lavieille (avatar)

lavieille

Enseignant-chercheur en droit international de l'environnement ,du désarmement et en relations internationales.Militant.Retraité.

Abonné·e de Mediapart

268 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 août 2019

lavieille (avatar)

lavieille

Enseignant-chercheur en droit international de l'environnement ,du désarmement et en relations internationales.Militant.Retraité.

Abonné·e de Mediapart

COMPETITIONS : les formes ( I )

COMPETITIONS : les formes ( I )

lavieille (avatar)

lavieille

Enseignant-chercheur en droit international de l'environnement ,du désarmement et en relations internationales.Militant.Retraité.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                                                                                    COMPETITIONS

                                                                     Marché mondial cherche compétition,

                                                                     Humanité cherche futur…

Introduction

Pour clarifier certains éléments cette introduction voudrait répondre à quatre questions :

Dans quel cadre général se situent les compétitions ? (1)

De quels éléments dispose-t-on pour comprendre l’étymologie du mot ? (2)

Quelles sont les différences entre compétition, concurrence et compétitivité ? (3)

 Enfin un dernier point nous servira d’annonce d’un plan proposé : Quelles questions essentielles accompagnent les compétitions ? (4)

Nous emploierons ce terme de compétitions au pluriel pour souligner à la fois  la diversité des contenus  et  l’ampleur des théories et des pratiques qui s’y rattachent.

1-Le cadre général des compétitions

Qu’on s’en réjouisse, qu’on le regrette, qu’on le critique radicalement  ou qu’on  y soit indifférent c’est le  productivisme qui constitue le cadre général dans lequel évoluent les  compétitions.

 Il s’agit d’un système qui est né à la fin du Moyen Âge (XVème), qui s’est développé à travers la révolution industrielle du milieu du XVIIIème   en Angleterre et du début du XIXème siècle en France, enfin qui  est  devenu omniprésent, omnipotent, omniscient au XXème et dans les deux premières décennies du XXIème siècle. Ce système marque aussi l’avenir… qu’il hypothèque pour une large part. On est loin d’un avenir comme horizon de solidarité et de responsabilité,  on court vers un avenir assombri par des   compétitions et des irresponsabilités.

Un système c’est la combinaison d’éléments qui vont former un ensemble, or on peut penser que le productivisme constitue l’ensemble le plus global existant à ce jour.

Le productivisme va bien au-delà de la simple tendance à rechercher systématiquement l’amélioration ou l’accroissement de  la productivité, celle-ci étant un rapport mesurable entre une quantité produite (par exemple de biens) et les moyens (machines, matières premières…) mis en œuvre pour y parvenir.

 Le productivisme est aussi  plus global que le libéralisme qui est, à partir du XVIIIème, la doctrine économique de la libre entreprise selon laquelle l’Etat ne doit pas gêner le libre jeu de la concurrence.

De même le productivisme est plus global et beaucoup plus ancien que le néolibéralisme, doctrine qui apparaît dans les années 1970 et qui accepte une intervention limitée de l’Etat.

 De même le productivisme, s’il a de nombreux points communs avec le capitalisme, en tant que système économique et social fondé sur la propriété privée des moyens de production, sur l’initiative individuelle et la recherche du profit, est aussi probablement quelque chose d’encore plus vaste, lié non seulement aux dominants de la techno-science mais lié aux recherches et aux techniques elles-mêmes qui, loin de toujours libérer les êtres humains et le vivant,  peuvent contribuer aussi à les écraser.

Le productivisme repose sur les logiques profondes qui le définissent.

 Elles sont au nombre d’une douzaine : la recherche du profit, la financiarisation de l’économie, l’expropriation  des élu(e)s et des citoyen(ne)s, l’efficacité économique, la priorité du court terme, le culte de la croissance, la course aux quantités, la conquête et la défense des parts de marché, la militarisation du monde, la marchandisation du monde et de la nature, la domination sur la nature, et, donc,  les compétitions.

Cette logique profonde des compétitions alimente les onze autres logiques et est alimentée par elles.

