Troisième intifada, entre fantasmes et fantômes

C'est un spectre qui resurgit au moindre incident entre israéliens et palestiniens, La troisième Intifada, celle dont on parle tant, mais dont chaque prédiction s’est avérée fausse, continue de hanter les esprits. Cette problématique est hautement stratégique: elle porte en elle une dualité sentimentale forte pour les palestiniens. Peut-on désirer quelque chose que l’on redoute?

 © Lauent Perpigna Iban © Lauent Perpigna Iban
Le soleil n’est pas encore levé sur Jérusalem en cette veille de Yom-Kippour. Les patrouilles de l’armée israélienne quadrillent déjà la porte de Damas et ses alentours. Dans quelques heures, c’est la Cisjordanie toute entière qui sera bouclée, et ce, pour quarante-huit heures.

De l’autre côté du mur, cette nouvelle fermeture des checkpoints laisserait presque indifférent. Mustafa, un habitant du camp d’Aida d’une trentaine d’années, s’étonne même que ces bouclages «sécuritaires» aient une telle résonance. « Pour moi, comme pour l’écrasante majorité des palestiniens, cela ne change rien. Quand les checkpoints rouvriront, je ne pourrai toujours pas les traverser. Jérusalem, qui n’est pourtant qu’à une quinzaine de kilomètres de chez moi, me restera inaccessible.»

Cette Palestine qui enterre ses rêves.

Le camp d’Aida, construit à la hâte en 1948, fait partie des zones qui, selon les accords d’Oslo, sont sous la gouvernance de l’Autorité palestinienne. Malgré cela, l’armée israélienne continue d’y pénétrer à sa guise, prétextant un sacro-saint droit à la sécurité nationale de l’état d’Israël. Ce camp, où vivent un peu plus de 6000 personnes, fait aujourd’hui face au mur de séparation. De l’autre côté, pas de colonie, ni d’accès aux zones habitées sous contrôle israélien; ce sont des terres agricoles, qui ont été purement et simplement confisquées. Creusé à l’intérieur même de ce mur, un portail bleu assez colossal. C’est par celui-ci que pénètre régulièrement Tsahal, qui surveille de très près Aida, comme les autres camps palestiniens.

Les enfants d’Aida défient les jeunes soldats israéliens, dès que ceux-ci apparaissent à l’entrée du camp. Lance-pierres artisanaux en main, ils reproduisent mécaniquement les gestes de leurs aînés. Ils n’ont pas dix ans, et prennent clairement cela comme un jeu, voire pire, un passe-temps. Un passe-temps qui peut leur coûter cher. « Au début du mois d’Octobre, une quinzaine de jeunes du camp ont été arrêtés par Tsahal. Les soldats sont rentrés par le camp, ont bloqué toutes les sorties, et ont fouillé toutes les maisons.»témoigne Mustafa.

Cette situation est récurrente dans les nombreux camps qui subsistent en Cisjordanie. Mais, à Aida peut-être plus qu’ailleurs, le désespoir et la résignation ont pris le pas sur les désirs d’émancipation. «We can’t live, so we wait for death» (1) peut-on lire sur une fresque qui colore le mur de séparation. «Nous n’avons pas de futur. Nous n’envisageons pas notre futur. Nous résistons comme nous le pouvons, par la culture, par notre identité, mais la seule chose que l’on voit réellement évoluer autour de nous, ce sont les colonies…» constate amèrement Mustafa.

Khaled, habitant de Bethlehem, la cinquantaine grisonnante a connu les deux intifada. Son jugement est sans détours: «Je ne crois pas qu’une troisième intifada soit possible, du moins, pas dans l’immédiat. La Palestine est plus divisée que jamais. La deuxième intifada a été menée de front par les différentes forces politiques en présence. Aujourd’hui tout le monde connaît nos faiblesses. Une troisième intifada est aujourd’hui, pour moi, totalement inenvisageable»

Les divisions palestiniennes sont en effet représentatives de l’efficacité du morcellement géographique opéré par Israël. Si l’éloignement géographique entre la bande de Gaza et la Cisjordanie a contribué à annihiler tout espoir d’unité politique, on constate aujourd’hui clairement dans les territoires occupés de réelles divergences sociales et politiques.

Le tourisme «religieux» à Bethlehem est conséquent. La vieille ville voit défiler quotidiennement des groupes de visiteurs, qui semblent être parachutés ici sans avoir conscience de la réalité de la situation. «Oui, il y a beaucoup de tourisme à Bethlehem. Mais ce tourisme ne profite pas aux palestiniens. Ces groupes sont pris en charge par des agences israéliennes, et les retombées pour les habitants sont faibles. Elles ne sont pas inexistantes. Mais elles sont faibles» constate Mustafa.

