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Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l'environnement ,du désarmement, en relations internationales) et militant.
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Billet de blog 15 janv. 2022

Nucléaire : problèmes, drames et menaces du nucléaire ( II )

Nucléaire : problèmes, drames et menaces du nucléaire ( II )

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Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l'environnement ,du désarmement, en relations internationales) et militant.
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nucléaire : problèmes, drames et menaces du nucléaire ( II ) 

                                      Le nucléaire civil et militaire n’est pas un « problème » devant lequel on se trouve , c’est un ensemble de problèmes, de drames et de menaces dans lesquels ont été, sont et seront de nombreux êtres humains et d’ailleurs aussi  une partie du vivant.

Nous envisagerons tour à tour cinq séries de réalités :

 Les liens entre le  nucléaire militaire et le nucléaire civil.(A) 

Les dépenses pour l'électricité nucléaire : sans fin. (B)

Les accidents nucléaires et les contaminations radioactives.(C)

Les déchets nucléaires civils et militaires.(D)

Les victimes directes et les victimes indirectes du nucléaire.(E)

  A-Le nucléaire militaire et le nucléaire civil ont de multiples  liens .

1-Contrairement à ce que certains affirment, croient ou font croire,  il n’existe pas de cloison étanche entre le nucléaire civil et  militaire. Un des auteurs qui l’a pleinement montré était Bruno Barillot dans une étude décapante  « Le complexe nucléaire. Des liens entre l’atome civil et l’atome militaire ». (Observatoire des armements , Lyon, 2005).

La filiation entre les deux va d’ailleurs se développer dans le plan  d’investissement « France 2030 » puisque, par exemple,  le petit réacteur modulaire a pour concept un réacteur développé par TechnicAtome, société qui a construit les réacteurs nucléaires militaires pour la propulsion des sous-marins et du porte-avions français. Le chef des armées reconnait que, dans la recherche comme dans la production,  « la filière nucléaire vit de ses complémentarités et elle doit d’ailleurs être pensée dans ses complémentarités.»(discours du Président de la République sur l’avenir du nucléaire, visite che Framatome, Le Creusot,  8 décembre 2020.)

2-Un des contre-pouvoirs citoyens dans ce domaine, le « Réseau Sortir du nucléaire », met en avant cette réalité incontournable selon laquelle « derrière le nucléaire il y a la bombe. »

 3-On connait également les graves insuffisances du traité de non-prolifération nucléaire en particulier dans les contrôles. (Voir notre ouvrage « Le droit international du désarmement », éditions L’Harmattan,1998, préfacé par le Président de la Cour internationale de justice qui était en fonction au moment de l’avis du 8 juillet 1996 sur la licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires.)

 B-Les dépenses pour l'électricité nucléaire : un puits sans fin.

Comme certains disaient au Japon que le nucléaire militaire a des effets sans fin, ne peut-on pas dire que le prix de l’électricité nucléaire, qui est un puits sans fond, est aussi un puits sans fin ?

Elle est « bon marché »  affirment certains   alors que ces dépenses s’annoncent de plus en plus nombreuses et  insoutenables, c’est bien de gouffres financiers dont il s’agit d’amont  en  aval ,  à titre indicatif tour à tour : extractions, entretiens, constructions,  carénages,  démantèlements, entretiens,arrêts de centrales, retards dans les projets, prolongations,nouvelles constructions, gestions des déchets, incidents et accidents...

A titre indicatif, et variables selon les sources, voici quelques réalités et quelques estimations qui ne sont certainement pas au complet :

- Le prix de l’uranium  sur le marché mondial a augmenté de 60 % en un an (aujourd’hui 46 dollars la livre), il avait atteint 40 dollars en 2021 pour la première fois depuis 2014.Le coût de cet uranium peut repartir  encore à la hausse, quels effets sur le prix de l’électricité ?

-Le vieillissement  du parc nucléaire pose des problèmes techniques(érosion...) et financiers.Ainsi le fait de fermer des réacteurs , pour quelques mois ou une ou plusieurs années selon les cas,   (par exemple début janvier 2022 cinq sur 56), représentant de l'ordre de 12% de la capacité totale ,voilà qui aggrave encore la situation financière.

