Reconversion financière face aux apocalypses écologiques:pourquoi? ( I )

Reconversion financière face aux apocalypses écologiques:pourquoi? ( I )

I-  Reconversion financière : pourquoi ?

 

Au  moins quatre raisons impérieuses   plaident puissamment  en faveur de cette remise en cause.

Les périls communs gagnent en  rapidité et en étendue sur la planète(A).

Les besoins criants gagnent  en rapidité et en étendue sur la planète(B).

Les changements pour un monde viable  sont lamentablement et dramatiquement  trop lents et trop partiels (C).

Les finances ont  une responsabilité gigantesque dans  ce système mondial  qui devient de plus en plus catastrophique cela  pour les êtres humains et pour  l’ensemble du  vivant (D).

 

 

 

A-Les périls communs gagnent en  rapidité et en étendue sur la planète.

 

Nous entendons par « périls communs » les drames et les menaces qui de façons variables, s’étendent sur l’ensemble de la Terre.

Un témoignage personnel et vertigineux de l’accélération relative au  rapprochement des générations futures ce qui constitue un signe de l’aggravation des problèmes, des drames et des menaces   :  

 Lorsqu’en 1972, au début de mon enseignement, dans les amphis  de première année de droit , j’évoquais les générations futures il s’agissait d’une  réalité  plus ou moins lointaine, d’une nébuleuse un peu perdue dans les brouillards.

 Lorsqu’en  1982, en master de droit  de l’environnement, nous applaudissions debout, symboliquement et dérisoirement ,  les générations futures pour leur « donner du courage », les voilà qui se rapprochaient .

Lorsqu’en 2012 , à la veille de ma retraite , nous les évoquions à travers une étude résonnant comme un glas apocalyptique ,  nous savions que nous  parlions désormais des enfants et des petits-enfants des étudiantes et étudiants   qui étaient là.

Voilà, expliquait cette étude, « l’imminence d’ici à quelques générations d’une transition brutale vers un état de la biosphère inconnu depuis l’émergence d’homo sapiens il y a  200.000 ans » ( Deux études du 7 juin 2012, de chercheurs  de plusieurs disciplines appartenant à une quinzaine d’institutions scientifiques  internationales revue Nature, rapportée par Le Monde du 7/6/2012, article de Stéphane Foucart).

Si en quarante ans nous en sommes arrivés là ,  on imagine les quarante années(les trente qui restent  en 2021 depuis l’étude de 2012) suivantes pour arriver en 2050, les générations futures commenceraient, ni plus ni moins, à plonger dans les apocalypses écologiques , sauf sursauts gigantesques. Une gigantesque reconversion financière  ne peut-elle  être une forme de sursaut ?

 Un peu d’humour pour respirer « Tant que l’espoir demeure au niveau de l’espérance il n’y a pas lieu de désespérer puisque rien de ce qui est fini n’est jamais totalement achevé tant que tout n’est pas totalement terminé. » Pierre Dac

 

Quels sont les périls communs en  ces débuts de la seconde décennie du XXIème siècle ?

1-La  débâcle écologique tend  à dépasser des seuils d’irréversibilité (réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité  ,  pandémies … ). En juillet 2021 l’Agence internationale de l’énergie affirme que les émissions de CO2 vont vers de « nouveaux records en 2023 », à ce jour aucun contre-mécanisme assez puissant ne semble pouvoir arrêter la marche vers l’abîme.

2-Les armes de destruction massive se développent en particulier dans les recherches  (nucléaires, biologiques, chimiques) et peuvent avoir des  effets sanitaires et environnementaux  incommensurables dans l’espace et le temps.

3-Les inégalités criantes s’aggravent, inégalités sanitaires, alimentaires ,  environnementales, financières, économiques, culturelles… La crise sanitaire liée à la pandémie depuis novembre 2019  a aggravé encore bon nombre d’inégalités.

Deux réalités   parmi d’autres  en 2019    1 % de la population  possède près de la moitié  de la fortune mondiale et  1% est responsable de deux fois plus d’émissions de CO2 que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

4-Enfin  la techno science et les marchés financiers  ont pris en grande partie  la place des conducteurs (Etats, entreprises) et sont de moins en moins contrôlés par  les êtres humains. Sciences  dont les recherches sont loin de toujours donner priorités  aux véritables besoins des êtres humains et du vivant. Techniques qui nous sont souvent imposées avant de les avoir choisies .Marchés financiers  qui fonctionnent jusqu’à la  nanoseconde, robotisés en partie, marchés financiers  que l’on n’ose réguler ni à plus forte raison  remettre en cause.

Ne      devient-on  pas  ainsi ,  avec nous et/ou malgré nous, peu à peu, des sortes de fous d’un système devenu fou ?

 

B-Les besoins criants gagnent  en rapidité et en étendue sur la planète.

 

1-Le gigantisme des besoins criants saute aux yeux pourvu qu’on les ouvre, cela en matière de santé, de protection de l’environnement,   d’alimentation , de protection sociale,  de logements, de créations d’emplois, d’éducation…

 

2-Parmi les plus dramatiques les exemples  de la faim dans le monde et  de l’absence d’eau potable constituent   des mépris permanents et incommensurables pour toutes les victimes de ces deux drames.