La réalité est cinglante: les groupes de touristes qui déambulent dans Bethlehem viennent du territoire contrôlé par Israël via les points de passages réservés aux colons et aux véhicules israéliens. C’est à peine s’ils aperçoivent le mur de séparation. Ils sont «promenés» dans une vieille ville qui n’a rien perdu de sa superbe, et ils repartent, persuadés que la situation pour les palestiniens «n’est pas si terrible».

Les habitants de Bethlehem, tout comme ceux de Jéricho, avouent être bien plus préoccupés par leur survie que par une éventuelle nouvelle intifada. On partage également dans les deux villes, la peur du lendemain. Toutes deux sont aujourd’hui encerclées par les colonies, et chacun sait qu’Israël a les moyens de broyer la fragile économie palestinienne en quelques heures.

La Palestine est de fait tributaire du bon vouloir d’Israël et il suffit d’une allumette pour réduire à néant le travail de plusieurs années.

Que reste-t-il de la Palestine?

La route qui mène de Ramallah jusqu’à Naplouse n’est plus qu’un enchaînement ininterrompu de colonies.

Si initialement, le contrôle israélien sur les territoires de Cisjordanie avait été établi pour une période transitoire de 5 ans, lors des accords d’Oslo II (signés en 1995), force est de constater que l’état d’Israël ne s’est pas contenté de maintenir sa présence militaire passé ce délai. Il a, via une colonisation à marche forcée, imposé une présence civile, procédant ainsi à un véritable transfert de population, ce qui est en soi une parfaite violation de l’article 49 des accords de Genève.

Chaque année, le taux d’accroissement de la population israélienne dans les colonies varie de 4% à 6%, et ce, malgré le fait qu’elles soient totalement illégales au regard du droit international.

L’expansion de ces colonies entraîne à son tour de nouvelles violations, avec la confiscation de nouveaux territoires et la restriction des droits de circulation des palestiniens.

On évalue en 2016 la superficie de la Cisjordanie occupée par Israël à près de 80 %.

A Naplouse, la situation est compliquée par divers éléments de contexte. A savoir le caractère rebelle et insoumis de sa population en premier lieu, mais également l’extrême agressivité des colons qui ont pris place tout autour de la ville. Ces derniers multiplient les attaques contre les palestiniens, ainsi que contre leurs biens. Les cultures agricoles sont les premières visées: déracinement et incendies mettent à mal la production d’olives et d’huile d’olive, ce qui fragilise l’économie locale et accroît les tensions.

Les intimidations et les agressions physiques sont aussi devenues le lot des palestiniens qui vivent près de ces colonies. Voitures incendiées, jet de pierres, violences physiques, la situation est en tout point explosive. D’autant que les rapports de l’ONG israélienne Yesh Din sont accablants. Entre 2005 et 2013, seulement 8 % des poursuites contres des colons pour ces agressions se ponctuent par une mise en accusation; 1 % de classement sans suite… et 91 % de «dossiers perdus». (2)

Si l’Union européenne évoque des «agressions répétées et des provocations délibérées» de la part des colons, le sentiment d’abandon des palestiniens et des nablusis est souvent évoqué comme un élément déterminant dans l’éclosion de violences. En représailles, les attaques de jeunes palestiniens sur les véhicules des colons israéliens sont hebdomadaires.

Si la vie a repris et que la vieille ville fourmille aujourd’hui d’agitation, les habitants traduisent dans leurs discussions quotidiennes ce mal-être. «Les israéliens sont partout. Ils surveillent tout. Sur les hauteurs de la ville, ils ont installés des infrastructures de contrôle très sophistiquées, et nous savons que nous sommes sous surveillance.» confie un habitant.

Il ne fait aucun doute que la situation puisse rapidement dégénérer. D’ailleurs, ce dimanche 30 Octobre 2016, de violents heurts éclatent dans le camp de réfugiés de Balata, qui accueille près de 25 000 habitants. Ces heurts, quasi-simultanés avec d’autres incidents relatés à Jénine ainsi que dans le camp Al-Amari de Ramallah, opposent jeunes palestiniens et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP), suite à la répression d’une manifestation contre la récente expulsion d’un élu palestinien du Fatah.

