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Billet de blog 24 août 2018

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ENVIRONNEMENT : LES CAUSES DE LA DEBACLE MONDIALE ( II ) (la cause globale)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

II- ENVIRONNEMENT : LA CAUSE GLOBALE DE LA DEBACLE

Qu’on soit indifférent, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette, le système international peut être défini avant tout comme un système productiviste. C’est probablement le terme qui  le qualifie le mieux dans sa globalité.

 Le productivisme est un véritable système totalisant qui s’empare de la nature (A), il repose sur une omniprésence  des  marchés économiques et sur la puissance des marchés financiers  dont les logiques sont le plus souvent très loin de la protection de l’environnement (B), le développement qui l’accompagne est mis en cause par la destruction de l’environnement (C).  

 A- Le productivisme, un système totalisant qui  fait  main basse sur  la nature

   1- Le productivisme : un système totalisant

   a- Le système productiviste est le système existant  le plus  global

Un système c’est la combinaison d’éléments qui vont former un ensemble.

Le productivisme va bien au-delà de la simple tendance à rechercher systématiquement l’amélioration ou l’accroissement de la productivité, celle-ci étant un rapport mesurable entre une quantité produite (par exemple de biens) et les moyens (machines, matières premières…) mis en œuvre pour y parvenir.

 Le productivisme est aussi  plus global que le libéralisme qui est, à partir du XVIIIème, la doctrine économique de la libre entreprise selon laquelle l’Etat ne doit pas gêner le libre jeu de la concurrence.

De même le productivisme est plus global et beaucoup plus ancien que le néolibéralisme, doctrine qui apparaît dans les années 1970 et qui accepte une intervention limitée de l’Etat.

 De même le productivisme, s’il a de nombreux points communs avec le capitalisme, en tant que système économique et social fondé sur la propriété privée des moyens de production, sur l’initiative individuelle et la recherche du profit, est aussi probablement( ?) quelque chose de plus vaste, lié non seulement aux dominants de la techno-science mais lié aux recherches et aux techniques elles-mêmes qui, loin de toujours libérer les êtres humains et le vivant  peuvent contribuer  aussi à les écraser.

b-  Le système  productiviste est totalisant dans l’espace

Il est présent, à des degrés  divers, à tous les niveaux géographiques, à travers tous les acteurs et dans toutes les activités humaines.

 L’environnement va donc être logiquement atteint sur l’ensemble de la planète, même si cela existe de façon  variable ou très variable selon  les lieux,  les formes,  en intensité et dans le temps (destruction brutale ou lente).

 Cela ne veut pas dire que  des contre logiques et  des  ilots de résistance ne voient pas le jour, ils sont essentiels dans l’ensemble des activités humaines.

c- Le système productiviste est  totalisant dans le temps

 Son passé a au moins  cinq siècles. Le productivisme est né à la fin du Moyen- Âge(XVème), il s’est développé à travers la révolution industrielle du milieu du XVIIIème   en Angleterre et du début du XIXème siècle en France,  est devenu omniprésent , omnipotent, omniscient au XXème et au début du XXIème siècle.

 Il est tout puissant dans le présent, la mondialisation est elle-même un   phénomène puissant  (Voir sur ce blog nos articles sur « La mondialisation »).

 Il hypothèque déjà l’avenir. Les générations futures, qui dans l’imaginaire collectif s’étalaient sur des centaines ou des milliers d’années, sont désormais directement menacées à court et moyen termes. Elles ne sont plus perdues dans des lointains inaccessibles mais là, juste devant nous. Elles nous regardent et nous disent « Que faites-vous ? ».

 Le rapport sur «  l’avenir de l’environnement mondial » GEO 5  du PNUE, en 2012, affirme que « plusieurs seuils critiques aux niveaux mondial, régional et local sont sur le point d’être atteints ou ont été dépassés. »

 Deux études, menées chacune  par une vingtaine de chercheurs de différentes disciplines, chercheurs travaillant dans une quinzaine d’institutions scientifiques (Revue Nature, 7 juin 2012), font plus que tirer la sonnette d’alarme, elles sonnent un véritable tocsin : «La biosphère est à la veille d’un basculement abrupte et irréversible »(…) Ces études mettent en avant « l’imminence d’ici à quelques générations d’une transition brutale vers un état de la biosphère inconnu depuis l’émergence d’homo sapiens c’est-à-dire 200.000 ans. »

 d- La rencontre explosive du productivisme et de l’anthropocène

  Après la dernière  glaciation, les  dix mille années de l’ère holocène étaient à une  température stable et relativement chaude, c’est cela qui a permis l’apparition de  l’agriculture et des civilisations.

