RESISTANCES : DEFINITIONS ET FONDEMENTS

RESISTANCES : définitions et fondements, formes et moyens, obstacles et limites.

RESISTANCES : définitions et fondements, formes et moyens, obstacles et limites

 

 

Après avoir longtemps  enseigné, écrit, milité, le moment m’a semblé venu de partager une synthèse sur les résistances, petites et  grandes,  personnelles et  collectives,  modérées et  radicales, celles des personnes et des mouvements sociaux mais aussi d’autres acteurs locaux, nationaux, internationaux.

 Pourquoi ,  sans tomber dans le confusionnisme, réfléchir en un seul texte, aux enjeux, aux adversaires, aux moyens de résister à une fatigue, une accoutumance,  un ouragan,  une discrimination,  une injustice criante, une liberté assassinée, une marchandisation effrénée, une compétition mortifère ?

 Réfléchir pour mieux comprendre des mécanismes communs, différents ou opposés, donc éventuellement d’être, ici ou là,  un peu plus opérationnels,

Réfléchir  pour rechercher et partager  des  flammes et des souffles  de résistances passées, présentes et à venir.

 

(Face à une lecture  de trente pages  on pourra par exemple lire  tour à tour chacune des trois parties. On « résistera » ainsi à la tentation du tout … tout de suite …ou du rien … c’est trop long.)

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-Elles brûlent encore ces deux flammes symboliques, celles d’Antigone et de Gavroche.

Il y a près de 2500 ans, dans la tragédie grecque de Sophocle, Antigone enterre son frère malgré les lois et se suicide en enlevant ainsi au pouvoir sa victoire. Il y a plus de 150 ans, dans le roman de Victor Hugo « Les Misérables », Gavroche bondit sur la barricade puis, fauché par la mitraille, il quitte la vie en chantant.

-Oui, l’un et l’autre  sont restés debout, resistere de stare, être  debout. L’étymologie du mot est parlante. Camus écrivait « Le révolté, au sens étymologique, fait volte-face. Il marchait sous les fouets du maître. Le voilà qui fait face. »

- Quant à la graphie du verbe  résister  elle est magnifiquement soulignée par un auteur qui écrit : « Il est des mots dont la graphie semble incarner mystérieusement  le sens. Ainsi du beau verbe résister avec ses deux r, ses deux e, ses deux s qui entourent symétriquement son i, comme s’il s’agissait de le préserver, de le garder précieusement en vie .Car résister c’est d’abord  cela : maintenir intacte la flamme fragile, éphémère de l’existence : tenir : survivre ». (« Résister. Le prix du refus », sous la direction de Gérald Cahen, Editions Autrement, Série Morales, 1994 ,4ème de couverture).

-Si l’on veut, au départ d’une réflexion, essayer de dresser un inventaire indicatif, que vous modifieriez et complèteriez vous-mêmes, on est vite submergé par une énumération impressionnante.

Qu’est-ce qui résiste ? La  pierre, le marbre, le chemin, la route, le pont, le monument, les archives, la maison, l’immeuble, le village, la ville, les dernières traces humaines sur la Terre pendant au moins un certain temps  si  l’homme disparaissait. Résistent aussi la montagne, les cours d’eau, le littoral, le sol, le feu, la pluie, le vent…

Qui est-ce qui résiste ? Le vivant, autrement  dit les animaux, les arbres, les plantes, les êtres humains- enfants, adolescents, adultes, vieillards, hommes, femmes- On résiste en personne, en famille, en communauté, en peuple, en génération, en humanité…

Au nom de quoi résiste-t-on ? Au nom du passé, d’ ancêtres, de victimes, de luttes menées, d’avancées acquises, au nom de son enfance, de la mémoire, mais aussi du présent, des personnes proches et lointaines, mais aussi de l’avenir, des générations futures, de l’espoir, de l’espérance, on résiste au nom de la morale, de l’éthique, de la laïcité , de la religion, du droit que l’on veut changer, créer,  ou respecter, on résiste au nom de principes, de valeurs qui s’appellent égalité, liberté, démocratie, justice, paix, au nom de la fidélité à soi-même et à d’autres, au nom de promesses que l’on veut tenir…On résiste au nom de l’intérêt commun,  des biens communs, de l’idée d’humanité.

