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Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l'environnement ,du désarmement, en relations internationales) et militant.
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Billet de blog 12 mai 2022

3ème guerre mondiale : les liens avec de puissantes réalités.(IV))

3ème guerre mondiale : les liens avec de puissantes réalités.(IV)

lavieille
Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l'environnement ,du désarmement, en relations internationales) et militant.
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

3ème guerre mondiale : les liens avec de puissantes réalités.

Si l’on veut espérer  mettre en route des contre-mécanismes radicaux et massifs face au déclenchement d’une Troisième Guerre mondiale ne faut-il pas comprendre ses liens avec  ce que nous qualifierons de puissantes réalités ?

Nous proposons d’envisager tour à tour ces liens avec la techno science (A), la militarisation du monde(B), la course aux armements(C) ,la dissuasion nucléaire(D) ,les stratégies des Etats(E).

 A-Les liens de la 3ème guerre mondiale avec la techno science.

La techno science est constituée par  l’ensemble des sciences et des techniques à tous les niveaux géographiques sur l’ensemble de la planète.

 Trois  questions  au moins se posent.

1-La question des liens entre les  sciences  et les techniques.

Certains pensent que la recherche  est  indépendante des applications technologiques. Ce peut être vrai pour certaines recherches.

 Mais pour beaucoup de recherches  c’est loin d’être le cas. En matière d’armement c’est un  leurre .Les liens entre les recherches et les technologies militaires sont multiples, cela dans le cadre des complexes  scientifico-militaro-industriels.   Beaucoup de recherches sont d’ailleurs ici sur budgets militaires  ce qui est un critère important.

C’est la raison pour laquelle il sera essentiel  qu’un jour soit décidée et mise en œuvre une interdiction des recherches sur les armes de destruction massive qui seront alors déclarées contraires à l’intérêt vital de l’humanité.  Ainsi  de nouvelles armes chimiques, biologiques  et nucléaires seront en amont  enfin asséchées.

2-La question  des  possesseurs  et de l’utilisation des armements.

 Les armes sont porteuses de mort parce que ceux qui les utilisent le font pour assurer ou continuer leurs dominations. En d’autres mains il peut ne plus en être ainsi. Certains pensent que telles et telles  armes ne seront pas utilisées parce qu’elles sont entre les mains de possesseurs élus démocratiquement ou  dans lesquels pour telle et telle raison on peut avoir confiance.

 C’est faux  affirment  d’autres ,   peu importe les possesseurs, ces armes seront toujours destructrices et il n’est jamais totalement exclu que des possesseurs les utilisent, fussent-ils  bien intentionnés au départ. Et certains de dire : mourir sous les bombes d’un « gentil » ou d’un « méchant » n’est-ce pas toujours mourir sous les bombes ? 

Rien ne peut totalement garantir qu’elles ne seront pas utilisées. Trois séries de situations le montrent clairement.

-Il y a bien sûr l’hypothèse, que l’on cite trop souvent  en oubliant volontairement les deux autres, celle d’un chef d’Etat devenu fou et appuyant sur le bouton nucléaire. Ce processus est variable selon les Etats nucléaires, soit reposant sur une personne soit sur plusieurs.

-Il  y a  les risques d’accidents qui font que des armes de destruction massive peuvent échapper à leurs possesseurs.(voir chapitre III).

-Enfin  il y a le fait terrible que le système de destruction massive peut pousser ses possesseurs à l’irréparable  avec une tentation irrépressible de s’en servir, en témoigne par exemple le langage de plus en plus agressif par exemple sur l’utilisation de l’arme   atomique .

Jacques Ellul, grand penseur de la technique, affirmait que « toute technique nouvelle sera un jour utilisée ».( !)

La technique dans les sociétés modernes a changé de nature, elle était autrefois un outil qui permettait à l’homme de se dépasser, elle est désormais dotée d’une autonomie  qui tend à faire  de l’homme un esclave en la mettant à son service.

Nous ne pourrons donc  passer sous silence l’élaboration de contre-mécanismes en ce domaine, ceux du contrôle de la techno science, ce que nous appellerons une remise de la techno science  à sa place, celle de moyen et non de fin.

B-Les liens de la 3ème guerre mondiale avec la militarisation du monde.

Il ne s’agit pas d’un fantasme d’intellectuel  ou d’une obsession antimilitariste  mais d’une puissante réalité.

Ses formes sont impressionnantes : bien entendu la course aux armements qui a envahi  une partie des mondes scientifico-militaro- industriels, donc une militarisation d’une partie de la recherche et  des industries.

 Militarisation par nature  des régimes militaires  nombreux, d’autres régimes où le poids de l’armée est considérable, d’autres régimes qui s’organisent pour lutter contre « l’ennemi intérieur »…

Militarisation d’une partie du langage de l’économie où pour survivre il faut « tuer » ou « être tué »  dans cette guerre économique.

Militarisation d’une partie des territoires, ainsi des océans, ainsi de l’espace, ainsi de lieux où se déroulent des manœuvres militaires d’un pays ou de plusieurs.

Militarisation dans les pays qui ont des centrales nucléaires  et pour les surveiller et pour faire face à des accidents.

Ainsi les phénomènes de militarisation, à leurs façons et à leurs mesures,  ne vont-­ils pas dans le sens de la préparation de conflits armés et peut-être d’une 3ème guerre mondiale  ?

C-Les liens de la 3ème guerre mondiale avec la course aux armements.

