RESISTANCES : FORMES ET MOYENS

RESISTANCES : définitions et fondements,formes et moyens,obstacles et limites

DEUXIEME PARTIE -  LES FORMES ET LES MOYENS DES RESISTANCES

 

 

 

 

 

A-LES FORMES DES RESISTANCES

 

 

Nous distinguerons les résistances célèbres et celles anonymes, les résistances personnelles et celles  collectives, les résistances modérées et celles radicales, les résistances en amont et celles en aval, les résistances selon leurs  lieux et leurs domaines, les résistances selon leurs adversaires.

 

1-Les résistant(e)s  célèbres et  ceux et celles anonymes.

 

-On  peut distinguer des résistants qui sont entrés  dans l’histoire  et qui deviennent très connus dans leur pays et bien au-delà. On évoque ces personnalités et ces faits de résistance dans l’enseignement, dans les institutions, dans l’art, et aujourd’hui aussi dans les médias.

Chacun aurait sa propre énumération indicative, vous modifieriez et complèteriez celle qui suit.

 Des figures de résistance dans notre histoire française : Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Bayard, Olympe de Gouges, Gambetta, Jaurès, Clémenceau , De Gaulle, Jean Moulin et tant d’autres.Sont entrés au Panthéon en mai 2015 quatre résistants : Geneviève de Gaulle-Anthonioz,Pierre Brossolette,Germaine Tillion et Jean Zay. Et dans l’histoire d’autres pays : Spartacus, Rosa Luxembourg, Gandhi, Che Guevara, Churchill, Mandela, moins connus au Guatemala Rigoberta Menchu, en Birmanie Aung Sans un Kyi , en Chine Liu Xiaobo, au Pakistan Iqhal Masih, adolescent assassiné pour ses luttes contre l’esclavage. Viennent aussi les non- violents : Socrate, Etienne de la Boétie , Henri David Thoreau, Gandhi, Luther King, Sakharov, le Dalaï Lama, Luthuli , Esquivel .  Et puis, trop rapidement, des poètes Aragon, Breton, Desnos, Neruda, des chanteurs Brassens, Ferré, Ferrat, Joan Baez, des scientifiques Darwin, Galilée, des artistes Picasso avec « Guernica », Charlie Chaplin avec « le dictateur »,des éditeurs comme François Maspero,des journalistes résistants assassinés, comme Anna Politkovskaia, ou emprisonnés, agressés dans différents pays…Si l’on multiplie aujourd’hui les deux cents Etats par 2 à 20 ( ? ) personnalités selon divers degrés de célébrité on arrive approximativement  de 400 à 4000 résistants  plus ou moins « cités » dans l’histoire des territoires de notre Terre. Le chiffre est  arbitraire dans la mesure où les territoires ont varié aux différentes époques, le nombre d’habitants des Etats  est très différent, la célébrité depuis 1945 n’est plus comparable à celle qui précédait les mondes médiatiques et où aux périodes lointaines les traces de résistances  peuvent avoir disparu.

Nous mettons bien sûr les personnages historiques de ce que l’on pourrait appeler « les forces de mort » en dehors des résistances lesquelles sont liées aux forces de vie. Car après tout, si l’on prend à l’extrême les trois régimes totalitaires,  Hitler pouvait dire qu’il « résistait » à l’impureté de la race aryenne , Staline aux  traitres opposants, Pol pot aux khmers ayant un capital intellectuel ou matériel, en fait cette idée est intolérable insupportable monstrueuse, il s’agissait de formes de destruction de l’idée d’humanité qui est un des contraires absolus des résistances pour la vie.

-D’autre part n’oublions pas  la célébrité   de certains lieux  de résistance, témoins souvent d’une bataille : les Thermopyles, en 480 avant notre ère, qui oppose en ce lieu stratégique 1000 grecs à 200 000 perses, moins connu Uxellodunum, dans notre Quercy et dans notre Lot, en 51 avant notre ère, dernier lieu de résistance de Gaulois aux Romains.

-Et puis il y a les immenses foules des anonymes, des inconnus, des ignorés, des cachés, des obscurs. Les générations passées représentaient de l’ordre de 100 milliards de personnes, les  générations présentes 7,5 milliards,  les futures … l’avenir le dira. Il est clair que c’est une grande majorité  des êtres humains , de nos jours surtout au Sud de la planète, qui s’est trouvée en résistances, à un moment ou à un autre, à travers les atteintes aux libertés, les souffrances de la guerre, les inégalités criantes, la misère, les maladies, les catastrophes écologiques…

Et, là aussi, dans ces immenses foules on ne peut pas confondre les victimes et les bourreaux, les génocidaires et les victimes, les tortionnaires et les torturés,  les dominants et les dominés.

 

2- Les résistances individuelles et celles collectives.

 

- Existent des résistances  solitaires, celle symboliquement d’Antigone, et pourtant c’est d’elle que l’on se réclame parfois. Socrate était un résistant solitaire, objecteur de conscience mais, après sa mort, des disciples s’en réclamaient. Henri David Thoreau part vivre en solitaire dans la forêt mais ses théories ont de nombreux disciples non-violents et écologistes. Et puis, bien sûr, les solitudes de beaucoup de personnes à travers les temps qui résistèrent et résistent dans le désert, sans l’aide des autres  hommes ou si peu et avec un ciel qui, pensent-ils parfois ou  souvent , ne répond plus ou  ne répond pas.