A quoi résiste-t-on ? Au froid, à la chaleur, aux intempéries, aux causes et aux effets de l’ensemble des problèmes drames et menaces que constituent les changements climatiques. On résiste à des tentations (Oscar Wilde disait « Je peux résister à tout… sauf à la tentation »), on résiste à des gourmandises, des colères, des jalousies, des chagrins d’amour, des passions, à des paroles et des attitudes blessantes, à des caractères difficiles, à la bêtise, à des rumeurs, des idées reçues , des  changements injustes mais aussi justes, à des habitudes que l’on voudrait changer, à l'ordre ou au désordre d'un logement,on résiste à des accoutumances et à des dépendances. Bien sûr aussi à la fatigue, au sommeil, à l’ennui, à des peurs de la nuit …et du jour, à de mauvais souvenirs, au poids des années, à la vieillesse, aux souffrances, aux maladies, au détachement, à la mort-la sienne, celles de ses proches et de ses amis- aux angoisses et aux peurs qui peuvent les accompagner. Et puis vient une longue 8énumération de grandes résistances à travers les temps : résistances à la guerre et dans la guerre, à la course aux armements, à la baisse ou à la hausse des budgets militaires,  résistances pour créer et appliquer une justice pénale internationale, résistances innombrables face aux injustices économiques, sanitaires, sociales, politiques, environnementales, culturelles, territoriales, résistances face aux discriminations, aux intégrismes, aux racismes, aux terrorismes, résistances face à des dominations masculines et aux luttes pour les libérations des femmes, résistances face au durcissement du contrôle des migrations, résistances face à la traite, à l’esclavage, à la torture, aux dictatures, aux totalitarismes, ceux du stalinisme, du nazisme et des khmers rouges, et aux génocides, ceux des arméniens, des juifs, des tziganes, des cambodgiens, des rwandais. Sans oublier les résistances au système productiviste , système condamnable et condamné : celles de remises en cause des modes de production, de consommation et de transports écologiquement non viables, celles  de remises en cause d’une techno science souvent au service  de puissances financières et non du vivant , celles contre la marchandisation du monde, celles  contre une mondialisation  compétitive et irresponsable à l’opposé d’une mondialisation solidaire et responsable.

A ces énumérations s’ajoutent celles de noms de personnes et de collectivités que nous retrouverons  au moment d’examiner les formes des résistances.

« Penser c’est dialoguer avec la complexité » dit Edgar Morin. Pour mieux comprendre  cette diversité qui semble inépuisable, pour y voir plus clair dans les objectifs, les enjeux,  les moyens entre des résistances très différentes, celles par exemple à une  dépendance,  une tempête, une injustice, une dictature, une destruction environnementale,  nous proposerons une analyse qui se voudrait  globale, critique  et prospective. Cette réflexion pourrait se dérouler en trois temps : d’abord autour du socle,  des « pourquoi » résister, ce seront les définitions et les fondements des résistances (Ière partie), ensuite autour du « qui » résiste, « à quoi » et « comment », ce seront les formes et les moyens des résistances (IIème partie) ,  enfin viendront les questions des difficultés rencontrées et celles « du jusqu’où » résister, ce seront les obstacles et les limites des résistances (IIIème partie) .

 

PREMIERE PARTIE-LES DEFINITIONS ET LES FONDEMENTS  DES RESISTANCES

Arriver à cerner les définitions des résistances ne permet-il pas de mieux se situer par rapport à telle ou telle résistance ? (A) Comprendre quels sont leurs fondements ne demande-t-il pas une analyse globale ? (B)

 A- LES DEFINITIONS DES RESISTANCES 

 

 

Nous proposons de les déterminer  à partir de deux critères qui devraient éclairer chaque définition. Quelles parts ont les volontés dans les résistances ? Comment les résistances s’inscrivent-elles dans le temps ? Les volontés  et le temps permettent, semble-t-il, de dégager quatre définitions  correspondant à quatre séries de situations.

 

1ère définition : Beaucoup de résistances  proches et déjà au-delà de mécanismes naturels de défense.

 

Dans ces résistances les volontés ont malgré tout une certaine présence mais très variable et le  déroulement du phénomène est souvent rapide. Quels sont les éléments qui constituent ces résistances ? Nous en proposerons deux.

-En premier lieu certaines résistances correspondent à des mécanismes naturels de défense. Il s’agit de réactions immédiates, rapides, elles sont involontaires face à ce que l’on pourrait appeler un stimulus. Ce mécanisme va se déclencher avant toute réflexion donc, a priori, indépendamment de la volonté .C’est un réflexe inné, défensif que l’on trouve chez  les êtres humains, les  animaux, les végétaux. On parle  de réflexe vital, d’instinct de conservation, par exemple face au froid, au réchauffement, à une douleur…

 -En second lieu ces résistances ne sont-elles pas, pourtant, ici et là, déjà plus qu’une défense naturelle ? Trois raisons au moins vont dans ce sens et font dire à certains qu’il y a « une impossibilité de donner une définition purement naturaliste de la résistance de l’organisme. » (« Une devise pour l’organisme » par Anne-Marie Moulin, dans l’ouvrage « Résister » déjà cité). D’abord même quand on résiste ainsi on peut avoir des marges de manœuvres, certains choix possibles. Par exemple on peut apprivoiser certaines peurs, il y a donc de l’inné mais aussi de l’acquis c'est-à-dire de l’idéologique, de l’éducatif, du social, de l’économique, par exemple face à ce que l’on appelle des « maladies de l’hiver » certes les stratégies de défense de notre corps sont là mais existent également des façons d’aider notre organisme à se défendre, on peut stimuler des défenses immunitaires par des plantes médicinales, par des vitamines. Ensuite les mécanismes de défense sont inégaux selon les personnes, certaines sont par exemple plus frileuses que d’autres, et des inégalités existent également selon les groupes, par exemple les maladies cardiaques chez les femmes sont, dit-on, sous-diagnostiquées parce  qu’elles  peuvent former des caillots sanguins plus  silencieux .Enfin il peut arriver que des mécanismes de défense soient synonymes d’erreurs, par exemple face à des menaces que l’on croyait  exister mais qui étaient des peurs sans objet.