Enfin redisons l’essentiel : le système productiviste est condamnable et condamné.

 Ce système n’est-il pas condamnable du seul fait, par exemple, qu’il y ait en 2017  un enfant sur deux dans le monde en situation de détresse et/ou de danger(guerres, maladies, misère…) et du seul fait, par exemple, que les marchés financiers depuis 1971 ont pris une large partie de la place des conducteurs (Etats, entreprises…) ?

Ce système n’est-il pas condamné du seul fait , par exemple, que plus de 5 milliards de dollars partent  chaque jour en 2018 vers les dépenses militaires mondiales et du seul fait, par exemple, que des activités humaines entrainent un réchauffement climatique qui menace l’ensemble du vivant,+3°C à 6°C vers 2100 et de 1 mètre à beaucoup  plus( ? ) d’élévation du niveau des mers ?

 2-L’étymologie du mot compétition

Cette étymologie peut-elle nous aider à y voir plus clair ?

Etymologiquement ce mot ressemble au dieu Janus à deux faces, celle des origines latines assez complexes, celle des origines anglo-saxonnes clairement liées au commerce, au capitalisme et au libéralisme.

Les versions du latin  du IIIe au VIe siècle parlent de    « competitio » c'est-à-dire  « d’accord, de compétition en justice,  de candidature rivale », il y aurait donc au départ plusieurs significations différentes.

Par la suite le mot compétition vient du latin « cum petere » qui signifie « rechercher ensemble » et qui évoque d’ailleurs aussi l'idée  de « se rencontrer en un même point ».

.Le mot  « rival » a été emprunté au XVe siècle au latin « rivalis »,  rival  , lui-même dérivé de « rivaux  riverains ». Ces riverains, qui font usage du même cours d’eau (latin « rivus »), se trouvent  en situation de concurrence, d’où, par analogie, certes l’idée de lutte, de compétition, de rivalité… mais  n’ont-ils pas aussi un intérêt commun, celui de la bonne gestion du cours d’eau ?

 La langue anglaise, à partir des années 1600, parle de « competition » c'est-à-dire de rivalité, spécialement dans un domaine qui se développe : le commerce.

Ensuite le mot est  critiqué par des auteurs de dictionnaires français comme étant un anglicisme au sens de concurrence. Il faudra attendre 1863 (dictionnaire Littré) pour que ce terme soit admis. Compétition, compétitivité, concurrence  sont désormais au cœur du langage capitaliste et libéral et, au sens plus large, au cœur du système productiviste.

3-Les différences entre compétition, concurrence, compétitivité

Le terme de compétition est le plus global  du point de vue des acteurs et du point de vue des domaines. La compétition c’est la rivalité entre plusieurs acteurs qui poursuivent un ou plusieurs objectifs semblables dans un ou plusieurs domaines.

Le terme de concurrence est le plus proche de celui de compétition. La concurrence vise une rivalité le plus souvent dans les domaines commercial et économique. Elle représente un instrument de politique économique  qui peut se traduire  par la libre concurrence. Celle-ci se caractérise dans le domaine économique par la liberté de commercer, de contracter, de circuler et d’entreprendre. Cette notion s’applique ainsi à une entreprise, à un secteur, à un pays, à d’autres acteurs. Dans l’Union européenne la politique de concurrence est connue, elle est conduite par la  Commission qui dispose de moyens pour contrôler et empêcher les ententes, les abus de positions dominantes, les monopoles, les concentrations et les aides d’Etats.

La compétitivité est la capacité  à affronter la concurrence. La compétitivité économique correspond à la capacité d'une entreprise, d'un secteur économique, d'un pays, d’autres acteurs, à vendre des biens ou des services  sur un marché en situation de concurrence. Pour les détenteurs du capital cette compétitivité est l’objectif  à atteindre et c’est elle qui va préserver l’essentiel pour eux : la rentabilité.

