RESISTANCES : OBSTACLES ET LIMITES

RESISTANCES : définitions et fondements,formes et moyens,obstacles et limites.

TROISIEME PARTIE- LES OBSTACLES ET LES LIMITES DES RESISTANCES

 

 

 A-LES OBSTACLES DES RESISTANCES

 

 

Trois séries d’obstacles se dressent souvent sur les chemins et les routes de résistances : la faiblesse des résistances, la puissance d’adversaires  et, terrifiante, l’accélération du système mondial. Ce sera l’occasion de schématiser les circuits des volontés dans un quatrième point, volontés qui sont au cœur des trois éléments précédents.

 

1-La faiblesse de certaines  résistances.

Des résistances modérées ou radicales ne voient pas le jour  ou sont faibles cela pour au moins quatre séries de raisons.

 

-D’abord, au niveau personnel et /ou collectif, l’indifférence est là. Elle prend différentes formes qui peuvent s’additionner : mauvaise ou sous-information, insouciance de la prévention, manque de vigilance, lâcheté et passivité devant des injustices, acceptation parfois aveugle du pouvoir et de l’argent, fuite en avant,  absence de courage… habitudes qu’on ne peut plus et ne veut plus faire bouger .« Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes » écrivait un pasteur protestant, Martin Niemoller , envoyé en camp de concentration,  Einstein lui-même soulignait que le monde est dangereux à vivre par ceux qui font le mal et par ceux qui regardent et laissent faire. Rainer Maria Rilke, dans son poème « Heure grave», demandait : « Qui meurt quelque part dans le monde, /Sans raison meurt dans le monde , /Me regarde. »

-Ensuite le sentiment d’impuissance, au niveau personnel et/ou collectif, autrement dit la difficulté d’agir, ce sentiment  est vécu de plusieurs façons : Le nombre d’acteurs favorables au productivisme peut décourager, les montagnes des habitudes personnelles et collectives trop difficiles à soulever, le fait que « le local » bouge parfois mais que « le global » semble immobile, enfin les interactions entre les atteintes sont très nombreuses, interactions dans chacun des grands domaines d’activités, par exemple pour l’environnement entre le réchauffement climatique et l’extinction des espèces, et interactions entre les domaines d’activités, par exemple entre les atteintes à l’environnement et la paix, entre les injustices(vive la justice climatique !) et l’environnement.

 

-Egalement  la faiblesse dans l’organisation. Nous n’y reviendrons pas  ayant déjà souligné, dans les développements relatifs aux moyens, les avancées nécessaires, en particulier au niveau international, pour les mouvements sociaux. Une des faiblesses à tous les niveaux géographiques est de ne pas  essayer encore et encore de rassembler des forces, par exemple autour de « fronts communs. »

 

-Enfin les « contraintes », elles sont souvent financières par manque de moyens et aussi juridiques dans la mesure où les marges de manœuvres sont liées aux possibilités que laissent les textes aux différents niveaux géographiques et qu’il n’est pas évident de les faire évoluer ou de les changer, que l’on soit une association dans un pays ou un Etat dans une organisation régionale, l’Union européenne par exemple. Ces contraintes peuvent être soit un alibi pour ne pas changer grand chose soit une réalité que l’on doit affronter. Un proverbe, au niveau personnel comme collectif, a une part de vérité : « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse. »

 

2- La puissance de certains  adversaires.

 

-Si l’on veut rappeler quels sont les dominants du système productiviste il s’agit des marchés financiers, des grandes banques et des banques centrales, des firmes multinationales, des complexes scientifico-militaro-industriels, des grands groupes médiatiques, des Etats du G8 et de quelques autres dont la Chine et l’Inde, de certaines organisations régionales (Union européenne, Mercosur et de quelques autres…),de certaines organisations internationales (OMC,FMI, Banque mondiale…) …sans oublier les dominations des hommes.