    C’est à nouveau l’escalade des dépenses militaires mondiales qui augmentent de 40% de 2000 à 2009 …puis vient une baisse  importante de 2009 à 2013,  en 2014 c'est la hausse qui  reprend, 1547 milliards de dollars (à titre de comparaison le budget de l'UNESCO pour 2014-2015 était de 653 millions de dollars).

En 2018, toujours selon le SIPRI,  le total mondial a continué à augmenter, 1822 milliards de dollars soit pour cinq Etats 60% de ce total. Il s’agit des Etats-Unis 649 milliards de dollars (36% du total mondial), de la Chine 250 (14%), de l’Arabie saoudite 68 (3,7%),de l’Inde  67 (3,6%),de la France 64 (3,5%),de la Russie 62 (3,4%).

 Chaque jour le monde dépense donc près de 5 milliards de dollars (4,87 en  2018) et en 2021 près de 6 milliards de dollars chaque jour en armements. Voilà des logiques humanicides et terricides.

    C’est une des formes de violence les plus gigantesques à travers quatre mécanismes que l’on énumère  très  rarement de façon complète :

- D'abord  cette course alimente les conflits armés c’est-à-dire que des armes peuvent en être une cause secondaire ou principale, elles vont être autant d’étincelles dans des lieux qui sont souvent des poudrières.

 -Ensuite fabriquer des armes c’est préparer la mort de victimes dans des conflits armés qui, selon certains, de 1945 à 2022 ont entrainé l’équivalent du nombre de victimes de la Seconde guerre mondiale, 55 millions de morts, et c’est préparer beaucoup d’autres morts, blessés et souffrances pour les années à venir.

 -C’est aussi penser que la paix repose sur des menaces, quelquefois même sur le chantage à la mort absolue avec les armes de destruction massive. Or l’augmentation en quantité et en qualité des armements accroit l’insécurité généralela véritable paix ne peut pas reposer sur des peurs réciproques, elle se construit côte à côte face aux défis communs rencontrés par les générations présentes et déjà futures.

 -Enfin, réalité presque toujours passée sous silence, les sommes gigantesques englouties dans les armements auraient pu aller vers des besoins criants, de santé, d’infrastructures de l’eau, d’éducation, d’environnement…

Dans un ensemble d’estimations possibles on pourrait  comparer les dépenses militaires mondiales de 1945 à fin 2021 et ces besoins criants, de santé, d’infrastructures de l’eau, d’éducation, d’environnement…La vérité sauterait aux yeux pourvu qu’on les ouvre

Cette forme de violence, quand on veut essayer de la penser, est une des plus terribles que l’humanité s’est faite et se fait à elle-même, elle « déchire ses entrailles », elle répand son propre sang, elle laisse criantes, hurlantes, d’innombrables souffrances auxquelles elle se doit de répondre.

La course aux armements s’inscrit dans les logiques des guerres mondiales qu’elle favorise et qu’elle pourrait puissamment contribuer à déclencher.

 (Voir nos deux ouvrages JML, Construire la paix, 1er tome : les armements détruisent l’humanité, 2ème tome : l’humanité détruira les armements, éditions La Chronique sociale,1988.)

D-Les liens de la 3ème guerre mondiale avec la dissuasion nucléaire.

La dissuasion nucléaire apparait en 1950,  elle repose sur la peur absolue entre Etats dotés d’armes nucléaires. C’est l’idée selon laquelle l’ennemi doit être convaincu que ,  s’il lance une attaque nucléaire, les représailles nucléaires seront telles qu’il sera anéanti.

La dissuasion nucléaire constitue-t-elle un facteur de sécurité ou un réel danger ?

Cinq   raisons sont avancées pour affirmer qu’elle est un facteur de sécurité. Aucun de ces arguments ne résiste à l’analyse.

1-Avant tout on affirme que la paix doit reposer sur la paix armée.

Certains pensent que la sécurité doit reposer sur un développement quantitatif et qualificatif des armements et, si cela est nécessaire, d’armes de destruction massive.

Réponse possible : Le « si tu veux la paix prépare la guerre » est l’adage le plus ancien et  le plus absurde qui puisse exister. "La guerre  est le témoignage de notre imbécilité" disait Montaigne, on augmente l’insécurité générale.

La logique générale des armements  est accablante, elle est d'une nullité  plusieurs fois millénaire  qui laisse sans voix. La véritable paix ne doit pas et ne peut pas reposer sur la peur mais sur la confiance construite par des coopérations  face aux défis communs.

 En accroissant les armements, en particulier nucléaires, on augmente l’insécurité générale :  les  armes nucléaires diminuent la sécurité de tous les pays.

 Rappelons que la « Commission internationale indépendante sur l’élimination des armes nucléaires » (novembre 1995 à Canberra en Australie, rapport d’août 1996) avait affirmé que « les armes nucléaires ont perdu leur justification ». « Elles augmentent l’insécurité générale et continuent de représenter un danger pour l'humanité.»Michel Rocard, ancien premier ministre, qui  faisait partie de cette Commission,  s’était ainsi remis en cause dans son jugement sur la force de frappe, mais tout le monde n’a pas cette  capacité d’ouvrir les yeux et de déranger ses idées.

2-La doctrine de la dissuasion, affirme-t-on, repose sur des fondements à toute épreuve.

D’abord répétons que la paix reposant sue la peur est tout sauf porteuse de solides fondements..