L’AP et son président Mahmoud Abbas sont de plus en plus décriés en Cisjordanie, et constituent une face nouvelle de la problématique des palestiniens. Incapable d’enrayer la colonisation ni d’asseoir une gestion politique et administrative forte, l’AP  est considérée par nombre de palestiniens comme le symbole d’échec le plus révélateur des accords d’Oslo. Ce constat est exacerbé par les provocations incessantes d’un Netanyahou tout puissant, qui semble influencer la politique de celui qu’on nomme ici Abou Mazen.

«Abou Mazen est un vieil homme. Un palestinien qui est respecté pour ce qu’il est mais qui n’est pas capable de sortir nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Face à des bandits comme Netanyahou, il faut un leader dur, et un gouvernement fort. Nous sommes toujours faibles, et vulnérables» résume Khaled.

Malgré cet agacement et cette vie sous tension, à Naplouse, quand on évoque l’intifada, c’est souvent au passé que l’on en parle. «La deuxième intifada a laissé des traces, ici à Naplouse. Quand on a connu l’atrocité de la guerre, on apprend à aimer la paix. En dépit de toutes les injustices que nous vivons. Bien sûr, demain nous combattrons si c’est notre destin, mais nous préférons vivre comme aujourd’hui » confie Marwan, un jeune homme d’une trentaine d’années. Cette ville nourrit en elle un paradoxe profond. La ville la plus insoumise de Cisjordanie est aussi celle qui sait le mieux ce que peut coûter un soulèvement. 

Chacun se souvient d’un couvre-feu de tous les instants, d’une population affamée et d’une ville laissée pour morte à la fin des hostilités.

Les rêves d’insurrection de la jeunesse de Naplouse paraissent principalement motivés par leurs problématiques locales. Difficile d’envisager une construction nationale quand on a ne peut déjà pas sortir de sa ville en toute quiétude.

Les risques de la colonisation sont parallèlement de plus en pointés du doigt en Israël. Bon nombre d’ONG tentent d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les souffrances et les dangers qu’elles provoquent. Parmi elles, B’Tselem, qui œuvre pour les droits de l’homme, et qui a été reçue par le conseil de sécurité de l’ONU, le 14 Octobre. Les déclarations de son porte-parole, Hagai el Ad, visent à briser le silence en demandant une réelle prise en considération des répercutions dramatiques de la politique israélienne. Il déclarera par ailleurs au journal israélien Haaretz : «Nous devons le répéter partout: l’occupation ne résulte pas d’un vote démocratique. Notre décision de contrôler leurs vies est une expression de violence et non de démocratie. Israël n’a pas de raison valable de continuer ainsi. Et le monde, n’a pas de raison valable de nous traiter comme il l’a fait, jusqu’à présent. (…) Je me suis exprimé au conseil de sécurité de l’ONU contre l’occupation parce que je suis optimiste, parce que je suis israélien (…).»

Depuis, un député travailliste a porté plainte contre lui, pour avoir nui à la souveraineté de l’état, exprimé une volonté de donner des terres à une entité étrangère, et pris des mesures qui pourraient entraîner une guerre. Trois chefs d’accusation relevant de la trahison.

Hébron (Al-Khalil) pourrait ressembler à Naplouse. Cette ville porte en elle les cicatrices de l’occupation comme des marques indélébiles. Mais sur le terrain, l’absurde en fait un cas incomparable. Un peu à l’instar de Jérusalem, Al-Khalil abrite un lieu à la fois saint pour les juifs et les musulmans, à savoir le tombeau des Patriarches et la mosquée d’Abraham. Le dispositif mis en œuvre par les Israéliens afin de maîtriser les tensions jette quotidiennement de l’huile sur un feu déjà ardant. Les discriminations sont ici aussi géographiques: «On ne peut pas accéder au centre-ville avec notre véhicule, nous devons nous garer à l’extérieur, seuls les Israéliens peuvent pénétrer dans la ville» témoigne un habitant. En ce jour pluvieux, le marché de la vieille ville est désert. Un autre habitant attire notre attention sur un grillage de protection installé au-dessus de la vieille ville. Sur ce grillage ont atterri des déchets en tout genre, qui vont des denrées alimentaires à du mobilier domestique abandonné: «Les colons ont été installé en hauteur, au-dessus de la vieille ville, par mesure de sécurité. Résultat, ils jettent tous leurs détritus sur nous.» Le résultat est glaçant. D’autant que ce sont les palestiniens, las de recevoir quotidiennement des déchets sur leur marche qui ont du installer eux-mêmes cette protection de fortune.