 

-Deux remarques pour relativiser cette puissance :

 D’une part il ne faut pas oublier que les logiques générales  du système mondial sont des logiques d’autodestruction,  ainsi d’une part certaines de ces puissances sont menacées par la compétition et tôt ou tard peuvent être absorbées, d’autre part  les catastrophes produites par ce système peuvent se multiplier et s’aggraver, en particulier les catastrophes écologiques (voir sous la direction de  JM Lavieille, J Bétaille, M Prieur, ,Les catastrophes écologiques et le droit : échecs du droit, appels au droit, éditions Bruylant, 2012.)

D’autre part il faut  entrer en résistance en pensant que chaque acteur ne constitue pas toujours un bloc  (même les hommes par rapport aux libérations des femmes).Il peut avoir des contradictions, des fissures, des fractures. Le problème est de les trouver,  d’agir dessus,  d’y appliquer des leviers pour soulever des montagnes. Combien de libérations de femmes ont été accomplies ainsi, combien de gouvernements sont fragilisés par des désaccords qui les traversent, combien de multinationales, lorsque certaines de leurs  pratiques sont dévoilées, traversent alors des périodes où des réformes voire des remises en cause peuvent voir le jour.

 

3-Un obstacle terrifiant et déstabilisant  face aux résistances : l’accélération du système mondial.

 

Oui,  terrifiant et déstabilisant  intellectuellement, affectivement, pratiquement, humainement.

Parmi les ouvrages à souligner : ceux de Paul  Virilio, l’un des plus grands penseurs de la vitesse dans nos sociétés,  voir par exemple « Vitesse et politique », (Galilée,1977), ou aussi Le Grand Accélérateur, Galilée,2010), Jean-Pierre Dupuy, « Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible devient certain. (Seuil,2002), Jean Chesneaux, « Habiter le temps »,(Bayard,1996), Harmut Rosa « Accélération », (La Découverte,2010), Nicole  Aubert, « Culte de l’urgence. La Société malade du temps. » ( Flammarion, 2013), Lamberto Maffei, « Hâte-toi lentement » (FYP, 2016)

-L’histoire de l’accélération  se déroule en quatre évènements majeurs : les deux accélérations celle de la techno science et celle du marché mondial, l’explosion démographique (avec un accroissement-les naissances moins les décès- de la population mondiale de 226.000 personnes chaque jour !), l’urbanisation vertigineuse (plus de la moitié des générations présentes aujourd’hui vivent dans les villes).

-Les causes de l’accélération s’appellent les logiques des fuites en avant du système productiviste, la généralisation du règne de la marchandise, la circulation rapide d’informations, de capitaux, de services, de produits et de personnes, l’arrivée des technologies de l’information et de la communication…

-Les manifestations  de l’accélération    se traduisent par une accélération des techniques, des rythmes de vie, par des accélérations sociales, culturelles, environnementales, politiques. L’urgence est devenue une catégorie centrale du politique, or moins on élabore de politiques à long terme plus on se trouve submergé par les urgences.

-L’exemple de  l’environnement par rapport à l’accélération frappe, violemment et de plein fouet, l’ensemble des résistances pour le protéger. Cette accélération fonctionne comme  une machine infernale à travers quatre mécanismes. Premier mécanisme : le système  mondial s’accélère. Deuxième mécanisme : les réformes  et les remises en cause pour protéger l’environnement sont souvent lentes (complexité des rapports de forces  et des négociations, retards dans les engagements, obstacles dans les applications, inertie de systèmes économiques , sans oublier la lenteur  de l’évolution des  écosystèmes).Troisième mécanisme : on agit pour une part dans l’urgence. Quatrième mécanisme : il faut aussi construire et mettre en œuvre  des politiques à long terme ce qui demande du temps…or le système s’accélère (premier mécanisme). Autrement dit : il n’est pas sûr que les générations futures aient beaucoup de temps devant elles pour penser et mettre en œuvre des contre-mécanismes nombreux, radicaux et massifs : c’est là une pensée « qui réveille la nuit » beaucoup de militants, âgés et moins âgés.

