Mauvaise foi et mensonges : au service de l'ancien monde

Réponse à Philippe Marlière sur sa tribune d’analyse de la victoire de Benoît Hamon lors des primaires de la « Belle Alliance Populaire »[0].

Lors de son introduction Philippe Marlière nous fait un bref rappel de l’histoire du PS depuis le congrès d’Épinay et nous rappelle avec justesse les législatives de 1993 et le rebond qui s’en suivit avec le gouvernement de la gauche plurielle.

La déduction logique qu’il voudrait nous voir tirer est que le PS, bien que mal en point, n’est pour autant pas mort et que la victoire aux prochaines échéances électorales est possible.

Cet article est émaillée d’erreur de raisonnement dont la première figure déjà au tout début en encrant sa réflexion dans un cadre restrictif très normatif qui ignore l’émancipation des populations au regard de l’information. 

Il omet que de nos jours, les ordinateurs sont devenus des biens de consommation courante, qu’internet est arrivé dans chaque foyer et avec lui un moyen d’information et de diffusion de l’information absolument sans précédent. 

Il ne tient également pas compte de l’UE, cette institution anti-démocratique a plusieurs fois démontré sa capacité de nuisance et d’asservissement des politiques nationales à un idéal libertarien qui contraint les peuples. Je ne parle pas ici du référendum de 2005, crachat laissé par des politiciens véreux et vendus (226 UMP et 121 PS) dans la figure des 55% d’électeurs qui avaient voté contre.

Enfin, et c’est le plus surprenant, il passe sous silence la trahison du discours et des promesses de campagnes du candidat Hollande ainsi que le fantastique recul des droits sociaux sous sa mandature, de gauche dites-vous ? Il ne reprendra l’argument de la confiance que l’on peut avoir pour les candidats socialistes qu’à la fin et ce sera pour nous apprendre qu’il n’est pas sûr que nous puissions avoir confiance en Benoît Hamon (sic) !

 En écartant ces quelques points, Philippe Marlière va pouvoir limiter son argumentation à un contexte national et ainsi passer outre le fait qu’il n’y a pas de majorité définie dans le PS actuel eu égard à l’UE. Hamon ne peut mettre en place ses mesures dans le cadre contraignant de l’UE mais il ne peut proposer de sortir de celle-ci car la majorité de son parti est pour y rester. Cela lui permet également d’ignorer sereinement la dynamique incroyable de la France Insoumise sur les réseaux sociaux et donc de présenter Hamon comme le présente les sondages [1].

L’ensemble des facteurs cités, pour important qu’ils soient, ne constitue cependant pas l’information la plus essentielle à mon sens. En effet, les gouvernements de gauches avaient toujours eu comme corollaire,l’étouffement dans l’oeuf des contestations sociales, toute velléité combative étant écartée par ceux là même qui auraient pu initier le combat. La présidence Hollande aura réussi ceci d’extraordinaire, de provoquer de tels ressentiments contre des lois iniques que, pour une fois, des manifestations de masses, se sont organisées contre un gouvernement censé être de gauche. Ainsi naît une conscience qu’il ne suffit pas de se réclamer de gauche pour l’être mais qu’il faut encore que les dires soient en accord avec les actes. L’idée principale à retenir ici est que l’évidence d’un PS n’ayant de gauche que le nom a largement circulé sur les réseaux sociaux et lors des manifestations.

Cela est à prendre en considération car lorsque l’on cherche à poser comme évident qu’il faut réunir la gauche, tenter de la réunir derrière un parti qui ne l’est pas est, en soi, déjà un acte de trahison envers des électeurs qui aimeraient voter à gauche pour avoir une politique progressiste !

 La seconde erreur rencontrée quand on chemine dans ce article est que l’auteur donne une analyse tronquée de la dynamique de vote lors de la primaire du PS. Avec près de 40% de votant en moins au premier tour, le manque d’intérêt des électeurs pour ces primaires est évident (encore faut-il admettre que ces chiffres soient corrects). Lorsque, quelques lignes plus bas, nous apprenons que 37% des électeurs se réclament du PS, nous avons une idée du taux de mobilisation de l’électorat socialiste ; un peu plus du tiers ! Voilà donc la capacité de mobilisation de ces candidats au sein de leur propre électorat…

 La troisième erreur est plus pernicieuse ; le vote à cette primaire serait un vote en faveur du candidat Hamon et du projet dont il est porteur ? Sont ici amalgamés deux concepts qu’il nous faut aborder séparément. Comme le montre le sondage opinion way sur lequel Philippe Marlière base son analyse, la majorité des électeurs PS qui se sont déplacés ont voté avec les électeurs centristes en faveur de Valls et c’est bien là qu’est le vote d’adhésion. Le bulletin Hamon a donc servi à écarter l’ex premier ministre. Le tour de force de Philippe Marlière est donc de passer d’un vote sanction, de rejet, à un vote « en faveur ». Comme si en 2002, les gens qui ont rejeté Le Pen avaient voté pour la fabuleuse politique que nous promettait Chirac. Se moquerait-on de nous ? Y aurait-il une tentative de manipulation politique ?