Ensuite la doctrine nucléaire a bougé , ce qui inquiète  des experts. Le fait que des nouveaux venus peuvent avoir des théories et des pratiques différentes, le fait que des armement miniaturisés poussent à l’offensive, le fait enfin que le grands Etats nucléaires ,ainsi la Russie depuis 2020 , affirment que l’armement nucléaire peut répondra à des attaques non nucléaires si l’existence de l’Etat est en question.

3-Ensuite  au péril atomique on a substitué « la paix atomique » .  La dissuasion, affirme-t-on,  a réussi depuis  77 ans (1945-2022) …

La terreur inspirée par ce type d’armes fait qu’aucun Etat ne se livrera à une agression contre un Etat capable d’une riposte atomique.  On affirme ans sans arrêt que les faits sont là : depuis 1945 elle a réussi, il n’y a pas eu de guerre mondiale. Cette réussite est mise en avant comme argument décisif  et omniprésents chez les partisans de cette théorie.

Cette « réussite » cache plusieurs  mensonges.

 D’abord affirmer que « la dissuasion a évité la guerre » est  écœurant,  il y a eu 530 conflits armés depuis 1945 ayant causé la mort d’au moins 55 millions de   personnes , l’équivalent de la Deuxième Guerre mondiale.

Ensuite affirmer que « la dissuasion nucléaire a empêché des victimes à travers une guerre entre Etats dotés des  armements nucléaires,  voilà qui est aussi écœurant.

Il y a eu les victimes d’Hiroshima et de Nagasaki et les souffrances des survivants jusqu’à nos jours.

Il y a eu les victimes en nombre gigantesque qu’on aurait pu empêcher par des dépenses qui seraient allées vers des besoins criants et de santé et d’alimentation  et d’assainissement en eau  et non aux armements nucléaires.

Il y a eu de multiples incidents graves qui ont approché les guerres nucléaires.

Il reste un stock  gigantesque d’ogives qui est prêt à se déchainer.

Paix inefficace, injuste, dangereuse, armée ,  en un mot : tout sauf la paix.

4-En outre, dit-on , la dissuasion est un moyen d’acquérir ou de conserver son indépendance.

Indépendance relative, la dépendance de l’uranium est à 100% pour les bombes françaises. Indépendance relative puisqu’ on se trouve sous les risques du feu nucléaire d’autres Etats ayant ces types d’armements. Indépendance fondée sur l’incertitude et la peur  pour les autres Etats non nucléaires.

 "Equilibrer  les terreurs c'est préparer la paix, non pas celle des vivants mais celle des tombeaux" écrivait Jean Rostand. 

5-Enfin grâce à  la non-prolifération  le système est  protecteur pour tous.

En fait le Traité de non-prolifération, entré en vigueur en 1970, prend donc  l’eau de toutes parts.

Certains Etats n’ ont pas adhéré au Traité de non –prolifération  (Israël, Inde, Pakistan ), d’autres s’en sont retirés (Corée du Nord en 2003).

 Quant au  contrôle exercé par l’AIEA il est très insuffisant. Israël, le Pakistan et la Corée du Nord,  et des Etats comme l'Argentine, le Brésil, l'Egypte, l'Arabie Saoudite ou la Syrie n'ont pas signé «  le protocole additionnel aux accords de garanties » de 1998. Leurs  obligations de déclarations à l'AIEA sont moins étendues et la possibilité  pour celle-ci de détecter des activités qui n'auraient pas de finalité civile évidente est réduite.

E- Les liens de la 3ème guerre mondiale avec les stratégies des Etats.

Nous voudrions avoir une vue globale d’abord des éléments qui produisent une stratégie(1), ensuite des contradictions entre les grands Etats porteurs d’armes nucléaires(2),enfin des stratégies de la Russie, des Etats-Unis, de l’OTAN,  de l’Ukraine, d’autres pays aussi, dans le drame de la guerre de 2022 (3).

1-Les éléments qui concourent à l’élaboration d’une stratégie étatique.

Les conditions économiques ont un poids déterminant, il s’agit des structures et des conjonctures internes et externes.

 Les conditions militaires relatives  à la quantité d’armements , aux types d’armements en particulier nucléaires, au nombre de combattants, participent  bien sûr aux stratégies.

 Les conditions  politiques ,   il s’agit des rapports de force à l’intérieur du pays, entre autres avec  un poids  de l’armée qui peut être déterminant.

Les conditions  géographiques ,   ce sont ainsi la surface  du territoire, son ouverture sur les mers, ses voisins immédiats.

 Ces conditions enfin sont aussi démographiques, idéologiques, historiques.

A cela s’ajoutent la personnalité du chef d’Etat, ainsi  sa formation, son caractère, son idéologie et enfin les influences réciproques avec son entourage immédiat.

Tous ces éléments concourent à déterminer une stratégie c'est-à-dire  des objectifs et des moyens.

2-Des contradictions entre grands Etats.

Pour une analyse approfondie il faudrait examiner l’évolution historique chaque  contradiction, les domaines et les formes qu’elle a prises dans le temps  ,  replacer la contradiction dans l’ensemble des facteurs environnants.

Nous ne ferons ici que  souligner les principales rivalités actuelles.

a-La rivalité entre la Chine et les Etats-Unis.

 Elle est multiforme. Certains pensent qu’elle s’aggravera dans les temps à venir.