-Les effets de l’accélération sur les sociétés : elle porte atteinte à la démocratie, Paul Virilio  écrit   tragiquement : « Quand il n’y a plus  de temps à partager il n’y a plus de  démocratie possible. ». L’accélération  a aussi des effets sur le travail, sur les contrôles, elle augmente du poids de l’urgence au détriment du long terme, elle contribue au développement des inégalités, elle  a des effets sur l’argent- le temps c’est de l’argent et l’argent c’est du temps- elle a  des effets  sur les actualités, elle contribue à l’administration des peurs, enfin  compétition et accélération se tiennent embrassées.

-Les effets de l’accélération sur les personnes : les rencontres sont souvent plus rapides, le présent est comprimé,  compressé, existe également un certain effacement de la diversité des tâches, les rencontres  du virtuel  et du réel sont en situations d’accélération, le temps  « mange l’espace » écrit  Paul Virilio , il y aussi une augmentation du nombre d’actions par unité de temps et une réduction de chaque épisode de vie, enfin sont souvent présents un stress et une nervosité, sans oublier  une atteinte à la capacité de comprendre.

 

 

 -Les solutions face à l’accélération peuvent se ramener à trois regroupements (voir blog Lavieille, Mediapart, L’accélération du système mondial.) :

 

 La soumission à la catastrophe programmée, l’acceptation de cette « course à l’abime   qui emporte un monde impuissant » : dans ce type de « réponses » les résistances s’effacent. Mais rien n’empêche une personne ou une organisation d’agir tout en partageant cette vision.

 

 

Les tentatives d’adaptation : dans ces réponses les résistances se situent souvent en aval, elles peuvent avoir leur importance en agissant sur des effets, leurs limites sont de ne pas véritablement  remonter aux causes  des phénomènes. 

 

  Enfin troisième série de solutions : Les réponses volontaires se traduisent, elles, par des résistances petites et grandes, modérées ou radicales, elles peuvent venir de multiples acteurs. Avec quels objectifs et quels moyens ?

 

 Quels  objectifs ces résistances mettront-elles en avant face à l’accélération ? Au moins cinq  séries d’objectifs :

 Renouer avec des besoins fondamentaux  c'est-à-dire se « déprendre » et patienter.

Se « déprendre », Claude Lévi Strauss  nous y invite dans la dernière page de « Tristes Tropiques » (éditions Plon, collection Terre Humaine, 1955), autrement dit prendre de la distance, savoir « lâcher prise » (facile à dire  nous avons mille sollicitations), différencier l’urgent de l’important (critique de nos moyens de communication), oser des « moments de paresse », ralentir le rythme frénétique de nos vies (« Sois lent d’esprit » écrivait… Montaigne, « la hâte détruit la vie intérieure » disait Lanza del Vasto).

Trouver ou retrouver la patience : avoir le temps de mûrir est contraire au court  terme du productivisme, mais les temps humains et ceux du vivant sont-ils plus proches de ceux des marchés  financiers, ceux de la seconde ou de la nanoseconde ,ou bien sont-ils plus proches de ceux des saisons de la nature, comme tour à tour l’enfant, l’adolescent, l’adulte, le vieillard ?

Fixer des limites au cœur des activités  humaines : précautions, préventions, réductions et suppressions des modes de production de consommation et de transports écologiquement non viables. Ce concept est   décolonisateur de la pensée productiviste.

Prendre en compte des théories et des pratiques de décroissance et de post-croissance à travers une économie  soutenable (s’éloignant du culte de la croissance, s’attaquant aux inégalités criantes à tous les niveaux géographiques, et désarmant le pouvoir financier ainsi que… la course aux armements), à travers le principe de modération de ceux et celles qui, pris dans la fuite en avant des gaspillages, seront amenés à remettre en cause leur consommation, leur mode de vie, à bruler moins d’énergie pour adopter des pratiques de frugalité, de simplicité. Essentielles sont aussi des relocalisations d’activités, des circuits courts, des richesses redistribuées. Essentielle également cette ennemi redoutable : la compétition, remise en cause par la consécration de biens communs (eau, forêts…), par des coopérations, des solidarités  , par l’appartenance   à notre commune humanité , par des périls communs qui devraient nous fraterniser.