 

2ème définition : Les innombrables résistances quotidiennes par rapport à soi-même et à d’autres.

Dans ces résistances les volontés sont présentes, elles sont  très variables dans  leur durée.

-Des résistances à soi-même varient selon ses choix de vie, son tempérament, sa santé, son entourage et selon les circonstances. Ainsi face au sommeil, à des fatigues, des efforts, des maladies, face à des situations et des décisions qui nous contrarient…On le sait aussi des  résistances, des forces peuvent « nous  manquer, nous abandonner. ».

-Et puis  dans nos rapports avec les autres, on peut  vivre des résistances dans des lieux quotidiens, autrement dit dans la famille,  l’éducation de ses enfants et petits enfants, dans ses  amitiés, sa profession, dans l’administration, les moyens financiers, le commerce, les transports, les voyages, les spectacles…Dans l’administration on ne résiste pas toujours au rire quand elle vous écrit « Votre dossier est vide de toutes pièces manquantes » ou bien « Vous pouvez payer en plusieurs fois à condition de tout régler d’un coup » ou bien « Comme chaque année nous avons égaré votre dossier. »

-Il arrive aussi que l’on abandonne des résistances par lassitude, par peurs de complications ou  de conflits qui s’enveniment, par lâcheté dans la  fuite, ou par volonté de  ne plus recevoir de  coups et de trouver un peu de calme voire une certaine sérénité.

 

3ème définition : De nombreuses résistances, témoignages d’actes culturels.

 

Elles représentent un ensemble de volontés et se construisent dans le temps. Quels sont les éléments qui constituent  ces résistances ? On peut en recenser au moins cinq.

-En premier lieu l’acte culturel repose sur un socle, celui de valeurs, c'est-à-dire ce à quoi l’on croit. Ces valeurs les plus connues, qui ont vu le jour grâce à  de nombreuses résistances à travers le temps, sont celles de la culture humaniste, elles correspondent également à la devise de la République française : liberté, égalité, fraternité .Ces valeurs se sont traduites peu à peu par les droits de quatre générations, les deux premières sont  reconnues au niveau international par les deux Pactes internationaux des droits de l’homme, les droits-libertés c'est-à-dire les droits civils et politiques (qui sont les droits de), les droits-égalités c'est-à-dire les droits économiques sociaux et culturels (qui sont les droits à).La troisième, celle  des  droits-solidarités,  qui sont les droits au développement, à l’environnement et à la paix, voit le jour, on va, trop lentement, vers la consécration d’un Pacte international du droit à l’environnement, la paix attend toujours son Pacte, des textes existent sur le droit au développement durable. Une quatrième génération de droits est en gestation, celle des droits des êtres humains par rapport à la techno science, par exemple relatifs à la bioéthique et au clonage, ou bien à un droit  à l’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive.

Ajoutons que des personnes, des communautés, des organisations, des mouvements, de façon modérée ou radicale, ne veulent pas adhérer à ces valeurs et, par exemple, se prononcent pour un repli sur soi, une fermeture voire une haine de l’étranger et sont porteurs d’injustices, d’atteintes  aux libertés. 

 Camus écrivait « Le révolté oppose ce qui est préférable à ce qui ne l’est pas. Toute valeur n’entraine pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur. »

 

-En second lieu ce sont donc les atteintes à une ou plusieurs de ces valeurs qui donnent le jour à des résistances. « Indignez-vous ! » proclamait  Stéphane Hessel .En effet l’indignation est le terreau de la résistance. Elle apparait dans les domaines qui correspondent à l’ensemble des activités humaines. Il s’agit des atteintes à la démocratie (liberté), à la justice (égalité), à la paix et à l’environnement (fraternité). En témoignant de son engagement dans la résistance Edgar Morin affirmait : « Je faisais quelque chose qui me semblait juste et bien. » Adam Michnik,  ancien militant de l’opposition polonaise, écrivait : « Dans la vie de chaque homme vient un moment où pour dire simplement ceci est noir ceci est blanc il faut payer très cher. Ce peut être le prix de la vie. A ce moment le problème n’est pas de connaitre le prix à payer mais de savoir si le blanc est blanc et si le noir est noir. Pour cela il faut garder une conscience. » Donc l’indignation est synonyme  du « trop c’est trop », de l’écœurement, de l’inacceptable. Cette  révolte et cette colère apparaissent le plus souvent  face aux injustices. Jean Carbonnier, auteur d’un ouvrage juridique célèbre (Flexible droit, LGDJ, 1969), constatait que « La découverte de la justice est tantôt illumination à l’horizon lointain, tantôt éclair qui déchire la conscience. » Ainsi, de façon lente ou brutale, on entre en résistance.