D’abord militairement au niveau des ogives nucléaires 5800 pour les Etats-Unis,350 pour la Chine. Au niveau du  budget de la défense  des Etats-Unis(732 milliards de dollars) , sans commune mesure avec celui de la Chine(261).Au niveau des chars 6300,des avions de combat 13000,des porte avions 11,alors que  pour la Chine les totaux  sont  respectivement de 5800,de 2000,et de 2. Le nombre de militaires d’active  est de 2 millions du côté chinois, de 1,35 million du côté américain. La supériorité des Etats-Unis est donc globalement  incontestable. Cependant la Chine se développe militairement à grande allure et constitue pour nombre de stratèges américains « une menace dans les décennies qui viennent. »

Enfin sur le plan territorial  une  rivalité qui  se manifeste surtout dans l’Asie-Pacifique. Des tensions entre les deux pays apparaissent dans le détroit de Taiwan qui sépare l’ile du continent ,   ile de Taiwan revendiquée par la Chine .

Rivalité  commerciale liée à une concurrence importante dans certains secteurs. Rivalité  monétaire par rapport à la puissance du dollar, rivalité   politique avec d’un côté un régime autoritaire  fondé sur le parti unique, de l’autre un régime démocratique  fondé sur le bipartisme.

Il est hautement souhaitable  et possible que ces deux grands Etats fassent, de ce qui pourrait devenir un face à face, un côte à côte pour lutter avant tout contre le réchauffement climatique qui est le véritable ennemi commun principal.

b-La rivalité entre la Russie et les Etats-Unis .

Elle  est  aussi multiforme et exacerbée en 2022 par la guerre en Ukraine.

Militairement  les Etats-Unis ont donc 5800 ogives, la Russie 6000,un budget de 732 budget de la défense est incomparablement au profit des Etats-Unis ,732 milliards contre 65 pour  Russie .D’autre part pour les Etats-Unis, 6300 chars,13000 avions de combat, 11 porte avions, en Russie respectivement10.000 chars,4000 avions,1 porte avions. Le nombre de militaires d’active 1,35 millions contre 850.000 en Russie .

 La rivalité est aussi énergétique. A la suite de l’invasion de l’Ukraine  pour réduire leur dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou et l’isoler davantage, les Européens s’accordent pour signer un nouveau partenariat avec les Etats-Unis afin d’importer davantage de gaz naturel liquéfié américain. La Commission européenne reçoit aussi mandat des Vingt-Sept pour réaliser des achats groupés de gaz, cela pour limiter son coût en Europe.

Le 7 avril 2022 le Parlement européen  adopte ,  par 513 voix pour, 22 contre et 19 abstentions, une résolution qui réclame un arrêt immédiat des achats de pétrole, de charbon et de gaz russes. Cet embargo contribuerait à assécher les finances de la Russie. L’embargo sur le charbon russe est décidé. Les difficultés de la mise en œuvre pour les pays européens pourraient être surmontées ensuite pour le gaz et le pétrole, elles appellent aux solidarités et aux diversifications, il faudrait arriver à les lier aux remises en cause des énergies fossiles contre les émissions de gaz à effet de serre ...

La rivalité  est aussi politique. Les Etats-Unis  ont un régime qui repose sur le pluralisme, la Russie repose sur  un régime dont les pratiques sont  de plus en plus autoritaires et répressives vis-à-vis des opposants et les propagandes vis-à-vis de la population sont massives.

Enfin sur le plan territorial  la rivalité se manifeste surtout en Europe avec d’un côté la Russie et de l’autre les Etats-Unis à la tête des 30 Etats membres de l’organisation militaire qu’est  l’OTAN. D’où la chronologie qui suit ,  celle d’une trentaine d’années en Ukraine.

3-Stratégies étatiques et guerre en Ukraine (Histoire de 1991 à 2022).

L’histoire récente de l’Ukraine repose essentiellement sur 4 périodes, la quatrième étant celle de la guerre totale à partir de février 2022.  

Nous nous inspirons ici entre autres  du site « touteleurope.eu » (Chronologie établie par Lucas Da Silva) avec d’autres sources et bien sûr notre apport personnel.

a- De l’indépendance de l’Ukraine(1991) à l’intervention russe en Géorgie(2008)

-L’Ukraine devient indépendante en août 1991 à la suite de l’implosion de l’Union soviétique .Les Etats-Unis (Clinton) , la Russie(Eltsine) et l’Ukraine  signent en janvier 1994 un accord pour garantir la dénucléarisation de l’Ukraine qui avait une partie de l’arsenal soviétique .Sont déjà là une montée du nationalisme russe et l’annonce américaine d’une coopération militaire entre ce pays et l’OTAN .En juillet 1997 la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque  intègrent l’Alliance Atlantique. Le 27 mai 1997 est signé un accord de coopération entre l’Otan et la Russie pour construire une paix durable en Europe et  pour rassurer Moscou ,   l’OTAN  affirme d’ailleurs  n’avoir aucune intention de déployer des armes nucléaires sur le territoire des nouveaux Etats membres.

En décembre 1999, date de l’arrivée au pouvoir du président Poutine, celui-ci évoque une adhésion de son pays à l’OTAN .  D’autres pays de l’Est (Estonie, Lituanie, Lettonie, Roumanie, Slovaquie, Bulgarie) adhèrent à l’OTAN en mars 2004. Poutine deviendra alors défavorable  aux adhésions de la Géorgie et de l’Ukraine à   l’OTAN .

