Fraternisés par les périls  écologiques : quels obstacles ? ( II )

Fraternisés par les périls  écologiques : quels obstacles ? ( II )

Fraternisés par les périls  écologiques : quels obstacles ? ( II )

 

 

Bernard Clavel écrivait « Je ne vois pas comment la fraternité peut se développer sous des cieux où la justice est faussée par la soif de richesse, l’appétit de gloire ou l’ivresse du pouvoir.»

De nombreux  obstacles entravent à des degrés divers les fraternisations face aux périls   communs.

Ils  sont généraux(A), il  existe aussi un obstacle  qui est  particulier (B).

 

A-Les obstacles généraux face aux fraternisations devant les périls écologiques.

Ces obstacles tiennent aux périls écologiques eux-mêmes (1) et à certaines logiques du système mondial(2).

 

1-La rapidité et les interactions des périls écologiques, obstacles aux fraternités.

Le réchauffement  climatique et l’effondrement de la diversité biologique s’accélèrent, ils sont encore plus rapides que ne le pensaient  souvent nombre d’experts.

 Et les interactions entre les éléments de l’environnement se multiplient.

Ces deux facteurs peuvent entrainer impuissance, indifférence et sidération.

Ces deux facteurs peuvent contribuer  à un sentiment d’impuissance, à un « ce que l’on fait ou rien c’est pareil » ce qui ne favorise guère des solidarités. Ce sentiment d’impuissance, au niveau personnel et/ou collectif, pourra  être  vécu de plusieurs façons : le nombre d’acteurs favorables au productivisme peut décourager, les montagnes des habitudes personnelles et collectives sont  trop difficiles à soulever, le fait que « le local » bouge parfois mais que « le global » semble immobile, enfin les interactions entre les atteintes sont très nombreuses, interactions dans chacun des grands domaines d’activités, par exemple pour l’environnement entre le réchauffement climatique et l’extinction des espèces, et interactions entre les domaines d’activités, par exemple entre les atteintes à l’environnement et la paix, entre les injustices  et l’environnement.

 Ces deux facteurs peuvent être accompagnés  au niveau personnel et /ou collectif, d’une indifférence dans la mesure où l’on n’est pas encore touché. Elle prend différentes formes qui peuvent s’additionner : mauvaise ou sous-information, insouciance de la prévention, manque de vigilance, lâcheté et passivité devant des injustices, acceptation parfois aveugle du pouvoir et de l’argent, fuite en avant,  absence de courage… habitudes qu’on ne peut plus et ne veut plus faire bouger .« Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes » écrivait un pasteur protestant, Martin Niemoller , envoyé en camp de concentration,  Einstein lui-même soulignait que le monde est dangereux à vivre par ceux qui font le mal et par ceux qui regardent et laissent faire. Rainer Maria Rilke, dans son poème « Heure grave», nous interpellait : « Qui meurt quelque part dans le monde, /Sans raison meurt dans le monde ,  /Me regarde. »

-Cette rapidité des catastrophes écologiques et des interactions peut provoquer de nombreuses sidérations personnelles et collectives. Face à des situations de  débâcle écologique on peut être frappé de paralysie, de tétanie, sans réactions et  cela pour un temps très variable,  que l’on se trouve dans la zone d’impact ou de destruction. Les comportements instinctifs sont ceux de sidération et de fuite panique, de lutte instinctive .Viennent ensuite   les comportements acquis qui seront ceux de d’évacuation, de la mise à l’abri, de recherche de proches et  de  secours que l’on appelle ou  auxquels on participe parfois dans un premier temps si on en a la force.

 

 2-Des logiques du productivisme, obstacles aux fraternités.

Ces logiques, le plus souvent, ne vont pas dans le sens de coopérations, de solidarités, de fraternités.

La compétition économique. John Galbraith, économiste américain, dans « Le nouvel Etat industriel »(1967), montre en particulier que beaucoup de guerres ont été et sont liées au contrôle des matières premières, ainsi par exemple le pétrole. Ces guerres sont « des formes extrêmes de la concurrence industrielle ». Cet auteur dénonce la production de guerre comme étant « un gaspillage nécessaire qui permet la justification des dépenses d’armements et la poursuite de la course au profit ». La compétition peut être un des ressorts du nationalisme lequel en appelle à la domination sur d’autres pays voire  à la haine d’autres peuples.

De façon plus globale le Club de Lisbonne, animé par Riccardo Petrella, dans « Les limites à la compétitivité »(2005), dénonce « l’évangile de la compétition », mais « la bonne nouvelle » n’existe que pour les gagnants, la machine à gagner devient de plus en plus une machine à exclure, elle est donc productrice de violences.