Construire un temps libéré : Jacques Robin écrivait dans « Changer d’ère » (Seuil, 1989) «« Nous avons à enrichir le temps libéré pour qu’il ne soit ni temps vide, ni temps marchand  mais créativité  personnelle, convivialité  sociale et curiosité toujours en route. »  En ce sens on peut penser que diminuer la durée du temps de travail à partager est impératif non seulement comme moyen de lutter contre le chômage mais comme  un élément d’un équilibre de vie, en allant même plus loin, comme le propose par exemple André Gorz qui écrivait « Il convient de trouver un nouvel équilibre entre travail  rémunéré et activités productives non rémunérées. Quant au temps libre Paul Valéry écrivait magnifiquement : « Je déplore la disparition du temps libre. Nous perdons cette paix  essentielle des profondeurs de l’être, cette absence sans prix pendant laquelle les éléments les plus délicats de la vie se rafraichissent et se réconfortent, pendant laquelle  l’être en quelque sorte se lave du passé et du futur, des obligations suspendues et des attentes embusquées. Point  de pression mais une sorte de repos, une vacance  bienfaisante qui rend l’esprit  à sa propre liberté. »

Faire dialoguer passé présent et avenir : Jean Chesneaux  (« Habiter le temps », Bayard,1996)   se demande « Comment renouer un dialogue entre un  passé comme expérience, un présent comme agissant et un avenir comme horizon de responsabilité ? » Le temps citoyen doit affirmer sa « capacité  autonome » face au temps de l’Etat, du marché et, nous ajouterons, de la techno science.

 Quels moyens penser et  mettre en œuvre face à l’accélération ? A titre indicatif :

Des mouvements de ralentissement de la vie quotidienne, donc de décélérations dans des domaines de plus en plus  nombreux : villes, alimentation, éducation « lentes »…

Des moyens de réintégrer le temps :un respect des droits des générations futures, un respect du patrimoine culturel des  générations passées, une prise en compte des « droits du temps humain » ( il faudrait une « Charte mondiale » disait Jean Chesneaux), des déplacements repensés dans l’urbanisation, une désacralisation de la vitesse, la  création  d’une fédération mondiale d’ONG qui serait une sorte d’ « internationale de la lenteur ». De ce dernier point de vue il s’agirait en particulier de coordonner les ONG existantes et de contribuer à en créer de nouvelles.

Plus que jamais devant cet obstacle surhumain la pensée d’Antonio Gramsci doit être présente dans les actes et les espoirs des résistances : « Il faut avoir à la fois le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. »

Le pessimisme de l’intelligence permet d’avoir les yeux, les esprits et les cœurs ouverts sur des logiques profondes terricides et humanicides.

L’optimisme de la volonté permet d’avoir les mains,  les esprits et les cœurs à l’ouvrage.

Avec nos forces et nos faiblesses, personnelles et collectives, ne faut-il pas  faire en sorte que pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté marchent côte à côte, s’interpellent, se complètent, s’inclinent l’un vers l’autre et qu’ils deviennent des couples de combats ?

 

 

4-La complexité des mécanismes des volontés.

On évoque très souvent le manque de volontés en général et de volontés politiques en particulier.(voir blog Lavieille Mediapart, Les volontés politiques). Les situations sont très différentes entre la volonté d’une personne, d’un mouvement social, d’un Etat, d’une firme multinationale…Pourtant si l’on veut déterminer les grands circuits des volontés personnelles et collectives pendant leurs vies on se trouve devant trois séries de mécanismes et donc de contre-mécanismes. Ces contre-mécanismes sont souvent pensés, parfois en route et toujours à développer si possible et même en résistant à l’impossible.