La « révolution orange » en novembre 2004 voit le peuple ukrainien qui se révolte pour contester la « réélection truquée » du président pro-russe et demande un rapprochement avec l’UE .Une nouvelle élection en décembre 2004 voit la victoire d’un nouveau président mais l’Est du pays en majorité russophone a voté contre. L’Ukraine  négocie un accord d’association avec l’UE à partir de 2005, il sera signé seulement en 2014.

En février 2007 Poutine dénonce l’installation de bases militaires en Bulgarie et en Roumanie et la « trahison des occidentaux. », Europe et Etats-Unis. En avril 2008 l’OTAN se déclare favorable au projet d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine.

En août 2008 c’est l’intervention russe en Géorgie. La Géorgie  avait  donné l’assaut aux  séparatistes d’Ossétie du Sud soutenus par la Russie, d’où l’intervention russe pour soutenir les séparatistes. Cette province avait fait sécession de la Géorgie en 1992 et donc en 2008 , au cours d’une deuxième guerre, son indépendance est reconnue par la Russie, la Syrie, elle est contestée par la Géorgie et par l’ensemble des Etats de l’ONU. L’armée russe l’emporte, un plan de paix est conclu le 16 août 2008 sous médiation  de la France qui présidait l’UE. Mais le 25 août 2008 la Russie reconnait l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie (guerre d’indépendance aussi face à la  Géorgie en 1992-93), des pays occidentaux condamnent cette reconnaissance.

b-Du déchirement de l’Ukraine  sur l’UE et la Russie (2013)   à l’annexion de la Crimée(mars 2014) par la Russie puis  à la guerre entre armée ukrainienne et séparatistes (  elle commence en avril mai 2014).

 Le nouveau président ukrainien élu en 2010 est pro-russe. En novembre 2013 le gouvernement ukrainien cède aux pressions de Moscou: il refuse de signer un accord d'association avec l'Union européenne. La contestation prend de plus en plus d'ampleur en Ukraine,se développe le mouvement « Euromaidan »,c’est la révolution de février 2014, le régime répond  par une  répression sanglante mais il  finit par être emporté.

Dans des villes de l’Est de l’Ukraine et en Crimée des soulèvements antimaidan et pro-russes se multiplient en avril 2014, à travers des référendums locaux les républiques de Donetsk et de Louhansk s’auto-proclament.  L’Ukraine est opposé aux séparatismes des régions orientales (provinces de Donetsk et Louhansk qui forment le  Donbass ) soutenues par la Russie.

Soutenus par Poutine des séparatistes pro-russes prennent la capitale de la  Crimée, Sébastopol. Le 11 mars 2014 le parlement de Crimée proclame l’indépendance de la Crimée qui est rattachée à la Russie après un référendum le 16 mars. L’Ukraine se retire de Crimée. L’UE adopte des sanctions économiques contre la Russie pour l’annexion de la Crimée. En mai 2014 l’armée ukrainienne combat pour reprendre les villes contrôlées par les sécessionnistes.

En mai 2014 un pro-européen est élu président en Ukraine, il  propose  en juin un cessez-le-feu  qui n’est pas respecté.

Le 6 juin 2014, en Normandie, la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine se rencontrent  dans ce « format Normandie », ils  essaient d’établir un cessez-le-feu . Le 27 juin 2014 l’Ukraine signe un accord de libre-échange avec l’UE, Moscou manifeste son mécontentement.

c-Des accords de Minsk (2014-2015) à la poursuite de la guerre (2014-2021) .

La guerre s’intensifie, un accord de cessez-le-feu est conclu dans la capitale de la Biélorussie à Minsk(accord Minsk I) le 5 septembre 2014, entre l’Ukraine, la Russie, la République de Donetsk et celle de Louhansk, il est violé peu de temps après. La guerre en 2014 et 2015 a fait 10.000 morts, de nombreux blessés et deux millions de déplacés. Le 11 février 2015 un accord de paix, Minsk II ,  est signé, il réunit l’Ukraine, la Russie, l’Allemagne et la France, il comprend un cessez-le-feu, un retrait des armes lourdes, un échange de prisonniers, une restauration des frontières de l’Ukraine, un départ des troupes étrangères. Mais une fois encore les combats succèdent aux trêves. En novembre 2018 des affrontements ont lieu en mer Noire entre navires russes et ukrainiens. Fin 2020 les Accords de Minsk sont à l’arrêt.

Zelensky est élu président de l’Ukraine en avril 2019.En octobre l’Ukraine et la Russie sont d’accord pour des élections dans les régions séparatistes d’Ukraine, ce que beaucoup d’ukrainiens considèrent comme un recul un abandon  face à la Russie. En décembre 2019 une nouvelle rencontre a lieu sur le « format Normandie » qui se traduit par un échange de prisonniers. Fin décembre 2019 un accord est conclu entre l’Ukraine et la Russie sur le gaz.L’Ukraine et la Russie signent un nouvel accord de cessez-le-feu dans le Donbass mais il est rompu par les séparatistes qui tirent sur l’armée ukrainienne.

En février 2022 , avant l’invasion par la Russie, le total des victimes est d’au moins 15.000 morts depuis la guerre commencée en avril 2014.

d- L’arrivée de la guerre totale (2022-…) : le déclenchement et les causes de cette guerre. L’hypothèse terrifiante de la 3ème guerre mondiale.

-Le déclenchement ? En avril 2021 des troupes russes (100.000 hommes puis plus tard 150.000) se massent aux frontières de l’Ukraine, Poutine parle de « manœuvres » répondant à l’OTAN et aux « provocations » de l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN.  