La seconde notion est que les français auraient voté pour un candidat porteur d’un projet ! Diantre ! mais le candidat Hamon n’est porteur d’aucun projet monsieur Marlière. Le serait-il que ce projet serait décliné en programme, mis en ligne et consultable par tout un chacun ! Non, cela c’est de la novlangue, parler de projet pour faire croire à l’existence d’un programme alors qu’on ne nous présente qu’un ensemble de mesures. Seraient-elles applicables ? Nous n’en savons rien car il faut que monsieur Hamon clarifie sa position sur les traités européens  comme je l’ai déjà montré plus haut. N’oublions pas que la majorité des députés PS sont pour cette UE dont ils ont transcrit dans le droit national toutes les mesures imposées par Bruxelles sous l’oeil bienveillant et larmoyant de reconnaissance de la droite. Grâce à cela nous allons pouvoir bénéficier de toutes ces fabuleuses choses que va nous apporter CETA. 

 Après, il faut admirer le tour de force et l’esprit de synthèse de l’auteur. Il sort 12 mesures de Benoît Hamon qui sont proche de ce que l’on peut trouver dans l’Avenir en commun et en déduit que : « En résumé, ces deux programmes sociaux-démocrates de gauche se recoupent et sont totalement complémentaires. ». Bon… la comparaison d’un ensemble de mesure avec un programme cohérent en comportant 356 (sans compter les livrets programmatiques toujours en évolution) font que « c’est complémentaire » ; je vous laisse juge de ce raccourci, ce bel « effort de synthèse ». 

D’un coté un programme chiffré, cohérent, portant sur 7 axes allant de la géopolitique à la refondation des institutions en passant par la transition écologique et de l’autre coté un ensemble de mesures hypothétiques. D’un coté un porteur de programme qui poursuit une politique de progrès depuis des décennies, qui s’est opposé à la politique libérale de l’actuel gouvernement, de l’autre un social démocrate (libéral ?) porteur de mesures, qui a participé à la mise en place des politiques de ce gouvernement tant décrié duquel l’auteur nous dit lui même qu’il ne sait pas si l’on doit lui faire confiance ! Entre tout cela il faut faire un signe égal nous dit Philippe Marlière. Une fois de plus, je vous laisse juge.

Sur le revenu universel l’auteur conclu : « De ce point de vue, la proposition de Benoît Hamon peut être jugée imprécise et largement insuffisante. ». En fait, à bien y regarder, toutes les mesures de Benoît Hamon si on les regarde de l’Avenir en Commun peuvent être jugées comme « imprécises et largement insuffisantes ». Le terme le plus adéquat serait même « insignifiantes ».

Avant d’attaquer son délire anti Mélenchon, Philippe Marlière conclu ainsi sa première partie : Hamon serait l’axe fort de la gauche sur la laïcité. Laquelle ? celle sur laquelle Valls l’accusait d’être « dangereux » pour la France surement.

La seconde partie de l’article va nous exposer des théories délirantes, basées sur des erreurs tant factuelles que d’analyse. D’assertions erronées en prises de positions militantes Philippe Marlière nous dévoile peu à peu un esprit étriqué, jaloux et revanchard. 

Je ne sais pas pour vous, mais la victoire de Benoît Hamon (d’un représentant de la gauche du PS en tout cas) était évidente et je gage que si Filoche n’avait été écarté par les membres de son propre parti, il serait arrivé en tête avec un score encore meilleur que celui de Hamon. Mais malheureusement, dans le grand public, personne ne connait Filoche et de toute façon la situation n’aurait guère été différente à ce stade. Pourquoi évident ? Parce que les gens ne supportent plus cette politique de la pensée unique et ne veulent plus voir des incapables leur expliquer qu’on ne peut pas faire autrement ! Ils ont voté pour virer Valls et l’issue du second tour ne faisait aucun doute ! 

Nous dire ensuite que Hamon est le candidat en tête dans les sondages, c’est simplement de la désinformation. On sait quels sont les coefficients correcteurs appliqués à ces 2 candidats et également pour qui les grands instituts de sondage travaillent : les grandes entreprises, le MEDEF et le gouvernement [1] et qui est au gouvernement ? Suis-je bête, c’est le PS ! 

 Un peu plus loin dans l’article, la haine anti-Mélenchon commence. Ici on a droit à tout : dénigrement, désinformation, mensonge et malveillance… Philippe Marlière explique que les conditions de l’(auto)nomination de JLM serait restée en travers de la gorge de l’ex-Front de Gauche… Cela est censé nous démontrer que la FI ne sera pas suivie par les partis qui l’ont rejoint. La question réelle sous jacente est : est-elle restée dans la gorge des dirigeants ou dans celle des militants ? L’expérience des 2 votes au PCF semble répondre à la question. Mais Philippe Marlière n’est pas allé jusque là.

Il nous dit également que JLM a rédigé et imposé à tous un programme vendu « clef en main » ; alors ? mensonge, désinformation ou simple ignorance ? 