 Arrive donc l’anthropocène, nouvelle ère  dominée par l’homme et liée au productivisme, elle a près de 170  ans si on la fait commencer vers 1850. Cette ère de l’anthropocène peut se ramener à trois éléments au cœur du productivisme :

D’abord   l’utilisation massive des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). En 1973 elles représentaient 86,7% de la consommation mondiale d’énergie primaire  (et en 2015  81,4%.) ;

Ensuite l’explosion de la population qui au XXème siècle est  multipliée par quatre , en 1900 :1,6 milliard d’habitants, en 2000 : 6,1milliards, (et fin 2018 : 7,48 milliards).

Enfin  la consommation d’énergie  multipliée par 8,3 , en 1900 : 0,9 milliards de tonnes équivalent pétrole(TEP), en 2000 : 8 milliards de TEP, (et en 2015 : 13,8 milliards de TEP). 

C’est un système qui produit donc une nouvelle ère. Un système totalisant n’est peut-être ( ?) pas très  loin (?) d’un système totalitaire. Ceci voudrait dire : « tout dans le productivisme, rien contre, rien en dehors ».

Ce géant est pourtant un géant aux pieds d’argile, il s’autodétruit. Une croissance et des pouvoirs qui se veulent infinis dans un monde fini constituent à la fois une domination totalisante et, en même temps, comporte les logiques de destruction par un système humanicide et terricide.

 On le sait le roi Midas avait la capacité de transformer en or tout ce qu'il touchait, même sa nourriture et sa boisson. Ainsi  la marchandisation et la financiarisation du monde n'ont-elles pas tendance à transformer toute chose et le vivant- humains, animaux et végétaux- en argent ? Tout vaut tant…  (Voir sur ce blog « La marchandisation de la nature »).

  2- Le productivisme : un système qui fait main basse la nature

 a- Le système productiviste est hostile à l’environnement

 Il représente une forme d’expulsion de la nature : d’abord l’homme se veut maitre et possesseur de la nature qui est à son service, ensuite les richesses naturelles sont considérées comme plus ou moins inépuisables.

  Et, même si la nature est détruite, certains  pensent qu’il est possible de la restaurer. On peut même, affirment les plus radicaux, la recréer pour une large part artificiellement, ou même dans sa totalité. (Totalité, totalisant, totalitaire…)

 Les défenseurs du système productiviste reconnaissent que l’écologie existe mais ils la considèrent comme devant être au service de l’efficacité économique. Le développement durable est interprété comme étant du développement qui doit durer. On peut le  teinter d’un verdissement de l’économie, mais celui-ci ne doit en rien ralentir la bonne marche des affaires.

Etre ou ne pas être rentables, telle est, pour ce système, la seule question vitale.

 b- La course au profit multiplie les formes de marchandisation de la nature.

On comprend alors mieux les enjeux pour le  capitalisme et le productivisme. De façon plus globale Ils mettent  en œuvre au moins quatre stratégies pour préserver  les taux de profit.

 La première voie utilisée par le productivisme est une exploitation tous azimuts de ressources "déjà trouvées" dans la nature. Autrement dit  il s’agit d’exploiter le plus possible les ressources existantes, c’est la course aux quantités des gisements en route ou en bout de course. Ce que le productivisme a emballé  il l’achète et  il le vend  jusqu’à extinction des stocks.

  La seconde voie utilisée par le productivisme est une exploitation tous azimuts de ressources "à  trouver" dans la nature. Autrement dit  il s’agit d’en découvrir de nouvelles, ainsi le gaz de schiste (avec de puissantes pressions de la course en avant des consommations d’énergie, d’industriels qui multiplient rapidement  les forages par des moyens écologiquement inacceptables avec un silence ou une sous-estimation les effets écologiques dans les eaux, le sol, le sous-sol) , les richesses minérales aux pôles et d’abord en Arctique, mais aussi des recherches de  nappes phréatiques, des « terres rares », de gisements de pétrole offshore… Ce que le productivisme découvre  il le touche, il l’emballe, puis il le vend et l’achète.

La troisième voie utilisée par le productivisme est un marché tous azimuts des  "services" de la nature. Autrement  dit  on met en place  des services que l’on va échanger avec le plus de  profit possible. Ce processus  fait dire à des économistes critiques (ainsi Jean Gadrey , «  Adieu à la croissance », éditions Alternatives économiques,2010) que  «  le capital financier veut découper  la nature en services monnayables, puis en  marchés dérivés pour qu’on puisse spéculer sur ces cours nouveaux ». Ce que le productivisme, en affirmant faire œuvre de protection, déclare « services » il va le découper et le monnayer. 