Hébron, ce sont 200 000 habitants arabes palestiniens, près de 500 colons juifs ultra-fondamentalistes et pas moins de 2 000 soldats israéliens chargés d’assurer leur sécurité. En ce jour pluvieux, à quelques mètres du tombeau des Patriarches, un groupe de jeunes colons, drapeaux israéliens en main donne de la voix, tandis que le ton monte entre les palestiniens et les soldats en contrebas. Une scène classique.

La rue Shuhada qui donne accès aux lieux saints, est l’épicentre de cette crispation quotidienne.

Cette artère, parsemée de checkpoints, était il y a quelques années une des rues les plus fréquentées de la ville, une des plus commerçantes aussi, grâce à sa situation centrale. Aujourd’hui, elle est divisée en deux parties par un petit muret. Les trois quart de la chaussée sont réservés aux juifs, qui peuvent y circuler avec leur véhicule. Le quart restant, piéton, est le point de passage palestinien. Il ne donne accès qu’au souk, et à la mosquée d’Abraham. Passé le lieu de culte, la rue est strictement interdite aux palestiniens qui en ont été dépossédés, pour des raisons, là-aussi,  de sécurité. En effet, à la sortie de la ville elle traverse la colonie ultra-orthodoxe de Kyriat Arba, ou vivent près de 8000 personnes.

«Regardez! Tous ces commerces sont fermés. Le souk est presque mort. Al-Khalil est devenu une ville fantôme, pour 500 colons.» s’agace un palestinien, installé le long du muret. Un peu plus loin, une femme hurle et invective les soldats israéliens. Aujourd’hui encore elle devra faire un détour pour rentrer chez elle.

Les incidents sont récurrents. Comment pourrait-il en être autrement?

C’est un conflit à part qui se joue à Hébron. La colonisation y est avant tout messianique, et c’est une des raisons pour lesquelles la situation de la ville ne peut, dans ces conditions, aller qu’en s’empirant. Les palestiniens, las de tant d’injustices ont compris qu’ils ne peuvent être défendus que par eux-mêmes. Celle que certains appellent «Ramallah la capitaliste», siège l’AP,leur paraît être très loin des réalités et de leurs souffrances. Pas étonnant que les forces de sécurité palestiniennes surveillent également de près cette ville: les craintes de voir le Hamas s’y implanter sont réelles.

Il est vrai que Ramallah apparaît comme une ville jeune, dynamique, qui commence à ressembler de plus en plus aux autres capitales arabes de la région, Amman, ou Beyrouth, toutes proportions gardées. On y trouve des habitants qui ont soif de culture et d’ouverture sur le monde là où l’écrasante majorité des palestiniens tente simplement de subvenir à ses besoins.

Leurs aspirations sont bel et bien différentes, même si, celle que l’on appelle souvent «la jeunesse dorée de Palestine» n’est qu’un phénomène à relativiser. Ramallah a, avant tout, ses camps de réfugiés, ses checkpoints, et aussi ses cicatrices encore présentes. Mais il y flotte une atmosphère particulière, comme emprunte d’optimisme. L’incessant va-et-vient de diplomates et d’étrangers y a peut-être son importance, mais il est clair que le sentiment «d’abandon» souvent évoqué par les habitants des autres villes est beaucoup moins présent dans la capitale.

Crise structurelle, déroute politique.

Les bases d’une gouvernance devenue illégitime pour près des deux-tiers des palestiniens sont clairement posées; cependant, l’AP n’a fait que suivre précisément sa feuille de route, s’évertuant à jouer les équilibristes face à une tyrannie diplomatique israélienne.

Tenu en ce sens par les menaces de l’état hébreu, le gouvernement Abbas n’a de cesse de tenter d’encadrer la contestation de son peuple. Ainsi, d’une part, il entend donner du poids à ses revendications face à Benyamin Netanyahou, et, d’autre part, il prouve aux israéliens et à la communauté internationale que l’AP est capable de « tenir » et de sécuriser la Cisjordanie.

C’est en ce sens que les forces de sécurité palestiniennes, déjà sévèrement critiquées pour la poursuite de leur collaboration avec les unités israéliennes, se font de plus en plus pressantes face à leur propre peuple, jusqu’à l’affronter violemment s’il le faut.

Ce processus n’a rien de surprenant. Si la Cisjordanie fait face aujourd’hui à une importante crise structurelle, c’est qu’elle paye, depuis le début des années 2000, le prix des accords d’Oslo. Si ils avaient été reçus comme un espoir sans égal de résolution du conflit, les palestiniens aujourd’hui les considèrent comme une catastrophe de plus, dans l’histoire de leur pays post-1948.