4- Les questions posées par les compétitions

Existe-t-il un état des lieux qui permette de recenser les multiples formes des compétitions et surtout de se demander s’il n’y a pas des facteurs qui les accélèrent ? La multiplicité des formes n’est-elle pas impressionnante ? (I)

Existent-ils des effets positifs et négatifs des compétitions ? Certains effets  ne dominent-ils pas de plus en plus les autres ?  Cette partie que l’on pouvait craindre seulement énumérative ne réservera-t-elle pas quelques surprises dans l’analyse de phénomènes majeurs qui auraient de graves effets sur les compétitions et réciproquement ? (II)

N’est-il pas essentiel de comprendre les théories relatives aux origines de ces compétitions ? S’agit-il de phénomènes naturels ou historiques ? Ne trouvera-t-on pas ici  la partie la plus complexe mais la plus attachante de cet article ? (III)

Si l’on pense qu’il faut en appeler aux remises en cause des compétitions quels en seraient les fondements  et quelles en seraient les alternatives ? Ne s’agira-t-il pas là de la partie la plus opérationnelle de cet article ?  ( IV)

Avant de proposer la réflexion qui suit soulignons simplement trois sources bibliographiques essentielles parmi beaucoup d’autres.

Deux ouvrages, celui du groupe de Lisbonne, «  Limites à la compétitivité, pour un nouveau contrat mondial », éditions La Découverte, Essais, 1995 et l’ouvrage d’ Alain Ehrenberg, Le culte de la performance, chez Calmann-Levy, 1991.

 Un  article remarquable « L’Evangile de la compétitivité, malheurs aux faibles et aux exclus », Riccardo Petrella, Le Monde diplomatique, septembre 1991.

                             I- Les formes des compétitions

 Dans la présentation du second ouvrage cité plus haut  il est dit que voilà « l'arrivée massive des héros de la performance : battants, entrepreneurs, aventuriers, sportifs, chômeurs créant leur propre entreprise ont fait une telle percée sur la scène publique qu'il n'est pas incongru de parler d'un véritable culte de la performance. »

Nous analyserons tour à tour les domaines et les acteurs des compétitions (A), puis nous nous demanderons si des événements  majeurs n’ont pas entrainé des accélérations de compétitions? (B).

A- Les domaines et les acteurs des compétitions

Envisageons ces deux points pour avoir une vue globale : les domaines (1) et les acteurs (2) des compétitions.

Avant de dresser un panorama il faut insister sur un fait :

Dans l’arrivée, le déroulement et les effets des compétitions les responsabilités morales, psychologiques, matérielles,  juridiques sont innombrables et infiniment variables  selon les personnes et les collectivités.

 Selon les acteurs et les situations on peut dire qu’elles sont inexistantes, faibles, moyennes, importantes ou gigantesques.

  1- Les  domaines d’activités des compétitions

a-   En premier lieu les compétitions sont omniprésentes au cœur des sociétés productivistes c'est-à-dire dans les sciences, les techniques, l’économie, les finances.

 Par exemple « la recherche développement militaire » se développe et la course, en particulier qualitative, vers de nouveaux armements est permanente, ainsi le domaine des armes nucléaires, même s’il ne s’agit que de quelques Etats, et le domaine des drones sont parmi les plus compétitifs.

 Par exemple en matière d’intelligence artificielle la recherche  débouche sur des applications qui se multiplient, ainsi des diagnostics médicaux, des robots industriels, des jeux vidéo, des voitures autonomes, dans ces applications et dans beaucoup d’autres les compétitions se déchainent.

 Par exemple dans le domaine de l’espace quelques pays sont en compétition intense. Dans le domaine de l’aviation les couples compagnies-Etats sont en concurrence forte avec d’autres couples du même type, des combats de titans s’appellent par exemple Boeing-Etats-Unis face à Airbus-France Europe.

Par exemple des multinationales et des pays produisant des énergies fossiles s’affrontent, comme déjà aussi des entreprises des énergies renouvelables.