On retrouve cette opposition fondamentale entre ceux et celles ( de loin les plus nombreux avec une véritable « colonisation des esprits ») qui pensent que la compétition est naturelle, qu’elle est saine, bonne, nécessaire , et ceux et celles (moins nombreux, mais quelque chose de minoritaire n’est pas faux pour autant…c’est simplement minoritaire) qui pensent que la compétition est un produit de l’histoire, qu’il y a des compétitions liées aux périodes et aux sociétés, que les solidarités et les coopérations peuvent et doivent l’emporter face aux périls communs qui s’appellent la débâcle écologique, les armes de destruction massive, les inégalités criantes, la techno science et les marchés financiers non remis à leurs places.

Ainsi la recherche du profit, synonyme de fructification des patrimoines financiers, de financiarisation du monde, avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques tournées vers eux-mêmes.

L’efficacité économique, synonyme du moment où, cessant d’être au service de la satisfaction de véritables besoins, la recherche d’efficacité devient sa propre finalité, le sens de l’autre n’est pas son premier  souci.

Le culte de la croissance synonyme du « toujours plus », de mise en avant de critères économiques supérieurs aux critères sanitaires, sociaux, environnementaux, culturels, de surexploitation des ressources naturelles, de fuite en avant dans une techno science qui a tendance, ici et là, à s’auto reproduire et à dépasser les êtres humains. Croissance qui va  reculer, se tasser, être en berne, mais qui  va revenir,  repartir, rebondir  et qu’il faut soutenir,  favoriser ,  éternel refrain de la  relance ... Sainte croissance protégez-nous d’abord  !

 La course aux quantités synonyme d’une surexploitation des ressources naturelles, de surproductions, de créations de pseudos besoins alors que des besoins vitaux ne sont pas satisfaits pour la grande majorité des bientôt huit milliards d’  habitants de notre planète.

La domination sur la nature synonyme d’ objet au service des êtres humains, ses ressources sont souvent exploitées comme si elles étaient inépuisables. Certains pensent même que l’homme est capable de se substituer peu à peu à la nature à travers une artificialisation totalisante, il commence à se dire même capable, après l’avoir réchauffée, de « mettre la Terre à l’ombre » par de gigantesques projets technologiques (géo-ingénierie).Peu importe les effets collatéraux pires que le mal.

La marchandisation du monde synonyme de transformation, rapide et tentaculaire, de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités transformées en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché, d’éléments du vivant (animaux, végétaux) décimés, et d’éléments de l’environnement qui sont entrés dans le marché (eau, sols, air…).Dans ce système « tout vaut tant », tout est plus ou moins à vendre ou à acheter.

La priorité du court terme synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaboration de politiques à long terme qui soit ne sont pas pensées en termes de sociétés viables, soit ne sont pas mises en œuvre et disparaissent dans les urgences fautes de moyens et de volontés.

L’accélération synonyme de course omniprésente  à travers, par exemple, une techno science en mouvement perpétuel, une circulation rapide des capitaux, des marchandises, des services, des informations, des personnes, une accélération qui a de multiples effets sur les sociétés et les personnes, une des hypothèses les plus probables étant celle d’une « course effrénée à l’abîme qui emportera un monde impuissant ».(Voir par exemple Harmut  Rosa « Accélération », La Découverte, 2010.)

 L’expropriation des élu(e)s et des citoyen(ne)s n’a-t-elle pas tendance, ici ou là, à apparaître ou à se développer ? Ainsi les marchés financiers n’entraînent-ils pas une expropriation du politique par le financier ? La primauté du libre-échange et la puissance des firmes géantes n’entraînent-elles pas une expropriation du social par l’économique ? La compétition n’entraîne-t-elle pas une expropriation de la solidarité par l’individualisme ? La vitesse n’est-elle pas un facteur de répartition des richesses et des pouvoirs qui défavorise ou rejette des collectivités et des individus plus lents ?

L’obstacle qui suit  est plus directement et plus spécifiquement contraire à la fraternité.


B-Un obstacle particulier : la fabrication de l’adversaire et de l’ennemi.

Deux contextes ne facilitent guère les fraternités(1). Des fabrications de boucs émissaires, d’ennemis  peuvent se développer(2). Mais  ne faut-il pas se demander quel  est le véritable ennemi, n’est-ce pas le système mondial autodestructeur ? (3) 

 

1-Des contextes de compétition et de militarisation.