-Le "grand carénage"(programme industriel de rénovation et de modernisation du parc nucléaire existant) d'ici 2030 :selon l' estimation  de la Cour des Comptes il serait de  100 milliards d'euros.En outre passera-t-on  de prolongations de 40 à 50 ans pour arriver à des projets de prolongations de 60 ans et plus? Encore des compléments financiers...

-La dette d'EDF est lourde,42 milliards d'euros en 2021.On peut la comparer par exemple avec le chiffre d'affaires de 71,3 milliards en 2020.En 1998 elle était de 22 milliards ,elle a donc explosé à travers en particulier des investissements problématiques ou catastrophiques et un prix faussement bon marché de l'énergie nucléaire ne  tenant pas compte du coût  réel.

-Des pertes par rapport aux concurrents. Dans le but, comme promis, de ne pas laisser augmenter  les prix de l’énergie, le gouvernement français  ( l’Etat détient près de 84% du capital d’EDF) a demandé en janvier 2022 à EDF de vendre plus d’électricité à un prix plus bas à ses concurrents.EDF perdra donc quelques milliards d’euros.

 -Le coût du démantèlement (qui dure de 15 à 40 ans) de centrales : 80 milliards d’euros, c’est une estimation mais le coût réel est inconnu,il sera très certainement beaucoup plus élevé  en particulier, selon un rapport parlementaire de l'Assemblée Nationale de 2018, pour  la prise en compte "de la  remise en état du site, la déconstruction des structures souterraines, les frais d’évacuation du combustible usé, le coût de la gestion des déchets radioactifs et non radioactifs, le coût social du démantèlement (reclassement des salariés)"…

-Le stockage en profondeur de déchets à Bure : en 2020  EDF, qui doit payer la facture de ce stockage, évaluait le coût à 20 milliards d'euros. L’Andra (organisme public chargé des déchets nucléaires en France), estime le coût de l’opération Bure à 34 milliards d'euros. Sans compter qu’on n’est pas à l’abri d’opérations nécessaires pour éviter des catastrophes, comme dans les galeries de la mine de sel d’Asse en Allemagne, demandant par exemple plusieurs milliards d’euros.

-La nouvelle piscine d'entreposage  centralisé(capacité de 6500 tonnes) pour  des combustibles nucléaires usés à La Hague, prévue en 2034, serait de l'ordre de 1,25 milliard d'euros,sans compter des "solutions transitoires" à cause de la saturation de l'entreposage.


- La France a repris l’exportation  des déchets nucléaires vers la Sibérie. Découverte en 2009 cette pratique est illégale selon le code de l’environnement (article L542-2-2), un contrat entre Orano (ex-Areva) et une entreprise russe a été récemment  conclu, il considère l’uranium de retraitement comme recyclable donc qui "ne constitue pas  un déchet " .Greenpeace en novembre 2021 a bloqué un convoi à Pierrelatte. Mais quel est le coût total de ces opérations? Prendra-t-on aussi en compte les effets environnementaux et sanitaires éventuels  en Sibérie ?

-L'EPR de Flamanville (réacteur pressurisé européen)  avait au départ un coût estimé à 3 milliards d'euros, la Cour des Comptes constate  qu'il coûterait  19 milliards d'euros,sa mise en service a été  plusieurs fois  retardée au nom de la sécurité,l'Autorité de sûreté nucléaire(ASN) fait son travail titanesque ici comme ailleurs.

-Et les  petits réacteurs modulaires (PRM,en anglais Small modular reactors, SMR) ?On nous répétait « plus les réacteurs sont gros plus c'est rentable", maintenant on nous affirme "plus les réacteurs sont petits... plus c'est rentable", demain que nous dira-t-on?

-Pour la seule recherche relative aux réacteurs de petite taille en octobre 2021 l'exécutif français s'est engagé sur un programme d'investissement supplémentaire de 1 milliard d'euros d'ici 2030... qui sera certainement revu à la hausse(?)...