 Par exemple, dans de multiples pays vendeurs d’armes, les contrats de ces marchands de canons se remportent, entre autres, sur des corruptions c'est-à-dire d’énormes commissions occultes, là également les concurrences se déchainent.

Par exemple dans le domaine des outils informatiques de grands groupes sont entrés dans une compétition effrénée et de puissantes entreprises économiques et financières  (Google, Apple, Facebook, Amazon) s’affrontent dans le monde  de l’internet. Le réseau mobile de « la 5G » donne lieu lui aussi à de vives compétitions.

Par exemple dans le domaine financier les marchés boursiers affichent chaque jour  leurs performances, les paradis fiscaux sont en compétition pour accueillir d’énormes capitaux, des fortunes énormes ont été bâties sur des victoires pleines de concurrences…

b-  En second lieu la compétition est omniprésente dans l’armature du système productiviste c'est-à-dire dans les domaines politique, idéologique, éducatif,  scolaire, sportif, artistique, religieux, relationnel…

Dans le domaine politique on peut constater que la classe politique raisonne souvent ainsi : les tenants du libéralisme croient plus ou moins à la sacralisation de la compétition, les tenants du socialisme croient plus ou moins à la gestion de la compétition, les tenants du nationalisme croient plus ou moins à la nationalisation de la compétition, .les tenants d’une société humainement viable voudraient remettre plus ou moins en cause la compétition... Ils pensent que c’est vital.

Par exemple dans le cadre de ces compétitions politiques  on affirme souvent que lorsqu’on se lance en politique il faut être prêt « à recevoir des coups et à en donner », il faut se construire « une carapace et avoir la peau dure.»

 Par exemple lécole, l’université, la formation professionnelle  préparent un élève, un étudiant, un travailleur, qui se veut performant, à travers une multitude de classements successifs.

 Par exemple l’éducation familiale accompagne souvent ce parcours en incitant à rentrer dans le meilleur établissement et  à  remporter la course au diplôme.

 Par exemple l’art est souvent accompagné de concours, de prix, de récompenses.

Sans parler  bien sûr du sport, domaine privilégié de compétitions, produisant gagnants et perdants d’équipes, de villes, de pays, de personnes  qui s’affrontent. Certains sports,  comme bien sûr le football , font l’objet de contrats mirobolants dans lesquels clubs et pays  s’arrachent de grands joueurs.

 Par exemple les religions  entrent certes en fraternité mais aussi en compétitions en particulier à partir de leurs diplomaties  qui  peuvent être concurrentes dans différents territoires, à partir également d’éléments extrêmes qui peuvent contribuer à multiplier tensions et conflits.

 Par exemple l’idéologie elle-même des compétitions est très forte, ainsi  dans le langage elle n’est pas neutre. On parle non seulement d’adversaires mais  aussi d’ennemis, non seulement de concurrence mais  aussi de guerre, non seulement de marges de manœuvres mais de choix inévitables qui vont dans le même sens : « tuer ou être tué. »

Il serait plus rapide de se demander quels sont  les domaines qui échappent  aux compétitions mais, même en amour et en affection, il n’est pas rare qu’elles soient présentes.

 Un exemple est bien connu, celui de compétitions entre deux « concurrents » pour « conquérir » un cœur. Concurrences, conquêtes : les mots et les réalités sont là.

Un autre exemple bien connu lui aussi, celui des compétitions entre enfants, entre parents par exemple pour des héritages.

N’existent-ils pas ainsi des montagnes  de jalousies, de rancunes, de tensions, d’éloignements, de souffrances qui rendent souvent difficile l’art de se rapprocher ?

    2- Les acteurs des compétitions

a-   Le raisonnement probablement le plus globalisant et le plus opérationnel est celui des dimensions des acteurs. On trouve alors des compétitions qui vont  du plus petit niveau géographique  au niveau géographique le  plus gigantesque.

 On peut distinguer  les compétitions infra locales, locales, régionales, nationales, bilatérales,  sous-continentales, continentales, internationales, mondiales. Ces dernières se jouent des frontières avec des acteurs puissants, elles dépassent les compétitions internationales qui sont souvent interétatiques.