-Existent également des résistances qui commencent dans la solitude ou avec un petit nombre de personnes et qui continuent collectivement, quelquefois massivement, elles sont nombreuses. Pensons à de grandes ONG lancées par quelques personnes ayant une volonté de fer, ainsi Amnesty international,  Greenpeace, Les Amis de la Terre, pensons en particulier à Attac qui a fait une percée foudroyante dans nombre de pays. Pensons à un site d’information indépendant comme Mediapart qui en mars 2017 avait 130 000 inscrits. Il y a également d’immenses  foules qui entrent en résistance, ainsi par exemple  en 1930 celles qui font une haie d’honneur à Gandhi et à ses compagnons, pendant un mois sur 380 km. Le Mahatma (la Grande Ame) s’avance au bord de l’océan indien et recueille un peu de sel, il encourage par ce geste ses compatriotes à violer le monopole d’Etat des anglais sur le sel et à commencer à arracher l’indépendance de l’Inde. Avant et après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre1989 moment où, dira Gorbatchev lui-même, « l’histoire est sortie de ses gonds », dans les pays de l’Est en 1980 un syndicat libre en Pologne, Solidarnosc, jusqu’aux immenses foules dans les rues, sur les places et des grèves générales dans des pays de l’Est, sont un élément essentiel de ces révolutions. Celles du « printemps arabe » auront aussi de telles foules, l’injonction du « dégage ! », qui vise les dictateurs, vient de la Tunisie francophone, elle est lancée par des manifestants dans nombre de pays. Ainsi voient le jour dans différents Etats des foules de révoltés,  d’indignés, de nuit debout, d’insoumis…

 

 3-Les résistances modérées et celles radicales.

 

-Globalement, que ce soit au niveau personnel ou collectif, il y a trois théories er pratiques essentielles. Les uns se prononcent pour le système qui existe c'est-à-dire le développement productiviste,  quitte même à en accentuer des caractères tels que ceux de la compétitivité et de l’irresponsabilité, ils ne « résistent pas » à un système qui leur est profitable. D’autres se prononcent pour le développement durable c'est-à-dire prenant en compte des éléments sociaux et environnementaux, ils résistent modérément à tel ou tel aspect du productivisme. Enfin d’autres se prononcent pour une société humainement  viable  c'est-à-dire pour une mondialisation solidaire et responsable, ils pensent et mettent en œuvre des résistances plus ou moins radicales.

-Des résistances sont plus ou moins  modérées par rapport à une situation donnée, c'est-à-dire que les critiques, les actions, les propositions vont dans le sens de modifications secondaires  et de réformes. On fait ces choix liés par exemple à la vision d’un changement  réformiste, de rapports de forces, de stratégies. On pense parfois qu’une lézarde en amènera d’autres qui finiront un jour par abattre l’édifice.

-Des résistances sont plus ou moins radicales par rapport à une situation donnée ou une situation plus globale, c'est-à-dire que l’on veut remonter vers l’amont, vers des causes et ne pas seulement  avaliser, gérer. Les critiques, les actions, les propositions vont dans le sens de remises en cause, de réformes profondes, de ruptures. On fait ces choix liés par exemple à la vision de changements révolutionnaires, de contestation radicale d’un système capitaliste ou productiviste, d’injustices inacceptables…

Dans la pratique, par exemple celle de la protection de l’environnement,  on constate, ce qui est d’une logique impressionnante, que plus l’on  repousse des ruptures nécessaires, plus les remises en cause devront devenir radicales et massives.

-Le mouvement altermondialiste est un des exemples les plus vastes d’une variété de mouvements sociaux qui vont des modérés jusqu’aux radicaux. Composé d’ONG, de syndicats, de mouvements citoyens, sans se transformer en parti politique, l’ensemble des éléments du  mouvement essaie de devenir des levains réformistes et radicaux dans les pâtes des lieux où ils se trouvent.

4-Les résistances en amont et en aval.

-Cette distinction est  proche de la précédente, les résistances en amont sont le plus souvent radicales, les résistances en aval ont souvent quelque chose de plus modéré. Mais la distinction entre l’amont et l’aval est relativement opérationnelle pour l’ensemble des acteurs. -Prenons l’exemple de la protection de l’environnement.

Tous les acteurs locaux nationaux internationaux sont concernés par l’amont et l’aval de cette protection, les mouvements sociaux se tournent surtout vers  l’amont.

 Les partis politiques, lorsqu’ils ont un programme environnemental, ont le plus souvent quelques  projets en amont et quelques projets en aval. En ce sens « voter c’est aussi résister » contre ceux qui par exemple n’ont pas de projets environnementaux ou qui, irresponsables, embrassent totalement le productivisme.

 Les Etats travaillent surtout en aval, mais remonter en amont de la protection est possible et arrive ici et là sous la pression entre autres des catastrophes (la « pédagogie de la catastrophe » est loin d’être toujours présente, ainsi les militants antinucléaires luttent pour essayer d’avancer),du mimétisme d’Etats plus engagés et de textes protecteurs pouvant être adoptés par une organisation régionale. Dans ces trois séries de situations les groupes de pression, les lobbies agissent pour protéger leurs intérêts. Les mouvements sociaux doivent souvent leur faire face, le travail de journalistes démontant des mécanismes anti-environnementaux est remarquable.