-En janvier 2022 le commissaire européen au marché intérieur a annoncé que les centrales nucléaires existantes « nécessiteront 50 milliards d'euros d'investissements d'ici à 2030. Et 500 milliards d'ici à 2050 pour celles de la nouvelle génération. » 

 -A cela il faut ajouter les effets sanitaires et environnementaux au Niger. L’extraction de l’uranium voit les premières  recherches en 1957, les premières exploitations en  1971, tout cela avec de nombreux et graves effets sanitaires(sur la vie et la santé des travailleurs et des populations) et environnementaux(sols, air, eaux) (Voir par exemple "Abandonnés dans la poussière", rapport de Greenpeace, mai 2010, sur "l'héritage radioactif d'Areva -aujourd'hui Orano- dans les villes du désert nigérien.")…

-Le coût d'un accident majeur : impossible à chiffrer? Selon certaines sources de l'ordre de 430 milliards (soit 20% du PIB français  ),pouvant aller jusqu'au "pire scénario" de l'ordre de 5800(?) milliards d'euros. Comment chiffrer un dommage s’étendant sur des générations? Comment prendre en compte  la fermeture d’un territoire, par exemple pour des particuliers ne pouvant revenir dans leurs logements ?

Autant de dépenses et d’autres encore  qui font que,  peu à peu,  des énergies renouvelables sont financièrement de plus en plus intéressantes et par comparaisons et en elles-mêmes.

C-Les accidents nucléaires et les contaminations radioactives.

 On peut dénoncer les mensonges de certains qui  affirment  que Tchernobyl et Fukushima ont" fait zéro mort" ou "quelques victimes".

1-En ce qui concerne les effets des accidents de centrales nucléaires il s’agit de  drames à court moyen long et très long termes, ainsi de la population ukrainienne (accident nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986),de la population  japonaise (accident nucléaire de Fukushima du 11 mars 2011), sans oublier les blessés,les évacuations de populations ,les contaminations de l' environnement , proche et beaucoup plus lointain, qui  ont été sont et seront encore liés à ces drames.

Pour le drame de Tchernobyl les rapports  vont de 30 victimes... à 985.000 victimes. L''OMS et l'AIEA en 2002 ont estimé qu'il y avait eu une cinquantaine de morts parmi les 700.000 "liquidateurs" et 4000 décès à terme par cancer.

Par contre en décembre 2009 l'Académie des Sciences de New-York, à partir de sources indépendantes du monde entier, a estimé que 985.000 décès sont attribuables aux retombées de  ce drame entre 1986 et 2004.

Même si le bilan reste difficile à établir, signaler l'existence de données très différentes reste une exigence intellectuelle minimale.

Pour la catastrophe de Fukushima, selon un bilan japonais du 3 mars 2011, celle-ci a entrainé la mort de 18.500 personnes par le séisme et le raz-de-marée,tandis que le compte post accidentel lié à la centrale nucléaire s'élève à 2317 morts dans la préfecture de Fukushima.Des inconnues demeurent encore sur les cancers à long terme.

2-  On doit avoir en mémoire le titre d’un petit livre sur les hibakushas, survivants des bombes atomiques : « Guerre nucléaire guerre sans fin » . ( Voir  nos deux ouvrages « Construire la paix », éditions la Chronique sociale,1988)). On peut dire que les luttes contre les effets d’un accident nucléaire majeur sont  et seront des formes de « guerre sans fin. »

 On peut  aussi affirmer que, parmi  d’autres exemples, si les accidents de centrales nucléaires se multiplient, les lieux évacués, pour des périodes  plus ou moins longues, se multiplieront aussi, ce sont là des logiques profondes.

