Des présidents et des cathédrales

Alors que le Président Bolsonaro laisse allègrement mettre le feu à notre cathédrale amazonienne, le Président Macron continue de laisser mettre le feu à notre cathédrale démocratique. Un bien triste 230ème anniversaire pour la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Pour rester mobilisés face à l’usage des armes sublétales en France, rendez-vous ce samedi 31 août 2019 à Genève.

L’incendie des cathédrales. © Joédson Alves/EFE/SIPA et Flikr.fr L’incendie des cathédrales. © Joédson Alves/EFE/SIPA et Flikr.fr

 

Ou quand effondrement climatique et effondrement sociologique s’entremêlent dans une danse du feu...

 

 

«  Des incendies ravageant de façon spectaculaire notre cathédrale amazonienne »

 

Depuis 10 jours, sur fond de prémices d’effondrement climatique, tous les réseaux sociaux puis tous les médias se sont affolés face à l’étendue des incendies ravageant de façon spectaculaire notre cathédrale amazonienne. Si l’Amazonie n’est ni le « poumon de la Terre », puisque son bilan CO2-O2 est équilibré et que les forêts ne produisent que 20% de l’O2 terrestre (80% étant produit par le phytoplancton marin selon les scientifiques), ni la seule forêt mondiale à brûler actuellement (Arctique, Afrique sub-saharienne), sa destruction massive n’en est pas moins dramatique car elle emporte avec elle une bio-diversité unique d’essences végétales et d’espèces animales. Ces événements portent aussi à nouveau sous nos yeux les effets directs et néfastes d’un capitalisme néo-libéral sauvage qui sans aucun respect du bien commun sacrifie l’avenir de l’humanité sur l’autel d’intérêts personnels et mercantiles. Car brûler les forêts, c’est aussi augmenter les surfaces d’exploitations pour les géants miniers ou de l’industrie agro-alimentaire intensive brésilienne et mondiale. Le Président Bolsonaro a été vivement critiqué par la communauté internationale et par le Président Macron lui-même pour son inaction face à la disparition en fumée de ce joyau de la Nature. Le président brésilien a même osé se défausser de ses responsabilités en portant de bien étranges accusations contre les ONG écologistes, accusées elles-mêmes d’avoir déclenché la catastrophe dans le seul but de le discréditer ou de se venger des coupes budgétaires. C’est pour cette raison que certains l’ont soupçonné de soutenir, de fait, les exactions commises contre ce patrimoine écologique mondial.

 

«  La répression inédite et violente des mouvements populaires. »

 

Depuis 5 mois, sur fond de grogne sociale et démocratique à l’échelle mondiale, tous les réseaux sociaux puis tous les médias se sont affolés face à l’étendue de la mobilisation hongkongaise (Mouvement des Parapluies) puis indignés de la contre-offensive mise en œuvre par les autorités locales et chinoises visant à étouffer cette révolte dans les rues du pays-capitale. Pendant ce temps là, en France, nous assistions également depuis 10 mois, à la répression inédite et violente d’un mouvement populaire défendant dans la rue et sur les ronds-points plus de justice sociale, fiscale, pénale et écologique (Mouvement des Gilets Jaunes). Le site Allo_Place_Beauvau du journaliste David Dufresne et le site le Mur Jaune de Christophe Tomcat ont permis de recenser les victimes des armes de guerre « à létalité atténuée » utilisées par les forces de l’ordre pour inciter les manifestants à rentrer chez eux : LBD 40, grenades de désencerclement, grenades GLIF4, grenades lacrymogènes… près de 450 blessés graves, 2 décès (Zineb Redouane par tir de lacrymogène au visage, Steve Maia Caniço noyé dans la Loire suite à une charge de LBD+Grenades), 25 éborgnés, 7 amputations partielles/totales de pied et de main. Du jamais vu en France ! La communauté médicale s’est insurgée dès janvier pour alerter sur la dangerosité extrême de ces armes et, face la gravité des blessures infligées, demander leur interdiction : une pétition des soignants a recueilli 176.400 signatures pour un moratoire, une lettre ouverte de 35 ophtalmologistes de renom a été adressée au président et un article scientifique a été publié récemment dans la prestigieuse revue médicale The Lancet par nos confrères parisiens pour décrire les fracas maxillo-faciaux et les dilacérations oculaires produites par l’impact d’un LBD. Ces données avaient d’ailleurs déjà été rapportées dans une méta-analyse de la littérature mondiale sur le sujet en 2017 dans le British Medical Journal.