 La quatrième  voie utilisée par le productivisme est une "artificialisation" tous azimuts de la nature. Autrement dit des entreprises, surtout des firmes multinationales, se sont lancées dans les productions d’organismes génétiquement modifiés, de biotechnologies, de nanotechnologies,  d’utilisations de plantes en carburants, de nouveaux marchés rentables liés au bio mimétisme de la nature, et de plus en plus de projets de géo-ingénierie climatique…Ce que le productivisme commence à voir  il va   essayer de le modifier, de le transformer, puis il le vend et l’achète.

 Ainsi à grande allure, sous de multiples formes,  la pente est prise : tout vaut tant.  (Sur « La marchandisation de la nature » voir notre billet sur ce blog et notre article in Mélanges en l’honneur de Soukaina Bouraoui, Mahfoud Ghezali et Ali Mékouar, Hommage à un printemps environnemental, PUF, 2016.)

 B- Le productivisme : une omniprésence des marchés économiques et une puissance des marchés financiers aux logiques spécifiques

1- Le productivisme, une omniprésence des marchés économiques nuisible à l’environnement

 Le productivisme a  traversé quatre étapes qui correspondent à celles du capitalisme et qui ont des effets massifs sur l’environnement.

 a- Le marché  des marchands (XVème et XVIème siècles) 

Il est aux origines du colonialisme. Des marchands de Londres, Venise, Amsterdam redistribuent en Europe des marchandises précieuses ramenées d’Afrique et d’Asie. Ils ont peu à peu un monopole, c’est une des premières formes de la division internationale du travail qui s’organise, cela avec des dominants et des dominés. Les monocultures destinées à l’exportation portent atteinte à la justice, au social et à l’écologique.

b- Le marché des manufactures (XVIIème siècle jusque vers 1860) 

Il se manifeste par le passage de l’atelier à la fabrique industrielle, donc des structures économiques qui changent et vont vers des concentrations qui ne seront, elles non plus, guère sensibles au social et à l’écologique.

c- Le marché des monopoles (1850-1914)

 Il fait apparaître des entreprises plus importantes qui absorbent de plus petites, ces monopoles sont les fils  des concurrences, des crises, des guerres.

 Cette tendance puissante à la concentration est, avec l’accélération, une  logique très liée au productivisme, Elle est, pour une large part, mortifère.

d- Le marché mondial contemporain (1914 à nos jours)

Ses acteurs essentiels s’appellent   les firmes géantes, les marchés financiers,  la techno-science, les complexes médiatiques, les deux cents Etats (très inégaux), les organisations internationales et régionales, les organisations non-gouvernementales, tout cela dans une croissance démographique, une urbanisation vertigineuse  du monde et une consommation effrénée d’énergies fossiles. C’est à l’intérieur de ce marché mondial que vivent, survivent et meurent les acteurs humains (personnes, peuples, générations) et le vivant. La santé, le social, l’écologique sont le plus souvent subordonnés  aux intérêts des acteurs essentiels et  au  commerce international.

 Du point de vue du commerce international les négociations commerciales s’organisent, c’est  le libre-échange qui se met en place à travers  l’Accord général sur les droits de douane et le commerce (GATT, 1947) puis l’Organisation mondiale du commerce (OMC, 1995).Ce libre-échange laisse de côté, pour la plus grande part,  les considérations sociales, sanitaires, environnementales.

2-Le productivisme, une puissance des marchés financiers nuisible à l’environnement

 a-Un rappel de la mise en place du système financier international 

 La Conférence de Bretton  Woods (juillet 1944) et les statuts du FMI (adoptés  en juillet 1944 et entrés en vigueur en décembre 1945) avaient mis en place un système basé sur des parités fixes, les monnaies avaient une valeur d’échange fixe en dollars  ou en or, le dollar était convertible en or, la base était  de 35 dollars pour une once d’or (28,3 grammes).Mais le déficit budgétaire des Etats-Unis prenant de l’ampleur, cet Etat ne voulait pas que ses stocks d’or s’effondrent, les autorités des Etats-Unis pensaient qu’ils ne pouvaient donc plus garantir la convertibilité du dollar en or.

 Il y a l’avant et l’après  15 août 1971, jour où les Etats-Unis décident de mettre fin à la convertibilité du dollar en or.