3-On peut également affirmer que les pollutions radioactives  dans le milieu marin (accidents de centrales nucléaires près des côtes, sous-marins nucléaires accidentés, fuites de fûts par érosion et pression de l’eau …) ont des logiques destructrices et catastrophiques à  long terme   pour les humains et pour de nombreuses espèces, le milieu marin se trouve peu à peu pour une part  « tchernobylisé . »

A Fukushima à travers les nappes phréatiques l'eau contaminée part déjà dans l'océan  Pacifique .Les millions de mètres cubes d’eau contaminée, actuellement stockés dans des cuves,  partiront dans l’océan Pacifique grâce à un tunnel en construction.  Le rejet de ces eaux commencera en 2023.Avant le rejet  cette eau contaminée sera traitée.    La société Tepco assure pouvoir enlever le  césium et le strontium mais pas le tritium (période radioactive de deux ans) .  On envisage donc de diluer cette eau polluée à de l’eau de mer. En 2024 le volume d'eau de la centrale nucléaire serait réduit de moitié à son niveau de 2020.Ainsi l'humanité héritera  d' une pollution radioactive  de plus dans l'océan Pacifique malgré les protestations de divers Etats dont la Chine et celles d'ONG dont Greepeace.

Une dizaine d'Etats a rejeté  des  déchets radioactifs dans des barils ou en effluents liquides de 1945 à 1982(moratoire) et 1993(interdiction)donc pendant presque cinquante ans.,essentiellement dans l'Atlantique du Nord-Est(Manche et Mer du Nord comprises) et en Arctique,sans oublier une petite partie dans le Pacifique Ouest et Est.

 Ludovic  Dupin ( Novethic, "Les monstres des abysses.Quand l'humanité noyait ses déchets nucléaires au fond des océans",17 août 2020) écrit :

"La France a participé à deux vagues d’immersion en 1967 et 1969 pour un total de 14 200 tonnes de déchets issus du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). À l’époque, pour rappel, le parc nucléaire français n’existait pas. Le pays a ensuite fait le choix d’utiliser des sites de stockage surveillés à terre. En plus du nucléaire civil, la France a aussi immergé dans le pacifique 3 200 tonnes de déchets issus de la recherche en matériaux nucléaires pour les essais militaires."

"Restent des données inconnues, notamment du côté de l’ex-URSS et des Etats-Unis. Ces deux pays ont pu procéder à des immersions en dehors de tout cadre de programmes internationaux. En particulier, l’agence française explique que ces deux nations ont mis à la mer "des cuves de réacteurs contenant, pour certaines, du combustible".

"Au début des années 80, il a été envisagé de récupérer des milliers de ces fûts. Des études radiologiques ont même été menées en ce sens par l’AEN , l’Ifremer et l’AIEA. Mais les niveaux de radioactivité restaient voisins des niveaux naturels. De nombreux fûts métalliques sont encore intacts mais souffrent de plus en plus de la corrosion."

 Trois  problèmes majeurs se posent aujourd'hui  par rapport aux fûts radioactifs immergés: leurs emplacements exacts,la corrosion qui les attaque , la pression de l'eau qui les menace.

Les sortir des océans, outre les difficultés techniques lorsqu'ils sont très profonds,fera rebondir la question: comment et où les stocker à terre avec moins  de risques?

4-Le monde en 2021 comptait 442 centrales nucléaires en service dans 33 pays,  en France 56 réacteurs nucléaires en activité sont répartis sur 19 sites. Le jour où interviendra un accident nucléaire majeur  dans une centrale en France le plan ORSEC de secours en cas d’accident nucléaire majeur sera  très probablement  dérisoire. Dramatiques seront le caractère soudain de la catastrophe, l’impréparation collective, les effets -à court moyen et très long termes- sanitaires et environnementaux…  Posons-nous une question plus que symbolique : combien de lits d’hôpitaux opérationnels  et de personnels spécialisés pour les victimes contaminées par la radioactivité ? Question tristement connue face à d’autres situations, ainsi celles de luttes contre les virus.

D-Les déchets nucléaires civils et militaires français.

Les déchets sont définis dans le code de l’environnement (articles L.542-1 à 542-14). Il  définit les déchets radioactifs comme « des substances radioactives pour lesquelles aucune utilisation ultérieure n’est prévue ou envisagée ou qui ont été requalifiés comme tels par l’autorité administrative en application de l’article L.542-13-2(…) »

Cette définition est critiquable en termes de protection sanitaire et environnementale parce que les opérateurs restent maitres de cette création de déchets, s’ils déclarent que telle ou telle matière peut être réutilisable elle échappe à la catégorie de déchets.

