Dublinés: les nouveaux clandestins

Les migrants seraient principalement des migrants économiques et des « dublinés » et n’ont choisi d’atterrir en France pour leur demande d’asile que par défaut. C’est ainsi que Serge Boulanger, de la préfecture de Nantes, qualifie la majorité des habitants du gymnase de Beauséjour, dans un article du Monde.

 

Les « dublinés », sont les nouveaux clandestins. Dans les années 90 on parlait dans les médias de « travailleur clandestin ou sans-papier », du « travailleur immigré » qui venait voler le travail des français. Dans cette continuité, la nouvelle figure décriée est aujourd'hui celle du migrant économique, celui qui viendrait déposer une demande d’asile alors qu’il n’en réunit pas les conditions afin d’obtenir un titre de séjour et l’accès au marché du travail en france, par fraude.

A cette nouvelle figure qu’il faut traquer s'ajoute celle des dublinés, ceux qui ne devraient pas déposer leur demande d’asile en france, mais dans le premier pays européen dans lequel ils ont donné leurs empreintes.

A Nantes, cette chasse aux dublinés se traduit par une augmentation et un renforcement des expulsions, parfois avec menottes aux mains, vers la Suisse, alors même que ce pays procède à des expulsions vers la dictature militaire de l’Erythrée, vers l’Espagne ou l’Italie, dont le gouvernement ne fait que s’enfoncer dans une politique de plus en plus raciste et xénophobe, qui fait subir aux personnes exilées une répression sans précédent.

Les accords européens de Dublin imposent une politique totalement aberrante et inapplicable. Elles contraints les exilé-es, qui ont déjà subi un déracinement et des parcours traumatisants, à une errance administrative : ainsi, l’écrasante majorité des dublinés se retrouvent sans allocations et sont exclus des systèmes d’hébergement et de mise à l’abri, pendant le long mois. Il faut en effet attendre entre 6 et 18 mois que le délai de non-réponse du pays ayant pris les empreintes soit dépassé pour enfin déposer sa demande d’asile en france. En même temps, sont imposés une assignation à résidence, une obligation à pointer et la menace de l’enfermement et de l’expulsion vers un pays, qui lui peut expulser à tout moment vers le pays d’origine qui a été fuit.

Nous affirmons notre opposition aux accords de Dublin qui entravent la liberté d’installation dans un pays sur en fonction de sa nationalité et à la chasse aux soit disant « migrants économiques » et « dublinés » ainsi qu’aux expulsions. Nous rappelons que les accords de Dublin prévoient une close discrétionnaire, qui permet à la france et donc à la préfecture de Nantes, d’accepter la demande d’asile d’une personne qui aurait déposé ses empreintes dans un autre pays, plutôt que de procéder à une course à l’expulsion.

Les deux mois de délai pour les habitant-es de Beauséjour ne doivent pas servir à une vague d’expulsions afin de vider le gymnase de la part de la préfecture ni à un statu quo de la part de la mairie et du département (en charge des mineurs isolés), mais à un sursis afin de trouver des solutions de logement digne pour tous et toutes.

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