Ainsi à partir d’août 1971 le dollar peut flotter, les spéculations sur les monnaies se multiplient, le système bancaire devient plus puissant, les marchés boursiers sont plus importants, les opérateurs internationaux ont des logiques spécifiques de fructification des patrimoines financiers, ils prennent peu à peu « la place du conducteur. »

b- Le financement multilatéral de la protection environnementale est  scandaleusement et criminellement dérisoire par rapport aux marchés financiers, à d’autres dépenses et aux besoins criants 

Ces marchés financiers comprennent six classes d'actifs : le marché actions, le marché obligataire, le marché monétaire, le marché des dérivés, le marché des changes, le marché des matières premières.

Deux chiffres symbolisent de cette force : en avril 2016 les transactions quotidiennes(!) sur le marché des changes étaient de 5100 milliards de dollars, pour l'année 2017 le gestionnaire américain d'actifs  BlackRock gérait 6000 milliards de dollars et réalisait un bénéfice de 3,7 milliards.

A titre de comparaisons le chiffre d'affaires annuel en 2017 des dix premières entreprises du monde allait de 200 à 500 milliards de dollars, le PIB en 2017 était pour 139 (sur 193) Etats inférieur à 10 milliards de dollars dont 30 inférieur à 3. En 2017 le PIB des Etats-Unis était de 19362 milliards de dollars et celui de la France ( cinquième dans la liste des 193 Etats) de 2574.

Quant au  budget bi annuel des Nations Unies pour 2018-2019 il était de 5,4 milliards de dollars.

 Ce sont là quelques rapports de forces financiers  qui en disent longs sur cet aspect de la vie internationale.

Quant à l’environnement pour comprendre le scandale(au regard de la mise sous tutelle des peuples) et le crime (à l’égard de l’humanité)  prenons en compte les trois fonds multilatéraux les plus importants: le budget du PNUE pour l’exercice biannuel 2016-2017 était de 673 millions de dollars, le budget du Fonds pour l’environnement mondial était pour quatre ans de 2014 à 2018 de 4,43 milliards de dollars, le budget du Fonds vert pour le climat avec 10,2 milliards de dollars de promesses de contributions a débloqués 3,7 milliards en juin 2018.

Ces sommes pour la protection environnementale sont triplement dérisoires.

Sommes environnementales scandaleusement et criminellement  dérisoires d’abord  par rapport aux marchés financiers ci-dessus, d’où l’importance vitale de les taxer et de consacrer ces finances en particulier à la protection de l’environnement,

Sommes environnementales scandaleusement et criminellement dérisoires ensuite par rapport  à d’autres dépenses, par exemple militaires mondiales ( en 2017 ce sont 5 milliards de dollars chaque jour, soit 35 en une semaine). On comprend que le productivisme, pour maintenir ses taux de profit, a besoin de renouveler ses stocks d’armements. Dans la compétition de la  course aux armements, un des moyens massifs pour le faire est la production… de conflits armés lesquels permettent de détruire des armements et d’en expérimenter de nouveaux.

Sommes environnementales scandaleusement et criminellement  dérisoires enfin par rapport aux besoins environnementaux criants en particulier par rapport aux 100 milliards de dollars qu’il faut trouver chaque année, à partir de 2020, dans le cadre de « l’adaptation » des pays du Sud aux changements climatiques.

C- Le productivisme : le développement en questions écologiques

Ce système productiviste est, depuis ses origines, lié aux théories et aux pratiques  de développement qui vont être interpellées par la crise environnementale. 

 1- Les origines de la notion de développement se manifestent à travers  quatre phénomènes.

 a- D’abord la colonisation qui est porteuse dans une grande partie de la « conscience occidentale » d’une conviction : la croissance et le progrès n’ont    pas de limites. Ce discours est très enraciné encore aujourd’hui.

 b- Ensuite deux grands courants de pensée participent à cette idéologie. Le marxisme affirme que le développement scientifique et économique apporte le progrès mais à une condition : il faut qu’il remette en cause le capitalisme. L’humanisme  affirme  que le développement scientifique et économique apporte le progrès à une condition : il faut qu’il se fasse dans des conditions démocratiques libérales. Cependant, pour l’immense majorité des auteurs, le développement en tant que tel n’apporte ni incertitudes, ni dangers.

 c- La troisième origine du développement est constituée par les Nations Unies qui, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, lancent l’opposition « pays développés pays sous-développés » (ces derniers  s’appelleront ensuite pays en voie de développement puis pays en développement) à partir de critères économiques que les dominants déterminent, le PNB est considéré comme le critère numéro un  des nations.  Cette opposition se substitue aux précédentes (pays civilisés-pays barbares, pays des lumières-pays obscurs, métropoles-colonies).

d- La quatrième origine est très puissante, il s’agit  de la techno science. 