On distingue cinq catégories de déchets nucléaires selon leur durée de vie :

Haute activité (plus de 31 ans à plusieurs centaines de milliers d’années) (stockage prévu au Centre industriel de stockage géologique(Cigéo, à Bure)

Moyenne activité à vie longue (plus de 31 ans)( stockage aussi  à Bure)

Faible activité à vie longue (plus de 31 ans)(sur les sites des centrales en activité ou en cours de démantèlement ou au centre de retraitement d’Areva à La Hague, Manche)

Faible et moyenne activité à vie courte (entre 100 jours et 31 ans)(stockage à Soulaines-Dhuys dans l’Aube  et près de La Hague)

Très faible activité (31 ans à plusieurs centaines de milliers d’années) (Morvilliers dans l’Aube)

Pour ce qui est des déchets civils nous dirons simplement un mot de l’enfouissement et de la saturation(1)

Nous ferons ensuite  une synthèse rapide des déchets nucléaires militaires, réalité beaucoup  moins connue. (2)

1-Les déchets nucléaires civils.

On se trouve devant  de nombreuses  difficultés liées à l'enfouissement(a) et à la saturation(b).

a-L'enfouissement.

A l'échéance de la loi de 1991 la loi du 28 juin  2006 sur les déchets radioactifs avait établi un calendrier qui fixait en particulier le choix d'un site de stockage réversible  en couche géologique profonde. Avait été retenu le projet Cigéo comme une solution durable à long terme.Mis en œuvre par l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) le site devrait accueillir à terme 10.000 m3 de déchets Haute activité à vie longue et 70.000 m3 de déchets Moyenne activité à vie longue.

 Après 2125, date jusqu’à laquelle les déchets seront réversibles, le « mausolée nucléaire français » (Cigéo, Centre industriel de stockage géologique) de l’enfouissement en couche profonde sera scellé « pour l’éternité. », en tous les cas pour des milliers d’années.

A Bure,petit village à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne , ces déchets enfouis à environ 500 mètres dans des conteneurs, sur  15 km2,  représenteraient une petite part du volume total des déchets radioactifs, soit  0,2% pour les déchets de haute activité et 3% pour les déchets de moyenne activité à vie longue. Au total ils concentrent 99,9% de la radioactivité de l'ensemble des déchets radioactifs.En surface voilà 70 hectares  pour prévoir le refroidissement et le reconditionnement,sans oublier un puits de ventilation relié au site.

En 2016 c'est le décret d'autorisation de création du site de stockage,en 2017 c'est le début des travaux de construction.La mise en service du centre d'enfouissement pourrait être vers 2030-2035(?)

En 2004 a vu le jour "la maison de résistance à la poubelle nucléaire de Bure",elle est gérée par un collectif "Bure Zone Libre" et par le réseau "Sortir du nucléaire". De très  nombreuses résistances au projet se sont organisées.Depuis 2016 de nombreux procès ont eu lieu,en particulier l'un  en juin 2021  contre des militants antinucléaires. Relaxés de "l'accusation d'association de malfaiteurs" ils ont été condamnés en raison d'une "manifestation non déclarée".

On peut penser que les générations présentes et surtout  les générations futures  risqueront de se trouver  face à face « avec des glissements de terrain, des arrivées d’eau, des combustions, des explosions… », donc  ce que certains appelleront  des   formes  de   « crime contre les générations futures. »

Sur une tombe était magnifiquement écrit

« Ce que j’ai gardé je ne l’ai plus, ce que j’ai dépensé je l’ai eu, ce que j’ai donné je l’ai. »

Les générations futures, si elles sont victimes de la radioactivité, ( d’autres  atteintes peuvent ne pas les épargner) pourront faire écrire sur leurs tombes  en évoquant  des générations passées, entre autres celles  de 1945 à 2030 :

 « Ce qu’elles ont gardé (leurs centrales nucléaires)  elles ne les ont plus mais pour notre malheur nous les avons, ce qu’elles ont dépensé on ne l’a jamais eu  , ce qu’elles ont donné, laissé en dépôt sous formes de déchets, leurs irresponsabilités, elles les ont encore. »

Une des questions les plus cruciales  pour la civilisation technologique, c’est donc bien  de savoir comment agir sans compromettre « la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. » 

 b-La saturation .