- En troisième lieu cette indignation se traduit concrètement  par un refus, un non.

Plutarque, philosophe et biographe de la Rome antique, cité par Montaigne puis de nos jours par exemple par Edwy Plenel (« Dire non », éditions Don Quichotte, 2014) affirmait : « Les habitants d’un pays étaient tombés en esclavage pour ne pas savoir prononcer une seule syllabe : non. »Voilà qui peut rappeler cette pensée du philosophe Alain : « Penser c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est  d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non(…) » (Alain, Propos sur les pouvoirs, « L’homme devant l’apparence »,19 janvier 1924, n° 139). On refuse de « s’adapter» au scandaleux, à l’intolérable, à l’inhumain. Ce refus peut se manifester en paroles et il peut prendre corps en actes. N’écoutez pas seulement ce qu’ils disent, regardez surtout ce qu’ils font.

-En quatrième  lieu cette indignation  peut aussi prendre souvent la dimension du « nous » qui devient essentielle. Le fondateur de Mediapart lançait un « appel au sursaut » : « Dire non pour inventer tous ensemble notre oui. » ( Edwy Plenel « Dire nous », éditions Don Quichotte)  2016).On s’indigne au nom du bien commun, au nom de l’intérêt collectif, au nom de l’idée d’humanité.

-Enfin en cinquième lieu cette indignation peut aussi s’accompagner d’une capacité de proposition, d’une utopie créatrice  c'est-à-dire prenant les moyens de se réaliser à travers des alternatives. René Jean Dupuy, juriste internationaliste, écrivait : « La dimension utopique et prophétique demeure indispensable dans toute prospective réelle qui implique non pas la simple extrapolation du passé et du présent mais le moment de la rupture, le moment de la conscience, le moment de la transcendance de l’homme par rapport à sa propre histoire. » (René Jean Dupuy, La clôture du système international. La cité terrestre », puf, 1989). 

 

4ème définition : Des résistances de veilleurs, un état d’esprit face à tout ce qui détruit le vivant.

 

A vrai dire la distinction entre l’acte culturel et l’état d’esprit n’est pas toujours  tranchée. On peut passer de l’un à l’autre dans sa vie ou dans une collectivité, selon le souffle que l’on a et selon les circonstances.

Dans l’état d’esprit de la résistance les volontés sont omni présentes et  le temps est plus ou moins habité par des refus.  Deux éléments  constituent probablement cet esprit de résistance.

-En premier lieu : les résistant(e)s deviennent peu à peu des veilleur(e)s. Pour elles, pour eux « résister c’est exister, exister c’est résister.». L’esprit de résistance  se traduit par des critiques et des insoumissions dans un ou plusieurs domaines. Le veilleur veille au nom des autres et avec les autres, mais aussi quelquefois contre eux ou sans eux. Il a une volonté  particulière, celle de détecter le plus tôt possible des atteintes à des valeurs. Le veilleur sait que nos chemins de bonnes intentions peuvent être  pavés de nos renoncements successifs. Il sait que plus on attend pour résister, plus il va être difficile de le faire parce que les atteintes aux valeurs deviennent plus nombreuses et plus dures à combattre et parce que les volontés d’entrer en résistance peuvent se perdent dans le sable.

 

 -En deuxième lieu cet état d’esprit est d’autant plus porteur qu’il embrasse un ensemble d’indignations face aux atteintes qui détruisent les êtres humains et l’ensemble du vivant. L’amour de la vie et de tout ce qui est vivant  fait naitre une colère qui devient inextinguible,  c'est-à-dire qu’on ne peut plus l’arrêter face à ce qui  menace, attaque ou tue la vie. Dans son cœur, son esprit et sa vie on crie du fond de son être « Liberté ! Justice ! Paix !  Vive le vivant ! ».

 Indignation, révolte, rupture, résistance ne se dévorent pas mais ont faim  ensemble, elles se complètent, elles s’inclinent les unes vers les autres.

Ainsi, vous l’avez compris, il n’y a pas de cloisons étanches entre ces quatre séries de situations de résistances. Les deux premières, celles  des réflexes et celles quotidiennes envers soi et d’autres, peuvent être présentes dans l’engagement d’un acte culturel. Et par exemple aussi on peut  penser et agir dans un acte culturel et être habité peu à peu par un esprit de résistance plus général.

Telles sont les définitions des résistances, quels sont donc leurs fondements ?

 

B-LES FONDEMENTS DES RESISTANCES

 

 

Saisir l’ensemble des fondements montre que, dans chacun d’eux, il y a , on s’en doutait, un ciment qui s’appelle le courage. Le philosophe Vladimir Jankélévich disait : « Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout c’est le courage. »

 Oui, les résistances nous appellent « au courage de tous les jours » et à celui de situations « hors du commun ». Ce courage est le plus souvent à la fois physique et psychologique, les deux marchent côte à côte, accompagnés aussi d’autres fondements.

 

1-Les fondements physiques et biologiques des résistances.