 -On peut examiner pour chaque acteur ses présences et ses absences en amont et en aval, par exemple par rapport aux  principes  de protection de l’environnement.

Il y a les principes qui se situent en amont de la dégradation, ceux qui se situent au moment de la situation critique et de la catastrophe, et ceux qui se situent sur l’ensemble des problèmes, menaces et drames environnementaux.

Les principes qui ont vocation à se situer en amont de la protection s’appellent : la réduction et l’élimination des modes de production de consommation et de transports écologiquement non viables, le principe de méthodes de production propre, une gestion écologiquement rationnelle, le principe de sobriété et d’usage prudent des ressources naturelles, l’utilisation équitable d’une ressource partagée, le devoir de tout Etat d’éviter  les dommages causés à l’environnement au-delà des frontières nationales, le principe de prévention et la surveillance de l’environnement, le principe de prévention et l’évaluation des activités(études d’impacts) pouvant avoir des effets nocifs sur l’environnement, l’information et la consultation préalables, le principe de précaution, l’internalisation  des coûts écologiques (c'est-à-dire la responsabilité élargie du producteur) ,le respect des rythmes de l’humanité et de la nature opposés à l’accélération du système productiviste , la prise en compte du long terme opposée à la dictature du court terme…

Les principes qui ont vocation à se situer en aval de la protection : la notification immédiate des situations critiques, la coopération transfrontière en cas d’accident industriel, le devoir d’assistance écologique, la non-discrimination et l’égalité de traitement des victimes des pollutions transfrontières, la responsabilité pour dommages causés à l’environnement, la remise en état de l’environnement (prévu en particulier par le Traité d’interdiction des armes nucléaires de 2017 quant aux essais nucléaires passés !), le principe pollueur-payeur, le respect des droits des déplacés environnementaux…

Les principes ayant vocation à se situer dans l’ensemble de la protection : le droit à l’environnement, l’obligation ou le devoir pour tous les Etats de conserver l’environnement, la souveraineté des Etats sur leurs ressources naturelles, le principe de biens communs appartenant à l’humanité qui devrait se développer, le principe de l’intégration de l’environnement au développement, l’obligation des Etats de résoudre pacifiquement leurs différends internationaux, le principe des responsabilités communes et différenciées des Etats(auquel les pays du Sud tiennent tant), l’interdépendance entre la paix le développement et la protection de l’environnement, le principe de non régression les acquis environnementaux essentiels (qui doit être consolidé encore) …( sur ces principes voir JM Lavieille, Droit international de l’environnement, Ellipses,3ème édition 2010,voir aussi 4ème Edition début 2018 en collaboration avec C.Lebris et H Delzangles).

 

5-Les résistances selon les lieux et les domaines d’activités

 

-Par rapport aux lieux il est opérationnel de distinguer les résistances selon les territoires où elles se situent. Ainsi les résistances dans nos villages, nos villes, nos régions sont celles de nos terroirs, les résistances dans nos pays sont celles de nos patries, les résistances sur nos continents sont celles de nos « matries »,  les résistances sur notre Terre sont celles de notre « foyer d’humanité. » ( voir  JMLavieille, « D’où suis-je ? » in Mélanges en l’honneur de JM Breton, 2017).

 Mais exprimé ainsi  on a l’impression que l’ensemble baignerait dans une certaine harmonie. En réalité il y a trois façons de concevoir les rapports théoriques et pratiques entre ces territoires qui ont des conséquences sur les résistances.

 Certains conçoivent ces rapports en termes exclusifs, seules comptent par exemple des résistances nationales, on se ferme sur son territoire. D’autres conçoivent ces rapports en termes de hiérarchie (qui renvoient d’ailleurs à des ordres juridiques), par exemple les résistances locales doivent être conformes aux résistances nationales. D’autres, fort heureusement, conçoivent ces rapports en termes complémentaires, les résistances locales, nationales, continentales, internationales doivent se soutenir, se critiquer et s’enrichir les unes les autres. Chaque territoire où se vivent des résistances doit arriver à respecter quelques grands principes qui s’appellent dignité des êtres humains, solidarité entre les êtres humains, principes de responsabilité, de précaution…Sur ces thèmes et d’autres voir la remarquable plate-forme qui devrait être étudiée dans toutes les universités du monde et dans de nombreux autres lieux : « Pour un monde responsable et solidaire. Bâtir ensemble l’avenir de la planète. » (Texte  de la Fondation pour le progrès de l’homme, Le Monde diplomatique, avril1994, p.16 et 17).

 

-Par rapport aux domaines d’activités il apparait que les résistances peuvent se rencontrer dans l’ensemble des activités humaines, politiques, économiques, financières, sociales,  scientifiques, culturelles, environnementales…

Par contre les résistances dans certains domaines puissants arrivent tard ou n’arrivent pas. Elles arrivent tard par exemple dans le domaine bancaire ainsi à travers  l’épargne, comme la Nef, Les Cigales, tard dans les tentatives de taxations des transactions financières, tard  dans le domaine des recours juridiques contre les firmes multinationales.