 A chaque niveau interviennent différents acteurs,  par exemple au niveau international interviennent les Etats, les organisations internationales et régionales, les firmes multinationales, les organisations non gouvernementales, les réseaux scientifiques mondiaux, les marchés financiers, les complexes scientifico-militaro-industriels…

A l’autre extrême interviennent des citoyen(ne)s, des familles, des associations, des syndicats, des municipalités, d’autres collectivités territoriales, des entreprises locales, des services publics territoriaux…

Les niveaux géographiques intermédiaires, nationaux et continentaux, comprennent eux aussi de nombreux acteurs que l’on connait.

b-   Ces compétitions peuvent se  développer entre autres de trois façons. Au sein d’un même acteur, par exemple une famille,  à l’intérieur d’un même niveau géographique par exemple entre deux entreprises locales, enfin  avec d’autres niveaux géographiques, par exemple entre plusieurs  pays.

De multiples situations sont possibles, elles peuvent, par exemple dans des rachats d’entreprises,  concerner  également  des compétitions entre Etats.

« Il n'y a plus d'autres critères d'appréciation que la performance, la compétitivité, la rentabilité...Chacun invoque la compétitivité de l'autre pour soumettre sa propre société aux exigences systématiques de la machine économique. » écrivait  André Gorz.

Au-delà de ces domaines et de ces acteurs on peut se demander si des évènements majeurs n’ont pas multiplié et accéléré de nombreuses compétitions.

B- Les quatre accélérations  des compétitions

L’histoire des compétitions  se manifeste surtout à travers quatre évènements majeurs qu’on retrouve d’ailleurs dans les  phénomènes d’accélération du système mondial ( pour   cette réalité voir nos trois articles sur ce blog). Il s’agit des compétitions liées à  l’explosion démographique et à l’urbanisation vertigineuse (1),  des compétitions liées à la  techno-science et  au marché mondial (2).

On peut dire que les accélérations et les compétitions dans le système productiviste s’alimentent les unes les autres, marchent côte à côte, s’inclinent les unes vers les autres. Souvent  plus nous accélérons plus nous sommes compétitifs et  plus nous sommes compétitifs plus nous accélérons. Advienne le jour où sera enfin créée une « internationale de la lenteur » fédérant les ONG de ralentissement du système productiviste ! Ce ne sera pas un remède miracle mais une avancée importante. (voir rubrique « idées d’actions » sur mon site  « autresordessouffles.fr )

1- L’explosion démographique et  l’urbanisation vertigineuse contribuent à des  compétitions

a-   L'explosion démographique contribue à des compétitions

 Il a fallu 2 millions d’années pour arriver au premier milliard d’habitants en 1800, il a fallu seulement 210 ans pour avoir une population sept fois plus élevée, sept milliards d’habitants en 2011.

L’explosion continue, en janvier 2019  il y avait 7,63 milliards d'habitants, en 2050 il y aurait en principe( ?) de l’ordre de 9,8 milliards d’habitants, elle ralentirait ensuite puisque en 2100 il devrait y avoir (?)  11,2 milliards de terriens.

De façon peut-être plus parlante ? Chaque seconde en 2018 : 4,4 naissances, 1,8 décès, donc un accroissement de 2,6. Chaque jour approximativement 380.000 naissances, 156.000 décès, donc un accroissement journalier de 224.000 personnes, (soit l’équivalent de Limoges et de son agglomération, ou d’un peu moins que la ville de Montpellier), chaque année à peu près 139 millions de naissances, 57 millions de décès, soit un accroissement de 82 millions de personnes de la population mondiale.

Comment imaginer que le passage d’un milliard d’habitants en 1800 à 7,6 milliards en 2019, donc près de huit fois plus de terriens en près de 220 ans, soit sans conséquences sur les vies des êtres humains, des autres acteurs et du vivant en général, cela dans un monde où le droit du plus fort est bien là, où les exclus sont légions, où certaines ressources deviennent plus rares, où l’attrait de l’argent est omniprésent, où tensions, rivalités, concurrences, conflits constituent une large part du quotidien de beaucoup d’acteurs ?

b-   L’urbanisation vertigineuse contribue à des compétitions

L’humanité a passé un cap historique  en 2007, celui d’un habitant sur deux dans le monde qui vit en ville.