 

-Par rapport aux fondements physiques nous pourrions distinguer d’une part l’ensemble des résistances et d’autre part des résistances face à l’horreur.

 

D’abord existent les résistances quotidiennes hors de l’horreur (qui  peut aussi être   quotidienne dans nombre de situations sur terre). Comme le dit  le langage courant il s’agit de « tenir le coup »,de  résister dans des épreuves physiques de santé, de fatigue dans son travail, de tensions familiales, d’ actions associatives, syndicales, politiques, et de mouvements sociaux qui peuvent exister même à un âge avancé, Théodore Monod, à plus  de 90 ans, jeunait et marchait  pour la paix.

 

Ensuite existent des résistances physiques au cœur de l’horreur, au cœur de grandes souffrances  collectives. Des personnes, en particulier des enfants des femmes des vieillards, qui essaient de faire face, surtout au Sud de la planète, aux drames de la faim, de la misère, de la maladie et de la guerre. En 2014 il y avait un enfant sur deux (personne de moins de dix huit ans) dans le monde  qui était dans une ou plusieurs de ces situations dramatiques. Egalement des personnes persécutées, torturées qui essaient de résister au-delà du possible. Rappelons-nous la fin du discours de Malraux en hommage à Jean Moulin : « Aujourd’hui, jeunesse, puisse-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de  sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé, ce jour là elle était le visage de la France. » Et puis voilà des réfugiés politiques, des migrants économiques, des déplacés environnementaux de plus en plus nombreux qui résistent physiquement et psychologiquement pour survivre et faire reconnaitre et appliquer des droits.  Voilà des  villageois, des citadins qui se relèvent de catastrophes écologiques et se mettent à reconstruire. Au milieu de toutes ces situations il en est une que nous voulions souligner, celle des combattants de la Grande Guerre de 1914-18 qui résistaient pour survivre. Rappelons-nous cet amoncellement d’horreurs en un seul lieu, celui des tranchées : attaques, mitrailleuses , obus, explosions de surfaces et souterraines, gaz de combat, combats à la baïonnette  et au couteau, cadavres, cris, plaintes, pleurs, souffrances des blessés, peurs de souffrir et de mourir, lassitudes, crise de folie, suicides, exécutions pour en appeler à la combativité, prise de conscience des abattoirs programmés par les folies et les erreurs du commandement, manques de sommeil, de nourriture et d’eau, puanteurs multiples, conditions sanitaires catastrophiques, noyades, froid, pluie, boue, poux, rats, vermine… Oui, c’était bien une forme d’apocalypse, d’enfer sur terre, comme depuis 1945  dans les conflits armés les résistances physiques   et morales des civils et des militaires ont été et sont  souvent surhumaines.

 

-Par rapport aux fondements biologiques de nombreuses disciplines scientifiques ont  contribué à clarifier les situations.

 

D’abord  les deux hypothèses extrêmes ne sont plus fondées, celle de la seule « loi  des gènes »  ou celle du seul « empire du milieu ».

 

Ensuite sont donc présents, dans des proportions variables, l’inné et l’acquis. On peut ainsi le penser quant aux  résistances pour construire la démocratie, la justice, la paix, l’environnement. Le Manifeste de Séville  en 1986, dans le cadre de l’UNESCO, était écrit par une vingtaine de personnalités scientifiques -psychologues, sociologues, politologues, biologistes, ethnologues et éthologues- qui affirmaient en conclusion par rapport à la paix  et donc aux résistances pour la construire et faire reculer la guerre : « Il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est un phénomène instinctif ou qui dépend de nos gènes même si ceux-ci ont une certaine influence sur notre manière d’agir, mais c’est l’influence de la socio culture qui est déterminante. »

 

2-Les fondements psychologiques et éducatifs des résistances.

 

-Par rapport aux fondements psychologiques existent au moins deux aspects.

 

D’abord il s’agit de la question du risque. Simone de Beauvoir pensait que « c’est dans l’incertitude et le risque qu’il faut assumer nos actes. » Risque et prudence vont se trouver parfois dans une certaine harmonie, parfois voire souvent en tensions, en confrontations ou en conflits. Le retournement de la question du risque, en le schématisant, se fait ainsi : au lieu de se demander « Qu’est-ce que je risque si j’interviens dans tel et tel conflit ? », on se demande « Si je n’y vais pas qu’est-ce que les autres risquent ? ». Dans une résistance il faut arriver à apprivoiser ou à faire taire des peurs, par exemple celle de se retrouver en minorité, celles liées à sa liberté, sa sécurité,  sa famille, son travail, ses biens. Facile à dire, difficile ou parfois surhumain à faire. On trouve ici également le rôle important des « lanceurs d’alerte » dont la protection doit être la plus assurée possible.

 Les différents types de répressions ne sont pas rares et peuvent  s’étendre à un pays tout entier. A l’extrême la disparition des opposants a été et reste une pratique terrible qui donne lieu elle-même à de multiples résistances, ainsi face à la dictature militaire en Argentine (1976-1983) les Mères de la place de Mai à Buenos Aires dès 1977 ont réclamé au long des années la vérité sur le sort de leurs enfants. Les répressions aux résistances peuvent conduire à la clandestinité ou à l’exil, des luttes peuvent aussi continuer  dans ces situations.