Greenpeace en particulier  avait tiré la sonnette d'alarme en janvier 2019.L'ONG avait averti de ce risque de saturation des bassins de l'usine de traitement de La Hague,  bassins construits de 1976 à 1985.

Le président de l'ASN (Autorité de sureté nucléaire),dont les propos ont été recueillis par Perrine Mouterde et Adrien Pécout,(Le Monde,19 janvier 2022) ,"alerte sur "la double fragilité inédite" du dispositif français à la fois pour les réacteurs(entre autres cinq réacteurs à l'arrêt pour un problème de corrosion sur un circuit de sûreté)  mais aussi pour les installations qui fabriquent,retraitent ou valorisent le combustible".

Ainsi une fragilité existe dans les installations du cycle combustible,pourquoi? Selon l'ASN d'abord  à cause du retard  de la nouvelle piscine à venir(2034 au lieu de 2030)  face à la saturation de l'entreposage sur le site de La Hague,ensuite à cause   des difficultés d'entreposage à venir (saturation en 2022) pour les "rebuts" de l'usine qui fabrique du MOX (type de combustible) ,enfin à cause du " développement d'une corrosion sur "les évaporateurs de l'usine de retraitement  de La Hague", corrosion plus rapide qu'envisagée  par Orano"( . Rappelons que l'entreprise Orano - anciennement Areva-est  spécialisée dans les métiers du combustible nucléaire,c'est une multinationale française créée en 2001.)

 N'oublions pas, d'autre part, que dans l'Aube à Morvilliers le Centre industriel de regroupement,d'entreposage et de stockage(Cires) atteint peu à peu le seuil de saturation.Il contient les déchets nucléaires les moins dangereux et fin 2020 il était  rempli à 63%, à cette allure il sera saturé en 2029. L'Andra envisage une augmentation de la capacité du site.

 2-Les déchets nucléaires militaires.

Cette réalité fait partie des domaines les plus difficilement transparents du nucléaire, ce qui pose bien sûr une question démocratique en particulier pour  les parlementaires et les citoyen.ne.s.

Insistons sur le fait qu’au niveau international la situation par rapport aux informations est à ce jour celle d’un linceul de silence dans un certain nombre des neuf Etats dotés d’armes nucléaires, ainsi de la Chine, du Pakistan, d’Israël, de la Corée du Nord. Il arrive qu’ici et là certains accidents ne peuvent  être cachés et surtout le courage de militants est présent autant que faire se peut pour arriver à  découvrir  quelques informations sur des effets sanitaires et environnementaux.

Dans le sillage des travaux de Bruno Barrillot et de Mary Davis(« Les déchets nucléaires militaires », Etudes du CRDP, Lyon,1994), Jean-Marie Collin et  Patrice Bouveret  ont publié un remarquable étude  intitulée « Déchets nucléaires militaires. La face cachée de la bombe atomique française.  » Elle est  éditée par l’ICAN France (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires ) et l’Observatoire des armements,  en décembre 2021.

 Les auteurs de l’étude ci-dessus écrivent :

« Par déchets nucléaires militaires nous entendons, l’ensemble des déchets engendrés dans les  installations nucléaires militaires pour la fabrication, la maintenance et le renouvellement  des ogives nucléaires et de leur vecteurs (si radioactivité il y a)ainsi que des systèmes de propulsion nucléaire de la Marine nationale et ceux issus du démantèlement des installations nucléaires. Auxquels doivent se rajouter à terme et en raison des engagements internationaux contractés par la France dans le cadre du Traité de non-prolifération les stocks de matières fissiles. Les autres déchets radioactifs liés aux systèmes d’armes (avions par exemple) ou tout autre produit lié à une utilisation militaire sont également considérés comme des déchets nucléaires militaires. Enfin les stocks de combustibles usés doivent eux aussi entrer dans cette catégorie. »  Ces derniers sont de 198 tonnes stockées à Pierrelatte dans 315 puits métalliques jusqu’en 2040.