Des volontés étouffées comment ?  Par  une éducation à la soumission et à la  compétition,   une administration des peurs,  des appels aux remèdes miracles,  une fuite en avant et une dictature du présent, des oppressions politiques, économiques, sociales, culturelles, environnementales,  un règlement violent des conflits.

Des volontés naissantes comment ? Par une éducation à la résistance, à l’esprit critique, à l’autonomie, à une éducation aux solidarités, à l’apprentissage des responsabilités, au respect des différences, à une présence dans les urgences et sur le long terme, à des libérations politiques économiques sociales culturelles environnementales, à un  règlement non-violent des conflits.

Des volontés dépassées comment ? Par la complexité et la technicité du système mondial, la complication des processus de décision, la rapidité du système, l’absence de moyens de résister ou leur caractère dérisoire, l’arrivée de catastrophes.

Des volontés résistantes comment ? Par l’apprivoisement de la complexité et la remise à sa place de la techno science, la prise en compte de l’ensemble des acteurs à travers des solutions imaginatives, l’élaboration de politiques à long terme, la capacité de proposition, des moyens conformes aux fins proclamées, une pédagogie des catastrophes quant à leurs causes et leurs effets.

Des volontés essoufflées comment ? Par la force de récupération du système, la survenance d’échecs personnels et collectifs, le sentiment de statu quo, l’érosion et l’épuisement des motivations.

 Des volontés à la recherche de nouveaux souffles comment ? Par des actions liées aux faiblesses et aux contradictions du système,  les leçons tirées des échecs personnels et collectifs,  la prise en compte des avancées locales et globales,  la recherche de motivations à renouveler ou à découvrir.

 

 B-LES LIMITES DES RESISTANCES

 

 

Des résistances ont des échecs : qu’est-ce que cela signifie ? Des résistances   ont  rendez-vous avec la mort, dans quelles circonstances ? Les résistances n’ont-elles pas des limites plus générales : qu’en penser ?

 

1-Les échecs de certaines résistances.

Les résistances personnelles et collectives rencontrent échecs et succès.

Marcel Proust disait « Il est peu de réussites faciles et d’échecs définitifs. »

 

  • D’abord  et avant tout il est impératif de reconnaitre les échecs criants.

On ne peut pas se consoler faussement,  se fermer les yeux : comment, dans de multiples lieux et sous de multiples formes, ne pas parler d’échecs criants face à des injustices, à des régimes autoritaires, des guerres et des catastrophes écologiques provoquées par l’homme ? Les migrants morts en Méditerranée sont un échec criant et pour l’Union européenne  et pour ses Etats membres et pour beaucoup d’autres acteurs.

 

 

          -Ensuite peut-être pourrait-on proposer une forme de définition de l’échec d’une  résistance?

Au niveau personnel et au niveau collectif seraient essentiels des critères d’avancées démocratiques, justes, écologiques, pacifiques pour essayer d’apprécier des résistances.

 Si l’on voulait tenter une définition globale  on pourrait peut-être dire :

Constitueraient des formes d’ avancées des résistances qui auraient contribué à la construction  de sociétés démocratiques, justes, écologiques,  pacifiques, cela à tel ou tel niveau géographique, de façon partielle ou plus globale, modérée ou plus radicale.

Constitueraient  des formes d’échecs des résistances qui ne seraient pas arrivées à remettre en cause l’arrivée, le maintien ou l’aggravation  de l’inhumain,  c’est à dire de sociétés autoritaires, injustes, anti écologiques, violentes, cela à tel ou tel niveau géographique, de façon partielle ou plus globale, modérée ou plus radicale.

 

-Mais ces définitions ne doivent pas considérer les situations à jamais figées. En fait les luttes, on le sait, doivent continuer, la vie continue pour le meilleur, l’entre deux et le pire. Ainsi une victoire que l’on croyait acquise n’était que celle d’un moment, par exemple un régime sortait de l’autoritarisme mais y replongeait. Ainsi ce que l’on croyait être une défaite se transformait en victoire quelque temps après, la firme multinationale remettait en cause une production polluante.