 

 Ensuite psychologiquement la résistance s’inscrit dans le non et, aussi , le oui et le nous.

 

 Deux éléments peuvent  accompagner  et  renforcer ce refus : le « oui » à un contre projet, à une proposition porteuse, à des alternatives.

 Et  le « nous » qui marque une solidarité en route et qui veut créer un rapport de forces.

 « Le non, le oui et le nous » peuvent s’appuyer les uns sur les autres et construire une psychologie de combat, un état d’esprit de résistant.

 

 

-Par rapport aux fondements éducatifs

 

D’abord de façon globale les logiques dominantes du système productiviste mondial sont fondées sur la soumission et la compétition. Elles ont tendance, de façons certes très variables selon les lieux, à donner  des individus plus ou moins écrasés (sous la férule  de l’obéissance), « désolés » (terme employé par Hannah  Arendt ) (sous l’emprise de la fatalité), isolés (sous l’administration des peurs), et parfois fanatisés (la fin justifie alors n’importe quel moyen).Au contraire promouvoir des logiques d’éducation à la paix signifie qu’elles sont fondées sur la résistance et la solidarité. Celles-ci impliquent de construire face à l’obéissance l’esprit critique et la responsabilité, face à la fatalité la formation à l’autonomie, face à l’administration des peurs le respect des différences, face au fanatisme  la mise en œuvre de moyens conformes aux fins, respectueuses de l’humain et du vivant, que l’on met en avant.

Ensuite de façon plus spécifique dans l’éducation et dans l’enseignement. Un psychanalyste, Gérard Mendel (« Pour décoloniser l’enfant »,1977), affirmait qu’ « un enfant  conditionné donnera vraisemblablement un adulte aliéné ». Il se soumettrait plus facilement aux Grands, au Père de la Nation, à l’Etat. Cet auteur pensait aussi qu’obéir n’est pas forcément se soumettre. Il faut distinguer, disait-il, l’obéissance et la soumission à l’autorité. On peut obéir par consentement volontaire et éclairé. Dans la soumission passive à l’autorité c’est la volonté de l’autre que l’on exécute.

On peut penser que dans l’enseignement, avec des moyens adaptés aux différents âges, est essentiel le fait d’insister sur la formation à l’esprit critique. Ainsi par exemple on peut créer et développer des jeux montrant différentes inégalités, des cours de lecture critique des médias, des débats dans une classe… On peut également très tôt, ainsi que l’explique l’ouvrage d’un enseignant-chercheur, « Apprendre à résister » (Olivier Houdé, Apprendre à résister, éditions Le Pommier, 2014), « résister à ses propres automatismes pour activer l’esprit critique. »

 

 3-Les fondements éthiques, politiques et juridiques des résistances.

 

-Par rapport  aux fondements éthiques

 

D’abord soulignons le fait qu’une résistance peut être inspirée par la religion. Ainsi par exemple à travers l’histoire du christianisme les actes individuels et collectifs d’insoumission par rapport au service militaire et à la guerre sont présents au nom d’une objection de conscience, au nom de lois que l’on estime supérieures à celles des hommes. Une résistance peut être inspirée par l’esprit rationaliste, tel que celui de Nicolas de Condorcet, philosophe, mathématicien et homme politique des « Lumières », qui défend les droits de l’homme et de la femme-ce qu’il appelait en 1790 « l’admission des femmes au droit de cité »- et il s’oppose à l’esclavagisme. Condorcet était confiant dans « l’instruction générale » porteuse de progrès : «Plus un peuple est éclairé plus ses suffrages sont difficiles à surprendre (…) même sous la constitution la plus libre un peuple ignorant est esclave. » 

 

 Ensuite une résistance peut être aussi inspirée par l’éthique. Différente de la morale  qui est surplombante et qui juge, l’éthique  jaillit d’en bas et questionne, c’est la conscience déchirée, autonome, la conscience qui va s’incarner dans un acte. On peut parler de « désobéissance éthique », ainsi celle d’ « une résistance dans les services publics  dont les employés  refusent « en conscience »  de faire de l’usager un client et de se soumettre au « tout comptable », par exemple dans l’enseignement (Elisabeth Weissman, Enquête sur la résistance dans les services publics , Le Monde diplomatique, octobre 2010, p30)

 

Par rapport aux fondements politiques nous  soulignerons simplement deux idées  essentielles, l’une globale relative au productivisme, l’autre plus spécifique à la  résistance.

 

D’abord le premier fondement politique de la résistance est global.

 C’est l’adversaire et l’ennemi le plus gigantesque qui existe depuis environ cinq siècles : le système productiviste. Chacun, chacune, tous les acteurs, du plus petit au plus grand, sont concernés parce qu’il englobe tout. Dans ce système les responsabilités des uns et des autres sont infimes, faibles, moyennes, importantes ou écrasantes. Il profite à une minorité mondiale mais entraine l’humanité dans l’autodestruction.

