Hidalgo et Zemmour contre Montebourg

Après le retour de Clamecy, la suite des aventuriers de la Remontada.

Depuis Clamecy, la course à la présidentielle s’est accélérée. Le parti socialiste, bousculé par le lancement de campagne de l’homme de la remontada et de la démondialisation, a propulsé la candidature Anne Hidalgo, avec les grues du port industriel de Rouen en arrière-plan, sans doute dans l’espoir de dissiper son image de maire de Paris-plage. La première mission d’Anne Hidalgo est de fermer, en douceur et avec le sourire médiatique qu’on lui connaît, le vase communicant entre elle et Arnaud Montebourg, c’est à dire entre le PS d’en haut, machine électorale et parti d’élus, et le PS d’en bas, ce qui lui reste de militants non professionnels et d’électorat potentiel. Et il y a le feu. La dernière vague de l’enquête Fractures françaises indique que 55% des sympathisants du PS considèrent que “la mondialisation est une menace pour la France”. Ils pourraient donc être tentés par l’aventure Montebourg dont le principe même est la protection contre la mondialisation, par une politique de reconquête de souveraineté politique et économique. Au contraire, la maire de Paris incarne la politique des flux, la mondialisation heureuse qui n’a pas besoin de choisir entre le libre-échange et les émissions de CO2, qui préfère les métropoles riches et diverses aux nations appauvries et attardées, l’écologie magique qui veut mettre du bio à tous les repas et de la finance verte à tous les étages, la politique de l’impossible qui devient possible, à l’image de ces Jeux olympiques “sobres et écologiques” qui sont le grand projet d’Anne Hidalgo. L’opération Hidalgo est avant tout une opération de re-séduction : au son de sa douce flûte, promenée sur tous les plateaux et devant toutes les caméras, elle doit réengager les électeurs de la gauche ni-mélenchoniste-ni-macroniste dans le droit chemin du parti socialiste, là où il n’y a pas vraiment d’alternative mais où il fait malgré tout bon vivre, encore un peu, le temps d’un quinquennat peut-être. Se reposer ou être libre ; le vote Hidalgo est assurément sans effort.

Les premiers sondages depuis la déclaration de candidature de la maire de Paris ne sont pas fameux pour elle, ni d’ailleurs pour Arnaud Montebourg. Mais il est le challenger, et Anne Hidalgo doit plier le match au plus vite. Son adversaire, c’est la dissidence. Car si Montebourg monte, si la campagne de la remontada fonctionne, alors, fort de cette première victoire sur l’immobilisme du PS, il deviendra le meilleur adversaire de celui qui a théorisé, comme un double maléfique de François Ruffin, non pas “l’alliance des prolos et des bobos” mais “le rassemblement des classes populaires de droite et de la bourgeoisie patriote”.

Objectivement, Anne Hidalgo et Eric Zemmour ont, en Arnaud Montebourg, le même adversaire : elle, parce qu’elle a besoin, au nom du PS, de garder un électorat de gauche docile, lui parce que la concurrence d’un projet de patriotisme économique et politique de gauche qui monterait dans les sondages pourrait lui couper les ailes et l'empêcher de s'envoler.

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