 Elles ne sont pas encore arrivées en amont de l’amont d’un domaine tabou du désarmement : l’interdiction des recherches sur les armes de destruction massive ( voir J.M Lavieille, J.Bétaille, D.Roets, S.Jolivet. Les recherches scientifiques sur les armes de destruction massive : des lacunes du droit positif à une criminalisation par le droit prospectif, in Droit, sciences et techniques : quelles responsabilités ? Editions LexisNexis, 2011). Pour les armes chimiques et les armes biologiques on interdit jusqu’à la mise au point mais on ne va pas au-delà, pour les armes nucléaires les essais en laboratoire restent permis, quant au traité d’interdiction des armes nucléaires de juillet 2017, aux négociations duquel les Etats possesseurs de ces armes n’ont pas participé, il est fait silence sur ces recherches qui continuent puisqu’en particulier le traité ne concerne pas le nucléaire civil et que la prolifération entre le nucléaire civil et  militaire est une réalité dénoncée  par des chercheurs (voir diverses publications de l’Observatoire des armements créé entre autres par Bruno Barillot et dirigé aujourd’hui par Patrice Bouveret.).

 

6- Les résistances selon  les adversaires.

On peut avancer trois variables pour y voir plus clair.

 

 -La première variable est relative au type d’adversaire et à sa place dans le système productiviste. Biens communs et humanité sont  des résistances porteuses, à moyen et long termes, contre de puissants adversaires.

 

Les adversaires peuvent être des acteurs locaux, nationaux, internationaux.

 Plus un acteur participe à de nombreuses et puissantes reproductions du productivisme  en matière d’atteintes à la démocratie, à la justice, à la paix, à l’écologie, plus il constituera un adversaire impressionnant.

-Mais n’oublions  pas qu’un acteur peut évoluer ou changer en allant vers le développement durable ou une société humainement viable, sous la pression des luttes et des pédagogies  des  catastrophes. Ainsi par exemple les puissants ne partagent pratiquement jamais d’eux-mêmes, ils ne le font que si des rapports de force les y contraignent ou, plus rarement, s’ils arrivent à avoir une prise de conscience d’intérêts communs.

-On peut également penser que la montée idéologique, économique  et juridique, trop lente, des « biens communs » va pouvoir contribuer à ce que des dominants se remettent en cause, ainsi des multinationales de l’eau  ou celles faisant main basse sur des forêts.  ( voir « Les biens communs environnementaux : quel(s) statut(s) juridiques(s) ? », Colloque du CRIDEAU de Limoges, éditions Pulim ,2017.)

- Quant à l’humanité son rôle peut être important en particulier par rapport aux Etats, elle dépasse le quadrillage étatique. Elle est entrée dans le droit international public par la porte du drame avec les crimes contre l’humanité. La justice pénale internationale a enfin vu le jour grâce à la pression d’ONG et de quelques Etats. Elle est entrée aussi par la porte de la possession puisqu’elle a un patrimoine, par exemple les fonds marins et leurs ressources.(voir Catherine Lebris, L’humanité saisie par le droit international public, LGDJ,2012). Pour consolider ce dernier les biens communs pourront être consacrés , le mouvement altermondialiste  est et sera un des acteurs qui pourra y contribuer.

 Il faut d’ailleurs que l’humanité ait, aussi, enfin sa « Déclaration universelle des droits de l’humanité.»(voir par exemple sur le blog Mediapart les articles de JM Lavieille).Des ONG et des Etats  ont  d’ailleurs un rôle à jouer pour que l’ONU discute du projet de texte que la France a donné au Secrétaire général des Nations Unies en 2015.

 

-La seconde variable est relative au caractère précis ou diffus  de cette résistance.

 

Dans les premières situations il s’agit d’une personne ou de plusieurs identifiées , ou bien d’un problème d’une menace ou d’un drame  précis.

Dans les secondes situations il s’agit de forces  plus ou moins anonymes ou de systèmes plus ou moins vastes, bien entendu le productivisme dont chacune des logiques profondes, par exemple la marchandisation de la planète, constitue des systèmes.

Mais les distinctions dans les pratiques de résistances ne sont toujours aussi tranchées. Dans une résistance on peut dénoncer une pratique injuste ou polluante d’une firme multinationale sans la personnaliser  ou, au contraire, parce qu’on le pense plus juste et plus efficace, en dénonçant et ses pratiques et ses dirigeants.

Lorsque l’on dénonce un système, par exemple le gigantesque productivisme, le plus important est de dénoncer ses mécanismes et les différentes responsabilités qui les produisent. On peut critiquer des fonctions sans obligatoirement nommer des personnes, sauf encore une fois si l’on pense que la justice et /ou l’efficacité l’exigent.

On constate souvent que, par exemple quant aux  dénonciations des injustices dans le monde, on met en avant une panoplie de critères de répartitions des richesses (planète, continents, pays, générations, personnes…)

Des penseurs à travers le  temps ont souvent dénoncé des systèmes. On retient parfois de chacun d’eux une résistance particulière alors que leur pensée est riche et complexe, cette résistance prend place dans l’ensemble de leur œuvre, elle en est un aspect et d’autres résistances existent chez ces auteurs.