 

 La compétition est synonyme, nous répète-t-on, d’ « impératif naturel de nos sociétés ». Elle alimente les logiques précédentes et elle est alimentée par ces logiques. Elle est omniprésente, omnisciente, omnipotente dans le système productiviste. La logique de la compétition  est élevée au rang « d’impératif naturel » de la société. Elle est au dessus  du « vivre ensemble » et au dessus du « bien commun ». « Etre ou ne pas être compétitif » nous dit le système, si vous n’êtes pas compétitif – pays, région, ville, entreprise, université, personne…- vous êtes dans les  perdants. « Malheur aux faibles et aux exclus » écrivait Riccardo Petrella dans son  article sur « L’Evangile de la compétitivité » (Le Monde diplomatique, septembre 1991.) «  Chacun invoque la compétitivité de l’autre pour soumettre sa propre société aux exigences  de la machine économique » écrivait également André Gorz ( Ecologica , éditions Galilée, 2008.L’ouvrage réunit sept textes parus entre 1975 et 2007).

La militarisation du monde existe sous de multiples formes, ainsi  des espaces militarisés,  des recherches, des  productions et des ventes d’  armements,  des conflits armés, des grandes manœuvres,  des éducations à la guerre, des administrations extrêmes de multiples peurs, des fabrications d’ennemis, par exemple de  nouvelles classes jugées dangereuses,  les déplacés environnementaux. Tournés vers l’ennemi ils ne voyaient pas que le sol s’effondrait sous le poids des armements.

 

 

2-Les  fabrications  des « ennemis ».

Alors que le sol s’effondre on construit des citadelles et on  désigne l’ennemi. On peut alors arriver aux guerres entre Etats et aux guerres civiles.

-Les différences entre concurrents, adversaires et ennemis.

Aujourd’hui dans le langage courant un ennemi  est différent d’un adversaire ou d’un concurrent. Dans le domaine économique on parlera de concurrents, dans le domaine sportif d’adversaires, dans le domaine militaire d’ennemis.

Mais les situations ne sont pas aussi simples. Le raisonnement par domaine peut être relatif, on considèrera par exemple que des concurrents peuvent se comporter en véritables ennemis. On passe d’une appellation à une autre, ne parlons pas de haines qui ,  par exemple, peuvent intervenir chez certains supporters sportifs sans parler de compétitions économiques où « la guerre » fait de nombreuses victimes qui perdent leurs emplois.

Un autre critère intervient, l’ennemi c’est celui qui est désigné comme tel. Il est souvent désigné des deux côtés, un groupe terroriste peut ainsi avoir  des cibles et être ciblé. Il arrive aussi que des ennemis soient attaqués sans déclaration de guerre. 

On pourrait penser que la violence départage les trois séries de réalités. Or il y a une violence des concurrences à travers des compétitions. Par contre l’emploi de certains moyens utilisés ne fait guère de doutes, le feu des  armes sur le terrain est synonyme de lutte contre l’ennemi.

«  L’ennemi est bête. Il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui » disait magnifiquement, absurdement et dramatiquement Pierre Desproges.

 

-Les mécanismes de fabrication de l’ennemi.

La fabrication des  « ennemis » se fait essentiellement  par l’administration des peurs,  C’est une fabrication  souvent  réciproque, 

« Le virage sécuritaire » de différents pays  consiste à restreindre des droits humains pour , dit-on, répondre à des menaces sans pour autant répondre à une meilleure protection des citoyens. Le sécuritaire est lié à l’imaginaire répressif et au fonctionnement du mécanisme de boucs émissaires, dénoncés à l’ intérieur et à l’extérieur. 

Demain  les nouvelles classes dangereuses  massives  seront probablement les déplacés environnementaux dont les Etats n’ont pas commencé à penser et négocier  un statut international , alors  que certains pensent déjà   par exemple  les  parquer sur des océans  ou derrière des murs  et des miradors.

 

-Une forme de  sécuritaire se voulant absolu est celle  des  armes de destruction massive à travers la prolifération gouvernementale et , dans de faibles proportions , non-gouvernementale. Est-ce qu’elle ne correspond pas à une sorte de vaste chantage à la mort ? C’est une fausse paix qui repose sur la peur d’être détruit, on capitalise un certain nombre de peurs face à un ennemi réel ou hypothétique, en produisant une arme monstrueuse qui est censée nous en préserver. La guerre correspond  à l’équation « ta mort c’est ma vie » or,  avec les armes de destruction massive on arrive à une équation selon laquelle « ta mort c’est ma mort » puisque l’emploi de telles armes menace aussi leurs utilisateurs. D’où l’urgente nécessité pour l’humanité de s’engager dans cette nouvelle équation : « ta vie c’est ma vie ». Est-ce que « changer notre rapport à la mort n’est pas changer notre rapport à la paix, à la peur, à la violence ? » ( Voir  l’ouvrage remarquable de Jacques Sémelin, « Pour  sortir de la violence », Editions ouvrières, 1983).Pas de paix véritable fondée sur la peur mais, souligne l’auteur, « la volonté d’évoluer vers la maîtrise de nos craintes, la gestion de nos conflits, la non-violence de nos actions » et, peut-on ajouter,  la construction d’une véritable sécurité commune.