 En 2018 cette part était de 55%, à cette allure en 2050 elle serait de 66%. Cette perspective est conditionnelle parce qu’il est relativement probable que    commenceront ou se poursuivront des évacuations de mégapoles devenues irrespirables.

 Cette urbanisation est vertigineuse, c’est l’un des plus grands événements en profondeur de la planète.

Il y avait en 2018 plus d’un million de villes dans le monde. Près de 4300 comptent plus de 100.000 habitants, 417 villes  comptent entre 1 et 5 millions d’habitants, 43 villes ont de 5 à 10 millions d’habitants, elles seraient 63 en 2030.  Enfin gigantismes que ceux des 36 mégapoles de  plus de 10 millions  d’habitants, ainsi Tokyo avec 38 millions d’habitants soit autant que la Pologne...

Cette urbanisation s’accompagne  de  nombreux bidonvilles, un tiers de la population des pays pauvres survit dans ces bidonvilles,  soit de l’ordre d’un milliard de personnes.

Cette explosion  urbaine a des conséquences directes sur les compétitions dans la mesure où elle contribue à créer et multiplier rivalités, tensions, conflits dans ces villes, et d’ailleurs également aux différents niveaux géographiques, cela par rapport aux productions, aux consommations, aux  transports.

Ces mégapoles sont mega polluantes. Cet environnement dégradé en appelle de plus en plus aux courses à la survie en eau, en nourriture, en air, en sols. Tout cela à travers encore de multiples concurrences.

Dans ce monde qui  s’urbanise, se  mégapolise, se bidonvillise, se fragilise les accélérations s’accompagnent de rivalités, de compétitions multiples pour vivre ou survivre. La ville est  " le lieu de multiples fractures", il n’est d’ailleurs pas exclu que, dans des logiques d’évacuations massives de grandes villes, où par exemple l’air deviendrait massivement et durablement irrespirable, des compétitions entre citadins pour partir deviennent de plus en plus  conflictuelles. Sans oublier l’absence, criminellement  responsable, d’un statut international des déplacés environnementaux qui, sans être un remède miracle, pourrait cependant  apaiser des situations. (Voir sur ce blog les articles relatifs au «  Projet de convention d’un  statut international  des   déplacés  environnementaux», projet conçu par les laboratoires du droit de l’environnement et des droits de l’homme de l’Université de Limoges, projet considéré à ce jour comme le plus élaboré.) Le courage politique répond le plus souvent absent à ce jour.

Deux autres évènements majeurs ont contribué et contribuent à multiplier et accélérer des compétitions.

2- La techno-science et le marché mondial contribuent à des compétitions

  a-   La techno-science contribue à des compétitions.

Elle  se développe lentement entre 1780 et 1850. A partir de 1880 jusqu’à 1914 elle s’accélère avec l’arrivée de la radio et celle des voitures. Elle va plus vite entre 1914 et 1945, enfin de 1945 à nos jours elle atteint une rapidité incroyable avec l’explosion des médias et de l’informatique,  sa mondialisation est plus ou moins  rapide selon les lieux.

 Une  réalité symbolise cette accélération : entre l’arrivée de la radio à la fin du 19ème et sa diffusion à 50 millions de personnes il y a eu 40 ans, par contre entre l’arrivée de la connexion à internet et la connexion à 50 millions de personnes il y a eu 4 ans ! D’autre part le nombre de terriens ayant un téléphone portable était de  l’ordre de 75% fin  2018 : combien de mails et de sms sont envoyés chaque jour relatifs à des situations de compétitions ? Heureusement les mails d’amour, d’affection, de fraternité  sont également bien présents…

 L’exemple des transports est également des plus connus : il y a 150 ans il fallait  trois jours pour aller de Limoges à Paris, aujourd’hui 3 heures, il fallait quinze jours pour aller de Limoges à Rio, aujourd’hui 7 heures.