Là aussi on pourrait proposer une énumération indicative de quelques penseurs, énumération  que vous pourriez modifier et compléter, par exemple : Platon contre les sophistes, Rousseau contre les Encyclopédistes, Nietzsche contre les professeurs, Victor Hugo contre les injustices, Voltaire contre le fanatisme religieux, Marx contre le capitalisme, Proudhon contre la propriété, Frantz Fanon contre la colonisation, Soljenitsyne  contre le goulag soviétique,  Herbert Marcuse contre l’homme unidimensionnel, Michel Foucault contre les mécanismes de pouvoir, Hannah Arendt Raymond Aron et Claude Lefort contre le totalitarisme, Jean Rostand contre la course aux armements nucléaires, Albert Camus contre toute compromission, Simone de Beauvoir contre la domination des hommes. Parmi les pourfendeurs du productivisme : François Partant, Ivan Illich, Jean Charbonneau, Jacques Ellul, Cornélius Castoriadis,  Hans Jonas,  Kostas Axelos, Théodore Monod,  René Dumont, Susan George, Serge Latouche, Edgar Morin…

 

 -La troisième variable est relative au qualificatif de ce que et/ou de ce qui se trouve en face : est-ce un adversaire ou un ennemi ? Nous proposons trois réflexions.

 

 D’abord une position  parmi d’autres peut être ici la suivante :

Dans la plupart des résistances c’est contre un adversaire que l’on lutte, il s’agit d’une personne, de personnes, d’une organisation, de mécanismes, de systèmes. On se retrouvera aussi dans ceux et celles qui disent que tel mécanisme, tel système est un ennemi.

Aujourd’hui il y a trois grandes formes d’adversaires : les haines faites de racismes et de xénophobies, les injustices criantes qui sont de formes de mépris de l’autre, enfin  le productivisme qui tend à ne plus avoir  de limites dans sa financiarisation et sa techno science.

 

Par contre en ce qui concerne les guerres on déclare donc qui est l’ennemi, les nazis  assassinaient leurs victimes et étaient combattus en tant qu’ennemis. Pourtant des résistants  et d’autres insistaient sur le fait que c’était le nazisme qui était combattu en tant que système inhumain.

On peut raisonner de même dans le terrorisme. On déclare la guerre à l’ennemi terroriste, ou on lutte contre ce système jugé inacceptable de l’emploi de moyens de terreur. La distinction est importante par rapport aux stratégies de lutte en particulier idéologiques, dans le second cas on insiste beaucoup plus sur des remises en cause en amont de mécanismes considérés comme producteurs  de terrorisme.

 

Ensuite originale et porteuse apparait  l’analyse de l’ennemi faite par les non-violents. Jacques Sémelin dans son remarquable ouvrage « Pour sortir de la violence », (Pour sortir de la violence, éditions ouvrières, 1983) écrit : « L’ennemi devient le dépositaire de la mort que nous avons projetée sur lui. Nous préférons l’affronter sur celui que nous déclarons notre ennemi. La violence est la grande illusion de l’homme : en tuant l’ennemi il croit se sauver de la mort. » Effectivement il faudrait passer de ce « ta mort c’est ma vie » à un « ta vie c’est ma vie », on en souvent loin  en particulier puisque les armes de destruction massive, risquant de tuer tout le monde, sont plutôt tournées vers un « ta mort c’est ma mort ».

 

Enfin par rapport aux ennemis nous voudrions exprimer une façon  de considérer ces situations.  L’Evangile de Saint Mathieu est radical :« Vous avez appris qu’il a été dit tu aimeras ton prochain et tu hairas ton ennemi .Eh bien moi je vous le dis : Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs. »

Passage difficile ou impossible à comprendre et à vivre quand les évènements ont été trop graves ou dramatiques. André Laudouze, dominicain engagé, écrivait ce passage  que certains trouveront lumineux : « Aimez vos ennemis non parce qu’ils sont vos frères mais pour qu’ils le deviennent. Aujourd’hui, déjà, en ce monde. » On connait pourtant les grandes difficultés  de la « Commission  vérité et réconciliation » qui a essayé, à partir de 1996, de faire la lumière sur les crimes  de l’apartheid et de recommander des poursuites judiciaires.

De ce point de vue, contrairement à ce que l’on pense souvent, et on est alors dans une incompréhension de la non-violence, celle-ci n’a pas pour objectif la recherche d’une réconciliation  à tout prix, c’est avant tout un moyen de lutter pour la justice la liberté la paix, et, ainsi que l’écrivent des auteurs non-violents, « on ne peut parler d’action non-violente qu’en situation de conflit. ». Lorsque Martin Luther King, en août 1963, après la marche contre les discriminations raciales, prononce son discours à Washington (« I have a dream ») c’est le cri de la justice d’abord : « (…)Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondements de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse (…) » et çà n’est qu’après cela que « un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens  esclaves et ceux d’anciens  propriétaires  pourront s’asseoir ensemble  à la table de la fraternité. »

 

 

B-LES MOYENS DES RESISTANCES

Nous partirons d’une vision globale et critique, celle des rapports entre les moyens et les fins pour arriver à une idée des moyens non-violents et  à un panorama de l’ensemble des moyens de résister.