Un système c’est la combinaison d’éléments qui forment un ensemble, système ici totalisant dans l’espace et dans le temps. Le productivisme a de nombreux points communs avec le capitalisme, le libéralisme et le néo libéralisme mais, à notre sens, il est encore plus vaste impliquant une critique de la techno science qui , loin  seulement de libérer les êtres humains, peut contribuer aussi à les fa            ire disparaitre.  

Historiquement  ce système  est né à la fin du Moyen Age, il s’est développé à travers la révolution industrielle du milieu du XVIIIème en Angleterre et du début du XIXème en France, enfin il est devenu omniprésent, omniscient, omnipotent au XXème et au début du XXIème. C’est lui qui fait que, en principe dans quelques décennies,  sauf remise en cause massive et radicale, nos descendants entreront dans une période  inconnue quant à l’avenir d’une grande partie du vivant.

 Ce système   n’est-il pas condamnable  des seuls faits, par exemple, qu’en 2014 un enfant sur deux dans le monde était en situation de détresse et /ou de danger (guerres, maladies, misère, catastrophes écologiques) et que les marchés financiers ont pris une grande partie de la place des conducteurs (Etats, entreprises) ? Ce système n’est-il pas condamné des seuls faits, par exemple, qu’en 2014 plus de 4 milliards de dollars sont consacrées chaque jour aux dépenses militaires mondiales et que des activités humaines entrainent un réchauffement climatique qui menace l’ensemble du vivant  de plus 3° à 6°C vers 2100 et de plus d’un mètre d’élévation du niveau des mers ? Système suicidaire qui ne réalise pas le bien commun et qui contribue aux confusions entre les fins (êtres humains plus ou moins ramenés aux rangs de moyens) et les moyens (marché mondial et techno science tendant à devenir des fins suprêmes.)

Les priorités profondes du productivisme, au nombre au moins d’une dizaine, s’appellent la recherche du profit,  la financiarisation, le culte de la croissance, la course aux quantités, la domination sur la nature, la marchandisation du monde, la priorité au court terme, l’expropriation d’élus et de citoyens, la compétition, l’accélération…

Face à la toute-puissance de ce système terricide et humanicide il faut résister, personnellement et collectivement , c'est-à-dire penser et mettre en œuvre des contre mécanismes pour lutter contre la confusion des fins et des moyens et construire des sociétés et une communauté mondiale à travers des moyens démocratiques, justes, pacifiques, écologiques.

 

Ensuite le  second fondement politique de la résistance  est spécifique. Il est symbolisé par  quatre ouvrages porteurs de quatre idées principales.

 Le premier ouvrage en 1550 est celui d’Etienne de la Boétie : « Discours de la servitude volontaire ». Cet auteur met en avant l’idée selon laquelle si on ne soutient plus les tyrans leurs pouvoirs s’effondrent. L’ami de Montaigne écrit « Si on ne leur donne rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits, ils ne sont plus rien, sinon que, comme la racine, n’ayant plus d’aliment, la branche devient sèche et morte. » Il faut donc retirer son appui au tyran : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez mais seulement que vous ne le souteniez plus et vous le verrez, comme un grand colosse à qui se dérobe sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre.» On peut donc affirmer qu’il y a certes la capacité de violence des régimes autoritaires et, de façon plus globale dirait-on aujourd’hui, les forces des dominants  financiers et économiques, mais il y a aussi et surtout  la  soumission des opprimés, des dominés qui sont prisonniers de différentes peurs en particulier celles des répressions. Cet auteur met en avant le principe de non-coopération qui est le socle de la désobéissance civile.

 Le second ouvrage est relatif à la désobéissance civile. Elle est théorisée par un américain, Henri David Thoreau, dont le texte est publié en 1849 : « Du devoir de désobéissance civile ».Il ne faut pas être complice de l’injustice que l’on condamne. L’homme juste affirme sa liberté et sa dignité par un acte d’insoumission qu’exige sa conscience, cette insoumission de l’individu face à l’Etat se manifeste en particulier par le refus de l’impôt servant à l’esclavage et  à la guerre. Ces deux œuvres, celles de La Boétie et de Thoreau, vont inspirer les théories et les pratiques de la non-violence qui ont vu le jour.

 Le troisième ouvrage est en réalité l’œuvre d’Hannah Arendt, philosophe américaine d’origine allemande, auteur en particulier en 1951 de « Les origines du totalitarisme » qui ,en commentant plus tard le procès d’un haut dirigeant nazi, réaffirme que le processus d’obéissance est fondamental dans le totalitarisme, même le haut fonctionnaire est préoccupé d’obéir aux ordres, « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » diront de nombreux nazis pour leur défense. Or  vient un moment où l’on doit désobéir aux ordres pour obéir à sa conscience.