-Le désir mimétique et le mécanisme victimaire.

 René Girard, dans « De la violence à la divinité »(2007), qui réunit quatre de ses ouvrages, en particulier « La violence et le sacré » (1972), « Bouc émissaire »(1982), met en avant d’éclairants instruments d’analyse qui « ne sont pas des idées philosophiques, des concepts sociologiques. Ce sont des rapports humains très simples. » Il s’agit du « désir mimétique » et du « mécanisme victimaire. »
Le désir est copié sur un autre désir, il est « mimétique », il y a un sujet désirant, un autre sujet désirant à imiter, un objet désiré. Le ressort du conflit s’appelle la concurrence « rivalitaire », chacun désire ce que désire autrui. Apparaît ainsi les cycles des jalousies, des haines et des vengeances. Se laisser prendre par ces concurrences religieuses, nationales, idéologiques, voilà qui va multiplier les violences…L’escalade des jalousies , l’escalade des « comparaisons venimeuses », celle aussi des représailles, accompagnent la mondialisation.

Les sociétés dites primitives pensaient que les puissances divines qui nous donnent la vie peuvent aussi à tout moment la retirer. Le sacré a une double face : il est vénéré parce qu’il fait vivre, il fait peur parce qu’il tue. Il existe donc une violence fondatrice du sacré puisque ces puissances divines provoquent en nous des pulsions de vie et de destruction. Ainsi « la violence et le sacré sont inséparables.»
Les cultures archaïques ont ainsi cherché à domestiquer la violence en faisant appel au religieux, c’est le sacrifice qui va servir d’exutoire temporaire. Dès les sociétés primitives c’est pour se protéger des désirs de destruction qui rendent à tout moment possible la violence réciproque, œil pour œil, dent pour dent, que les hommes ont inventé « la violence unanime du sacrifice qui les réconcilie aux dépens d’une victime émissaire ».Le mécanisme a fonctionné contre des animaux, des personnes, des groupes, des peuples, des Etats. C’est le « tous contre un.» On veut arrêter la violence par la violence. Ce mécanisme a été mis en œuvre de façon terrifiante à travers différentes périodes.
Loin de s’arrêter la violence a proliféré, le mécanisme est en train de se casser, parce que les transcendances ne sont plus ce qu’elles étaient, parce que nous commençons à comprendre que nous sommes les acteurs de violences à travers par exemple des injustices planétaires, parce que l’utilisation d’armes de destruction massive, sortes de formes de violences sacralisées, peuvent faire disparaître les ennemis mais aussi ceux qui les emploient.
René Girard pensait qu’il faut rompre avec le sacrifice d’autrui quelle que soit la  cause avancée. Il faut rompre aussi avec le sacrifice de soi, désir de se sacraliser qui n’a rien à voir avec les risques que l’on peut prendre pour combattre une violence en donnant place à la vie.

 

-Les effets des  mécanismes de fabrication des boucs émissaires et des ennemis.

 

Dans les  mécanismes de fabrication des boucs émissaires et des ennemis les effets sont de trois  ordres.

 Cette fabrication est non seulement catastrophique par les souffrances qu’elles engendrent mais aussi par les sommes gigantesques qu’elles monopolisent et qui ne vont pas vers des besoins criants . Enfin , on l’oublie presque toujours, par le temps perdu qu’elle demande alors qu’il devrait être consacré aux remises en cause à travers  des moyens  écologiques, justes, démocratiques  et  pacifiques, du local au mondial, moyens consacrés à un monde viable.

 

3-L’ennemi  aujourd’hui c’est  un  système mondial   condamnable et condamné.

Le véritable  ennemi  n’est-ce pas  le système mondial fondé sur ce trio infernal : le productivisme, le capitalisme et  l’anthropocène ?

Pourquoi ? Parce qu’il est autodestructeur. Cette autodestruction se manifeste sous quatre formes :

Première forme d’autodestruction : les  périls communs, c'est-à-dire des séries de  drames et de menaces, ils sont soulignés dans l’introduction de cet article.