 

1-Les rapports entre les fins et les moyens de résister.

 

Ces rapports posent deux séries de questions.

-Il s’agit de résister face aux confusions entre les moyens et les fins, autrement dit de remettre à leurs places les moyens c'est-à-dire la techno science et le marché mondial, de les mettre au service des êtres humains. Il faut aussi respecter les fins c'est-à-dire les êtres humains en personnes, en peuples et en humanité (générations passées à travers le patrimoine culturel, générations présentes et à venir.), l’Autre n’est pas un moyen, agir moralement c’est reconnaitre tout homme comme fin et de le traduire en acte.

-Il s’agit de résister en pensant et en mettant en œuvre des moyens conformes aux fins que l’on met en avant. Si l’on veut  la démocratie il faut des moyens démocratiques, si l’on veut la justice il faut des moyens justes, si l’on veut la paix il faut des moyens pacifiques, si l’on veut la protection de l’environnement il faut des moyens écologiques.

Face aux théories et aux pratiques dominantes voire écrasantes à travers l’histoire qui correspondent à la pensée de Machiavel « Qui veut la fin veut les moyens », il faut résister en se fondant sur cette pensée radicale et lumineuse de Gandhi : « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence. » ( voir « Tous les hommes sont frères », Folio essais, Gallimard). Autrement dit aucun moyen n’est neutre, si l’on veut lutter pour la paix on ne peut que résister avec des moyens pacifiques, la course aux armements est un des moyens opposés à la paix parce qu’elle ne fait qu’accroitre l’insécurité, les guerres, les injustices et la dégradation mondiale de l’environnement.

La fin ne justifie pas n’importe quel moyen. Dit autrement : la légitimité d’une cause n’implique pas la légitimité de tous les moyens pour la faire triompher. Ainsi il était oh combien légitime de lutter contre le nazisme mais il n’était pas légitime de lancer deux bombes  nucléaires pour y contribuer.

 

2-Les moyens non-violents des résistances.

 

- L’histoire de la non-violence, en partie méconnue, révèle l’efficacité de ces méthodes d’action qui, comme le disait Jacques de Bollardière , «  mobilisent par delà le mépris, la violence et la haine. »(Voir à ce sujet la revue opérationnelle « Non-violence Actualité », et la  remarquable revue « Alternatives non-violentes », directeur F Vaillant, ainsi que les travaux, eux aussi remarquables,  de l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits-IRNC, créé par F. Marchand , JM Muller, C Mellon, J Sémelin, C Delorme.)

-Ces moyens reposent sur un cadre non-violent c'est-à-dire un respect de la dignité  humaine, une exigence de justice, une combativité positive (et non une agressivité)  face au conflit. (J Sémelin, La non-violence expliquée à mes filles, Seuil, 2000.. Cette méthode de règlement des conflits refuse la violence d’oppression dans laquelle on impose sa loi, elle refuse la violence de soumission dans laquelle on renonce à ce que l’on pense être essentiel. On cherche ensemble, dans le respect des personnes et la confrontation, des solutions justes. (JM Muller, Lexique de la non-violence, ANV,1998). Jacques Sémelin insiste sur « trois principes majeurs : l’affirmation de l’identité du sujet résistant (…), la non coopération collective(…), la médiatisation du conflit c’est à dire susciter la constitution de « tiers » qui appuient sa cause. » (Jacques Sémelin, « Du combat non-violent » dans l’ouvrage « Résister. Le prix du refus », sous la direction de Gérald Cahen, éditions Autrement, Série Morales n°15,1994)

-La non-violence n’a pas le monopole de certains des moyens qui suivent, par exemple les grèves et les pétitions. Il peut même arriver que des forces de mort utilisent des moyens « non-violents », ainsi le boycott des magasins juifs par le régime nazi  était un détournement absolu de ce moyen qui dans la non-violence a pour objectifs la justice et la liberté.

 -Ces moyens, énumérés à titre indicatif, font partie des pratiques essentielles de l’action non-violente. Il s’agit , de façon non exhaustive, de la non-coopération, la  désobéissance civile (Alain Refalo, Les sources historiques de la désobéissance civile, colloque Lyon  2006), l’obstruction non-violente, l’objection de conscience, la grève de la faim, la grève, le sit in (s’asseoir sur la voie publique en particulier des places), le boycott, le refus de l’impôt sur les armements, les pétitions…(JM Muller, Stratégie de l’action non-violente, Seuil,1981).

Les non-violents ont  aussi des pratiques d’éducation à la paix, ainsi par exemple « Non-violence Actualité » et son Centre de ressources  pour la gestion non-violente des relations et des conflits, avec ses outils pédagogiques, ses jeux coopératifs, ses formations. Des expositions comme « Ni hérisson, ni paillasson » du Centre pour l’action non-violente ont été et sont porteuses pour des jeunes.( Voir aussi JM Muller, De la non-violence en éducation, UNESCO et IRNC, 2002), des pratiques d’interventions civiles de paix où des  volontaires, après une formation, ont été envoyés sur des zones de conflits, par exemple  au Kosovo, en Palestine, au Guatemala (formation ICP assurée par le Mouvement pour une alternative non violente, MAN).Les non-violents ont également pensé « La dissuasion civile : les principes et les méthodes de la résistance non-violente dans la stratégie française. » (C Mellon, JM Muller, J Sémelin, La dissuasion civile, éditions FEDN, 1985).