 

         -Il y a aussi parfois des formes d’échecs compliquées :

Il arrive  que des situations  aient des échecs  compliqués pour au moins cinq raisons :

D’abord la perception que peuvent avoir des adversaires n’est pas obligatoirement la nôtre. Une brèche psychologique a pu être ouverte, un recours juridique peut  être perçu par eux comme un danger.

Ensuite  on peut essayer d’en tirer les leçons : l’épreuve nous fait ainsi prendre la mesure  de nos propres forces et l’échec ne supprime pas la valeur de l’effort entrepris.

D’autre part « la ligne » entre l’échec et le succès est parfois très « mince », un autre effort  peut nous amener par la suite  à la victoire d’une résistance.

Ensuite  dans l’échec d’une résistance une part de l’action  peut avoir réussi mais on ne le voit pas  encore. «(…) A chaque pas que l’on fait  on ne sait si on marche sur une semence ou un débris »(Alfred de Musset)…Ceci peut être vrai par exemple dans l’enseignement où des valeurs auront été partagées et ,au fil du temps, elles pourront avoir des effets heureux.

Enfin d’autres personnes et organisations pourront prendre la relève et trouver sur leurs routes des avancées de ceux et celles qui les précédaient. L’exemple du mur de Berlin est extraordinaire de ce point de vue puisque les coups de boutoirs sous diverses formes ont existé depuis sa construction jusqu’en 1989 soit près de trente ans.

 

-Existent-ils des échecs définitifs ?

 

 D’une part nous avons d’abord répondu que les morts liées aux atteintes aux libertés, aux égalités, aux solidarités ont quelque chose d’un échec définitif – les souffrances et les morts ont été et sont de cruelles réalités.Le flambeau de la relève peut constituer un espoir, on constate d’ailleurs que ce flambeau est parfois repris par des proches des victimes qui entrent en résistance, si çà n'était pas déjà le cas avant les drames.

 

 D’autre part existe la question de l’échec global final qui correspondrait à la  destruction de l’humanité. L’espoir serait définitivement mort pour les humains mais sans doute pas pour la totalité du vivant pour lequel on peut imaginer diverses hypothèses en particulier marines, sauf probablement dans quelques cas , par exemple si l’on s’orientait vers une planète de type de celle de Vénus(465°C) où la chaleur serait destructrice de tout le vivant. 

Le lendemain du lancement des bombes nucléaires en 1945 Jean-Paul Sartre écrit : « A la prochaine  guerre tout peut sauter. Cette fin absurde laisserait en suspens pour toujours les problèmes qui font depuis  dix mille ans nos soucis. Chaque matin  nous savons  désormais que nous pouvons être à la fin des temps. »

 

           2-Les résistances et la mort.

 

-Morts de résistants, d’associations, d’autres acteurs …mais des relèves peuvent suivre :

Des résistances peuvent rencontrer la mort dans trois séries de situations :  

Celles  des victimes  que trouvent ou accompagnent dans leurs derniers moments des résistants.

 Celles des répressions de résistants, par exemple des droits de l’homme, qui peuvent les conduire jusqu’à la mort.

 Celles enfin des décès de militants pour diverses raisons et de mort définitive de tel ou tel acteur, une association par exemple qui disparait soit en droit légalement dissoute, soit  dans les faits faute de combattants. Cela ne veut pas dire que des  associations plus ou moins proches  ne réapparaissent pas sous d’autres noms. Les flambeaux des personnes et d’autres acteurs sont souvent repris, des luttes continuent.

 

-Il est surhumain que dans des camps de la mort aient vu le jour des résistances.

« Même dans une situation limite l’Humanité est plus forte que l’inhumanité. » écrivait Hermann Langbein , résistant déporté autrichien.