 L’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a évalué leur volume à 9% du total soit  148 630 m3 sur 1 670.000 m3. N’ont pas été recensés dans ce total par exemple  les déchets enfouis au Sahara entre 1960 et 1967, de même ceux immergés dans  l’Atlantique du Nord-Est  dans les années 1960.

Dans la mesure où les sous-marins et les porte-avions vont être renouvelés d’ici 2050 « Cherbourg sera alors la première ville atomique du monde  accueillant dans son port militaire déjà 7 réacteurs nucléaires en attente de démantèlement et d’ici 2050  11 nouveaux   réacteurs nucléaires ( qui seront stockés sur une durée minimale de cinquante ans avant que puisse commencer le processus de démantèlement complet. »(Etude citée ci-dessus).

Parmi les recommandations faites par les deux auteurs celle d’ un rapport d’information spécifique sur les déchets nucléaires militaires que réaliserait l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Il faut absolument des informations sur ces déchets nucléaires militaires, par exemple sur les lieux précis et les contenus précis  de leurs stockages ainsi que sur leurs effets sanitaires et environnementaux.

Autre recommandation « La France devrait aussi engager une réflexion pour considérer les stocks actuels de matières fissiles(25 tonnes d’uranium hautement enrichi et 6 tonnes de plutonium) ainsi que les 290 ogives nucléaires comme de futurs déchets des armes nucléaires », tout cela pour commencer à aller  vers la signature du Traité d’interdiction des armes nucléaires du 7 juillet 2017 entré en vigueur le 22 janvier 2021. Les neuf Etats qui ont des armes nucléaires devraient tous  s’orienter vers ces choix, on devine dans cette perspective de désarmement nucléaire que les stockages de déchets nucléaires deviendront encore plus massifs.

E-Les victimes directes et les "victimes indirectes" du nucléaire.

 1-Comment ne pas évoquer  les victimes directes du nucléaire par les accidents nucléaires (en Ukraine, au Japon) et certains incidents multiples porteurs de fuites radioactives dans les rivières, les mers, les sols et l'air.

La transparence est souvent difficile ou parfois presque impossible à établir selon les pays et les incidents et accidents.Les travaux de journalistes,de scientifiques  et de militants d'ONG sont en ce domaine particulièrement remarquables.

2-Atteintes aussi par les contaminations ayant pour origine les 2400 essais nucléaires aériens puis souterrains des Etats nucléaires ,  (Sahara algérien et Polynésie pour les essais nucléaires français, Niger pour l'extraction de l'uranium par la France, autres lieux nombreux liés aux essais des Etats-Unis  (dans le Nevada et aussi dans l'océan Pacifique), de l’Union soviétique(dans le polygone de Semipalatinsk au Kazakhstan ),de la Grande-Bretagne( dans le désert du centre de l'Australie à Maralinga),de la Chine( dans la région de Xinjiang).

Jean Rostand , scientifique, philosophe, ardent défenseur du désarmement nucléaire, affirmait que ces essais constituaient une "atteinte au capital génétique de l'humanité", générations futures comprises.

3-Quant aux "victimes indirectes", particulièrement nombreuses, il est très rare qu'on les invoque. Ce sont  des personnes, des parties de populations,   des peuples restés sans réponses face à des besoins criants de santé,d'environnement,d'alimentation,d'éducation..

 Le CARN (Campagne pour l’abolition des armes nucléaires) dans un rapport rappelle qu’en 2019 les Etats-Unis  ont dépensé 35 milliards de dollars pour leurs armes nucléaires, de même  les autres Etats nucléaires ont dépensé d’énormes sommes,  la France par exemple avec 4,9 milliards de dollars « pour cette seule année  aurait pu financer 100.000 lits de soins intensifs, 10.000 ventilateurs, et les salaires de 20.000 infirmières et ceux de 10.000 médecins. »

Ainsi le nouveau porte-avions français à propulsion nucléaire, en activité en principe en 2038, coûterait de l’ordre de 6 milliards d’euros.