 

«  De l’huile sur le feu de notre cathédrale démocratique »

 

Selon la même méthodologie qu’a employé monsieur Bolsonaro, le Président Macron continue lui aussi de jeter de l’huile sur le feu de notre cathédrale démocratique en niant le nombre de morts et de mutilés français, et en refusant d’interdire l’usage d’armes de guerre contre sa population civile. C’est la raison pour laquelle ce gouvernement français a déjà été condamné à plusieurs reprises par les instances nationales (Défenseur Des Droits), les instances internationales (Commission des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe et de l’ONU), les associations de défense des Droits Humains et les medias étrangers.

 

« La police n’a pas commis de violences irréparables. »

 

C’est sidérés, que nous avons à nouveau entendu hier soir au JT de France 2 et face à une journaliste complaisante (AS Lapix), Monsieur Macron tordre la réalité des faits qui se sont déroulés sous nos yeux ces 10 derniers mois : « La police n’a pas commis de violences irréparables… elle a permis d’éviter le pire »… Mais le pire par rapport à quoi ? Quand à nous médecins, connaissons bien ce qu’est la mort accidentelle d’un être cher (#zineb # steve), une énucléation (#JeromeRodrigues), l’amputation d’une main, une hémorragie cérébrale ou un trauma cranio-facial grave, et leurs conséquences tout au long de la vie en terme de handicaps visibles et invisibles… Mais les faits, eux, sont têtus et dénier aux victimes leur existence même n’y changera rien car tous les français ont bien vu ces blessures, qu’elles soient indignes pour la majorité ou justifiées pour une minorité. Tout est gravé dans l’inconscient collectif à présent et la réassurance, qu’apporte à leur auteur une telle scotomisation, n’est que transitoire car falsifier le réel par des éléments de langage provocateurs ne peut avoir que pour effet d’attiser la colère des français contre leurs institutions et les désolidariser un peu plus chaque jour des forces de l’ordre républicaines contraintes d’obéir à leur triste ministère de tutelle. Alors que monsieur Macron avait semblé infléchir sa position sur l’usage de ces armes en  proposant de « recevoir à l’Elysée les médecins qui l’avaient interpelé sur les LBD », ces déclarations mensongères, à l’issue d’un G7 bunkerisé, viennent d’anéantir tout espoir d’avancée sérieuse sur la question. Après de telles déclarations, aucun médecin humaniste qui se respecte ne pourra accepter ce rendez-vous sans courir le risque de passer pour un « mangeurs de petits fours et de belles paroles » !

 

« Le courage ? Pour les autres ! » 

 

Monsieur le président Macron, en n’ayant pas le courage simple et digne de désavouer la répression de nos concitoyens et de faire interdire l’usage de ces armes de guerre sur notre territoire, vous prenez le risque de rester considéré à jamais dans l’histoire de France comme le Président qui aura cautionné les mutilations de son propre peuple. Vous avez déclaré récemment : « L'héroïsme est encore là dans la société, nous avons cette force d'âme ! » Alors, au lieu de faire sans cesse appel au dévouement et au courage de votre population, faites en la preuve vous même pour une fois ! Interdisez ces armes !

 

« Tous à Genève ce samedi 31 août 2019 ! »

 

Ce soir restera quoiqu’il arrive un bien triste anniversaire pour notre Déclaration des Droits de l’Homme. Peut-on d’ailleurs encore se revendiquer de cet héritage quand près de 500 de nos concitoyens ont été mutilés ou tués par des armes de guerre utilisées par les forces de l’ordre en France depuis 20 ans ? Pour défendre cet idéal démocratique, rendons-nous tous à Genève ce samedi 31 août 2019 à 13h - Place des Nations - ONU pour:

-  dénoncer l’usage d’armes de guerre « à létalité atténuée » sur la population française.

-  demander le soutien de la Suisse et de l’ONU dans ce combat.

- rendre hommage aux victimes et à leurs familles lors d’une cérémonie de remise de « médailles du Courage et de la Dignité ».

 

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