Poutine veut des garanties contre l’élargissement de l’OTAN et exige le retrait des forces de l’OTAN des pays de l’ex-Union soviétique. Biden avertit la Russie de lourdes sanctions s’il y a une offensive militaire. Le 17 décembre 2021 les  27 Etats membres réaffirment la souveraineté de l’Ukraine et leur soutien .Le 26 janvier 2022 les Etats-Unis refusent les demandes de la Russie. La France le 7 février puis l’Allemagne le 15 février  essaient d’apaiser les tensions.

Le 21 février 2022 la Russie reconnait l’indépendance de Donetz et de Louhansk(les deux provinces du Donbass) et elle entre sur ces territoires séparatistes. Les Etats-Unis et l’UE annoncent des sanctions économiques. Le 24 février 2022 la Russie attaque l’Ukraine pour « défendre les séparatistes » du Donbass.

e-Les deux  séries de  causes de la guerre sautent aux yeux pourvu qu’on les ouvre.

Le Kremlin , en la personne essentiellement de Poutine (mais c’est peut-être un  sentiment partagé par une partie(combien ?) des russes), ne se relève pas de l’implosion de l’Union soviétique et rêve de reconstituer au moins une partie de l’empire. Est accompli l’inacceptable, l’invasion d’un Etat  accompagnée de massacres.

L’OTAN, sous l’impulsion des Etats-Unis, a pris pied dans de nombreux  pays de l’ex Union soviétique et continue cette logique d’adhésions et de demandes d’adhésions ce qui exaspère Moscou. Même la Finlande et la Suède demandent leurs adhésions à l’OTAN ce qui va bien sûr multiplier les tensions avec Moscou. 

 Ainsi, par sa situation géographique, historique et stratégique l’Ukraine est devenu un enjeu majeur de l’affrontement des deux Etats.

 C’est bien une des hypothèses de l’arrivée « d’une troisième guerre mondiale » que celle  de l’affrontement nucléaire entre la Russie et les Etats-Unis à partir d’un conflit lié à un Etat tiers. Une telle guerre  ouvrirait les portes de l’enfer,   les survivants envieraient les morts.

Un des points  de bascule est compliqué : les aides militaires ne doivent pas devenir celles de  la co-belligérance, elles doivent être basées sur des armements défensifs. C’est pourquoi l’OTAN refuse d’intervenir dans le ciel ukrainien avec des armements offensifs. La complexité des armements livrés aux ukrainiens rend pourtant les situations compliquées. Où finit le défensif et où commence l’offensif ?

f-Les bombardements, les crimes de guerre, les armements, les réfugiés, les stratégies militaires, les résistances, les opinions publiques.

Fin février 2022, en  mars et jusqu’au 12 mai  2022(date de ce texte) les armées russes bombardent massivement routes, villes  et villages, sans distinction entre les civils et les militaires ce qui est déjà un crime de guerre.

Avec les incertitudes que l’on devine, liées en particulier aux propagandes, selon les autorités ukrainiennes , les morts au 23 mars  2022 côté ukrainien  seraient  au nombre  de 3300 civils et  1300 militaires, côté russe  seraient de  15.000  militaires .

Les  populations ukrainiennes   sont, pour une partie d’entre elles, déchiquetées par les bombardements, ou bien  exécutées, torturées, violées. Les habitants  s’abritent  et survivent  le métro de Kiev,  les caves des immeubles et des maisons dans les  villes et villages. Soif, faim, peurs, pleurs, sirènes d’alarme   sont  massivement présents.

De nombreux couloirs humanitaires  sont attaqués, beaucoup d’évacuations sont impossibles. Des villes deviennent des villes  martyrs ,  ainsi Marioupol, Boutcha.  Parmi les bâtiments bombardés des  hôpitaux et des écoles.

Les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité sont nombreux. Le 1er et 2 mars 2022, le Bureau du Procureur a reçu, par le biais d'un groupe d'États parties au Statut de Rome , un renvoi de la situation en Ukraine. Le 2 mars 2022, le Procureur a annoncé qu'il avait procédé à l'ouverture d'une enquête sur la situation en Ukraine sur la base des renvois reçus. Conformément aux critères d'ensemble relatifs à la compétence conférés par ces renvois, et sans préjuger de l'objet de l'enquête, la portée de la situation englobe toute allégation passée et actuelle de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité  commis sur une partie quelconque du territoire de l'Ukraine par quiconque depuis le 21 novembre 2013.

Au niveau des armes  nucléaires : le 27 février 2022 Poutine annonce à la télévision russe « mettre les forces de dissuasion nucléaire en régime spécial d’alerte au combat. » 

Des frappes russes le 4 mars 2022 provoque un incendie dans une des plus grandes centrales nucléaires d’Europe en Ukraine.

La « recherche-développement militaire » trouve, dans les conflits armés en cours, de nouveaux terrains d’expérimentation  dont des peuples sont  victimes.

Sont utilisées de nouvelles armes telles que les armes hypersoniques russes capables de changer de cap et d’altitude  à très grande vitesse  de 6000 km à l’heure et donc difficilement détectables.

Sont  aussi utilisées par l’armée russe aussi des armes interdites (bombes  à sous-munitions).C’est une   Convention  de 2008 sur les armes à sous-munitions qui interdit l’emploi, la production, le stockage et le transfert de ces armes. Une convention que n’ont pas signée la Russie, l’Ukraine ou encore les Etats-Unis.