Cette accélération de la techno science s’exerce en particulier à travers les compétitions d’éléments des  complexes scientifico-militaro-industriels, plus particulièrement encore dans une course qualitative aux armements  nucléaires de quelques Etats à travers des modernisations et des remplacements encadrés dans  des programmes qui s’étalent sur plusieurs années voire parfois plusieurs décennies. Le quantitatif est passé de 60.000 ogives nucléaires à 7000 grâce aux traités de désarmement, la dénonciation de certains de ces traités en 2019 , peut-être aussi en 2021, n’est pas faite pour apaiser ces compétitions. C’est une grave erreur de plus de la présidence américaine.

Ces accélérations et beaucoup d’autres se sont déroulées et se déroulent à travers de multiples compétitions entre des centres de recherches, des industries, des entreprises de commerce, des régions, des villes, des pays et bien sûr des personnes…

  b-   Le marché mondial contribue à des compétitions.

 Il s’est accéléré avec les compétitions qui l’accompagnent. En premier lieu  les firmes multinationales se sont internationalisées à partir des années 1960, la production a été plus rapidement disponible, la consommation a été portée très vite par la publicité, une course aux quantités les  a accompagnées. Le marché a imposé sa rapidité, ainsi les « flux tendus » sont un des symboles de cette accélération économique, de même la flexibilité, et dans l’espace et dans le temps, qui est synonyme d’adaptation de l’être humain au marché « Etre ou ne pas être flexible ! » nous dit souvent le marché.

En second lieu la militarisation d’une partie de la science et de l’industrie a participé et participe  à cette accélération-compétition, les armes sont de plus en plus mobiles, rapides et puissantes. Des Etats sont en première ligne, sans oublier, dans une mesure qui n’est certes pas comparable en puissance, les marchands d’armes privés.

 Les compétitions sur le marché des ventes d’armes sont parmi les plus effrénées. Un célèbre dessin de Plantu montrait des responsables de gouvernements français qui se succédaient et participaient aux ventes d’armes, le dessin était sous-titré « Ils sont en pleine accoutumance ! Ils ne peuvent plus s’en passer ! » 

En troisième lieu la financiarisation a été un des moteurs de cette accélération et de cette compétition. Après la fin de la convertibilité du dollar en or décidée par les Etats-Unis le 15 août 1971(date capitale), la spéculation sur les monnaies est devenue plus forte, il y a eu une montée du système bancaire  et des marchés boursiers(suivis au jour le jour par nombre de medias), le domaine financier s’est plus ou moins séparé de l’économie avec des logiques spécifiques de fructification des patrimoines, les spéculateurs ont voulu gagner de plus en plus d’argent de plus en plus vite et, comble du comble, les marchés financiers fonctionnent aujourd’hui à la seconde ou à la nanoseconde. Les compétitions sont d’une  rapidité impressionnante.

 Certains insistent sur le fait que ces marchés « ne supportent pas le temps démocratique qui ne va pas assez vite » (voir par exemple Patrick Viveret, entretien Mediapart, du 19-11-2011.) Ainsi « 70% des transactions aux Etats-Unis et 50%  en Europe sont réalisés par des automates. » Lorsque l’on affirme, selon l’expression consacrée, qu’il faut « rassurer les marchés », il serait plus proche de la vérité de dire qu’il faut « rassurer ces automates ».On retrouve bien sûr ici la réalité  de la technique qui nous échappe et qui devient autonome, réalité très  présente en particulier dans l’œuvre de  Jacques Ellul (voir par exemple « Le système technicien », Calmann-Lévy, 1977).Les logiques de certaines techniques sont claires : rapidité et compétition.

Ce panorama n’est certes  pas exhaustif mais il montre l’ampleur  de  multiples formes des compétitions. Quels sont donc leurs effets  ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.