 

3-L’immense panoplie des moyens de résister.

 

Si l’on veut essayer d’être global (sans être exhaustif et heureusement puisque les alternatives se multiplient et ne peuvent être enfermées dans aucune liste qui se voudrait complète), et si l’on veut être critique et prospectif  on peut énumérer  ces  moyens  de résister à partir de six   grands regroupements. Dans les deux premiers regroupements nous raisonnerons sur l’ensemble des acteurs dont les mouvements sociaux (associations, syndicats, ONG…), dans les quatre autres regroupements  nous serons plus proches des mouvements sociaux. Nous terminerons en donnant trois exemples très différents de résistances peu connues.

 

 

 -D’abord des moyens par grands domaines pour l’ensemble des acteurs (locaux, nationaux, internationaux) dont les mouvements sociaux :

 

 La démocratie ? L’étendre et l’approfondir, la vivre à la base. La justice ? Désarmer le pouvoir financier, remettre en cause le  chantage à la dette, subordonner le libre-commerce néo libéral tout-puissant à des conditions sanitaires, sociales et environnementales, relocaliser  entre autres par des circuits cours et des monnaies complémentaires, donner priorité à la justice sociale et l’égalité réelle, créer des initiatives solidaires, L’écologie ? Réduire et éliminer   les modes de production, de consommation et de transport écologiquement non viables , engager une véritable transition écologique. La paix ? Aller vers un véritable désarmement et vers des alternatives de défense, construire une éducation aux droits de l’homme, à la paix, à la résolution non-violente des conflits, à l’environnement… (sur beaucoup de ces alternatives  et d’autres voir « Le petit manuel de la transition »publié par ATTAC,2016).

 

 -Ensuite voilà un tableau opérationnel de l’ensemble des acteurs dont les mouvements sociaux :

Qui sont ces acteurs ? Tous à tous les niveaux géographiques (locaux, nationaux, internationaux). Ils vont donc de la personne en passant par l’association, le syndicat, l’entreprise, la municipalité, la région, jusqu’à l’ONG, l’Etat, l’organisation internationale, la firme multinationale …

 

Si l’on part de ce que chaque acteur « produit »  dans le système mondial (à une toute petite échelle, à une plus grande et à une puissante) on peut faire le point en trois colonnes : les reproductions (par exemple les atteintes à l’environnement), « l’entre deux » fait  de reproductions et de ruptures (dans la protection de l’environnement), les ruptures (des remises en cause environnementales plus ou moins radicales).

 

Dans chaque colonne on peut prendre les quatre grands domaines d’activités humaines : démocratie, justice, paix, environnement. On a donc douze réalités à inscrire si l’on veut avoir une vue globale de l’acteur dans le système productiviste. On peut aussi s’en tenir à un  seul domaine en le développant.

 

Ce schéma fonctionne pour tous les acteurs. On se rend vite compte du nombre et surtout de l’ampleur des remises en cause à continuer ou à entreprendre. Chaque acteur a ainsi une sorte de carte que l’on peut rendre plus parlante en marquant quelques dates dans chaque colonne.

 

 

 

-Ensuite voici  des moyens plus ou moins radicaux pour contribuer à faire face au défi climatique : on en trouve une énumération remarquable dans un appel d’Alternatiba (villages des alternatives contre le réchauffement climatique), appel en 2013 :

 

 « Des alternatives existent, elles ne demandent qu’à être renforcées, développées, multipliées : agriculture paysanne, consommation  responsable, relocalisation de l’économie, partage du travail et des richesses, conversion  sociale et écologique  de la production, finance éthique, défense des biens communs(eau terre, forêt, souveraineté  alimentaire ,solidarité et partage, réparation et recyclage, réduction des déchets, transports doux et mobilité soutenable, éco rénovation, lutte contre l’étalement urbain, lutte contre l’artificialisation des sols, aménagement du territoire  soutenable, démarches de préservation du foncier agricole, sobriété et efficience énergétiques, défense de la biodiversité, énergies renouvelables ,plans virage énergie climat, villes en transition, sensibilisation à l’environnement etc… » (Appel du 23 août 2013 de 90 organisations dans le cadre d’Alternatiba,  « Ensemble construisons un monde meilleur en relevant le défi climatique.»)

D’autre part n’oublions pas que la force de récupération du système productiviste mondial est puissante. Lorsqu’une réforme ou une remise en cause peut l’intéresser financièrement, il est capable de la détourner en tout ou partie à son profit. Les mouvements et militants de l’économie sociale et solidaire, du commerce équitable le savent et font divers choix quant aux moyens pour garder le cap de la remise en cause. Autre exemple lui très massif : donner un prix à la nature pour la protéger aggrave souvent la marchandisation sans  protéger, l’enjeu est de détecter parmi l’ensemble des moyens lesquels seraient porteurs de protection et de justice (Jean-Marc Lavieille, La marchandisation de la nature, in Hommage à un printemps environnemental, Pulim, 2016).