En mai  2022 il y a plus de 6 millions de réfugiés qui ont quitté leur pays dont 204000 ressortissants de pays tiers. La Pologne en accueille 3,3 millions, la Roumanie 608000, la Moldavie 387000,la Hongrie 364000,la Slovaquie281000 .. .la Russie 350000 . Dans le reste de l’Europe beaucoup d’Etats accueillent, ainsi la France 32000.Environ dix  millions  de personnes sont déplacées en Ukraine ,  au total 15 millions de réfugiés et déplacés sur 43,4  millions d’habitants soit près une personne sur trois .

L’armée ukrainienne au début du conflit disposait de 190.000 hommes. La Russie disposait de 200.000 autour de l’Ukraine et de 700.000 dans sa capacité active. A ces troupes s’ajoutent mercenaires rémunérés et volontaires étrangers.

Les stratégies militaires de la Russie semblent complexes. Au départ le Kremlin pensait probablement à une guerre  éclair ,  sa propagande consistait à dire surtout qu’il s’agissait de « libérer les ukrainiens de dirigeants nazis »et à empêcher l’encerclement de la Russie par l’OTAN .

Les difficultés de l’armée russe dues principalement aux résistances de l’armée ukrainienne et à celles de la population ainsi que, secondairement, aux  difficultés d’approvisionnement des convois de tanks russes, ont amené le Kremlin à une réduction  de son activité militaire autour de Kiev , l’armée ukrainienne s’est préparée alors  à de nouveaux combats dans l’Est du pays. La Russie, après avoir dominé la mer d’Azov, veut vraisemblablement dominer la mer Noire ,    la ville d’Odessa étant stratégique. Le 31 mars 2022 le secrétaire général de l’Otan  considère que les forces russes “ne se retirent pas mais se repositionnent” en Ukraine et  il affirme que l’organisation s’attend à des “offensives supplémentaires”, les Etats-Unis envisagent « une guerre longue. » A la mi avril les armées russes donnent la  priorité aux offensives  dans le Donbass et dans le Sud de l’Ukraine.

En Europe à la télévision et sur des réseaux sociaux les opinions publiques suivent en direct les horreurs de la guerre, c’est une des premières fois qu’une  guerre est en  direct et de façon aussi  massive.  Egalement,  afin de lutter contre la désinformation organisée par le Kremlin, les 27 donnent leur accord  pour  l’interdiction de diffusion au sein de l’UE des médias russes.

En Russie une partie, difficile à évaluer, de la population , et bien sûr les médias indépendants et des journalistes protestent courageusement. Des arrestations sont suivies d’emprisonnements par exemple dès que le terme de « guerre »  ou d’ « invasion » est évoqué et non celui « d’opération  militaire spéciale. »

« La société russe se déchire sur l’Ukraine .Les conséquences sociétales de l’intervention s’annoncent dramatiques dans une Russie plus fracturée que jamais, entre scissions familiales, dénonciations et ralliement au Kremlin. » (Mediapart, Julian Colling  , 7 avril 2022).

g-  Les sanctions contre la Russie et les aides fournies à l’Ukraine .

De manière coordonnée avec les Etats-Unis le Canada et le Royaume-Uni  les 27 déconnectent des banques russes du système bancaire Swift.

Les sanctions des 27 de l’UE sont unanimes et massives.

Elles sont financières et économiques. : mise en service d’un gazoduc suspendue, sanctions financières réduisant l’accès aux marchés des capitaux, interdiction d’exportation touchant le pétrole, dirigeants et oligarques russes (au total près de 1000 personnes) sur liste noire, avec avoirs confisqués, liste de technologies et de biens ne pouvant être exportés vers la Russie, sanctions de transactions impliquant les réserves d’or de la Russie… Plus d’un million  de personnes ont une aide alimentaire vitale.

L’embargo pour le pétrole russe est décidé le 7 et 8 avril par l’UE. Pour le gaz et le pétrole la décision et la mise en œuvre sont plus compliquées à cause de la dépendance de certains Etats européens. L’objectif est d’assécher les finances russes. La diversification vers d’autres énergies devrait  aussi s’amplifier, changements climatiques  obligent.

Les aides sont  militaires et en armes et en finances. Les États-Unis ont désormais engagé plus de 4 milliards de dollars d’aide militaire à l’Ukraine depuis la prise de fonction de l’administration Biden  et  en annoncent plus de 40. Les Etats-Unis fournissent  des capacités militaires « supplémentaires » nécessaires pour aider l’armée ukrainienne à « défendre son pays ».

Et, pour la première fois de leur histoire, l’UE approuve le financement d’envoi d’armes à l’Ukraine, à travers la Facilité européenne pour la paix. Ainsi, 450 millions d’euros  d’armements seront financés, de même que 50 millions d’euros d’équipements de protection et de carburant. En mai 2022 l'aide militaire de l'U.E est de 2 milliards de dollars. 

Sont fournis des systèmes de missiles guidés par laser, des drones « kamikazes »  et des drones légers de type Puma…

L’espace aérien de l’UE est par ailleurs fermé à l’aviation russe.

h- Les réactions des organisations internationales et les pourparlers russo-ukrainiens.