Ainsi la loi du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire de 2019 à 2025 prévoit 37 milliards d’euros pour assurer « les moyens nécessaires au maintien sur le long terme de la dissuasion nucléaire.»  La santé, l’environnement, l’éducation ne pourraient-ils pas  bénéficier d’une partie de ces sommes colossales ?

 Ainsi ,  de façon encore beaucoup plus gigantesque, les dépenses nucléaires militaires mondiales ( en 2020 plus de cinq milliards de dollars chaque jour)  auraient pu financer par exemple  l’effectivité du droit d’accès à l’eau et à l’assainissement  pour tous les habitants de la Terre dans un programme mondial, son absence étant source de malheurs incommensurables alors que les  moyens d’y remédier  sont connus. Le transfert des dépenses militaires, en particulier nucléaires, vers la  santé ,  l’alimentation et l’environnement est et serait un puissant moyen de sauver des vies.

4- Il est vrai que les décideurs des Etats dotés d’armes nucléaires sont, pour l’instant,   incapables  d’avoir le courage politique de signer et de ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires de 2017 .   Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies le 3 janvier 2022 se sont contentés d’affirmer  qu’il faut « prévenir la guerre nucléaire qui ne peut être gagnée » alors que l’on sait que l’élimination des armes nucléaires est le seul moyen de garantir qu’elles ne seront jamais utilisées.

 5-Rappelons que la « Commission internationale indépendante sur l’élimination des armes nucléaires » (novembre 1995 à Canberra en Australie, rapport d’août 1996) avait affirmé que « les armes nucléaires ont perdu leur justification ». « Elles augmentent l’insécurité générale et continuent de représenter un danger pour l'humanité.»

Michel Rocard, ancien premier ministre, qui  faisait partie de cette Commission,  s’était ainsi remis en cause dans son jugement sur la force de frappe, mais tout le monde n’a pas cette  capacité d’ouvrir les yeux et de déranger ses idées.

6-La conscience est  souvent  en retard  ont  écrit beaucoup d’auteurs,   l’histoire des êtres humains  nous le  redit sans cesse.

« ( …) Croire à la paix c’est foi, il faut vouloir ,  la foi est courage. Au contraire croire à la guerre c’est croyance, pensée agenouillée et bientôt couchée, c’est répéter ce qui a été dit et redit, c’est penser mécaniquement »  écrivait  le philosophe Alain. 

Mettre perpétuellement en avant et avoir à la bouche le terrible « soyons réalistes, restons réalistes » c’est aujourd’hui en fait, malgré soi et/ou avec soi, être  fermé sur des mécanismes de mort, c’est refuser les paris d’autres possibles, c’est étouffer l’audace, c’est pactiser avec l’indifférence, être paralysé par la peur de ne rien pouvoir faire et ne rien faire, c’est enfin et surtout se laisser glisser sur la pente la plus forte : celle d’un système porteur de souffrances et de drames.

Remarques terminales

Le lendemain du drame d’Hiroshima Albert Camus écrivait « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie(…) Ce n’est plus une prière mais un ordre qui doit qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir entre l’enfer et la raison. »

 « Accepter l’arme atomique c’est se rendre complice, par nonchalance ou passivité, du plus abominable forfait que l’homme ait jamais prémédité contre l’homme » disait Jean Rostand . « La guerre commencera à avoir du plomb dans l’aile le jour où les candidats qui promettent d’augmenter les crédits militaires cesseront d’être élus » écrivait Bernard Clavel.

 En attendant : merci les Etats!Les peuples vous remercient ! Chaque jour  plus de cinq milliards de dollars  partent dans les dépenses militaires mondiales alors qu’un enfant sur deux dans le monde est en situation de détresse et/ou de danger (misère, faim, guerre, maladie, catastrophe écologique, autres violences.) Et alors que  la matrice  de la plupart des violences c’est l’injustice.

(Voir sur ce blog de Mediapart et sur notre site « au trésor des souffles » nos articles sur « Les violences ».)

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