 Un quatrième  ouvrage important  est en 1974 celui d’un psychosociologue américain, Stanley Milgram ,  « La soumission à l’autorité », dans lequel il étudie les effets de la punition sur l’apprentissage, punition qui consistait en décharges électriques administrées par des volontaires recrutés par petites annonces, décharges envoyées à des compères de Milgram. Cet auteur démontre que, selon  diverses variables des expériences, 60 à 80% des personnes, en situation d’autorité, sont prêtes à torturer leurs semblables ! Ce que l’expérience de laboratoire permet de prouver scientifiquement, l’histoire, en particulier celle des guerres, se charge d’en témoigner. Plus on est intégré dans une structure plus on s’en dégage difficilement, on obéit aux ordres des chefs même contre sa conscience. L’obéissance peut  ainsi être pourvoyeuse de violence. Il existe alors un double mécanisme : on s’en remet aux chefs, donc on atténue son sentiment de culpabilité, et on nie la souffrance de la victime  en la dévalorisant, allant même jusqu’à la qualifier de « sous-homme. »

 

Par rapport aux fondements juridiques nous en soulignerons quatre essentiels.

En  premier lieu c’est  le droit à l’insurrection. On le trouve consacré dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de  1793 à l’article 35 (voir sur ce sujet Droit cri-TIC, article de Geneviève Koubi) : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » C’est donc le peuple, de façon pacifique ou violente face à la répression, qui sanctionne  un coup d’Etat, une dérive autoritaire ou l’instauration d’une dictature…D’autre part notre constitution actuelle de 1958  dans le premier point de son  préambule « proclame solennellement son attachement aux droits de l’homme » tels qu’ils ont été définis dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,or celle-ci dans son article 2  dispose que : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Quelques constitutions d’autres pays consacrent elles aussi ce droit. D’autre part  au niveau international le point 3 du préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 considère qu’il est « essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit  pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. »

En second lieu voilà le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ne l’oublions pas : les résistances surtout face à la colonisation, mais aussi face  au régime raciste de l’apartheid, et parfois face aux occupations armées étrangères,  se sont fondées sur le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes consacré par l’article 1.2 de la Charte des Nations Unies de 1945, par la « Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux » de 1960 et  par l’article premier identique aux deux Pactes internationaux des droits de l’homme de 1966.

En troisième lieu c’est le devoir de désobéissance des fonctionnaires. En France l’article 28 de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, dispose que tout fonctionnaire  doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique. Ce devoir d’obéissance comprend cependant une exception, celle du devoir de désobéissance qui constitue une obligation « dans le cas où l’ordre  donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public » Avant et après cette loi les hautes juridictions  françaises sont allées dans ce sens :  en 1944 le Conseil d’Etat considère que le fonctionnaire  en question a commis une faute , il devait refuser l’ordre du maire de donner des allocations chômage à des personnes qui n’y avaient pas droit, la Cour de Cassation en 1997 considère que le haut fonctionnaire  Papon qui a apporté, à l’instigation des nazis, son concours  à la déportation de personnes, s’est rendu complice d’un crime contre l’humanité, en 2004 cette même Cour condamne tous les gendarmes  qui ont incendié une paillotte corse sur ordre du préfet.

En quatrième lieu on retrouve ce devoir de désobéissance chez les militaires ( Du devoir de soumission au devoir de désobéissance ?Le dilemme militaire, Céline  Bryon Portet, resmilitaris.net).Il y avait eu les désobéissances affreusement réprimées de 1914-18.Puis celle du  général de Gaulle, condamné à mort par sa double désobéissance, politique face au régime de Vichy et militaire face au maréchal Pétain. Il y eut aussi la guerre d’Algérie et par exemple-  quel exemple !- ce général, qui deviendra militant de la non-violence, Jacques  de  Bollardière,  qui dénoncera en 1957 l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie et sera sanctionné.(J. de Bollardière, compagnon de toutes les libérations, Editions Non-violence Actualité).  Alors que l’obéissance est un des piliers de l’institution militaire c’est en 1966 qu’un nouveau Règlement de discipline générale introduit la notion d’ordre illégal, confirmée par le Statut général des militaires de 1972 puis celui de 2005, le décret  de 2005 affirme que « le subordonné ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal. » Ainsi l’exécution d’un ivoirien, auteur de crimes, faite par un adjudant  affirmant avoir obéi à un général. Cette évolution était en germe dans le Statut du Tribunal  Militaire International de Nuremberg ,  article 8 : «Le fait que l’accusé a agi conformément aux instructions de son gouvernement ou d’un supérieur hiérarchique ne le dégagera pas de sa responsabilité mais pourra être considéré comme un motif de diminution de la peine, si le Tribunal décide que la justice l’exige. » Ensuite en s’appuyant sur des jugements du  Tribunal pénal international  pour l’ex Yougoslavie des auteurs, dont la procureure de ce tribunal, Carla Del Ponte,  soulignent qu’existe cette évolution selon laquelle « les militaires ne peuvent plus être  considérés comme de simples exécutants. »

Tels sont les définitions et les fondements des résistances. Qu’en est-il de leurs formes et de leurs moyens ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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