Les différentes attaques de jeunes palestiniens et palestiniennes sur des soldats israéliens ainsi que des civils doivent avant tout être comprises et reçues comme le signe d’un échec politique.

Ces révoltes face aux injustices et à l’occupation aujourd’hui ne sont plus guidées par aucun processus politique. Elles ne sont d’ailleurs plus guidées par personne. Seulement par le désespoir. Et c’est bien là un risque à moyen terme. Si l’Autorité Palestinienne ne parvient pas à se repositionner du côté de son peuple dans les prochaines années, de profondes mutations pourraient se produire dans la société palestinienne. En d’autres termes, si les forces politiques ne changent pas leur stratégie face à l’occupant, il y a de grands risques que d’autres structures, religieuses ou pseudo-religieuses par exemple, le fassent à leur place.

Rappelons que Jérusalem occupe un place importante dans le cœur des palestiniens, et que ces derniers portent une attention toute particulière au troisième lieu saint de l’Islam. La visite d’Ariel Sharon d’Haram al-Sharif, le site d’Al-Aqsa, avait d’ailleurs été un des éléments déclencheurs de la deuxième intifada, en 2000.

Jérusalem-Est occupe à ce titre une situation de pivot stratégique et décisif, et il faudra suivre avec attention son actualité. Les expropriations et la volonté de fer du gouvernement Netanyahou d’annexer tôt ou tard la partie de la ville qui manque au compteur israélien peut-être le catalyseur de dérapages incontrôlés. 

Ce que l’on appelle à tort «l’Intifada des couteaux», associant ces actes -produits et manufacturés par les divers échecs de l’histoire récente palestinienne- aux soulèvements populaires de 1997 et 2000, appuyés en leurs temps par une stratégie politique, n’ont qu’une conséquence: éliminer toute forme d’action collective et sacraliser des actes qui sont, de par les consignes de riposte données aux soldats israéliens, devenues des attaques suicides.

La multiplication de ces actes individuels ne saurait en faire un mouvement collectif.

Les mécanismes qui ont provoqués la première et deuxième intifada étaient légèrement différents. Le modus-operandi de ces deux soulèvements l’était également. Si la rébellion de 1987 était principalement un acte de résistance non violente, extrêmement fédérateur et mobilisateur autour de la cause palestinienne, celle de 2000 a été beaucoup plus meurtrière, et a ouvert une nouvelle ère, celle d’une lutte armée. Mais dans les deux cas, il s’agissait d’actions collectives et relativement populaires.

La situation aujourd’hui dans la tête des palestiniens semble confuse. Les échecs répétés de tous les pourparlers de paix ont anéanti tout espoir d’une amélioration sur le terrain politique et diplomatique. La situation est amenée à poursuivre une lente dégradation, qui, tôt ou tard, dégénèrera. Il ne peut en être autrement. Mais chacun sait que la stratégie d’Israël est également d’emmener les palestiniens sur la voie de la violence, afin de légitimer en conséquence une politique résolument offensive. L’exemple de la bande de Gaza est dans toutes les têtes. Et l’histoire semble là-bas tourner en boucle selon le même schéma: enfermer, appauvrir, réprimer les révoltes, et finalement brandir la carte du terrorisme pour légitimer politiquement son blocage.

Personne ne peut prédire, si soulèvement il y a, quelles seront ni le fond, ni les formes de ces nouveaux actes collectifs. Si l’on considère que la coordination d’éléments déclencheurs tels que la poursuite de la colonisation, les tensions à Jérusalem, ainsi que l’absence de tout horizon politique en Cisjordanie sont les facteurs déterminants du soulèvement palestinien, alors oui, ces conditions objectives sont réunies.

Mais ces conditions sont concrètement réunies depuis fort longtemps, depuis 1948 en réalité, et la crise politique actuelle est finalement un cinglant aveu d’échec et d’impuissance pour la communauté internationale.

Cette dernière, malgré ses menaces, ses mises en gardes, ses condamnations et ses avertissements reste placée sur le fait-accompli par son partenaire économique israélien, qui passe en force, patiemment, ses projets politiques les uns après les autres: le bilan des accords d’Oslo ressemble fortement au plan Allon, proposé en 1967…

 

(1)    « Nous ne pouvons pas vivre, alors nous attendons la mort »

(2)    Source : Rapport sur l’application de la loi à l’encontre des citoyens israéliens en Cisjordanie, Yesh Din Monitoring, 2005-2013

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