Ainsi ont existé des résistances dans ces camps de l’horreur face aux nazis. Résistances physiques contre la faim, la soif, le froid, contre le travail terrible, contre les conditions sanitaires déplorables, résistances invisibles de solidarités jusqu’à la mort,  résistances culturelles , intellectuelles, religieuses, morales, résistances contre le terrorisme psychique ,résistances face à la hiérarchie des camps, résistances pour témoigner, résistances actives par une organisation clandestine, par des sabotages, des évasions et mêmes des révoltes. (Voir Langbein Hermann, La résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes1938-1945,Fayard,1981. Sur internet dossier remarquable   « Résister dans les camps nazis », plaquette de préparation du Concours départemental de la Résistance  et de la Déportation,2012)

 

 

3-Les limites des résistances

 

On est ici dans une contradiction que l’on peut assumer à une condition.

 

 D’un côté un certain nombre de luttes contre le productivisme se font au nom, entre autres, de la détermination de limites au cœur des activités humaines. Cela se traduit entre autres par les principes de précaution et de prévention. Jacques Ellul disait : « Qu’est-ce qu’une société qui ne se donne plus de limites ?

 

 D’un autre côté dans un certain nombre de résistances on lutte comme si l’on allait conquérir le ciel, avec la force des possibles et aussi celle des impossibles.

 

La contradiction peut être levée : tant mieux si l’on veut monter à l’assaut du ciel parce que l’optimisme il en faut beaucoup, il réduit à la cuisson, ne faut-il pas essayer de garder son enthousiasme, malgré des désillusions, en une sorte de « désillusion enthousiaste » ? 

 

 Mais cela doit se faire à une condition déjà énoncée :

 que l’on monte à l’assaut du ciel ou pas, que l’on veuille soulever des montagnes ou pas, que l’on « marche vivant dans son  rêve étoilé » ou pas   : les moyens mis en œuvre doivent être conformes aux finalités proclamées, des moyens  démocratiques, justes, pacifiques, écologiques.

 

Tel est cet ensemble de définitions et de fondements, de formes et de moyens, d’obstacles et de limites des résistances.

 

Nous aurions pu conclure sur les flammes des résistances mais, comme nous aimons aussi beaucoup le mot souffle, nous les associerons.

 

 

 

 

 

            Remarques terminales : flammes , souffles et résistances.

 

 

 

-De nombreux auteurs les évoquent, nous  en citerons  symboliquement quelques uns : un philosophe, un homme politique, un chef indien, un poète.

            Héraclite pour lequel feu est aux origines du monde « Tout se convertit en feu et le feu    

           se transforme en tout(…). »

Charles de Gaulle pour lequel « Quoiqu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas »

Seattle pour lequel « L’air est précieux à l’homme car tous partagent le même souffle : la bête, l’arbre, l’homme. »

René Char pour lequel « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière. »

 

           -Certes flammes et souffles peuvent être synonymes de mort :

Flammes de l’enfer,  armes d’horreur crachant des flammes, flammes destructrices  de personnes d’animaux de forêts de maisons de bâtiments…

Derniers souffles du monde, souffle qui passe, souffle que l’on perd, souffle qui s’éteint, souffles destructeurs des tempêtes et des ouragans…

 

-Mais flammes et souffles sont aussi synonymes de vie :

Flammes qui réchauffent, flammes des feux de camp, flammes sur nos bougies d’anniversaires, flammes dans nos cœurs, flammes dans nos nuits…

Nouveaux souffles du monde, chercher son souffle, retrouver son souffle, souffles de vie, souffles des ancêtres, souffles  des générations futures…

 

         -Les flammes et les souffles portent les résistances du vivant et sont portés par elles.

 

          Voilà, encore, les flammes et les souffles de ceux et celles qui  nous ont précédés.

 

          Voilà, déjà, les flammes et les souffles  de ceux et celles qui  vont nous suivre.

 

          Mais ce sont nos flammes et nos souffles que l’on attend.

          Et ce sont nos flammes et nos souffles qui nous attendent...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.