 Elle s’accélère et se mondialise peu à peu à travers de grands réseaux, elle a même tendance à s’auto reproduire. Elle appelle dans son sillage à un développement continuel et rapide  à travers de multiples applications.

Des recherches ne sont pas toujours orientées vers de véritables besoins, des technologies sont en route avant d’avoir eu le temps d’en mesurer tous les effets et de choisir des  valeurs qu’elles peuvent contribuer à porter.

 2- La notion de développement va parcourir différentes étapes avec le productivisme.

 a- De 1945 à 1950 le développement est souvent perçu comme un ensemble de luttes contre le retard de la croissance. Les pays du Tiers-Monde sont en retard  par rapport aux pays dominants, il faut donc les aider.

b- De 1950 à 1955 le développement est souvent perçu comme un ensemble de luttes contre le blocage de la croissance, ces pays et ces peuples du Tiers-Monde ne sont pas en retard, ils sont bloqués par des pays  dominants.

c- De 1955 à 1968 le développement est souvent perçu comme une entreprise de libération politique, économique, culturelle, sociale. Les mouvements de libération se multiplient, souvent de lutte armée.

 d-  A partir de 1968 dans les pays du Sud  la notion de développement entre en crise.

  Les pays du Sud, jusqu’aux années 2000, ne sont pas arrivés à remettre en cause l’ordre dominant. Les tentatives ont été pourtant nombreuses, citons simplement la création de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement(CNUCED) en 1964 à Genève en réaction contre le libéralisme économique du GATT, la Déclaration sur le nouvel ordre économique international(NOEI)  en mai 1974 à l’Assemblée générale des Nations Unies, la tentative de création  d’un Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication(NOMIC) en  1980 à l’UNESCO…

A partir des années 2000, dans ces pays du Sud, les pays émergents(en particulier la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud…) apparaissent sur la scène commerciale et monétaire   internationale. Même sur le plan militaire le budget de la défense de la Chine, certes loin encore de celui des Etats-Unis, devient puissant.

 Mais  en même temps les problèmes, menaces et drames écologiques s'y multiplient, à l'image d'un productivisme autodestructeur. Une question centrale devient celle, en Chine et ailleurs, du partage du "gâteau mondial"(matières premières, commerce...) mais, aussi celle   de « quel "gâteau? » Celui d'un productivisme terricide et humanicide ou celui d'une communauté humainement viable?

c- Les pays du Nord ont eu, dans des proportions variables, tour à tour quatre vagues de contestations 

En 1968 une contestation des sociétés de consommation et de toute autorité, en 1970 l’avertissement des écologistes selon lequel « nous n’avons qu’une seule planète », en 1990 une dénonciation  de l’exclusion dans les pays du Nord, à la fin de la décennie 1990 et au début du XXIème siècle les altermondialistes  qui dénoncent la mondialisation néolibérale et sa marchandisation, « tout n’est pas à vendre », ils affirment aussi qu’« un autre monde est possible. »

   Les Etats, à la Conférence de Rio sur l’environnement et le développement en juin 1992, mettent en avant la notion de « développement durable » à travers une Déclaration et un Agenda.  Ce développement  se veut respectueux  de l’environnement, mais les brouillards ne se dissipent pas pour autant.

 d- Il y a ainsi trois types de théories et de pratiques relatives au développement qui se dégagent aujourd’hui

 Le développement productiviste  avec  la  puissance du libre-échange, il est toujours dominant.

 Le développement durable, plus ou moins teinté d’une certaine protection de l’environnement, mais qui ne donne lieu qu’à peu de remises en cause du productivisme.

Enfin  une société écologiquement viable, qui remet en cause le productivisme à travers des résistances et des alternatives, qui  prend une certaine importance  dans des esprits mais rencontre de nombreux obstacles  sur le terrain.

  Malgré ces doutes, ces incertitudes, ces dénonciations, ces alternatives le discours et la domination du productivisme  continuent : le marché est naturel, l’argent doit  commander, la compétition est impérative, la croissance est sacrée, le libre-échange doit l’emporter sur tout le reste, la techno-science toute puissante est toujours porteuse de progrès…

Tel est ce système. Quelles sont les logiques qui le portent et quels effets ont-elles sur l’environnement ?(III)

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