 

-Ensuite voici des moyens opérationnels des mouvements sociaux :

 

Faire poids en se regroupant, de ce point de vue  Alternatiba , village des alternatives contre le réchauffement climatique, est un exemple porteur depuis 2013 de citoyens qui agissent là où ils vivent sans attendre tout d’en haut, ils créent une coordination européenne à partir de 2014.Comment avancer dans l’organisation des mouvements sociaux ?

 Continuer à mieux s’organiser au niveau international et continental à travers coordinations, contre-sommets,  forums, déclarations communes, manifestations,  universités continentales ou sous continentales, et en particulier multiplier et renforcer les « fronts communs » sur des objectifs précis, continuer à approfondir  et développer le mouvement altermondialiste.

 Se confronter plus systématiquement à l’ensemble des autres acteurs, en particulier en allant vers des statuts renforcés et nouveaux des ONG dans les organisations inter étatiques, et en créant ou en renforçant des mécanismes de contrôle des conventions internationales.

 Créer des « internationales » dans des domaines de ruptures   essentielles  du productivisme, par exemple une « internationale de la lenteur » coordonnant les ONG existant dan ce domaine et contribuant à en créer de nouvelles.

 

 

-Enfin  un rappel de moyens  pouvant être importants pour les mouvements sociaux :

Les  moyens médiatiques sont essentiels pour des résistances, les mouvements sociaux y sont implantés. Un exemple récent et massif remarquable est celui de l’élection de 2016 où aux Etats-Unis les réseaux sociaux ont permis de se rassembler rapidement et où la non- coopération de villes, d’Etats fédérés s’est exprimée à travers déclarations, manifestations, grèves. Dans certains pays(Espagne) des municipalités, emportées par des mouvements engagés, (voter est aussi un des moyens de résister par exemple face aux partis xénophobes)  mettent en ligne des budgets municipaux pour que des internautes en discutent.(Politis, « Les alternatives en marche », article sur les mouvements sociaux européens réunis à Toulouse en août 2017,n°1467)

 

Les moyens juridiques sont très importants dans les résistances. Les membres de l’ONG Urgenda ont obtenu qu’un tribunal par une décision de juin 2015 ordonne au gouvernement des Pays-Bas de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. L’association Sherpa engage des poursuites contre des firmes multinationales fondées sur la loi du 27 mars 2017 relative  le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre, loi liée  à la responsabilité sociétale des entreprises. Ce sont deux exemples parmi beaucoup d’autres.

 

Les moyens  artistiques sont bien présents dans nombre de résistances. Musiques, chants, pièces de théâtre, poèmes, dessins, peintures… L’humour, transformé depuis longtemps en arme contre les dictatures, joue aussi son rôle dans des démocraties, par exemple contre des injustices et des atteintes aux libertés. Après des attentats, des expressions écrites sont présentes sur les lieux des drames. Quant aux concerts et aux festivals(par exemple celui des résistances) ils sont depuis longtemps des moments privilégiés pour exprimer des refus d’atteintes à la démocratie, à la justice, à la paix, à l’écologie, ils peuvent réunir de grandes foules qui communient à des  révoltes, des solidarités et des espoirs.

 

-Pour terminer trois exemples peu connus de résistances : celui d’un homme  face à la guerre, celui de victimes face à la colonisation, celui d’étudiants manifestant leurs solidarités, ce troisième exemple n’ayant pas bien sûr le caractère extrême des deux premiers. 

 

-« Un homme  lors de la Seconde guerre mondiale, en Italie, un jour s’est plié en deux. Impossible de le remettre droit, de jour comme de nuit, aucune force n’en est venue à bout. Impossible de le faire incorporer à la guerre ou maintenir en détention. Il est resté plié en deux pendant plusieurs années. Devenu symbole de la résistance il a été fusillé .Il avait inventé cette attitude corporelle silencieuse qui était sa façon de parler juste. Plié par refus de plier et pour montrer que l’homme était déjà plié sous le joug du fascisme. Aujourd’hui on parle encore de la façon singulière d’avoir dit non à la guerre.(Marie-Magdeleine  Lessana, Pour « une paix-attitude »,in « éclats de paix »,de Alain  Mingan, éditions du chêne,2004)

 

-« Devant la conquête et la colonisation de nombreux Mayas se suicidèrent prenant ainsi « le maquis de l’âme » dans une manifestation ultime de refus qui en laissait entrevoir bien d’autres. Les chefs mayas laissaient à leurs descendants ce message « Nous reviendrons ». (Michel Baccara cité dans « Mayas »,  Stéphane Ragot, Editions  Autrement ,  2002. )

 

-Sous forme de témoignage une résistance étudiante, à la fois dérisoire et pleine de force : en troisième année de droit, dans un amphi, à la fin d’un cours sur la protection internationale des droits de l’homme, longs applaudissements, debout, en hommage aux résistants résistantes dans le monde, devant le tableau sur lequel était écrit cette pensée de Pablo Neruda face aux dictateurs : « Ils pourront couper toutes les fleurs ils n’empêcheront jamais le printemps ! ».En master à la fin d’un cours de droit international de l’environnement, dans une salle, longs applaudissements, debout, devant le tableau sur lequel était écrit : « Vive et que vivent les générations futures ! ».

 Telles sont ces réflexions sur les formes et les moyens des résistances.Quelles réflexions proposer sur les obstacles et les limites des résistances ?

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