 

3-Ce système productiviste mondial  n’est-il pas condamnable du seul fait, par exemple, qu’il y ait  en 2018 un enfant sur deux dans le monde en situation de détresse et/ou de danger ( guerres,  maladies, misère…) ?

 

4-L’ampleur des problèmes des drames et des menaces est impressionnante. A titre indicatif la faim dans le monde, les maladies ( cardiovasculaires, cancers, maladies infectieuses liées aux virus, bactéries et parasites,… ), les conflits armés, les terrorismes, la course aux armements, les atteintes aux droits des personnes, des peuples, et déjà des générations futures, la dégradation mondiale de l’environnement, l’urbanisation vertigineuse, l’explosion des inégalités, la pauvreté et la misère, le chômage, l’analphabétisme , l’endettement mondial, la criminalité financière internationale, l’explosion démographique…

Cette dernière ne peut être passée sous silence par rapport à la dégradation mondiale de l’environnement.

 

 

C-Les changements pour un monde viable  sont lamentablement et dramatiquement  trop lents et trop partiels.

 

Une  seule démonstration  dans un domaine vital, celui des   changements climatiques, suffit à le comprendre.

 

1-Ainsi la  lenteur, certes un chemin de mille pas commence par quelques pas, mais quel est le temps qui reste pour construire cet intérêt commun de l’humanité ? On a donc, souvent, décidé … qu’on déciderait plus tard. On retrouve cette tendance lourde dans la plupart des conférences climatiques précédentes. « A l’auberge de la décision les gens dorment bien » dit un proverbe. Sans remonter à l’avertissement du scientifique suédois Arrhénius  en 1896,rappelons  que c’est en 1972 à la Conférence de Stockholm qu’est évoqué pour la première fois au niveau de l’ensemble les Etats le danger du réchauffement climatique, qu’il faut attendre 1992 pour voir une convention, 1997 pour qu’arrive son protocole, 2005 pour qu’il entre en vigueur, 2015 pour un nouvel accord qui entrera finalement en vigueur en 2016,soit au total 44 ans  (1972-2016) pour faire les « premiers pas » !

 

2-Ainsi les  aspects partiels  du contenu des politiques contre le réchauffement  se retrouvent dans les lacunes gravissimes de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat, celles entre autres  des silences  sur la taxe carbone, la suppression des subventions aux énergies fossiles, les déplacés environnementaux, l’explosion démographique …

 

 

3-Se succèdent  donc   des réformes trop lentes et  dérisoires  et   des remises en cause trop lentes, partielles  et  rares.

Doit   arriver  le temps  des remises en cause radicales,  puissantes  ,   omniprésentes dans tous les lieux , du local au mondial, et dans l’ensemble des activités humaines, cela pour un monde viable.

Des propositions   personnelles et collectives  de remises en cause se sont multipliées et se multiplient  sur la planète venant,  entre autres , celles  d’associations et d’auteurs  de différentes disciplines. 

Mais au  final , concrètement , pour l’instant en 2021 , ce ne sont que des ruisseaux, ceux de la    construction d’un monde viable,  face à des fleuves, ceux  d’une autodestruction qui s’accélère .

 

D-Les finances ont  une responsabilité gigantesque dans  ce système mondial  qui devient de plus en plus catastrophique cela  pour les êtres humains et pour  l’ensemble du  vivant.

 

La recherche du profit est  synonyme de fructification des patrimoines financiers, de financiarisation du monde, avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques.

1-Le « cœur » de la machine infernale du système mondial est constitué par les acteurs essentiels  qui  s’appellent    les marchés financiers,  les firmes géantes, les complexes de la  techno-science .

 Le domaine financier est donc bien au cœur de ce  système fondé sur le trio infernal productivisme, capitalisme, anthropocène.

 

 2- Le domaine financier le plus souvent n’a pas répondu aux besoins criants. Il est pour la plus grande part tourné vers d’autres objectifs, ceux de la course au profit.

Ainsi  au lieu d’aller vers un puissant soutien aux pays du Sud dans « l’atténuation » et « l’adaptation » aux changements climatiques, les Etats n’arrivent   à dégager que des sommes dérisoires par rapport aux véritables besoins.

Ainsi  les budgets  mondiaux de santé sont, eux aussi, le plus souvent dérisoires  par rapport aux besoins.

Ainsi  les organisations internationales tournées vers des besoins criants ont des budgets dérisoires  par rapport par exemple aux chiffres d’affaires des  firmes géantes ou   par rapport aux  dépenses militaires en  2020 qui étaient de près de 2000 milliards de dollars soit 5,5 milliards de dollars par jour.

Pourtant voient le jour des signes  porteurs  de  certains  espoirs   :

 on constate que  plusieurs facteurs sont favorables  à cette idée et à cette mise en œuvre   d’une gigantesque  reconversion financière, lesquels ?

 

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