La base de « l’Avenir En Commun » est « l’Humain d’Abord » co rédigé avec le PCF, ensuite ce programme a été enrichi par un travail collaboratif sur une plate-forme internet par des membres via des contributions. On a un début de réponse là…

Ensuite vient la débauche de clichés : JLM populiste, JLM bonapartiste (sic), JLM pro Poutine, soutien d’Afez el Assad (heu, Philippe Marlière, comment te dire, il est un peu mort celui-ci, c’est son fils là au pouvoir) etc. etc. Alors, là vis à vis de la question posée précédemment, on peut dire que s’il continue à affirmer ces choses en dépit de tous les démentis, toutes les vidéos que l’on trouve très facilement sur Youtube, on est plus dans la simple ignorance, et, si ce n’est du mensonge c’est au moins de l’incompétence crasse !

Bien sur, toutes ces arguties faites de la hauteur très rationnelle de l’intellectuel qui analyse une situation d’après sa formation et son expérience, Philippe Marlière nous fait là une démonstration de première force de son incapacité à dépasser le cadre structurel des partis classiques pour passer à l’intégration d’idées et de forces aux seins de mouvements qui mettent en marche les foules. Il ne se rend absolument pas compte que ce qui fait la force de la FI est le programme que nous défendons et qui nous fédère ! Nous refusons de nous poser la question de savoir si nous sommes de gauche, de droite, du centre, abstentionniste ce que nous voulons c’est que ce projet de progrès, ce projet de société soit mis en oeuvre. Cet intellectuel que je suppose brillant par ailleurs (bien que), est sclérosé dans une pensée étriquée, auto satisfaite d’elle même et en incapacité totale de mesurer le ras-le-bol qu’ont les gens du peuple de toute cette caste. 

Les exemples et parallèles desquels il illustre son texte sont principalement sortis de la lutte communiste dans la première moitié du XXème siècle. J’ai plusieurs remarques là encore, la FI n’est pas un parti Philippe ! Mélenchon n’est pas notre gourou ! Nous ne défendons pas un idéal révolutionnaire mais un PROGRAMME chiffré qui plus est !

Il pense sûrement et sincèrement qu’il suffirait à JLM de dire : « bon ok, je rejoins Hamon, votez pour lui les gens » pour que nous allions voter Hamon comme un seul homme ! Comme tu te trompes ! Comme tu es inconséquent !

Philippe Marlière, je te le dis comme je le pense, ce programme est un projet fédérateur. Sur les réseaux sociaux je vois des gens qui disent qu’avant ils votaient FN et que là, ils vont voter pour la FI, qu’avant ils étaient abstentionnistes et qu’il vont aller voter, qu’ils n’avaient jamais voté et qu’il vont le faire. L’avenir en commun soulève un engouement tel que ne pourront jamais le faire quelques mesures socialistes. Enfin fleurit l’espoir de dépasser cette société et la possibilité de construire un monde meilleur pour demain, pour nous, nos parents, nos enfants, nos frères et soeurs en humanité, la possibilité de voir le commencement d’un dépassement du capitalisme qui nous asservis depuis tant de siècles.

 

Le meilleur sur cet article vient quand même vers la fin lorsque Philippe Marlière dit : 
« Faut-il faire confiance à Benoît Hamon ? Ne trahira-t-il pas ses engagements, préférant le confort de sa propre carrière au sein du PS, à une action historique en faveur d’un renouveau de la gauche française ? Il ne faut pas l’exclure. » Donc, si je comprends bien Philippe, il faut se méfier d’un homme qui :
- a quitté son parti parce qu’il n’était pas d’accord avec les orientations politiques, 
- défend une politique sociale, économique et environnementale progressiste depuis des décennies, 
- est un intellectuel brillant, 
- n’a jamais cherché à faire des rapprochements avec le gouvernement en place bien qu’il lui ai permis d’arriver au pouvoir pour éliminer un candidat de droite et aurait pu réclamer un poste,
- etc. 

 Il ne faut pas croire un homme comme cela mais il faut faire confiance à quelqu’un qui 
- a participé à un gouvernement qui a ouvertement menti, 
- a contribué à faire nommé Valls premier ministre (pourquoi a t-il fait cela ?)
- a dit en 2012 qu’il servait de caution de gauche à un parti social-libéral.
Duquel tu reconnais toi-même qu’il n’est pas fiable et qu’il risque de trahir ses engagements ? Il faudrait lui faire confiance ? Mais t’es tombé sur la tête là ou c’est ta détestation aveugle de Mélenchon qui te rend inepte à ce point ?

 

En conclusion, quand je te dis tout cela, tu dois mesurer ce qui vient avec, l’espoir déçu entraîne le désespoir et la révolte. Si la gauche progressiste ne peut se réunir dans le mouvement de la FI et que nous ne soyons pas au second tour, que restera t-il comme solution pour tout ces désespérés ? Pour tout ces gens qui se seront mis en mouvement et auxquels on aura dit une fois de plus :  « hé bien non, on ne peut rien changer ». Je te laisse y réfléchir mais pour le moins, il te faudra assumer tes responsabilités pour une fois.

 

 

[0] http://www.contretemps.eu/marliere-vote-hamon-ps-gauche/
[1] https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=jY6qqJMkJro&app=desktop

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