Le 28 février 2022 : l’Ukraine fait une demande d’adhésion à l’UE .Cet objectif d’une intégration à l’UE est inscrit dans la constitution ukrainienne depuis février 2019. Le chef d’Etat ukrainien souhaitait  une intégration “sans délai” via “une nouvelle procédure spécialepour bénéficier de ce statut qui assurerait une protection à son pays. A ce sujet, le président du Conseil européen  explique qu’un avis officiel de la Commission ainsi qu’un accord unanime des 27  sont nécessaires. Alors qu’ils sont réunis en sommet à Versailles les 10 et 11 mars 2022, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne excluent une adhésion rapide de l’Ukraine. Ainsi les adhésions de l’Ukraine, de la Géorgie, de la Moldavie seront longues, vraisemblablement  plusieurs années.

Que font  les Nations Unies ?

Le 26 février 2022 le Conseil de sécurité a adopté une résolution par 11 membres sur 15  qui ont voté pour, trois se sont abstenus (Chine, Inde, Emirats arabes unis), un a voté contre, la Russie. La résolution a déploré « une agression contre l’Ukraine » et a réclamé à la Russie de « retirer immédiatement ses troupes de ce pays ».

Le 2 mars 2022 l’Assemblée générale  adopte une résolution contre la guerre en Ukraine et exige le retrait des forces russes. Une semaine après l’invasion l’Assemblée générale des Nations unies adopte à la grande majorité de ses membres (141 pays sur 193 ont voté pour) une résolution qui “exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine” et qui “condamne la décision de la Russie d’accentuer la mise en alerte de ses forces nucléaires”.  Seulement quatre Etats ont soutenu Moscou en votant contre cette résolution : la Biélorussie, la Corée du Nord, l’Erythrée et la Syrie. 35 pays, dont  la Chine et l’Inde, se sont par ailleurs abstenus.

Le 8 mars 2022 la Chine apporte son soutien à l'action de la France et de l'Allemagne pour"aboutir à un cessez-le-feu en Ukraine ainsi qu'à la garantie d'un accès à l'aide humanitaire pour les populations."

Alors qu’elle avait déjà été suspendue du Conseil de l’Europe au lendemain de l’offensive menée contre l’Ukraine, la Fédération de Russie est exclue le mercredi 16 mars 2022 du Conseil de l’Europe   en raison de son “agression injustifiée et non provoquée”. Avant cette exclusion, la Cour de Strasbourg comportait 47 pays comptant 830 millions de personnes. A partir de cette date, les citoyens russes n’ont donc plus accès à la Cour européenne des droits de l’homme pour protéger leurs droits fondamentaux.

Les 24-25 mars 2022  ce sont les  sommets de l’Otan, du G7 et de l’UE  à Bruxelles , avec la présence du président américain, pour répondre à la guerre en Ukraine

Les dirigeants des 30 pays membres de l’Otan entérinent la création de quatre nouveaux groupements tactiques à l’Est de l’Europe. Des forces opérationnelles seront ainsi déployées en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie et en Slovaquie. Les alliés conviennent en outre d’envoyer des équipements à l’Ukraine pour la protéger des risques “NRBC” : nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques.

Le 24 mars les pays membres du G7 se disent prêts à mettre en œuvre des sanctions supplémentaires contre la Russie, et indiquent qu’ils sanctionneront les transactions qui impliquent les réserves d’or de cette dernière, afin de l’empêcher de contourner les mesures restrictives déjà en vigueur. 

Enfin, le Conseil européen, qui se tient après les sommets de l’Otan et du G7, voit les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 adopter un  “livre blanc” visant à définir les grandes orientations de la sécurité et de la défense européennes jusqu’en 2030. Un document qui témoigne de la volonté des Etats membres de renforcer la protection de l’UE face aux menaces externes, dont celles de la Russie.

Pour réduire leur dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou et l’isoler davantage, les Européens s’accordent pour signer un nouveau partenariat avec les Etats-Unis afin d’importer davantage de gaz naturel liquéfié américain. La Commission européenne reçoit aussi mandat des Vingt-Sept pour réaliser des achats groupés de gaz, cela pour limiter son coût en Europe.

Le 7 avril 2022 le Parlement européen  adopte ,  par 513 voix pour, 22 contre et 19 abstentions, une résolution qui réclame un arrêt immédiat des achats de pétrole, de charbon et de gaz russes. Cet embargo contribuerait à assécher les finances de la Russie. L’embargo sur le charbon russe est décidé. Les difficultés de la mise en œuvre pour les pays européens pourraient être surmontées ensuite pour le gaz et le pétrole, elles appellent aux solidarités et aux diversifications, il faudrait arriver à les lier aux remises en cause des énergies fossiles contre les émissions de gaz à effet de serre ...

Le G7 le 7 avril demande la suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, l’Assemblée générale le décidera. 

Les pourparlers  se déroulent par l’intermédiaire de médiations telles que celles de la France, de l’Allemagne, de la Turquie, d’Israël et par des rencontres entre représentants russes et ukrainiens, enfin  avec le Secrétaire général des Nations Unies.

Au cœur des négociations, se pose la  question de la neutralité de l’Ukraine, voulue par Moscou. Si l’Ukraine se dit prête à l’accepter, et donc de renoncer à adhérer à l’Otan, elle souhaite voir sa sécurité garantie par un accord international dont seraient signataires plusieurs pays garants, tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Turquie, la France et l’Allemagne. Mais cette solution implique-t-elle  que les pays garants interviennent en cas d’attaque de l’Ukraine ? On serait alors dans une  situation semblable à celle de   l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord de  l’Otan.

Dans le chapitre V et dernier nous proposerons des mesures radicales et massives pour éloigner les risques du drame apocalyptique  d’une guerre nucléaire.

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