques ont aussi été établis.(Lien vers la Ligue Contre le Cancer)

5 : En Gironde, « 128 écoles, à proximité des exploitations agricoles, sont classées en zones sensibles. » Indique Cyril Giraud du relai local de Générations futures. (Voir le site de France 3)

6 : « En collaboration avec l’association Eva Pour La Vie, le Collectif Info Médoc Pesticides a réalisé une analyse de poussières prélevées dans des habitations et une salle de classe du Médoc. Les résultats sont sans appel. 100% des lieux testés sont contaminés par des pesticides viticoles, et dans chaque lieu sont détectés des résidus cancérigènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens, y compris des molécules interdites (diuron, metalaxyl, mepanipyrim, flusilazole). Ce sont entre 11 et 21 résidus qui sont présents dans chaque lieu. Dans les habitations situées entre 5m et 500m des vignes, sont détectés en moyenne 11 reprotoxiques, 6 cancérigènes et 5 perturbateurs endocriniens. Dans la salle de classe de l’école primaire de Listrac-Médoc sont détectés 15 résidus de pesticides dont 10 reprotoxiques, 6 cancérigènes et 4 perturbateurs endocriniens. 3 molécules interdites également : Mepanipyrim interdit depuis avril 2017, metalaxyl interdit depuis 2005 et diuron interdit depuis 2008. » Collectif Info Médoc Pesticides

Photographie de Laurent pour Lot of wine: La terre naturelle face à la terre brûlée par la Chimie 

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