Deuxième forme d’autodestruction : le productivisme nous dépasse et avance dans l’autodestruction. D’une part il nous dépasse par sa complexité, sa technicité, sa rapidité, trois facteurs qui font que la fatalité existe souvent, certes à des doses variables, mais elle correspond à l’impression profonde selon laquelle les marges de manœuvres de bon nombre d’acteurs diminuent et des politiques alternatives aux différents niveaux géographiques sont de plus en plus difficiles à penser et à mettre en œuvre.
D’autre part ce système a des pentes suicidaires à travers son insécurité (par exemple liée à la gigantesque course aux armements), ses inégalités (entre sociétés Nord-Sud, et à l’intérieur de chaque société), sa fragilité (en particulier écologique), trois facteurs qui baignent dans une compétition rapide et effrénée.

Troisième  forme d’autodestruction : le productivisme ne réalise pas le bien commun.

Ainsi du point de vue démocratique, les citoyens et citoyennes peuvent de moins en moins se réapproprier leur présent et leur avenir, le système est pour une large part autoritaire. Du point de vue environnemental le productivisme fonctionne sur l’utilisation forcenée de la nature, le système est pour une large part destructeur de l’environnement. Du point de vue pacifique le productivisme est porteur de multiples formes de violences, il est pour une large part violent. Du point de vue de la justice le productivisme contribue à aggraver des inégalités et à en créer de nouvelles, il est pour une large part injuste.

Quatrième  forme d’autodestruction : le productivisme contribue aux confusions entre les fins et les moyens.

Cela signifie que les fins, c’est-à-dire les acteurs humains, en personnes, en peuples, en humanité, sont plus ou moins ramenées aux rangs de moyens, plus ou moins domestiqués comme consommateurs, expropriés comme producteurs, dépossédés comme citoyens, « marchandisés » comme êtres vivants…Cela signifie aussi que les moyens, avant tout la techno-science et le marché mondial, ont tendance à se transformer en fins suprêmes.

 

Ainsi ce système n’est-il pas condamnable et condamné ?

 - Ce système n’est-il pas condamnable du seul fait, par exemple, qu’il y ait  en 2018 un enfant sur deux dans le monde en situation de détresse et/ou de danger ( guerres, maladies, misère…) et du seul fait, par exemple, que les marchés financiers ont pris, depuis 1971 (fin de la convertibilité du dollar en or), une large partie de la place des conducteurs  qu’étaient  les Etats et les entreprises, autrement dit ,pour faire court, le politique et l’économique ?

 Ce système n’est-il pas condamné du seul fait , par exemple, que plus de 5 milliards de dollars partent chaque jour en 2019 vers les dépenses militaires mondiales, et du seul fait, par exemple, que des activités humaines entraînent un réchauffement climatique  qui menace l’ensemble du vivant (3°C à 6°C -ou plus- d’élévation de la température moyenne du globe vers 2100) et à cette même date un  mètre  -ou plus-  d’élévation du niveau des mers ?

Ces deux petits passages ci-dessus, actualisés d’année en année, sont souvent repris dans mes écrits et mes interventions orales. Cela me fait penser à ce qu’un vieil ami disparu m’avait dit  « L’amour n’a qu’un mot, il le redit sans cesse mais il ne le répète jamais, c’est l’amour. » De même on peut redire sans cesse que le productivisme a deux mots qui le qualifient « Condamnable et condamné. » On peut les redire sans cesse, mais on ne les répétera jamais… assez.

Dans sa compétition totalisante, terricide et humanicide, le productivisme n’est-il  pas l’un des contraires  de ce que peuvent être  l’amour,  l’amitié, la fraternité ? Eux aussi  peuvent être pris dans les filets de ce système inhumain, il faut alors beaucoup de forces, de chances, de solidarités  pour les trouver ou les retrouver et pour participer à l’avènement d’un monde viable face aux périls communs en particulier écologiques.

 

Ainsi les obstacles généraux qui contrarient les fraternités dans les catastrophes écologiques s’appellent la débâcle écologique elle-même et les logiques du productivisme.

Un obstacle particulier va consister à désigner des boucs émissaires des catastrophes au lieu de dénoncer des mécanismes et de les remettre en cause, au lieu surtout de comprendre que le véritable ennemi c’est le système mondial autodestructeur qu’il s’agit de remettre en cause.

 Pour surmonter ces obstacles et mettre en œuvre des fraternités quels moyens doivent voir le jour ?

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